À la charnière du IIIᵉ et du IIᵉ millénaire avant notre ère, un peuple indo-européen s’installe sur les hauts plateaux du centre de l’actuelle Turquie. Il se fond aux populations locales — les Hattis, dont il hérite jusqu’au nom : « Hittite » vient littéralement de « Hatti ». Il reprend aussi une partie du panthéon et quelques éléments de vocabulaire. Vers 1650 av. J.-C., un souverain du nom de Hattusili Iᵉʳ établit sa capitale à Hattusa, site fortifié perché sur un plateau rocheux bordé de ravins, dans l’actuelle province turque de Çorum. En quelques générations, ce petit royaume devient l’une des grandes puissances du Proche-Orient ancien.
Dès 1595 av. J.-C., un roi hittite pille Babylone — expédition-éclair qui précipite la chute de la dynastie d’Hammurabi et laisse un vide politique durable en Mésopotamie. Au XIVᵉ siècle, les Hittites défont le Mitanni — royaume hourrite qui contrôlait la Haute-Mésopotamie — et tiennent tête à l’Égypte pharaonique. Leur armée affronte celle de Ramsès II à Qadesh, en Syrie centrale près de l’Oronte, en 1274 av. J.-C. ; chaque camp en revendique la victoire. L’issue incertaine pousse les deux États à négocier, et ils concluent une quinzaine d’années plus tard ce que l’on tient pour le plus ancien traité de paix international conservé — texte dont une reproduction est aujourd’hui exposée au siège de l’ONU à New York.
Puis, vers 1180 av. J.-C., tout s’effondre : Hattusa brûle, l’empire se désagrège, et la langue hittite sombre dans le silence. Seules quelques mentions dans la Bible hébraïque et des ruines illisibles en préservent le souvenir, jusqu’au déchiffrement du hittite en 1915 par l’orientaliste et archéologue tchèque Bedřich Hrozný — qui repère dans une formule rituelle les mots watar et ezzatteni, trop proches de l’allemand Wasser et essen pour ne pas y reconnaître une langue indo-européenne.
Les sept livres présentés ci-dessous sont classés dans un ordre de lecture progressif. On commence par une courte synthèse d’initiation, on élargit ensuite la perspective avec un grand catalogue d’exposition qui donne à voir la culture matérielle hittite et ses héritages, puis on s’engage dans les cinq volumes de Jacques Freu et Michel Mazoyer, qui composent la plus ample histoire chronologique disponible en français — des origines du royaume à la conquête assyrienne des principautés néo-hittites au VIIᵉ siècle avant notre ère.
1. Les Hittites (Isabelle Klock-Fontanille, 1998)

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Publié dans la collection Que sais-je ? — 128 pages au format poche —, cet ouvrage reste le point d’entrée le plus simple pour aborder les Hittites. Agrégée de lettres classiques et professeure à l’Université de Limoges, l’auteure enseigne la langue hittite à l’Institut catholique de Paris et compte parmi les rares hittitologues francophones en activité. L’objectif du livre est clair : résumer l’état des connaissances sur ce peuple longtemps oublié, à destination d’un public non spécialiste.
La synthèse embrasse tous les aspects de la civilisation hittite. Un premier chapitre revient sur la redécouverte du peuple hittite par les archéologues et les linguistes depuis le XIXᵉ siècle ; suit un parcours historique qui va des origines à la chute de Hattusa, puis des chapitres thématiques sur la société et les institutions, la religion (domaine de recherche de l’auteure), la langue et le système cunéiforme, la littérature et l’art. Les chapitres sont courts — cinq à dix pages —, pédagogiques, et s’appuient sur des exemples concrets : un rituel, un article des Lois hittites (le code juridique régulièrement révisé par les rois de Hattusa), un passage d’annale royale. Quelques pages sont consacrées à ce qu’on appelle parfois l’« humanisme hittite » : le droit royal privilégie amendes et compensations financières sur les châtiments corporels, y compris pour des crimes graves. L’expression est anachronique — elle plaque une notion moderne sur une société ancienne — mais le phénomène juridique qu’elle recouvre est bien attesté par les Lois hittites justement.
