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Que lire sur l'histoire de la Corée du Sud ?

Que lire sur l’histoire de la Corée du Sud ?

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La péninsule coréenne est prise en étau entre la Chine et le Japon, deux empires dont elle subit tour à tour l’influence et la domination. Elle forge pourtant, au fil des siècles, une identité propre : un alphabet original — le hangeul, inventé au XVe siècle pour affranchir l’écriture des caractères chinois —, un confucianisme qui organise les rapports sociaux autour du respect de la hiérarchie et de la piété filiale, un bouddhisme implanté dès le IVe siècle dans les royaumes de la péninsule. Longtemps surnommée le « Royaume ermite » en raison de sa politique d’isolement vis-à-vis de l’Occident, la Corée est contrainte de s’ouvrir à la fin du XIXe siècle, sous la pression des puissances coloniales et de l’expansionnisme japonais. L’annexion par le Japon en 1910 inaugure trente-cinq années de colonisation brutale — interdiction de la langue coréenne, travail forcé, exploitation des ressources —, suivies, en 1945, d’une partition le long du 38e parallèle entre une zone d’occupation soviétique au nord et américaine au sud. La guerre de Corée (1950-1953), l’un des conflits les plus meurtriers du XXe siècle, fige cette division sans qu’aucun traité de paix ne soit jamais signé.

Au sud du 38e parallèle, la transformation est spectaculaire. En l’espace de quelques décennies, la Corée du Sud passe d’un pays ravagé par la guerre à la treizième économie mondiale. Cette ascension repose sur les chaebols — les grands conglomérats familiaux comme Samsung, Hyundai ou LG — et sur une industrialisation conduite au pas de charge par des régimes autoritaires qui sacrifient les libertés civiles au nom de la croissance. La démocratisation, conquise à la fin des années 1980 au prix de luttes étudiantes et ouvrières, met fin à trois décennies de régimes militaires. Aujourd’hui, le pays s’exporte à travers la hallyu, cette vague culturelle qui porte la K-pop de BTS et de BLACKPINK, les films de Bong Joon-ho — Parasite, Palme d’or en 2019 — ou les séries comme Squid Game jusqu’aux écrans du monde entier. Mais cette réussite a un prix : un taux de natalité parmi les plus faibles de la planète, une pression scolaire étouffante, un taux de suicide élevé et des inégalités persistantes.

Pour comprendre comment un tel parcours a été possible, et ce qu’il a coûté, il faut revenir à l’histoire. C’est précisément ce que proposent les huit ouvrages qui suivent.


1. Histoire de la Corée. Des origines à nos jours (Pascal Dayez-Burgeon, 2012)

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Diplomate en poste à Séoul de 2001 à 2006, Pascal Dayez-Burgeon signe l’une des synthèses les plus complètes disponibles en langue française sur l’histoire de la péninsule coréenne. Le récit couvre plusieurs millénaires : les royaumes fondateurs — Goguryeo, Baekje, Silla —, la longue dynastie Joseon (1392-1897), la colonisation japonaise, la partition de 1945. Le livre s’adresse aussi bien aux néophytes qu’aux lecteur·ices déjà familier·ères du sujet : les premier·ères y trouveront un socle chronologique solide, les second·es des éclairages sur des épisodes que le grand public occidental ignore largement.

La seconde moitié de l’ouvrage se concentre davantage sur la Corée du Sud, dont Dayez-Burgeon retrace la transformation économique, les soubresauts politiques — du régime de Park Chung-hee à la démocratisation — et l’émergence culturelle. Il accorde une place importante aux relations intercoréennes et rappelle un fait contre-intuitif : dans les années 1950-1960, c’est la Corée du Nord qui affiche le taux de croissance le plus élevé, soutenue par l’aide soviétique et chinoise, avant que la dynamique ne s’inverse à partir des années 1970 sous l’effet de l’industrialisation du Sud. Le récit de la crise financière de 1997 est tout aussi éclairant : la Corée du Sud frôle alors la faillite, obtient un prêt du FMI assorti de conditions drastiques de restructuration, puis le rembourse intégralement dès 2001 — un épisode qui illustre la discipline collective d’une société où des millions de citoyens ont volontairement donné leur or personnel pour renflouer les réserves de change du pays.


