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Que lire sur l'histoire du Congo-Kinshasa (République démocratique du Congo) ?

Que lire sur l’histoire du Congo-Kinshasa (République démocratique du Congo) ?

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Au cœur du continent africain s’étend un territoire aussi vaste que l’Europe occidentale, traversé par le Congo, le deuxième fleuve au monde par son débit. L’histoire de cette région ne commence pas avec la colonisation : bien avant l’arrivée des Européens, des royaumes structurés — Kongo, Luba, Lunda, Kuba, entre autres — y bâtissent des systèmes politiques centralisés, y développent des réseaux commerciaux à longue distance et y produisent des traditions artistiques dont les musées du monde entier conservent aujourd’hui les traces. C’est à partir de 1885 que la trajectoire de ce territoire bascule. Le roi des Belges Léopold II obtient, lors de la conférence de Berlin, la souveraineté sur le bassin du Congo. Son État indépendant du Congo repose sur le travail forcé, notamment dans la récolte du caoutchouc : les agents de l’État prennent femmes et enfants en otage pour contraindre les hommes à remplir les quotas, les soldats coupent les mains de ceux qui échouent, des villages entiers sont détruits en représailles. La population du territoire est réduite de moitié en deux décennies. En 1908, face aux scandales internationaux, la Belgique reprend le Congo à la couronne et en fait une colonie d’État, le Congo belge, fondée sur la ségrégation raciale et l’extraction intensive du cuivre, du cobalt, des diamants et de l’or.

Le 30 juin 1960, l’indépendance est proclamée, mais la crise éclate en quelques jours. La province minière du Katanga, poussée par les intérêts de l’Union minière du Haut-Katanga et soutenue par la Belgique, fait sécession. Partisan d’un Congo uni et affranchi de la tutelle occidentale, le Premier ministre Patrice Lumumba est renversé puis assassiné en janvier 1961 avec la complicité de Bruxelles et de Washington. En 1965, le colonel Mobutu Sese Seko prend le pouvoir par un coup d’État et instaure une dictature de trente-deux ans ; le pays est rebaptisé Zaïre en 1971. Tant que dure la guerre froide, les puissances occidentales le soutiennent comme allié anticommuniste en Afrique ; lorsque le bloc soviétique s’effondre, Mobutu perd ses protecteurs et son régime se délite. En 1996-1997, une rébellion armée le renverse, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda — deux pays qui poursuivent dans l’est du Congo les milices hutu responsables du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Les deux guerres du Congo qui s’ensuivent (1996-1997 et 1998-2003) impliquent une dizaine de pays africains et font, selon les estimations, entre trois et cinq millions de morts. Aujourd’hui, la République démocratique du Congo reste en proie à des conflits armés dans ses provinces orientales, à une instabilité institutionnelle chronique et au pillage de ses ressources — coltan, cobalt, or — par des groupes armés et des réseaux internationaux.

Les huit ouvrages présentés ici permettent d’aborder cette histoire longue et tourmentée.


1. Nouvelle histoire du Congo. Des origines à la République démocratique (Isidore Ndaywel è Nziem, 2009)

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Ce livre est la grande synthèse historique écrite par un Congolais sur son propre pays. Professeur à l’Université de Kinshasa, président de la Société des historiens congolais et chercheur associé à l’Université Paris I, Isidore Ndaywel è Nziem a consacré plusieurs décennies à ce projet. Il s’agit d’une version révisée et augmentée de son Histoire générale du Congo, parue pour la première fois en 1998. L’ouvrage couvre trois millénaires : les sociétés précoloniales — leurs structures politiques, leurs langues, leurs échanges commerciaux —, la colonisation, les décennies postcoloniales, jusqu’à la période ouverte par la chute de Mobutu et l’adoption de la constitution de 2006 (ce que les Congolais appellent la « Troisième République »). Ce qui en fait un livre sans équivalent, c’est le renversement de perspective qu’il opère : là où la plupart des synthèses disponibles adoptent un point de vue extérieur — souvent belge ou occidental —, Ndaywel è Nziem écrit depuis le Congo, avec une attention constante aux dynamiques internes des sociétés congolaises, celles que l’historiographie coloniale avait le plus souvent ignorées ou marginalisées.