Une mise au point efficace, à jour (l’édition revue date de 2009), idéale pour poser les bases avant d’aller plus loin.
2. Royaumes oubliés. De l’empire hittite aux Araméens (Vincent Blanchard [dir.], 2019)

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Coédité par le Louvre et les éditions Lienart, ce beau volume de 504 pages accompagne l’exposition présentée au Hall Napoléon du 2 mai au 12 août 2019. Sous la direction de Vincent Blanchard, conservateur au département des Antiquités orientales du musée, une trentaine de spécialistes internationaux y signent des contributions sur l’empire hittite puis sur les petits royaumes qui lui succèdent après 1180 av. J.-C. : les États néo-hittites et araméens du sud-est de la Turquie et du nord de la Syrie. Réunies pour la première fois en France, plus de trois cents pièces archéologiques y sont présentées et commentées.
L’ouvrage fait découvrir la civilisation hittite principalement par ses sculptures et ses inscriptions monumentales : lions gardiens d’entrée, stèles à divinités, bas-reliefs taillés à même la roche, orthostates — ces grandes dalles de pierre dressées contre les murs extérieurs des palais et sculptées en bas-relief de processions, de scènes de chasse ou d’épisodes mythologiques. Les sites emblématiques sont passés en revue — Hattusa bien sûr, mais aussi Zincirli (l’antique Sam’al), Tell Halaf (la Guzana araméenne aux grandes statues ramenées à Berlin par Max von Oppenheim puis très endommagées par les bombardements de 1943), Tell Ahmar, Karkemish, Arslantepe, Tell Tayinat. Chaque dossier thématique bénéficie d’un appareil iconographique soigné et d’une bibliographie à jour, ce qui rend le catalogue utile bien après la fermeture des salles.
Le livre réunit deux mondes qu’on traite souvent séparément : l’empire hittite de l’âge du Bronze d’un côté, ses héritiers de l’âge du Fer de l’autre. Après la chute de Hattusa, plusieurs petits royaumes du sud de l’Anatolie et du nord de la Syrie ont continué à se réclamer de la tradition hittite — mêmes divinités, répertoire iconographique voisin, et continuité linguistique par le louvite, langue étroitement apparentée au hittite, que ces royaumes notent désormais en signes hiéroglyphiques plutôt qu’en cunéiforme. Ils survivent ainsi quatre siècles avant d’être absorbés par l’empire néo-assyrien au VIIIᵉ siècle. Ce catalogue reste l’un des rares à documenter cette continuité par l’image. À lire avant la grande fresque chronologique qui suit, pour avoir les visages, les monstres et les dieux en tête lorsqu’on s’attaque au texte.
3. Les Hittites et leur histoire, tome 1 : Des origines à la fin de l’ancien royaume hittite (Jacques Freu, Michel Mazoyer, 2007)

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Premier volet d’une série fondée par deux universitaires français membres du Centre d’études syro-anatoliennes — Jacques Freu (1925-2020) et Michel Mazoyer, spécialiste de la religion hittite et directeur de publication de l’association Kubaba —, ce livre paraît en 2007 avec la collaboration d’Isabelle Klock-Fontanille pour le volet religieux. Il couvre la période qui va des premières traces écrites (XVIIIᵉ siècle av. J.-C., archives des marchands assyriens installés au comptoir de Kanesh/Kültepe, dans l’actuelle Cappadoce) jusqu’à la fin du règne de Muwatalli Iᵉʳ, soit environ trois siècles de construction politique et religieuse.