2. Histoire de la Corée (Samuel Guex, 2023)

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Professeur associé à l’université de Genève, spécialiste de l’histoire coréenne et japonaise, Samuel Guex propose avec ce livre paru chez Flammarion une synthèse d’universitaire qui court des origines mythiques — le récit fondateur de Dangun, ancêtre légendaire de la nation — jusqu’à la Corée hyperconnectée du XXIe siècle. Guex y intègre les débats historiographiques qui agitent les Coréens eux-mêmes, à commencer par la question de la réunification et celle, plus souterraine, de la construction d’un récit national après la colonisation japonaise : que retenir, que taire, comment juger ceux qui ont collaboré avec l’occupant ?

Le livre se singularise par l’attention portée aux relations triangulaires entre la Corée, la Chine et le Japon. Guex, dont les travaux portent précisément sur ces interactions aux XIXe et XXe siècles, montre comment la péninsule s’est construite dans un rapport permanent de fascination et de rivalité avec ses deux voisins — empruntant l’écriture chinoise puis s’en émancipant, subissant la colonisation japonaise puis refusant toute forme de rapprochement mémoriel avec Tokyo. Le récit aborde aussi bien les luttes de pouvoir entre dynasties que la question des « femmes de réconfort » — ces dizaines de milliers de femmes, coréennes pour la plupart, réduites à l’esclavage sexuel par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale — ou les controverses mémorielles qui empoisonnent encore les relations entre les deux pays.

Certains lecteur·ices regretteront le manque de cartes et d’illustrations, mais Guex montre avec clarté comment les conflits du passé — contestations territoriales, blessures coloniales, contentieux autour du travail forcé — continuent de peser sur la diplomatie actuelle. À lire en complément de l’ouvrage de Dayez-Burgeon.


3. La guerre de Corée (Ivan Cadeau, 2013)

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La guerre de Corée reste souvent qualifiée de « guerre oubliée » — éclipsée par la Seconde Guerre mondiale qui la précède et par le conflit vietnamien qui lui succède. Officier et docteur en histoire, chercheur au Service historique de la Défense, Ivan Cadeau entreprend de combler cette lacune avec un ouvrage fondé sur des archives inédites et une bibliographie internationale. Le livre retrace la genèse du conflit : les fractures de la société coréenne sous l’occupation japonaise, la division du pays à hauteur du 38e parallèle — décidée dans la précipitation en août 1945 par deux jeunes officiers américains, dont le futur secrétaire d’État Dean Rusk —, puis l’invasion de la Corée du Sud par les forces nord-coréennes le 25 juin 1950.

L’intervention de l’ONU sous l’égide du général MacArthur transforme cette guerre civile en un affrontement direct entre les blocs Est et Ouest, où s’impliquent les États-Unis, l’Union soviétique et la Chine de Mao. Cadeau analyse les retournements militaires — le débarquement d’Incheon, l’entrée en guerre des « volontaires » chinois, l’enlisement autour du 38e parallèle — et aborde aussi les questions les plus sensibles : l’usage du napalm, les accusations d’armes bactériologiques, la tentation nucléaire de Washington.

Le livre donne la parole aux témoins directs, y compris ceux du bataillon français de l’ONU, épisode peu connu de l’engagement militaire français en Asie. L’armistice de juillet 1953 met fin aux hostilités, mais aucun traité de paix ne suit : techniquement, les deux Corées sont toujours en guerre. Cette situation juridique n’a rien d’abstrait — elle justifie la présence de près de 28 000 soldats américains au sud du 38e parallèle, entretient une course aux armements dans la région et conditionne l’ensemble des rapports diplomatiques en Asie du Nord-Est.


4. Les trois Corées (Patrick Maurus, 2018)

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Patrick Maurus, professeur émérite de langue et de littérature coréennes à l’INALCO, traducteur et directeur de la collection « Lettres coréennes » chez Actes Sud, bouscule dans cet essai une idée reçue : il n’existe pas deux Corées, mais trois. À côté de la République de Corée (Sud) et de la République populaire démocratique de Corée (Nord), une troisième entité coréenne se développe en Chine, principalement dans le district autonome de Yanbian, à la frontière sino-nord-coréenne. Près de deux millions de personnes d’origine coréenne y vivent, avec leur langue, leurs institutions scolaires et des caractéristiques culturelles qui les singularisent autant de Séoul que de Pyongyang.

