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Que lire sur l'histoire de la République centrafricaine ?

Que lire sur l’histoire de la République centrafricaine ?

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La République centrafricaine est l’un des pays les plus méconnus du continent africain, y compris en France, son ancienne puissance coloniale. Situé au cœur géographique de l’Afrique, ce territoire enclavé — sans accès à la mer, à plus de mille kilomètres du port le plus proche — n’a presque jamais été étudié par les historiens avant les années 1970. Pendant des siècles, les populations qui l’habitent — Banda, Gbaya, Zandé, Nzakara, entre autres — subissent les razzias esclavagistes menées depuis les sultanats du Darfour et du Ouaddaï (dans l’actuel Tchad) et depuis la vallée du Nil. Ces raids ne se limitent pas à capturer des hommes et des femmes : ils détruisent des villages entiers, dispersent les chefferies et vident des régions de leurs habitants. À la fin du XIXe siècle, la France s’empare de cette zone qu’elle baptise Oubangui-Chari — du nom des deux fleuves qui la bordent — et l’intègre à l’Afrique-Équatoriale française (AEF). L’administration coloniale y concède des pans entiers du territoire à des entreprises privées, les sociétés concessionnaires, qui obtiennent le monopole de l’exploitation des ressources (caoutchouc, ivoire) et soumettent les populations locales au travail forcé : collecte du latex dans la forêt, portage de charges sur des centaines de kilomètres pour acheminer les marchandises vers les fleuves navigables, faute de routes et de chemins de fer. La violence de ce système est telle qu’André Gide, au retour de son voyage en AEF, la dénonce dans Voyage au Congo (1927), et Albert Londres dans Terre d’ébène (1929). Des révoltes paysannes éclatent, dont la plus célèbre reste la guerre de Kongo-Wara (1928-1931), un soulèvement armé dirigé par le devin Karnou, qui mobilise plusieurs dizaines de milliers de personnes avant d’être écrasé par l’armée coloniale.

Dans les années 1940 et 1950, une conscience politique nationale prend forme autour de la figure de Barthélémy Boganda. Premier prêtre oubanguien ordonné par l’Église catholique, il quitte le sacerdoce après son mariage — le célibat étant obligatoire pour les prêtres catholiques, cette union le place en rupture avec sa hiérarchie. Il entre en politique, se fait élire député de l’Oubangui-Chari à l’Assemblée nationale française en 1946. Fondateur du MESAN (Mouvement d’évolution sociale de l’Afrique noire), il milite pour l’émancipation des populations centrafricaines et porte un projet de fédération des territoires d’Afrique centrale francophone — ce qu’il appelle les « États de l’Afrique latine ». Sa mort dans l’explosion de son avion le 29 mars 1959 — dont les circonstances n’ont jamais été élucidées — prive le pays de son seul leader d’envergure à la veille de l’indépendance. Proclamée le 13 août 1960, celle-ci ouvre une ère d’instabilité : le régime de David Dacko, cousin de Boganda, est renversé par le coup d’État de la Saint-Sylvestre 1965 au profit de Jean-Bedel Bokassa, qui se fait couronner empereur en 1977 à Bangui, dans une cérémonie calquée sur le sacre de Napoléon, avant d’être renversé en 1979 par l’opération Barracuda, organisée par Paris. Coups d’État, mutineries, rébellions et interventions étrangères — françaises d’abord, tchadiennes ensuite, puis russes à partir de 2018 — scandent les décennies suivantes, tandis que la population, dont sept habitant·es sur dix vivent sous le seuil de pauvreté, en paie le prix.

Les huit ouvrages présentés ci-dessous abordent cette trajectoire sous des angles complémentaires : histoire politique, analyse économique, biographies, critique des rapports coloniaux et néocoloniaux.