Le parti pris est celui d’une histoire politique serrée, adossée aux textes cunéiformes, où chaque règne est reconstitué à partir des sources hittites (tablettes de Hattusa) confrontées aux sources extérieures (Mari, Alep, Alalah, Égypte). Les auteurs ne tranchent pas arbitrairement les querelles chronologiques — et elles sont nombreuses en hittitologie : faute d’un point d’ancrage absolu, les spécialistes oscillent entre trois options (chronologie « haute », « moyenne » ou « basse ») qui décalent l’ensemble des dates du IIᵉ millénaire de plusieurs décennies, selon la datation retenue pour le règne d’Hammurabi de Babylone. Les auteurs présentent les hypothèses concurrentes plutôt qu’ils ne choisissent. On suit ainsi la fondation du royaume par Hattusili Iᵉʳ, les raids mésopotamiens de Mursili Iᵉʳ (qui pille Babylone vers 1595 — coup fatal à la dynastie d’Hammurabi — et rentre chez lui pour se faire assassiner par son beau-frère), puis la longue crise de l’Ancien Royaume, scandée par les coups d’État familiaux dont l’édit de Telipinu — texte de réforme promulgué au XVIᵉ siècle pour encadrer la succession au trône — énumère sans fard les assassinats, les empoisonnements et les élévations au trône illégitimes.
Ce tome est aussi une introduction générale à l’hittitologie : plusieurs chapitres reviennent sur les pionniers (Hugo Winckler et les fouilles de Boğazköy à partir de 1906, Bedřich Hrozný et son déchiffrement de 1915), sur la nature des archives retrouvées, et sur la religion des Anciens Hittites, avec ses héritages hattis (populations autochtones antérieures à l’arrivée des Hittites) et louvites (peuple apparenté aux Hittites, installé plus au sud de l’Anatolie). C’est une base solide pour entrer dans les quatre volumes suivants — à condition d’accepter une lecture dense et de ne pas se perdre dans les noms propres, qui se ressemblent à s’y méprendre. Il y a beaucoup de Hattusili, et plusieurs Tuthaliya.
4. Les Hittites et leur histoire, tome 2 : Les débuts du nouvel empire hittite (Jacques Freu, Michel Mazoyer, 2007)

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Publié la même année que le premier volume, ce deuxième tome de 430 pages prend en charge la période qui court du règne fondateur de Tuthaliya Iᵉʳ (milieu du XVᵉ siècle av. J.-C.) à la mort de Suppiluliuma Iᵉʳ, dans le dernier tiers du XIVᵉ siècle. C’est l’époque où le Hatti sort d’un long épisode de faiblesse et redevient un acteur majeur du Proche-Orient, sous la conduite d’une nouvelle dynastie dont Suppiluliuma sera la figure dominante.
Les auteurs s’attardent sur Suppiluliuma Iᵉʳ, souvent considéré comme le plus grand des rois hittites : il défait définitivement le Mitanni, royaume hourrite qui dominait jusqu’alors la Haute-Mésopotamie et verrouillait l’expansion hittite vers le sud ; il installe ensuite ses propres fils comme rois vassaux à Alep et à Karkemish, deux positions stratégiques qui lui donnent le contrôle direct de la Syrie du Nord. Et puis un jour, il reçoit une lettre stupéfiante : la veuve d’un pharaon égyptien récemment décédé — « Nibhururiya » dans le texte hittite, sans doute Toutânkhamon — lui demande un prince hittite comme époux, pour ne pas avoir à épouser un de ses propres serviteurs. Sceptique, Suppiluliuma envoie d’abord un émissaire vérifier, puis finit par expédier son fils Zannanza ; le prince sera assassiné en chemin, probablement sur ordre de la cour égyptienne. Les représailles hittites en Syrie ramènent chez eux des prisonniers égyptiens porteurs d’une épidémie qui ravagera le Hatti pendant vingt ans — Mursili II, fils et successeur de Suppiluliuma, en rendra lui-même compte dans les Prières de la peste, textes d’expiation adressés aux dieux pour comprendre quelle faute royale a pu provoquer pareil châtiment.
Comme le premier tome, le volume tire parti des découvertes textuelles récentes. Les archives retrouvées à Maşat Höyük y occupent une place de choix : cet ancien poste frontière hittite du nord-est a livré des lettres administratives qui documentent la gestion quotidienne d’une province confrontée aux incursions des Kaska, tribus montagnardes restées hors du contrôle impérial. Les hypothèses des hittitologues anglo-saxons (Trevor Bryce, Itamar Singer, Gary Beckman) sont systématiquement discutées. L’écriture reste technique, mais la matière en vaut largement l’effort pour qui aime voir la grande diplomatie du Bronze récent se jouer tablette par tablette.