Cette perspective permet à Maurus de repenser la question de la réunification, habituellement réduite à un face-à-face Nord-Sud. L’auteur revient sur les non-dits historiques de chaque camp — la collaboration avec l’occupant japonais au Sud, la brutalité stalinienne au Nord — et interroge la cohérence même du concept de « Corée » : État, nation, langue et territoire coïncident-ils ? Les deux Corées ne portent d’ailleurs pas le même nom dans leur propre langue — Han-guk au Sud, Chosŏn au Nord —, un clivage terminologique qui signale une fracture identitaire bien plus profonde qu’une simple frontière.

L’ouvrage, réédité et actualisé en 2023 à la lumière de l’escalade des tensions régionales, se refuse à réduire la situation coréenne à l’opposition binaire entre un Nord totalitaire et un Sud démocratique. Maurus y défend également l’idée que la Corée chinoise pourrait jouer un rôle dans le désenclavement de la péninsule et la normalisation des relations entre les deux États. Un bouquin exigeant, dont la force tient à l’expérience directe de l’auteur — il a enseigné et voyagé à Séoul, à Pékin et à Pyongyang.


5. La Corée du Sud en 100 questions. La tyrannie de l’excellence (Juliette Morillot, 2022)

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Coréanologue, ancienne professeure à l’université nationale de Séoul et directrice de séminaire sur les relations intercoréennes à l’École de guerre de Paris, Juliette Morillot connaît la péninsule depuis 1982. Son ouvrage adopte un format en cent entrées thématiques, organisées en six grands chapitres — de l’histoire ancienne à la vague hallyu, des dictatures militaires au système éducatif, de la spiritualité à la place de la Corée dans le monde. Ce découpage autorise une lecture non linéaire : vous pouvez commencer par la question du confucianisme, bifurquer vers celle du « miracle » économique, puis revenir aux traumatismes de la colonisation japonaise.

Le sous-titre — La tyrannie de l’excellence — résume la thèse centrale du livre : la Corée du Sud souffre des effets pervers d’un développement obtenu à marche forcée. Morillot documente les failles d’une société où la compétition scolaire confine à la torture — les élèves sud-coréens étudient en moyenne plus de seize heures par jour, entre l’école et les instituts privés (hagwon) —, où le taux de suicide figure parmi les plus élevés au monde, où la jeunesse peine à trouver du sens sous le poids des obligations sociales et d’un confucianisme qui, s’il a structuré la cohésion familiale et le respect de la hiérarchie, fonctionne aussi comme un système de contrôle rigide.

L’autrice propose néanmoins une vision nuancée : la Corée du Sud est certes malade de son succès, mais sa capacité d’innovation — technologique, cinématographique, musicale — reste considérable. Quelques redites d’une question à l’autre — inhérentes au format — n’entament pas l’intérêt de l’ouvrage pour qui veut comprendre une société tiraillée entre la pression du groupe et l’aspiration individuelle à une vie moins sacrificielle.


6. Les Sud-Coréens (Frédéric Ojardias, 2017)

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Journaliste installé en Corée du Sud depuis 2004, correspondant de RFI, de Mediapart et de La Croix à Séoul, Frédéric Ojardias — titulaire d’un doctorat de l’INALCO et travailleur humanitaire en Corée du Nord avant de devenir journaliste — adopte une démarche résolument différente : il donne la parole aux Sud-Coréens eux-mêmes. Le livre rassemble une vingtaine de portraits et d’entretiens — un musicien qui a vécu la censure sous la dictature de Park Chung-hee, une religieuse engagée auprès des personnes âgées, une cinéaste confrontée à l’influence des chaebols dans l’industrie du film, des jeunes tiraillés entre hyperconnexion et quête de sens.