1. Histoire centrafricaine : des origines à 1966 (Pierre Kalck, 1992)

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Ce livre est issu de la thèse d’État soutenue par Pierre Kalck à la Sorbonne en 1970, puis remaniée pour la publication. Élève de l’École nationale de la France d’Outre-mer, administrateur colonial en Oubangui-Chari à partir de 1949, puis directeur de cabinet du premier gouvernement centrafricain — celui de Barthélémy Boganda —, Kalck (1924-2004) a une connaissance de la Centrafrique qui ne doit rien aux seuls livres. Son travail constitue la première grande synthèse historique sur la Centrafrique, depuis la préhistoire jusqu’aux premières années de l’indépendance. La réédition de 1992, parue chez L’Harmattan, a remis en circulation un texte devenu introuvable depuis les années 1970.

L’ouvrage retrace les siècles de traite esclavagiste — surtout orientale (vers les marchés du monde arabe), mais aussi atlantique (via le bassin du Congo) — qui ont dépeuplé le centre du continent. Kalck reconstitue les réseaux commerciaux transsahariens et nilotiques, les royaumes et chefferies qui structuraient la région du XVIe au XIXe siècle (les royaumes Zandé et Nzakara à l’est, les confédérations Gbaya à l’ouest), puis la conquête coloniale française, l’installation du régime concessionnaire et les décennies de travail forcé. Il accorde une place centrale à Barthélémy Boganda, dont il fut le collaborateur et l’ami. Le livre repose sur des archives coloniales de première main — rapports administratifs, correspondances, sources judiciaires — auxquelles Kalck a eu un accès direct du fait de ses fonctions.

La rigueur documentaire de l’ensemble — cartes, bibliographie fournie, appareil de notes — en fait un ouvrage de référence. On peut toutefois relever que la proximité de Kalck avec Boganda oriente parfois le regard : le livre est aussi un hommage, dédié au peuple centrafricain. Ce parti pris n’invalide pas la solidité du travail, mais il gagne à être complété par d’autres sources, en particulier celle de Zoctizoum (voir ci-dessous).


2. Histoire de la Centrafrique, tome 1 : 1879-1959 (Yarisse Zoctizoum, 1983)

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Issu d’une thèse de troisième cycle en économie soutenue à l’université Paris VII en 1981, sous la direction de Charles Bettelheim — économiste marxiste français, spécialiste des rapports entre capitalisme et sous-développement —, ce premier tome porte le sous-titre Violence du développement, domination et inégalités. Intellectuel centrafricain, Yarisse Zoctizoum y propose une lecture marxiste de la colonisation de l’Oubangui-Chari. Là où Kalck fait avant tout de l’histoire politique, Zoctizoum s’intéresse aux mécanismes économiques de l’exploitation coloniale : comment la France a réorganisé la société centrafricaine pour en extraire des richesses, et ce que cette réorganisation a détruit.

Le livre s’ouvre par une reconstitution des sociétés précoloniales, en particulier le fonctionnement de la famille élargie — l’unité de base de la vie économique et politique dans les communautés villageoises centrafricaines, qui organisait la production agricole, la redistribution des biens et la résolution des conflits. Cette démarche, assez rare dans l’historiographie de la période, permet de mesurer ce que la colonisation a aboli : un mode d’organisation sociale autonome, remplacé de force par le travail au service des sociétés concessionnaires. Zoctizoum analyse la confiscation des terres, les déplacements de populations, les répressions militaires. La guerre de Kongo-Wara, soulèvement armé des années 1928-1931 qui s’est propagé dans tout l’ouest de l’Oubangui-Chari et jusqu’au Cameroun et au Moyen-Congo voisins, occupe une place centrale dans le livre.

L’ouvrage montre comment les inégalités économiques de la Centrafrique contemporaine trouvent leurs racines dans les structures mises en place à l’époque coloniale : dépossession foncière, insertion forcée dans le commerce international, concentration des richesses entre les mains d’acteurs étrangers. C’est ce fil conducteur — la violence comme moteur du « développement » colonial — qui donne au livre sa cohérence.


