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Que lire sur l'histoire du Canada ?

Que lire sur l’histoire du Canada ?

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Deuxième pays du monde par sa superficie, le Canada concentre l’essentiel de sa population sur une mince bande le long de la frontière américaine. Son histoire ne commence pas, comme on le croit parfois en Europe, avec l’arrivée de Jacques Cartier à Terre-Neuve en 1534. Depuis des millénaires, des peuples autochtones — Premières Nations et Inuits — habitent, organisent et transforment cet immense territoire. L’arrivée des Européens, à partir du XVIe siècle, ouvre une longue période d’échanges, d’alliances et de rivalités autour de la traite des fourrures, mais l’équilibre initial entre partenaires commerciaux cède peu à peu la place à des rapports de domination : dépossession territoriale, évangélisation forcée, tentatives d’assimilation dont les effets perdurent aujourd’hui.

La Nouvelle-France prend forme au XVIIe siècle, structurée par le commerce des peaux de castor et par les missions jésuites auprès des populations autochtones. En 1763, la défaite française lors de la guerre de Sept Ans — un conflit qui oppose notamment la France et la Grande-Bretagne sur plusieurs continents — entraîne la cession du Canada à la Couronne britannique par le traité de Paris. Désormais sujets d’un empire anglophone, les francophones conservent cependant leur langue, leur religion catholique et leur droit civil : une dualité culturelle s’installe au cœur du pays et ne le quittera plus.

La Confédération de 1867 réunit quatre provinces — Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse — dans un projet fédéral conçu pour résoudre les blocages politiques du Canada-Uni et faire face à l’expansionnisme américain. Ce cadre ne cessera de s’élargir (dix provinces et trois territoires aujourd’hui) et de se fissurer. Au XXe siècle, le Canada s’industrialise, accueille des vagues d’immigration successives et affirme peu à peu son autonomie face à Londres. Dès les années 1960, la Révolution tranquille — une période de modernisation accélérée du Québec, qui se sécularise, réforme son système d’éducation et voit monter un mouvement souverainiste — secoue l’équilibre fédéral. Deux référendums sur la souveraineté du Québec (1980 et 1995, le second perdu par une marge infime), des crises constitutionnelles à répétition et la montée en puissance des revendications autochtones pour la reconnaissance de leurs droits font du Canada un pays en négociation permanente avec lui-même.

Pour qui souhaite comprendre ce pays, la bibliographie ne manque pas — mais encore faut-il savoir par où commencer. Voici huit ouvrages de référence qui, chacun sous un angle propre, en éclairent l’histoire.


1. Histoire du Canada (Paul-André Linteau, 1994)

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Historien et professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal, Paul-André Linteau condense l’histoire du Canada en 128 pages dans le format traditionnel de la collection « Que sais-je ? » des Presses Universitaires de France. Des premiers habitants de l’Amérique du Nord jusqu’à la fin du XXe siècle, ce petit bouquin couvre l’ensemble des grandes séquences — Nouvelle-France, régime britannique, Confédération, expansion vers l’Ouest, guerres mondiales, crise constitutionnelle — sans sacrifier la cohérence d’ensemble. L’ouvrage a été régulièrement mis à jour depuis sa première parution ; la huitième édition intègre les évolutions les plus récentes.

Par ailleurs coauteur de l’imposante Histoire du Québec contemporain en deux volumes, Linteau sait relier les dimensions politique, économique, sociale et culturelle : on comprend, par exemple, comment l’essor du commerce des fourrures a conditionné l’organisation territoriale de la Nouvelle-France, ou comment la prospérité de l’après-guerre a fait émerger au Québec une nouvelle classe moyenne francophone, instruite et ambitieuse, qui a nourri les tensions constitutionnelles des années 1960-1990. Chaque chapitre fonctionne comme une synthèse autonome qui tient en quelques pages ce que d’autres déploient sur des centaines. On ne vous promet pas de devenir incollable sur la politique de Mackenzie King, mais vous aurez au moins une bonne base pour vous repérer.


2. Une brève histoire du Canada (H. V. Nelles, 2005)

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Titulaire de la chaire d’histoire canadienne à l’Université McMaster, H. V. Nelles est le seul historien à avoir reçu deux fois le prix Sir John A. Macdonald de la Société historique du Canada. Il conçoit l’histoire de son pays comme une suite ininterrompue de transformations : des Premières Nations qui ont façonné le territoire bien avant l’arrivée des Européens jusqu’aux mutations politiques des dernières décennies, son livre retrace le parcours d’un pays qui n’a jamais fini de se construire — ni de se demander ce qu’il est.

Car le Canada, rappelle Nelles, reste un paradoxe jusque pour ses propres citoyens. Les souverainistes québécois contestent le cadre fédéral ; certaines nations autochtones refusent de reconnaître une souveraineté canadienne imposée sans leur consentement ; l’Ouest du pays se juge marginalisé par les centres de décision d’Ottawa, Toronto et Montréal. Et pourtant, le pays se maintient — classé parmi les meilleurs endroits où vivre au monde, tout en restant exposé à l’influence culturelle et économique massive des États-Unis. Nelles ne gomme aucune de ces fractures dans un récit national lissé : il les prend au sérieux, et montre comment le Canada fonctionne malgré elles — et parfois grâce à elles. Traduit de l’anglais (A Little History of Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, l’ouvrage reste l’une des meilleures introductions au sujet.


