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Que lire sur le cardinal de Richelieu ?

Que lire sur le cardinal de Richelieu ?

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Le 9 septembre 1585 naît à Paris un enfant chétif, quatrième d’une fratrie de six : Armand Jean du Plessis. Rien, à première vue, ne le destine à la postérité. Promis au métier des armes comme tout cadet de bonne noblesse, il se retrouve pourtant, à vingt-trois ans, évêque de Luçon — un diocèse perdu dans les marais du Poitou, qu’il qualifie lui-même d’« évêché le plus crotté de France ». De cette boue, il s’extraira à force de calcul, de patience et d’une ambition que rien ne freine. En moins de deux décennies, le jeune prélat gravit tous les échelons du pouvoir : conseiller de Marie de Médicis (la reine mère, régente du royaume après l’assassinat d’Henri IV), secrétaire d’État, cardinal, puis principal ministre de Louis XIII à partir de 1624.

Dix-huit années durant, il gouverne la France d’une main de fer dans un gant de soie rouge. À l’intérieur, il assiège et prend La Rochelle, dernier bastion militaire des protestants français, et met fin à un « État dans l’État » qui échappait à l’autorité royale. Il brise les cabales des Grands — ces princes du sang et ducs qui, forts de leurs domaines et de leurs armées privées, contestaient sans cesse le pouvoir central. À l’extérieur, il engage la France dans la guerre de Trente Ans aux côtés des princes protestants allemands pour affaiblir la maison des Habsbourg, la dynastie catholique qui règne à la fois sur l’Espagne et sur le Saint-Empire, et dont la domination menace d’encercler le royaume. Il fonde l’Académie française, crée la marine royale et pose les fondations d’un État centralisé dont Louis XIV récoltera les fruits.

Théologien convaincu, il n’hésite pourtant pas à s’allier à des protestants contre des catholiques si l’intérêt de la France l’exige. Bâtisseur infatigable, il est aussi un hypocondriaque chronique, rongé par les abcès, la fièvre et la peur permanente de perdre la faveur du roi. Quand il meurt le 4 décembre 1642, à cinquante-sept ans, il laisse derrière lui un royaume transformé — et une légende noire que Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas consolideront pour les siècles à venir. Voici les principaux ouvrages qui lui sont consacrés.


1. Richelieu : la foi dans la France (Max Gallo, 2015)

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Max Gallo aborde Richelieu comme il a abordé Napoléon, César ou de Gaulle : en biographe soucieux de raconter la « grande histoire de France » au plus grand nombre, quitte à simplifier ce qui résiste à la simplification. Son Richelieu est un homme qui subordonne tout — sa santé fragile, ses amitiés, sa tranquillité — à une seule idée fixe : la France doit être grande, et il est l’instrument de cette grandeur. Le livre retrace l’intégralité du parcours, de l’évêché boueux de Luçon jusqu’aux derniers souffles du cardinal, et accorde une place importante à la relation entre Richelieu et Louis XIII — une relation de dépendance mutuelle, où chacun a besoin de l’autre tout en s’en méfiant. Le roi est taciturne, imprévisible, jaloux de son autorité ; le ministre est volontaire, anxieux, consumé par ses propres ambitions. Mais la raison d’État les soude l’un à l’autre.

On découvre ici un Richelieu constamment malade, miné par les abcès et la fièvre, qui déploie un réseau d’espions considérable pour se prémunir des intrigues de cour — en particulier celles de Marie de Médicis, la reine mère tombée en disgrâce, et de Gaston d’Orléans, frère cadet du roi et héritier présomptif de la couronne, qui ne rêve que de renverser le cardinal pour s’emparer du pouvoir. Le livre assume pleinement sa vocation de biographie grand public. Celles et ceux qui cherchent une porte d’entrée vers le XVIIe siècle y trouveront leur compte. Les spécialistes, en revanche, regretteront sans doute une tendance à magnifier le personnage au détriment de ses zones d’ombre — Gallo préfère le symbole à la nuance, et sa sympathie pour le cardinal ne faiblit jamais.