Ces témoignages sont répartis en cinq thématiques : l’identité, la modernité et le vertige numérique, le prix humain du miracle économique, la diversité religieuse (bouddhisme, protestantisme évangélique, chamanisme cohabitent parfois au sein d’une même famille) et le bouillonnement artistique qui nourrit le soft power coréen. Ojardias contextualise chaque récit par des analyses qui éclairent ce que les témoignages laissent entrevoir : le poids du matérialisme, le sexisme structurel, la répression des voix critiques.

L’ouvrage, concis (144 pages), ne prétend pas à l’exhaustivité, et certain·es lecteur·ices lui reprocheront de rester au niveau du témoignage sans toujours approfondir l’analyse. Mais sa force tient précisément à cette approche incarnée : parce que ce sont les Coréens qui racontent leur propre pays, l’image qui en ressort est plus contrastée que celle des essais classiques — on y entend les frustrations, les fiertés et les doutes d’une société que l’on réduit trop souvent, vue d’Europe, à Samsung et à la K-pop.


7. Géopolitique de la Corée du Sud. Une puissance paradoxale (Arnaud Leveau, 2014)

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Docteur en science politique et directeur adjoint de l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine, Arnaud Leveau propose un ouvrage centré sur le positionnement international de la Corée du Sud — un angle rarement traité de façon aussi systématique en français. Leveau part d’un constat : membre de l’OCDE et du G20, treizième économie mondiale, la Corée du Sud dispose d’un poids économique qui ne se traduit pas en influence politique proportionnelle. Coincée entre quatre géants — Chine, Japon, Russie, États-Unis — et prisonnière de son face-à-face avec Pyongyang, Séoul peine à s’affirmer comme un acteur géopolitique autonome.

Leveau retrace la manière dont la diplomatie sud-coréenne tente de résoudre cette équation : développement d’une industrie militaire nationale, promotion de son modèle économique auprès de pays d’Asie du Sud-Est, d’Asie centrale et d’Afrique, utilisation du soft power culturel comme levier d’influence. Le livre rappelle aussi des épisodes révélateurs, comme la victoire du consortium coréen Kepco face à Areva à Abou Dhabi en 2009 pour un contrat nucléaire de plus de vingt milliards de dollars — un signal fort de l’ambition sud-coréenne sur la scène économique mondiale.

L’ouvrage reste focalisé sur la seconde moitié du XXe siècle et les premières décennies du XXIe : c’est sa force — une analyse précise des défis contemporains —, mais aussi sa limite, car le lecteur·ice en quête de profondeur historique devra compléter sa lecture par d’autres titres de cette sélection.


8. Corée du Sud : le goût du miracle (Sébastien Falletti et Richard Werly, 2016)

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Agrégé d’histoire, correspondant du Figaro et du Point en Asie, Sébastien Falletti a vécu à Séoul de 2009 à 2013, où il a été vice-président du Club des correspondants étrangers. Avec le journaliste suisse Richard Werly, il signe un récit d’immersion dans la société sud-coréenne, loin du format académique. Le livre s’ouvre sur l’arrivée de Falletti dans la capitale sud-coréenne et restitue d’emblée le quotidien d’une mégalopole qui ne s’arrête jamais : les soirées au soju, la rigidité d’une société réglée au cordeau, l’angoisse permanente d’un conflit avec le Nord, les journées de travail parmi les plus longues du monde développé.

L’ouvrage est complété par des entretiens avec l’anthropologue Benjamin Joinau, l’historien Park Tae-Gyun et la directrice d’agence de communication Fiona Bae, qui apportent un regard croisé sur les ressorts du miracle coréen. Ce petit bouquin — réédité en 2022 — ne vise pas l’exhaustivité. Il fonctionne plutôt comme un décodeur : il donne à sentir, à hauteur d’homme, ce que signifie vivre dans un pays qui a multiplié son PIB par plus de cent en quelques décennies.

C’est sans doute le titre le plus accessible de cette sélection : si vous ne connaissez rien à la Corée du Sud et que vous ne souhaitez pas commencer par un ouvrage universitaire, il constitue un bon point de départ avant de vous tourner vers les synthèses historiques de Dayez-Burgeon ou de Guex.