5. Les Hittites et leur histoire, tome 3 : L’apogée du nouvel empire hittite (Jacques Freu, Michel Mazoyer, 2008)

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Le cœur de la série. Ce troisième tome couvre les quatre-vingts ans qui courent environ de 1320 à 1240 av. J.-C. — soit les règnes successifs de Mursili II (fils de Suppiluliuma), de Muwatalli II et de Hattusili III. L’empire est alors maître de la plus grande partie de l’Anatolie et de la Syrie du Nord, et le Hatti joue dans la cour des grands aux côtés de l’Égypte, de l’Assyrie et de Babylone.
Deux gros dossiers structurent l’ouvrage. Le premier porte sur la bataille de Qadesh (1274 av. J.-C.), qui oppose Muwatalli II à Ramsès II près de l’Oronte, puis sur le traité de paix conclu une quinzaine d’années plus tard entre Hattusili III et le pharaon. Les auteurs en scrutent les deux versions conservées : une en akkadien (la langue diplomatique internationale de l’époque) gravée sur une tablette retrouvée à Hattusa, une autre en égyptien gravée sur les murs de Karnak et du Ramesseum. Chaque chancellerie y présente le traité à l’avantage de son propre camp : la version égyptienne, par exemple, fait paraître le roi hittite comme demandeur de paix, quand la version hittite présente les deux souverains à strict pied d’égalité. Plus tard encore, deux princesses hittites sont envoyées épouser Ramsès II, pour sceller une alliance entre cours qui se battaient à mort quelques décennies plus tôt.
Plus controversé, le second dossier porte sur les relations entre Hittites et Grecs mycéniens, désignés dans les archives hittites comme les « gens d’Ahhiyawa » : on sait que ce royaume existait, qu’il entretenait une correspondance diplomatique avec Hattusa et qu’il intervenait militairement sur la côte égéenne de l’Anatolie ; on ne sait pas précisément où il se trouvait — Mycènes ? Rhodes ? Thèbes de Béotie, où des sceaux orientaux ont été retrouvés ? Le livre en présente les termes sans prétendre trancher. Enfin, plusieurs chapitres sont consacrés à Puduhepa, l’épouse de Hattusili III : fille d’un grand prêtre de Kizzuwatna (région du sud-est anatolien, en Cilicie, imprégnée de religion hourrite), elle co-signe avec son mari les actes officiels du royaume, correspond personnellement avec Ramsès II et la reine Néfertari, préside des tribunaux religieux et commandite une vaste réforme du culte. Autant de fonctions qui en font, de loin, la figure féminine la mieux documentée du Bronze récent. Pour qui ne lirait qu’un seul tome de la série, celui-ci serait sans doute le bon choix, tant les matériaux y sont riches et les enjeux historiques lisibles.
6. Les Hittites et leur histoire, tome 4 : Le déclin et la chute du nouvel empire hittite (Jacques Freu, Michel Mazoyer, 2010)

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Quatrième volume, un peu plus court (364 pages), consacré au règne de Tuthaliya IV, puis à ceux de ses successeurs Arnuwanda III et Suppiluliuma II, et enfin à l’effondrement de Hattusa au début du XIIᵉ siècle av. J.-C. L’ouvrage pose une question simple et toujours débattue : pourquoi le Hatti, pourtant bien établi et à peine sorti de son apogée, disparaît-il alors que, confrontées à la même crise du Levant, l’Égypte, l’Assyrie et Babylone s’en relèvent ?