2. Richelieu (Sylvie Taussig, 2017)

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Chercheuse au CNRS et spécialiste de l’histoire des idées au XVIIe siècle, Sylvie Taussig emprunte un chemin très différent de celui des biographies narratives. Son approche est celle d’une biographie intellectuelle : plutôt que de suivre les événements dans l’ordre chronologique — tel siège, telle conspiration, telle bataille —, elle s’intéresse à la manière dont Richelieu a construit, au fil des circonstances et des épreuves, sa vision du pouvoir et de l’État. Comment un jeune évêque de province en vient-il à penser la souveraineté, la raison d’État, les rapports entre politique et religion ? C’est cette question qui structure le livre d’un bout à l’autre.

Ses travaux sur Pierre Gassendi — astronome, philosophe et prêtre contemporain de Richelieu — et sur les tensions entre foi catholique et logique de l’État au XVIIe siècle lui permettent d’éclairer une époque d’une confusion redoutable : les fractures entre catholiques et protestants, l’instabilité de la régence de Marie de Médicis, les rivalités entre la noblesse d’épée (les militaires) et la noblesse de robe (les magistrats). Richelieu se retrouve pris entre toutes ces forces contradictoires, et le livre montre comment il les a comprises avant de les dominer. La densité du propos peut dérouter si vous cherchez un récit narratif, mais si vous souhaitez comprendre pourquoi Richelieu pensait comme il pensait, ce livre n’a guère d’équivalent.


3. Richelieu : l’ambition et le pouvoir (Michel Carmona, 1984)

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Avec ses quelque 780 pages (voire davantage selon les éditions), le livre de Michel Carmona est une somme imposante sur le cardinal et son époque. Carmona, ancien élève de l’École normale et agrégé d’histoire, ne se contente pas de raconter la vie de Richelieu : il reconstitue, pièce par pièce, le contexte politique, diplomatique et social de la première moitié du XVIIe siècle. Guerres de Religion, frondes nobiliaires, rivalité avec l’Espagne des Habsbourg, manœuvres de Marie de Médicis, montée en puissance de Concini — cet aventurier italien devenu favori de la reine mère et maréchal de France avant d’être assassiné sur ordre de Louis XIII en 1617 : tout y passe, dans un ordre chronologique rigoureux.

Certains lecteur·ices reprocheront à l’ouvrage ses longs « détours » : des dizaines de pages sont consacrées au contexte européen avant même que le cardinal n’entre en scène, ce qui a pu inspirer à un lecteur facétieux la remarque qu’à la moitié du livre, on n’avait lu que vingt pages sur Richelieu. La critique n’est pas tout à fait injuste, mais elle manque l’essentiel : ces digressions servent à montrer que l’homme ne peut se comprendre sans son temps, et que les choix de Richelieu — entrer en guerre contre l’Espagne, écraser La Rochelle, exécuter les conspirateurs — ne prennent sens que replacés dans une Europe déchirée par les guerres de Religion et les rivalités dynastiques. Carmona, qui a également publié un Marie de Médicis chez Fayard, dresse un portrait équilibré du cardinal : il ne cache rien de son anxiété, de sa santé délabrée ni de sa soif de reconnaissance, mais il ne cède pas non plus à la légende noire. Si vous avez le temps et la patience, ce livre vous récompensera.


4. Richelieu : la pourpre et le pouvoir (Jean-Vincent Blanchard, 2012)

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Docteur ès lettres de l’université Yale et spécialiste du XVIIe siècle français, Jean-Vincent Blanchard a d’abord publié sa biographie du cardinal en anglais sous le titre Éminence, avant de la rendre accessible au public francophone. Ce livre propose un portrait sensiblement différent de celui que l’historiographie traditionnelle a figé : le Richelieu de Blanchard n’est pas le stratège froid et omniscient de la légende, mais un homme en tension permanente, pris dans une époque où tout peut basculer en un jour — un complot découvert trop tard, une défaite sur le champ de bataille, un caprice du roi.

C’est là l’apport principal du livre : montrer que le courage et le sens de la décision comptent davantage, chez Richelieu, que le calcul méthodique qu’on lui prête d’ordinaire. Blanchard ne se contente pas de l’affirmer : il s’arrête sur des épisodes précis — le fiasco de la campagne du Pas de Suse en Italie, les hésitations du cardinal face à l’entrée en guerre ouverte contre l’Espagne — pour montrer un homme qui doute, se trompe, puis se reprend. Au cœur du récit se trouve, comme souvent, la relation entre le ministre et Louis XIII, roi mélancolique et imprévisible, dont la faveur peut basculer à tout instant — et dont la disgrâce signifierait, pour Richelieu, non seulement la chute politique, mais très probablement la mort. Pour le lecteur·ice francophone qui connaît déjà les grandes biographies françaises du cardinal, cette perspective venue du monde anglo-saxon apporte un éclairage différent sur un sujet pourtant abondamment traité.