3. Barthélémy Boganda, élu de Dieu et des Centrafricains (Pierre Kalck, 1995)

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Pierre Kalck consacre ici une biographie au personnage central de l’histoire centrafricaine moderne. Premier prêtre ordonné d’Oubangui-Chari, Boganda renonce au sacerdoce après son mariage avec une Française — décision qui, dans le catholicisme, est incompatible avec la prêtrise et lui vaut d’être suspendu par sa hiérarchie. Il se tourne vers la politique, est élu député à l’Assemblée nationale française en 1946, fonde le MESAN en 1949, devient maire de Bangui, puis président du Grand Conseil de l’AEF et enfin président du gouvernement de la République centrafricaine. Boganda cumule ainsi, en une décennie, tous les mandats qui comptent, et incarne à lui seul l’essor du mouvement d’émancipation centrafricain. L’ouvrage, paru aux éditions Sépia, retrace sa vie depuis son enfance dans un village de la forêt jusqu’à sa mort le 29 mars 1959, dans l’explosion de l’avion qui le ramenait de Berbérati à Bangui — un accident que tout laisse supposer être un attentat.

Kalck restitue les combats de Boganda : sa dénonciation du travail forcé devant l’Assemblée nationale, son affrontement avec l’administration coloniale et les milieux d’affaires, son projet de fédérer les territoires d’Afrique centrale francophone pour éviter ce qu’il appelait la « balkanisation » du continent — c’est-à-dire le morcellement de l’Afrique en petits États trop faibles pour peser seuls face aux anciennes puissances coloniales. Ce projet n’a jamais vu le jour : la mort de Boganda l’a enterré avec lui.

Le caractère parfois hagiographique du portrait a été relevé, y compris dans la Revue française d’histoire d’outre-mer : la proximité affective de Kalck avec son sujet — il a été son directeur de cabinet et son ami — tend à lisser les contradictions de l’homme politique. Ce livre reste néanmoins le document le plus complet sur une figure dont le souvenir est demeuré très vivace en Centrafrique, où Boganda fait office de père fondateur.


4. Centrafrique. Histoire économique et sociale au XXe siècle (Auguste Téné-Koyzoa, 2005)

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Publié chez L’Harmattan dans la collection « Études africaines », ce livre adopte un angle que les autres ouvrages de cette sélection ne traitent qu’incidemment : l’économie. Auguste Téné-Koyzoa retrace l’évolution des activités économiques, des échanges commerciaux et des conditions de vie en Centrafrique sur l’ensemble du XXe siècle, depuis l’économie de prédation coloniale (fondée sur le caoutchouc, puis le coton et le diamant) jusqu’aux impasses de l’après-indépendance.

L’auteur identifie les raisons profondes du sous-développement centrafricain. Certaines sont héritées de la colonisation : la quasi-absence d’infrastructures (routes, écoles, hôpitaux) laissées par la France en 1960, la spécialisation dans l’exportation de quelques matières premières dont les cours fluctuent sur les marchés mondiaux. D’autres tiennent à la géographie : l’acheminement des marchandises vers les ports camerounais ou congolais — les plus proches — représente un coût prohibitif qui pénalise toute l’économie. D’autres encore relèvent de la politique : fragilité des institutions, captation des ressources par les élites au pouvoir, instabilité chronique. Le constat ne s’arrête pas là : Téné-Koyzoa recense aussi les atouts du pays — ses terres arables, ses ressources minières et forestières, ses cours d’eau — et esquisse des pistes pour inverser la trajectoire.

C’est le seul ouvrage de cette sélection à placer l’économie au centre. Il éclaire une question que les histoires politiques et militaires laissent souvent sans réponse : pourquoi la Centrafrique, malgré des richesses naturelles réelles, n’a jamais connu de période de croissance durable.