Les auteurs passent en revue les explications concurrentes, à différentes échelles. Vers 1180 av. J.-C. déferlent sur le Levant les « Peuples de la Mer » — coalition hétérogène de populations migrantes venues probablement d’Égée et d’Anatolie occidentale, que les reliefs égyptiens de Médinet Habou représentent en armes, sur des bateaux et des chariots chargés de femmes et d’enfants. Leurs attaques ruinent Ougarit, désorganisent les routes commerciales maritimes et balaient plusieurs royaumes en l’espace de quelques années. S’y ajoute une sécheresse prolongée — désormais attestée par l’analyse des pollens et des cernes d’arbres — qui provoque famines et désordres internes : les dernières lettres d’Ougarit, port syrien allié du Hatti, réclament avec insistance du grain au roi de Chypre et signalent l’arrivée de bateaux ennemis. À l’échelle du royaume lui-même, les auteurs relèvent des fragilités structurelles : un système vassal qui repose sur la personne du Grand Roi plus que sur une administration centralisée, et des luttes dynastiques récurrentes qui affaiblissent le pouvoir.
Le parallèle avec l’effondrement simultané du monde mycénien occupe plusieurs pages : deux systèmes palatiaux s’écroulent au même moment, frappés par les mêmes causes — migrations, crise agricole, rupture des réseaux d’échange à longue distance qui leur fournissaient métaux et produits de luxe. Le livre se lit comme une enquête, avec ses suspects, ses indices et ses scènes de crime archéologiques : les incendies de Hattusa, d’Ougarit et de Karkemish, tous datés autour de 1180.
7. Les Hittites et leur histoire, tome 5 : Les royaumes néo-hittites à l’âge du fer (Jacques Freu, Michel Mazoyer, 2012)

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Dernier volume de la série, publié en 2012. Il prend le relais là où le tome 4 s’achève : après la disparition du grand royaume de Hatti vers 1180 av. J.-C., une nébuleuse de petites principautés se reconstitue dans le sud-est de l’Anatolie et le nord de la Syrie — Karkemish, Malatya, Tabal, Hama, Sam’al, Bit Adini, Patina, et bien d’autres. Leurs rois continuent à se dire hittites, à graver leurs inscriptions officielles en louvite hiéroglyphique (écriture en signes-images utilisée pour noter le louvite, langue indo-européenne proche du hittite et pratiquée dans le sud de l’Anatolie depuis le IIᵉ millénaire), et à honorer les divinités de l’ancien panthéon, à commencer par Tarhunt, le dieu de l’Orage, qui était déjà la figure majeure du panthéon impérial. Dans le même temps, des populations araméennes venues de la Syrie désertique s’infiltrent dans ces territoires et finissent par former la majorité dans plusieurs principautés, qui adoptent alors l’araméen comme langue administrative. Le résultat est un syncrétisme original : des élites d’origine anatolienne règnent sur des populations majoritairement araméennes, qui adoptent en retour les dieux et le répertoire iconographique hittites — stèles au dieu de l’Orage, banquets funéraires, lions gardiens.
Les auteurs retracent les quatre siècles d’existence de ces royaumes, scandés par la pression de plusieurs voisins : Assyriens surtout, mais aussi Phrygiens venus d’Anatolie centrale, Urartéens installés autour du lac de Van, et royaumes araméens du Levant (Damas notamment). Les rapports avec l’Assyrie forment le fil rouge du récit, depuis les premières campagnes de Tiglath-Phalazar Iᵉʳ à la fin du XIIᵉ siècle jusqu’aux annexions définitives par Sargon II à la fin du VIIIᵉ. L’ouvrage croise les inscriptions royales louvites gravées dans la pierre — elles ont survécu là où les archives sur tablettes d’argile des palais néo-hittites ont été perdues —, les annales assyriennes rédigées sur argile, et les résultats des fouilles récentes à Tell Ahmar ou à Karatepe, pour reconstituer une histoire longtemps restée périphérique dans les manuels.
Le volume se referme sur un chapitre de synthèse qui propose une relecture globale de la civilisation hittite, de ses continuités et de ses ruptures, et pointe l’héritage qu’elle laisse aux mondes postérieurs — phrygien, araméen, urartéen, et jusqu’au répertoire iconographique du Proche-Orient assyrien, qui reprend volontiers des motifs néo-hittites. Une manière élégante de refermer une série qui, en cinq volumes, aura presque tout dit sur ce peuple que l’Histoire avait failli oublier pour de bon.