5. Richelieu : l’ambitieux, le révolutionnaire, le dictateur (Philippe Erlanger, 1967-1970)

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Récompensé par le grand prix Gobert de l’Académie française pour l’ensemble de ses travaux, Philippe Erlanger a consacré à Richelieu une fresque en trois volumes — L’Ambitieux, Le Révolutionnaire, Le Dictateur — devenue un classique du genre. Le sous-titre n’est pas qu’un effet d’annonce : il structure véritablement le récit autour de trois phases distinctes de la carrière politique du cardinal. L’ambitieux, c’est le jeune évêque qui se fait remarquer aux États généraux de 1614 — une assemblée qui réunit clergé, noblesse et tiers état, convoquée par le roi en période de crise — et gravit les échelons de la cour par le calcul et la patience. Le révolutionnaire, c’est le ministre qui modernise le royaume de fond en comble — administration, armée, marine, commerce — et bouleverse au passage les structures féodales. Le dictateur, c’est l’homme tout-puissant des dernières années, qui gouverne seul et n’hésite pas à faire tomber les têtes : celle du comte de Chalais, convaincu de complot contre le cardinal en 1626, puis celle du marquis de Cinq-Mars, favori de Louis XIII retourné contre Richelieu et exécuté en 1642, quelques mois avant la mort du cardinal lui-même.

Erlanger ne dissimule rien des aspects les plus inquiétants du personnage : l’ambition dévorante, l’orgueil démesuré, la cruauté assumée, l’ingratitude envers ceux qui l’ont servi. Mais il refuse de s’arrêter à ce tableau noir. Son Richelieu est aussi l’homme qui, à partir d’un royaume divisé et affaibli, prépare les conquêtes territoriales — Artois, Alsace, Roussillon — qui feront de la France la puissance dominante du continent. On notera qu’Erlanger accorde davantage de crédit à Louis XIII que ne le font d’ordinaire les historiens : il refuse d’en faire le simple faire-valoir de son tout-puissant ministre, et rappelle que le roi a soutenu activement les politiques du cardinal, y compris les plus impopulaires. L’ouvrage a vieilli sur certains points de forme — les éditions récentes souffrent de coquilles héritées de numérisations hasardeuses, et les prises de position de l’auteur sur certains personnages (Marie de Médicis en prend pour son grade) relèvent d’une époque où la biographie historique se permettait davantage de jugements tranchés. Le fond, en revanche, n’a pas pris une ride.


6. Richelieu : l’aigle et la colombe (Arnaud Teyssier, 2014)

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Normalien, énarque et président du Conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle, Arnaud Teyssier a consacré une part significative de ses travaux d’historien aux rapports entre l’État et la société française. Sa biographie de Richelieu propose une thèse forte, qui va à contre-courant de la plupart des ouvrages précédents : le cardinal n’a jamais cessé de penser en prêtre. Là où la tradition historiographique voit d’abord un politicien machiavélique et un maître de l’intrigue, Teyssier montre un homme dont les décisions politiques — y compris les plus brutales — procèdent d’une vision théologique. Concrètement : pour Richelieu, les hommes sont faibles par nature (le roi hésite, les Grands ne pensent qu’à eux, les institutions résistent au changement), et la tâche du gouvernant consiste à corriger ces faiblesses pour orienter la société vers le bien commun — une mission qu’il conçoit comme un devoir religieux autant que politique.