5. Bokassa Ier, un empereur français (Stephen Smith et Géraldine Faes, 2000)

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Cette biographie, publiée chez Calmann-Lévy, est la première de cette envergure consacrée à Jean-Bedel Bokassa. Stephen Smith, alors responsable de la rubrique Afrique au Monde (et futur auteur de Négrologie, prix France Télévisions 2004), et Géraldine Faes, grand reporter à Jeune Afrique — qui avait obtenu en 1993 l’interview exclusive de l’empereur déchu à sa sortie de prison —, retracent un parcours hors norme : celui d’un orphelin devenu enfant de troupe dans l’armée française, officier décoré en Indochine, puis colonel, président, maréchal, et enfin empereur d’un pays où la moitié de la population ne mangeait pas à sa faim.

Le titre du livre dit l’essentiel de sa thèse. L’enjeu n’est pas de raconter une énième fois les extravagances de Bokassa — le sacre impérial de décembre 1977, les accusations d’anthropophagie, l’affaire des diamants offerts à Valéry Giscard d’Estaing —, mais de démontrer que ce régime, loin d’être une anomalie exotique, a été pendant treize ans soutenu, financé et protégé par la France. Le terme « Françafrique » désigne précisément ce système de relations entre Paris et ses anciennes colonies africaines, fondé sur le soutien à des régimes autoritaires en échange d’un accès privilégié aux ressources et d’un alignement diplomatique. Smith et Faes montrent comment ce mécanisme a fonctionné dans le cas centrafricain : aide militaire, coopération technique, complaisance diplomatique.

La rupture intervient en 1979 : le massacre de dizaines de lycéens et d’écoliers dans les prisons de Bangui — Bokassa avait ordonné la répression de manifestations contre le port d’uniformes scolaires obligatoires — provoque un scandale international, tandis que la révélation de l’affaire des diamants offerts à Giscard d’Estaing rend le soutien français politiquement intenable. Paris organise alors l’opération Barracuda et renverse l’empereur.


6. La Centrafrique et Bokassa, 1965-1979 : force et déclin d’un pouvoir personnel (Emmanuel Germain, 2000)

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Issu d’une thèse de doctorat en droit, cet ouvrage paru chez L’Harmattan aborde le régime Bokassa sous un angle très différent de la biographie de Smith et Faes. Emmanuel Germain ne s’intéresse pas tant à la vie de Bokassa qu’aux rapports de pouvoir et d’obéissance qui ont permis à cette dictature de durer quatorze ans. Sa question de départ est un paradoxe frappant : en janvier 1979, Bokassa ordonne l’arrestation de lycéens et d’écoliers qui manifestent à Bangui ; des dizaines d’entre eux sont tués en détention. La presse occidentale le dénonce comme un massacreur d’enfants et il est renversé quelques mois plus tard. Or, des décennies après sa chute, il reçoit des obsèques nationales et est intégré au panthéon officiel des grands hommes de son pays. Comment expliquer un tel retournement ?

La réponse, pour Germain, se trouve dans les structures traditionnelles du pouvoir en Centrafrique : les représentations collectives du chef comme figure protectrice et paternelle, les récits fondateurs qui légitiment l’autorité, les codes de loyauté hérités des sociétés précoloniales. Il montre que Bokassa a su inscrire son pouvoir dans cette continuité symbolique — se poser en père de la nation, en chef nourricier et protecteur — alors même qu’il éliminait ses opposants avec une brutalité sans limites. L’analyse ne cherche pas à « excuser » le régime, mais à comprendre pourquoi il a suscité une adhésion qui ne se réduit ni à la peur ni à la passivité, et pourquoi la mémoire de Bokassa en Centrafrique est bien plus ambivalente que l’image qu’en ont gardée les Européens.

Le bouquin se lit comme un complément direct à la biographie de Smith et Faes : là où celle-ci met en lumière les soutiens extérieurs du régime (en particulier le rôle de la France), Germain rend compte de ce qui, dans la société centrafricaine elle-même, a rendu ce pouvoir possible.