3. Histoire du Canada : des origines à nos jours (Jean-Michel Lacroix, 2016)

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Professeur émérite de civilisation nord-américaine à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et figure centrale des études canadiennes en France depuis les années 1970, Jean-Michel Lacroix livre ici la synthèse qui manquait au lectorat francophone européen. Les grandes histoires du Canada accessibles en français étaient longtemps restées rares : soit comprimées dans un format court (le « Que sais-je ? » de Linteau), soit centrées sur le seul Québec. Son ouvrage, près de 500 pages, couvre la totalité de l’histoire canadienne, depuis les voyages de Cartier jusqu’aux questions contemporaines : intégration économique nord-américaine, politiques du multiculturalisme, place du Québec dans la fédération.

Le principal apport de ce livre tient à son point de vue français sur un objet d’étude nord-américain. Là où les synthèses publiées au Québec se concentrent naturellement sur les dynamiques internes de la fédération, Lacroix situe l’histoire du Canada dans un triangle relationnel entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Lacroix insiste aussi sur les contraintes géographiques — ce pays immense où la distance entre les régions a toujours pesé sur la cohésion politique — et sur les politiques d’immigration, sujets sur lesquels il a consacré l’essentiel de ses travaux universitaires. Salué par l’Académie des sciences d’outre-mer et couronné par le prix Champlain, l’ouvrage est une référence pour le lectorat européen qui veut comprendre le Canada sans passer exclusivement par le prisme québécois.


4. Une histoire du Canada (Robert Bothwell, 2009)

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Professeur d’histoire à l’Université de Toronto et spécialiste des relations internationales, Robert Bothwell a d’abord publié ce livre en anglais sous le titre The Penguin History of Canada (2006). La traduction française, parue aux Presses de l’Université Laval, offre au lectorat francophone une vision anglo-canadienne de l’histoire nationale — sensiblement différente de celle des historiens québécois ou français.

Bothwell lit l’histoire du Canada à travers le prisme de la diplomatie et de la géopolitique : il consacre de nombreuses pages au contexte politique européen (et londonien en particulier), aux guerres impériales, aux investissements canadiens à l’étranger et aux relations avec Washington. Ce parti pris a ses forces : on comprend mieux, par exemple, comment les deux guerres mondiales ont accéléré l’autonomisation du Canada vis-à-vis de la Grande-Bretagne, ou comment la guerre froide a resserré les liens avec les États-Unis. Il a aussi ses angles morts : l’histoire sociale, le Québec francophone et les Autochtones occupent une place plus réduite que dans d’autres synthèses. Bothwell assume une perspective où le Canada se comprend vu de l’extérieur, comme un pays dont la survie même — entre un empire britannique sur le déclin et un voisin américain en pleine expansion — n’avait rien d’acquis. Un complément aux ouvrages précédents, pas un doublon.


5. Canada-Québec : synthèse historique, 1534-2023 (Jacques Lacoursière, Jean Provencher, Denis Vaugeois, 2023)

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Voilà un bouquin dont la longévité dit quelque chose de l’appétit québécois pour sa propre histoire. La première version de cette synthèse remonte à 1968, sous le titre Histoire 1534-1968, et l’ouvrage n’a cessé d’être réédité et mis à jour depuis — plus d’un demi-siècle de révisions qui en font un pilier de l’historiographie québécoise. Jacques Lacoursière (1932-2021), considéré comme le plus grand vulgarisateur de l’histoire du Québec — historien, conférencier, animateur de radio et de télévision —, Jean Provencher, historien de terrain et auteur des célèbres Quatre Saisons, et Denis Vaugeois, à la fois historien, éditeur et ancien ministre, forment un trio dont la complémentarité explique la longévité du projet.

Cette édition de 2023, la plus récente, intègre la production historienne des quarante dernières années. Le texte principal est accompagné d’environ 400 gloses — des encadrés qui apportent commentaires, précisions factuelles et renvois bibliographiques — sans alourdir le fil du récit. La structure chronologique et l’index complet en font autant un outil de consultation ponctuelle qu’un livre de lecture suivie. Canada-Québec adopte un angle résolument québécois sur l’histoire canadienne : c’est l’histoire de la fédération vue depuis le Saint-Laurent, avec une attention soutenue aux tensions linguistiques, religieuses et politiques qui opposent (et lient) le Québec au reste du pays. Ce parti pris est assumé et cohérent ; il ne dispense pas de lire d’autres synthèses pour embrasser l’ensemble canadien, mais si vous ne deviez en lire qu’un seul sur le Québec, ce serait celui-là.


6. Une histoire du Canada contemporain : de 1850 à nos jours (Jean-Pierre Charland, 2007)

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Historien et romancier québécois, Jean-Pierre Charland a conçu cet ouvrage à l’intention du public étudiant, mais sa clarté et sa concision le rendent tout aussi utile à un lectorat plus large. Le livre se concentre sur la période qui va des prémices de la Confédération jusqu’au XXIe siècle, un choix judicieux pour qui s’intéresse d’abord au Canada moderne.