L’historien ne réduit pas l’histoire de son pays à une succession de catastrophes subies. Il montre comment des formes d’organisation politique, des pratiques culturelles et des modes de résistance se sont maintenus ou réinventés au fil des siècles — y compris sous la colonisation et sous le régime Mobutu. La préface d’Elikia M’Bokolo résume l’enjeu : l’histoire, telle que la conçoit Ndaywel è Nziem, n’est pas une contemplation du passé, mais un outil pour éclairer le présent et nourrir l’action politique. Par sa rigueur documentaire — notes, bibliographie, index —, l’ouvrage s’impose comme la lecture première pour qui veut comprendre le Congo à partir de la perspective des sociétés congolaises elles-mêmes, et non simplement à travers le prisme de la colonisation.


2. Congo. Une histoire (David Van Reybrouck, 2012)

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Traduit du néerlandais, ce livre de l’écrivain et historien belge David Van Reybrouck a connu un succès considérable dès sa parution — plus de 300 000 exemplaires vendus en Belgique et aux Pays-Bas, prix Médicis de l’essai en 2012. En près de 700 pages, Van Reybrouck retrace l’histoire du Congo de la préhistoire jusqu’au début des années 2010, avec une méthode qui le singularise : il a recueilli pendant six ans plus de cinq cents témoignages, auprès de Congolais·es de toutes conditions — anciens combattants, musiciens, fonctionnaires, commerçants, enfants-soldats. Chaque chapitre s’ouvre sur un destin individuel, une vie ordinaire qui éclaire une époque. On y croise par exemple le premier Congolais à avoir invité une femme blanche à danser, ou le boy qui a ramené d’Europe la première bicyclette du Congo.

Cette approche, que Van Reybrouck rattache lui-même à la tradition de la history from below — l’histoire « par le bas », celle des anonymes plutôt que des dirigeants —, donne au livre une force d’évocation peu commune pour un essai historique. Van Reybrouck croise les témoignages oraux avec les archives coloniales, les travaux universitaires et ses propres observations de terrain, ce qui permet de saisir la réalité vécue derrière les grands événements politiques et économiques. Des historiens ont toutefois relevé des inexactitudes liées à l’usage de sources orales, par définition fragiles et difficiles à vérifier. Mais Van Reybrouck ne cède ni à l’autoflagellation postcoloniale ni à la complaisance : il distribue les responsabilités — belges, congolaises, internationales — et rend accessible au grand public une histoire longtemps méconnue hors de Belgique.


3. Les Fantômes du roi Léopold. La terreur coloniale dans l’État du Congo, 1884-1908 (Adam Hochschild, 1998)

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Le journaliste et enseignant américain Adam Hochschild a publié ce livre en 1998, et sa réception a été explosive. L’État indépendant du Congo — propriété personnelle de Léopold II de 1885 à 1908 — restait alors largement absent de la mémoire collective européenne, y compris en Belgique. Hochschild a reconstitué le fonctionnement du système d’exploitation mis en place par le roi : chaque village devait fournir des quotas de caoutchouc ; les agents de l’État prenaient femmes et enfants en otage pour contraindre les hommes à récolter ; ceux qui échouaient étaient punis par l’amputation des mains, que les soldats devaient rapporter comme preuve de l’usage de leurs cartouches. Les estimations démographiques font état d’environ dix millions de morts sur cette période.

Hochschild ne se limite pas à un inventaire des atrocités. Il structure son récit autour d’un affrontement entre deux figures : d’un côté, Léopold II, monarque qui a su se forger une réputation de philanthrope auprès des chancelleries européennes grâce à un discours humanitaire sur la « civilisation » de l’Afrique ; de l’autre, Edmund Dene Morel, un employé d’une compagnie maritime de Liverpool qui, en analysant les manifestes de cargaison, a compris que le commerce du Congo n’avait rien d’un échange libre — les navires partaient chargés d’armes et de munitions, et revenaient remplis de caoutchouc et d’ivoire. Morel a lancé ce qui est considéré comme le premier mouvement international de défense des droits humains du XXᵉ siècle. En Belgique, des voix ont reproché à Hochschild des simplifications et un regard trop américain sur une histoire belgo-congolaise. Il n’en a pas moins contribué à briser un silence de plusieurs décennies et à rouvrir le débat public sur la mémoire coloniale belge.


