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Que lire sur l'histoire de la Serbie ?

Que lire sur l’histoire de la Serbie ?

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Située au cœur de la péninsule balkanique, la Serbie occupe une position géographique charnière entre l’Europe centrale et le Proche-Orient. Depuis l’installation des Slaves du sud dans la région au VIe siècle, son histoire est façonnée par les empires qui se disputent ce corridor stratégique : Byzance, l’Empire ottoman, la monarchie des Habsbourg. Après plusieurs siècles de domination turque, le XIXe siècle voit naître un mouvement d’émancipation nationale qui, des insurrections de 1804 et 1815 à la reconnaissance internationale de 1878, aboutit à la formation d’un État moderne.

La Première Guerre mondiale coûte à la Serbie près d’un tiers de sa population, puis le pays se retrouve intégré à la Yougoslavie — un État qui réunit Serbes, Croates, Slovènes, Bosniaques et Macédoniens, mais où la question des frontières internes et du poids respectif de chaque nation ne cesse de susciter des tensions. L’éclatement de la fédération titiste dans les années 1990 débouche sur les guerres de Croatie, de Bosnie-Herzégovine et du Kosovo, puis sur la chute du régime de Slobodan Milošević en 2000 — après quoi la Serbie entame une transition démocratique encore inachevée aujourd’hui.

Son histoire reste mal connue du public francophone, souvent réduite à une poignée de noms et à des images de guerre. Les sept ouvrages rassemblés ici permettent d’en comprendre les différentes strates, du cadre balkanique médiéval aux crises contemporaines.


1. Histoire des Balkans, XIVe-XXe siècle (Georges Castellan, 1991)

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Professeur émérite à l’université Paris-III et enseignant à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), Georges Castellan propose dans ce livre une vaste synthèse de l’histoire balkanique sur plus de cinq siècles. De la conquête ottomane de la péninsule à l’effondrement des régimes communistes en 1989, il retrace la trajectoire commune de peuples — Grecs, Serbes, Bulgares, Roumains, Albanais — qui ont cohabité, se sont affrontés et ont conservé, sous la domination du sultan, leurs particularismes religieux et culturels. Le XIXe siècle les voit constituer des États « nationaux » aux frontières contestées, dont les rivalités, encouragées par les puissances européennes, débouchent sur les guerres balkaniques, puis sur le premier conflit mondial.

Castellan permet notamment de comprendre comment les rêves concurrents de « Grande Serbie », de « Grande Bulgarie » ou de « Grande Grèce » ont structuré les antagonismes régionaux. Castellan montre que chacune de ces constructions nationales intégrait des minorités qui, au XXe siècle, ont revendiqué leurs propres droits culturels et politiques — un constat qui éclaire directement les guerres yougoslaves des années 1990 : les conflits en Croatie et en Bosnie-Herzégovine reproduisent ces logiques d’États « nationaux » incapables d’absorber leur diversité interne. Ce volume constitue un préalable solide pour quiconque souhaite aborder l’histoire serbe sans la dissocier de son contexte balkanique.


2. Histoire du peuple serbe (Dušan T. Bataković, dir., 2005)

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Dirigé par l’historien et diplomate Dušan T. Bataković, docteur de l’université Paris-Sorbonne et directeur de l’Institut des études balkaniques de Belgrade, cet ouvrage collectif — coécrit avec Milan St. Protić, Nikola Samardžić et Aleksandar Fotić — embrasse l’histoire du peuple serbe depuis ses origines médiévales jusqu’à la fin du XXe siècle. Pour la première fois dans une seule synthèse, le récit couvre sans interruption l’État médiéval des Nemanjić, les cinq siècles de domination ottomane, les migrations, les soulèvements du XIXe siècle, la construction d’un État moderne, les deux guerres mondiales, la Yougoslavie de Tito, puis la désintégration des années 1990 — une continuité que les ouvrages antérieurs, souvent limités à une période ou à un thème, ne permettaient pas de saisir.