7. Centrafrique : un destin volé (Yanis Thomas, 2016)

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Publié aux éditions Agone dans la collection « Dossiers noirs » — une série consacrée aux relations franco-africaines, éditée en partenariat avec l’association Survie —, ce livre est un réquisitoire contre l’ingérence française en Centrafrique, de la colonisation à nos jours. Préfacé par Odile Tobner, il est l’un des rares ouvrages à couvrir l’intégralité de la séquence historique sous cet angle précis. Collaborateur de la revue Billets d’Afrique, Yanis Thomas n’est pas un universitaire de formation — il est ouvrier agricole —, mais il s’est appuyé sur des archives, des rapports d’ONG et une abondante littérature spécialisée.

L’ouvrage se structure en huit chapitres : la « razzia coloniale » des sociétés concessionnaires, la « fausse indépendance » (de Boganda à Kolingba), les présidences Patassé et Bozizé, l’assaut de l’armée française sur Birao en 2007, la crise de 2012-2014 et l’opération Sangaris. Thomas y analyse les enjeux économiques — diamants, pétrole, bois — qui sous-tendent les crises politiques, et passe au crible les ingérences d’autres États : le Tchad, qui a joué un rôle militaire direct dans plusieurs coups d’État, le Congo-Brazzaville, l’Afrique du Sud. Le livre fait de la Centrafrique un cas d’école de la Françafrique : un pays où, de Dacko à Bozizé, Paris a fait et défait les chefs d’État au gré de ses intérêts stratégiques et économiques.

Le livre assume sa dimension militante, mais sa clarté et la densité de ses sources le rendent accessible à qui s’intéresse au sujet, sans connaissances préalables.


8. Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas (Jean-Pierre Tuquoi, 2017)

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Journaliste au Monde et auteur de plusieurs livres sur le Maghreb et l’Afrique, Jean-Pierre Tuquoi consacre ici un récit d’enquête à la Centrafrique, nourri de reportages de terrain, d’entretiens et de sources écrites. Publié aux éditions La Découverte, le livre couvre plus d’un siècle d’histoire, depuis la conquête coloniale de la fin du XIXe siècle — quand une poignée de militaires et de missionnaires se sont lancés vers ce que les cartes européennes appelaient le « dernier blanc de l’Afrique », c’est-à-dire l’une des dernières zones du continent dont les Européens ignoraient tout — jusqu’au retrait des forces françaises en 2016, après l’opération Sangaris.

Le livre retrace la fabrication d’un territoire inventé de toutes pièces par la colonisation : l’Oubangui-Chari n’existait pas avant que la France ne trace ses frontières. Livré aux sociétés concessionnaires, le pays s’est vidé de sa population sous l’effet conjugué du travail forcé, des épidémies et des déplacements contraints. Des voix se sont élevées contre ce scandale — à la Chambre des députés, dans la presse, chez des écrivains comme Gide et Londres —, mais le « parti colonial », c’est-à-dire le lobby de députés et d’hommes d’affaires favorables à l’expansion coloniale, est resté dominant. L’indépendance de 1960 est arrivée dans un pays sans cadres formés, sans administration fonctionnelle et sans infrastructure digne de ce nom. Barthélémy Boganda, le seul homme qui avait un projet politique pour l’après-colonisation, était mort un an plus tôt.

Ce qui caractérise l’approche de Tuquoi, c’est un ton mélancolique, à l’écart des ouvrages plus militants ou plus académiques de cette sélection. Il ne se contente pas de documenter la prédation coloniale et néocoloniale ; il donne à voir ce qu’elle a produit : un pays où l’espérance de vie a reculé de dix ans, où la majorité de la population vit dans un dénuement extrême, et dont la plupart des Français ignorent jusqu’à l’existence. Les chiffres seuls ne suffisent pas à faire comprendre une telle catastrophe historique. Tuquoi y parvient par le récit et le reportage — et c’est ce qui donne au bouquin sa force particulière.