4. Congo. Ambitions et désenchantements, 1880-1960 (Jean-Luc Vellut, 2017)

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Jean-Luc Vellut a enseigné l’histoire aux universités de Kinshasa et de Lubumbashi avant de devenir professeur émérite à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve. Il a été l’un des premiers historiens belges à prendre au sérieux l’Afrique comme terrain de recherche à part entière, à une époque où cette histoire n’intéressait guère le monde académique européen. Ce livre rassemble des études rédigées entre les années 1970 et la fin des années 1990, reprises et remaniées pour cette édition. Il ne s’agit donc pas d’une synthèse linéaire, mais d’un recueil d’essais thématiques sur la période coloniale : géopolitique du bassin du Congo, rôle de Léopold II et de Stanley, économie extractive, rapports entre colonisateurs et pouvoirs locaux, vie spirituelle et production artistique congolaises.

Vellut s’intéresse autant aux ambitions des acteurs coloniaux — moderniser le territoire, en exploiter les ressources, convertir les populations au christianisme, y appliquer les méthodes de la science occidentale — qu’aux formes de résistance qui n’ont jamais cessé du côté congolais. Il consacre des pages éclairantes aux seigneurs de guerre africains, arabes et swahili qui contrôlaient des pans entiers du territoire avant la pénétration européenne, et aux alliances, souvent opportunistes, que les colonisateurs ont nouées avec certains chefs locaux. Ni nostalgie coloniale, ni réquisitoire à sens unique : Vellut restitue les contradictions et les logiques internes d’un système dont les effets se font sentir bien après 1960. La conclusion s’impose d’elle-même : en juin-juillet 1960, quelques jours après la proclamation de l’indépendance, les mutineries de la Force publique (l’armée coloniale dont les soldats étaient congolais mais les officiers exclusivement belges), la fuite des colons et la sécession du Katanga ont suffi à révéler que le Congo belge avait été conquis mais jamais véritablement soumis.


5. Le Congo colonial. Une histoire en questions (sous la direction d’Idesbald Goddeeris, Amandine Lauro et Guy Vanthemsche, 2020)

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Cet ouvrage collectif, dirigé par trois historiens rattachés à des universités belges (KU Leuven, ULB, VUB), adopte un format original : une trentaine de questions auxquelles répondent des spécialistes belges, congolais et internationaux. Peut-on parler de génocide dans l’État indépendant du Congo ? Combien de profits ont été réalisés au Congo et à qui ont-ils été versés ? Comment les Congolais·es ont-ils vécu et résisté à la colonisation ? Quel fut l’impact du colonialisme sur l’environnement ? Quelle place pour les femmes, la sexualité, le métissage — sujets longtemps considérés comme « tabous » de l’histoire coloniale ? La crise de 1960 est-elle la preuve d’une décolonisation ratée ? Autant d’interrogations qui touchent à l’économie, à la démographie, aux rapports de genre, à l’environnement, à l’éducation et à la mémoire.

À l’origine du projet, un constat : les débats publics sur le passé colonial belge — ravivés par les manifestations antiracistes de 2020 et les controverses autour des statues de Léopold II — souffrent d’une méconnaissance persistante des faits. Loin des polémiques mémorielles, il se donne pour objectif de rendre accessibles à un large public les résultats de la recherche scientifique récente. Parmi les contributeurs et contributrices figurent des noms de premier plan de l’historiographie congolaise et belge, comme Isidore Ndaywel è Nziem, Jacob Sabakinu Kivilu, Donatien Dibwe dia Mwembu ou Mathieu Zana Etambala. Le format par questions permet une lecture non linéaire : on peut y entrer par n’importe quel chapitre, selon ses centres d’intérêt.


6. L’Indépendance du Congo et ses lendemains (sous la direction d’Elikia M’Bokolo et Jacob Sabakinu Kivilu, 2020)

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Publié par le Musée royal de l’Afrique centrale (Tervuren) à l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance, cet ouvrage collectif réunit treize contributions scientifiques sur l’indépendance congolaise et ses suites — histoire politique, société, patrimoine, culture. Le projet remonte en réalité à 2010, lorsque le musée avait organisé l’exposition Indépendance ! Récits congolais pour le cinquantenaire. Les textes, rédigés à cette époque, ont été publiés tels quels dix ans plus tard — un choix assumé par les directeurs de l’ouvrage, qui ont jugé que ce corpus conservait toute sa pertinence.