L’ouvrage dépasse les seuls événements politiques et militaires. Il accorde une place significative à la culture serbe et à ses marqueurs identitaires — les fresques des monastères médiévaux de Studenica ou de Gračanica, la poésie épique orale qui a longtemps transmis la mémoire nationale sous l’occupation ottomane, mais aussi la littérature et l’art contemporains. Publié d’abord à Belgrade en 2000, dans le contexte de la transition démocratique serbe, il s’est imposé comme un texte de référence dans le pays, où il sert de base à la rédaction de nouveaux manuels scolaires. Cette synthèse adopte toutefois une perspective assumée, celle d’historiens serbes soucieux de réhabiliter un passé qu’ils estiment calomnié — ce qui en fait un document précieux, à condition de le croiser avec des regards extérieurs.


3. Serbes d’autrefois (Georges Castellan, 2005)

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Ce livre est la réédition, sous un nouveau titre, de La vie quotidienne en Serbie au seuil de l’indépendance, paru chez Hachette en 1967. Georges Castellan y resserre la focale sur une période brève mais décisive : les années 1815-1839, celles où la Serbie, sous la conduite du prince Miloš Obrenović — paysan insurgé devenu chef d’État — s’arrache à la tutelle ottomane et jette les bases d’un État national. L’auteur analyse les soulèvements, les négociations avec la Porte ottomane et les luttes de pouvoir internes qui jalonnent le réveil du sentiment national serbe, et dresse un tableau de la vie quotidienne dans les villes et les campagnes de cette principauté naissante.

L’originalité de ce livre réside dans son approche par le bas : Castellan s’intéresse moins aux grandes manœuvres diplomatiques qu’aux structures sociales, aux coutumes, aux croyances et aux influences croisées de Byzance, de Rome et de l’Islam qui façonnent la société serbe de l’époque. On y découvre une société rurale profondément imprégnée de traditions orthodoxes, mais aussi de pratiques héritées de la cohabitation avec l’Empire ottoman — un monde que le lecteur·ice occidental·e connaît rarement. Malgré son ancienneté, ce bouquin n’a pas d’équivalent en langue française pour qui veut comprendre les fondations de la Serbie moderne : comment vit-on, comment commerce-t-on, comment s’organise le pouvoir local dans une principauté qui s’invente sous nos yeux ?


4. La Serbie du prince Miloš à Milošević (Yves Tomić, 2003)

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Publié chez Peter Lang, ce livre d’Yves Tomić comble une lacune historiographique majeure en français. Historien spécialiste de l’espace yougoslave, cofondateur de la revue Balkanologie et témoin expert auprès du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Tomić retrace l’histoire de la Serbie de l’autonomie arrachée à l’Empire ottoman au début du XIXe siècle jusqu’à la chute de Slobodan Milošević en octobre 2000. Son pari : montrer que les guerres des années 1990 ne sont pas un accident, mais le produit d’une construction nationale amorcée deux siècles plus tôt, dont il reconstitue les étapes et les impasses.

Cinq chapitres structurent l’ouvrage : la construction nationale au XIXe siècle ; la formation de l’idéologie nationale ; l’intégration des Serbes dans la Yougoslavie monarchique puis communiste ; enfin, le basculement vers la guerre. L’un des apports les plus précieux du livre est son analyse du régime de Milošević : Tomić le qualifie de « régime politique autoritaire » qui bascule dans la dictature à partir de 1998, et refuse le terme de totalitarisme — ce qui revient à souligner que Milošević a gouverné non par l’idéologie et la terreur de masse, mais par le contrôle des médias, le clientélisme et la manipulation du nationalisme. Malgré un format modeste (168 pages, aucune carte), l’ouvrage fournit un cadre d’analyse solide pour comprendre comment la question nationale serbe s’est cristallisée sur près de deux siècles.


5. La Serbie, du martyre à la victoire (Frédéric Le Moal, 2008)

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Docteur en histoire des relations internationales de l’université Paris-IV Sorbonne, Frédéric Le Moal consacre ce livre à la Première Guerre mondiale vue du côté serbe — un épisode crucial qui redessine la carte des Balkans pour le siècle à venir. La Serbie, petit pays de moins de quatre millions d’habitants en 1912, résiste d’abord aux offensives austro-hongroises grâce à une série de victoires militaires — les batailles du Tser, du Jadar et de la Kolubara, en 1914. Puis, en 1915, les offensives simultanées des Empires centraux balayent ses armées : le pays est occupé. Mais les Serbes refusent la paix séparée, et l’armée en exil reprend le combat depuis le front de Macédoine jusqu’à la victoire finale de 1918 — au prix d’environ 1 250 000 morts, civils et militaires, soit près d’un tiers de la population.