Pour étayer cette lecture, Teyssier s’appuie sur une relecture minutieuse des écrits politiques et théologiques de Richelieu — des textes que la plupart des biographes citent sans toujours les prendre au sérieux, car ils les réduisent à de la rhétorique de circonstance. Il accorde une attention particulière aux années de jeunesse et à l’épiscopat de Luçon, période durant laquelle le futur cardinal se révèle un évêque réformateur appliqué, soucieux de son diocèse et de ses fidèles, bien loin de l’image du courtisan calculateur. Le titre du livre — L’Aigle et la Colombe — résume la dualité du personnage : la puissance du politique et la sincérité du croyant. L’ouvrage s’adresse en priorité à un public averti ; les abondantes citations de textes du XVIIe siècle peuvent ralentir la progression du lecteur·ice moins familier·ière de la période, mais elles confèrent au propos une solidité documentaire que peu de biographies de Richelieu peuvent revendiquer.


7. Richelieu (Françoise Hildesheimer, 2004)

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S’il ne fallait retenir qu’un seul livre sur Richelieu — exercice cruel, mais admettons —, celui de Françoise Hildesheimer serait un candidat sérieux. Conservatrice générale du patrimoine aux Archives nationales et professeure associée à Paris-I, Hildesheimer a passé une grande partie de sa carrière à éditer les textes du cardinal, du Testament politique aux écrits théologiques. Personne, aujourd’hui, ne connaît les archives de Richelieu aussi intimement qu’elle. Et c’est précisément parce qu’elle a lu, transcrit et annoté ces documents de première main que sa biographie possède une autorité peu commune : elle sait exactement ce que Richelieu a écrit, ce qu’on lui a prêté, et ce qu’on a inventé à son sujet.

Son parti pris est clair : se dégager des légendes — noire comme dorée — pour revenir aux textes et aux faits. Hildesheimer met au jour ce qu’elle appelle la « dysharmonie » entre ce que les documents révèlent et l’image que la postérité a figée. Son Richelieu est un homme vieilli avant l’âge, aux nerfs fragiles, que la peur de la disgrâce ne quitte jamais. Le tout-puissant ministre se sait suspendu à la faveur d’un roi méfiant et jaloux de son autorité ; loin de gouverner en maître absolu, il doit négocier, convaincre, ruser chaque jour pour se maintenir. Le livre s’attarde aussi sur le Richelieu théologien, auteur de théâtre et historien — des activités que la légende du cardinal tout-puissant a presque entièrement éclipsées. Primée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et régulièrement rééditée (la dernière édition date de 2021), cette biographie s’impose comme la référence académique sur le sujet.


8. Testament politique (Richelieu, présenté par Arnaud Teyssier, 2011)

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Après les biographies, la parole à l’accusé — ou plutôt au principal intéressé. Publié pour la première fois en 1688 à Amsterdam, le Testament politique de Richelieu a eu une histoire mouvementée : ce sont des protestants hollandais qui l’éditèrent — une ironie, quand on sait que le cardinal avait écrasé les protestants français à La Rochelle. Son authenticité a été contestée pendant des siècles — beaucoup y ont vu un faux fabriqué par les ennemis de la monarchie — avant que la critique historique ne tranche définitivement en sa faveur. Le texte, que le cardinal a dicté autant qu’il l’a rédigé, se présente comme un mémoire adressé au roi : il y dresse le bilan de son ministère, défend ses choix (l’entrée en guerre, la répression des révoltes, les exécutions de conspirateurs) et formule des recommandations pour l’avenir du royaume.

Mais le Testament dépasse de loin le simple bilan ministériel. C’est une réflexion de fond sur l’art de gouverner dont bon nombre de pages n’ont pas vieilli. Richelieu y affirme que le pouvoir véritable exige le sacrifice de ses intérêts personnels — celui qui gouverne pour jouir de son emprise sur les hommes n’est qu’un tyran. Il y soutient que la politique consiste à dompter les passions humaines pour les orienter vers l’intérêt général. Il y met en garde contre les dangers d’une noblesse oisive et indisciplinée, libre de lever des armées et de défier l’autorité royale à sa guise. Il y plaide pour une armée permanente, financée par l’État plutôt que par les seigneurs. Les maximes se succèdent, sèches et sans concession. L’édition présentée par Arnaud Teyssier, publiée chez Perrin (et disponible en format poche dans la collection Tempus), offre un appareil critique qui éclaire le contexte de chaque chapitre et permet au lecteur·ice d’aujourd’hui de s’y retrouver dans les subtilités du XVIIe siècle. Ce livre mérite une place sur votre étagère — à côté du Prince de Machiavel, dont il constitue, à bien des égards, le pendant français.