Le récit s’ouvre sur la gouvernance laborieuse du Canada-Uni, une entité politique créée en 1840 après les rébellions de 1837-1838 — des soulèvements armés au Bas-Canada (futur Québec) et au Haut-Canada (futur Ontario) contre l’autoritarisme colonial britannique, écrasés par la force et suivis du célèbre rapport Durham, qui recommandait l’assimilation pure et simple des francophones. Le Canada-Uni, censé fusionner les deux Canadas en une seule colonie, s’avère vite ingouvernable : chaque camp — anglophone et francophone — dispose d’un droit de veto de fait, ce qui paralyse le Parlement et pousse les élites politiques à inventer une solution fédérale. C’est la Confédération de 1867. Charland suit ensuite les grandes lignes de force du siècle et demi suivant : l’immigration massive, l’urbanisation rapide, l’industrialisation, la montée du nationalisme canadien face à l’impérialisme britannique, puis le basculement dans l’orbite économique américaine.

Mis à jour en 2015 dans la collection Bibliothèque québécoise, ce manuel bien découpé est efficace pour qui veut comprendre le Canada d’aujourd’hui.


7. Les Premières Nations du Canada : depuis les temps les plus lointains jusqu’à nos jours (Olive Patricia Dickason, 1996)

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Ce livre a fait date. Publié en anglais en 1992 sous le titre Canada’s First Nations et traduit en français en 1996 aux éditions du Septentrion, il constitue la toute première synthèse générale d’histoire des peuples autochtones du Canada rédigée par une historienne universitaire. D’origine métisse, Olive Patricia Dickason (1920-2011) a été la première personne au Canada à obtenir un doctorat en histoire autochtone — un fait qui en dit long sur le retard avec lequel la discipline s’est emparée de ce champ d’étude. Le livre a reçu le prix Sir John A. Macdonald en 1993 pour la meilleure contribution savante à l’histoire du Canada.

L’approche de Dickason est résolument interdisciplinaire : elle convoque l’archéologie, l’anthropologie, la linguistique et l’histoire pour reconstituer le parcours des Premières Nations, depuis les premières migrations humaines en Amérique — il y a au moins 15 000 ans — jusqu’aux luttes politiques et juridiques contemporaines. Avant le contact européen, ces sociétés avaient développé des réseaux commerciaux à grande échelle (le cuivre natif des Grands Lacs circulait sur des milliers de kilomètres), des confédérations politiques structurées (comme la Ligue des Cinq-Nations iroquoises, dotée d’un système de prise de décision par consensus), des pratiques agricoles variées et des systèmes juridiques propres. Dickason montre que leur influence sur l’ensemble canadien a été considérable, y compris dans les domaines de la diplomatie et de l’organisation territoriale — et que cette influence ne s’est pas éteinte avec la colonisation.


8. Le piège de la liberté : les peuples autochtones dans l’engrenage des régimes coloniaux (Denys Delâge, Jean-Philippe Warren, 2017)

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Professeur émérite à l’Université Laval et spécialiste reconnu de l’histoire des Amérindiens, Denys Delâge s’est associé au sociologue Jean-Philippe Warren pour répondre à une question précise : par quels mécanismes les empires européens ont-ils subjugué les peuples autochtones d’Amérique du Nord — non pas uniquement par la force brute, mais par la promesse même de la liberté ? C’est cette idée paradoxale qui donne son titre à l’ouvrage. La thèse est la suivante : lorsque les Européens ont imposé leur conception de la liberté individuelle — droit de propriété privée, liberté de commerce, égalité de chacun devant la loi —, ils ont du même coup démantelé les formes d’organisation collective des sociétés autochtones, fondées sur la réciprocité, le consensus et la propriété commune des terres. La « liberté » à l’occidentale a fonctionné comme un piège : elle a imposé des droits individuels à la place des droits collectifs, isolé les Autochtones de leurs communautés et fourni la justification idéologique de leur dépossession territoriale.

Les deux auteurs, dont la collaboration s’étend sur plus de vingt ans (Delâge est notamment l’auteur du classique Le Pays renversé, paru en 1985), couvrent plus de trois siècles de relations coloniales, de l’établissement de Québec en 1608 jusqu’à la fin du XIXe siècle. Ils montrent comment les autorités coloniales françaises ont d’abord tenté d’imposer aux nations autochtones un modèle de vassalité — le roi de France se présentait comme « père » des Amérindiens, ses « enfants » —, puis comment le régime britannique a substitué à cette logique un individualisme libéral qui a fragmenté les communautés autochtones en sujets juridiques isolés, privés de leurs assises territoriales et politiques. Le livre éclaire autant l’histoire autochtone que les certitudes de la pensée occidentale sur la liberté et le progrès — et sa lecture s’avère d’autant plus utile que les sociétés canadienne et québécoise n’en sont qu’aux premiers pas, hésitants et inégaux, d’une réévaluation de leur relation avec les peuples autochtones.