Le Moal ne se limite pas au récit militaire. Il met en lumière la subtilité de la diplomatie serbe, loin du cliché d’un alignement mécanique sur la Russie au nom de la solidarité orthodoxe. Il étudie le jeu de figures telles que le président du Conseil Nikola Pašić et le prince régent Alexandre, qui manœuvrent entre les grandes puissances, le Comité yougoslave de Londres — un groupe d’intellectuels et de politiques croates, slovènes et serbes émigrés, favorables à la création d’un État sud-slave — et les ambitions territoriales italiennes, pour imposer en 1918 une Yougoslavie dominée par Belgrade. Or c’est précisément cette domination serbe sur un État qui réunit des nations aux intérêts divergents — Croates, Slovènes, Bosniaques — qui nourrit les crises à venir, de la dictature royale des années 1930 jusqu’aux guerres des années 1990. Couronné du prix du Mémorial du front d’Orient, ce livre reste l’un des rares en français à traiter de front la Serbie dans la Grande Guerre.


6. Histoire de Belgrade (Jean-Christophe Buisson, 2010)

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Journaliste au Figaro Magazine, Jean-Christophe Buisson retrace dans son Histoire de Belgrade — traduite en serbe et récompensée par le prix Karić — le destin d’une capitale qui, par sa position au confluent du Danube et de la Save, a suscité la convoitise de tous les empires environnants. Tour à tour celte, romaine, byzantine, hongroise, ottomane, autrichienne, la « ville blanche » (Beograd) a été détruite une trentaine de fois au cours de son histoire, parce qu’elle constituait un verrou entre l’Europe centrale et l’Empire ottoman que chaque camp voulait contrôler.

Le livre couvre l’histoire de Belgrade de l’Antiquité aux années 1980. On y suit l’occupation ottomane pluriséculaire, la naissance de la capitale d’une principauté serbe au XIXe siècle, l’essor cosmopolite de l’entre-deux-guerres — période où la ville se dote d’une vie culturelle intense, de cafés littéraires et d’une architecture européenne —, les destructions de la Seconde Guerre mondiale, puis les cinquante années du régime communiste de Tito et de ses successeurs. Buisson accorde une place particulière à la longue relation franco-serbe, du Moyen Âge aux alliances du XXe siècle.

Certains lecteur·ice·s ont pu lui reprocher une sympathie trop appuyée pour son sujet ; il n’en reste pas moins que le bouquin offre un angle d’approche singulier : suivre le fil d’une seule ville, c’est voir se succéder — dans ses rues, ses bâtiments et ses habitants — les empires, les guerres et les régimes qui ont modelé le pays.


7. Les Balkans en 100 questions (Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, 2023)

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Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, respectivement historien et géographe, sont les corédacteurs en chef du Courrier des Balkans, principal média francophone consacré à la région. Leur livre adopte un format question-réponse qui rend accessible une région dont la complexité décourage souvent les non-spécialistes : l’éclatement de la Yougoslavie était-il inéluctable ? Les guerres yougoslaves ont-elles été des guerres de religion ? La Serbie est-elle le cheval de Troie de la Russie ? La Chine est-elle en train de « racheter » les Balkans ?

La force de ce bouquin tient à la capacité des deux auteurs à relier les événements récents aux lignes de fracture héritées du passé. Ils montrent, par exemple, comment la guerre en Ukraine ravive les tensions entre la Serbie, proche de Moscou, et ses voisins tournés vers l’OTAN et l’Union européenne — ce qui réactive une opposition entre influences russe et occidentale vieille de deux siècles. Ils analysent aussi comment la crise migratoire et l’enlisement de l’élargissement européen ont transformé les Balkans en « garde-frontières » du continent.

Leur constat est sévère : trente ans après la fin des conflits yougoslaves, les pays des Balkans occidentaux sont dominés par des élites corrompues, leur économie stagne, l’État de droit recule et la jeunesse s’exile massivement. Cette « paix négative », selon l’expression qu’ils reprennent, n’est porteuse ni de progrès social ni de consolidation démocratique. Pour qui s’intéresse à la Serbie contemporaine et à son environnement régional, ce livre propose un état des lieux nourri par plus de vingt-cinq ans de terrain.