Elikia M’Bokolo, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’Université de Kinshasa, et Jacob Sabakinu Kivilu, spécialiste de l’histoire des populations africaines, ont coordonné ces treize contributions, qui ne se limitent pas au récit des événements du 30 juin 1960. Le livre interroge ce que l’indépendance a changé — et ce qu’elle n’a pas changé : quelles structures coloniales ont survécu sous d’autres noms ? Comment la population a-t-elle vécu la transition ? Quels espoirs ont été trahis, et par qui ? L’anthropologue Filip De Boeck se demande par ailleurs si les outils intellectuels forgés depuis les années 1980 pour penser les séquelles de la colonisation — ce qu’on appelle la « théorie postcoloniale » — sont réellement adaptés au cas congolais, ou si l’histoire du Congo résiste à ces grilles de lecture conçues ailleurs. Ce livre permet de comprendre non seulement comment l’indépendance a eu lieu, mais pourquoi ses promesses sont restées en grande partie inaccomplies.


7. L’assassinat de Lumumba (Ludo De Witte, 2000)

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Ce livre du sociologue belge Ludo De Witte a provoqué un choc politique en Belgique dès sa parution. Fondé sur un dépouillement systématique des archives des Nations unies à New York et du ministère belge des Affaires étrangères, il établit la responsabilité directe du gouvernement belge dans l’assassinat de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, exécuté le 17 janvier 1961 au Katanga. De Witte reconstitue pas à pas la chaîne de décisions — directives venues de Bruxelles, exécution confiée à des officiers belges sur le terrain, complicités américaines et onusiennes — qui a conduit à l’élimination du leader nationaliste congolais.

L’impact de l’ouvrage a été tel qu’il a conduit, en 2001, à la création d’une commission d’enquête parlementaire belge chargée de déterminer les circonstances exactes de l’assassinat. La commission a conclu à la « responsabilité morale » de certains membres du gouvernement de l’époque — une formulation en retrait par rapport aux conclusions de De Witte, qui parle, lui, de responsabilité directe. De Witte ne se contente pas de documenter un crime d’État : il démonte les récits de couverture qui, pendant des décennies, ont attribué la mort de Lumumba à des « haines tribales » congolaises, et restitue les enjeux géopolitiques — guerre froide, intérêts miniers, sécession katangaise — qui l’ont rendue possible. De Witte révèle aussi des épisodes macabres, comme la mission confiée à des policiers belges de déterrer les corps, de les découper et de les dissoudre dans l’acide sulfurique pour effacer toute trace.

Plus de vingt-cinq ans après sa parution, ce livre reste la référence sur l’un des assassinats politiques les plus déterminants de la décolonisation africaine — celui qui a ouvert la voie à la prise de pouvoir de Mobutu et aux décennies de dictature qui ont suivi.


8. Mobutu (Jean-Pierre Langellier, 2017)

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Chef du service étranger du journal Le Monde et spécialiste de l’Afrique, Jean-Pierre Langellier propose ici la première biographie complète en français de Mobutu Sese Seko, de son enfance à Lisala — petite ville au bord du fleuve Congo — jusqu’à son exil au Maroc et sa mort en 1997. Pendant trente-deux ans (1965-1997), Mobutu a régné sur le Congo rebaptisé Zaïre : régime de parti unique, nationalisation des entreprises étrangères au nom de la « zaïrianisation » (dont les bénéfices ont surtout profité à ses proches), culte de la personnalité omniprésent, et détournement massif des richesses nationales — sa fortune personnelle a été estimée à plusieurs milliards de dollars, pendant que le pays s’enfonçait dans la misère.

Langellier fait ressortir les paradoxes du personnage : un homme qui a su maintenir l’unité d’un pays immense et y forger une conscience nationale — notamment par la politique d’« authenticité », qui imposait l’abandon des prénoms chrétiens et la valorisation des cultures congolaises —, mais qui a dans le même temps ruiné les institutions et l’économie du pays. Le livre replace Mobutu dans le contexte de la guerre froide : les puissances occidentales — France, Belgique, États-Unis — ont fermé les yeux sur sa dictature tant qu’il servait de rempart contre l’influence soviétique en Afrique centrale ; lorsque le mur de Berlin est tombé en 1989, Mobutu a perdu sa raison d’être stratégique, et les pressions internationales en faveur de la démocratisation se sont multipliées, sans que le régime parvienne à se réformer.

Des spécialistes ont reproché à l’auteur de s’être trop appuyé sur des sources occidentales — diplomates, anciens ambassadeurs — sans mener d’enquête de terrain au Congo ni recueillir la parole de témoins congolais de premier plan. Le bouquin reste néanmoins, à ce jour, la biographie la plus complète sur un dirigeant dont l’héritage est loin d’être épuisé : la corruption institutionnalisée, le délitement de l’État et la méfiance envers le pouvoir central qui caractérisent la RDC actuelle trouvent en bonne partie leur origine dans les trente-deux années du mobutisme.