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Que lire sur l'histoire du Burundi ?

Que lire sur l’histoire du Burundi ?

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Petit pays enclavé au cœur de l’Afrique des Grands Lacs, bordé par le Rwanda, la Tanzanie et la République démocratique du Congo, le Burundi reste largement absent des bibliothèques et des programmes scolaires européens — alors même que son passé éclaire certaines des pires violences qu’a connues le continent africain au XXe siècle. Avant la colonisation, un royaume centralisé s’organise autour d’une monarchie sacrée — le mwami —, de lignages princiers (les Ganwa) et d’un réseau de prestations par lequel la paysannerie entretient les cours royales et princières : corvées agricoles, tributs en bétail, parts de récolte.

Les premiers Européens à atteindre le territoire, à la fin du XIXe siècle, interprètent cette société à travers le prisme de l’anthropologie raciale de leur époque, qui prétend classer les peuples en « races » hiérarchisées selon leur origine supposée. Ils décrivent les Tutsi comme des « Hamites » — c’est-à-dire, selon cette théorie, des peuples d’ascendance nord-africaine ou nilotique, présumés supérieurs — venus dominer les Hutu « bantous », relégués au rang de paysans-nés. Or, avant la colonisation, ces catégories sont bien plus fluides : elles renvoient au statut social, à la richesse en bétail ou à la fonction politique, et non à une appartenance biologique fixe. C’est l’administration coloniale — d’abord allemande, puis belge — qui les fige, les inscrit sur les cartes d’identité et s’en sert pour distribuer le pouvoir.

L’indépendance, proclamée en 1962 sous l’impulsion du prince Louis Rwagasore — assassiné quelques mois plus tôt —, ne défait pas cette classification devenue politique. Le Burundi connaît des coups d’État à répétition, des massacres de masse en 1972 et en 1988, puis l’assassinat du premier président démocratiquement élu, Melchior Ndadaye, en octobre 1993, qui précipite le pays dans une guerre civile longue de dix ans. Cette trajectoire, souvent éclipsée par le génocide perpétré au Rwanda voisin en 1994, a fait l’objet de travaux historiques rigoureux, portés à la fois par des chercheur·euse·s burundais·es et par des spécialistes français·es de la région.

Les huit ouvrages présentés ici, classés selon la période historique qu’ils couvrent, fournissent les clefs nécessaires pour comprendre comment le Burundi en est arrivé là — et ce qui, dans son passé, éclaire ses crises récentes.


1. Histoire du Burundi : des origines à la fin du XIXe siècle (sous la direction d’Émile Mworoha, 1987)

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Paru chez Hatier en 1987, cet ouvrage collectif réunit des historien·ne·s burundais·es et français·es — parmi lesquels Jean-Pierre Chrétien, Joseph Gahama, Claude Guillet et Christian Thibon — sous la direction d’Émile Mworoha, professeur à l’Université du Burundi et pionnier de l’historiographie nationale. Conçu sous la forme d’un manuel en onze chapitres, il couvre le peuplement de la région des Grands Lacs, la formation des royautés, les structures politiques et rituelles, l’économie agraire et pastorale, et les relations avec les sociétés voisines.

Jusqu’alors, le passé du Burundi se résumait pour l’essentiel à ce que les missionnaires et les administrateurs coloniaux en avaient écrit : des descriptions ethnographiques qui présentaient la société comme un agencement immuable de « races » hiérarchisées. Mworoha et ses collaborateur·ice·s rompent avec cette vision. Leur méthode : recourir aux traditions orales — récits dynastiques, généalogies, chants rituels —, à l’archéologie et à la linguistique pour montrer que la société burundaise a connu des transformations profondes au fil des siècles.

Le livre restitue ainsi un Burundi précolonial qui change, se restructure et ne ressemble pas au tableau figé hérité de la colonisation. C’est la première fois qu’une équipe universitaire du pays prend en charge l’écriture de sa propre histoire — un geste scientifique qui est aussi un geste d’émancipation intellectuelle.


2. Le Burundi ancien. L’économie du pouvoir de 1875 à 1920 (Augustin Nsanze, 2001)

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Historien formé à la Sorbonne et chercheur à l’Université Laval, Augustin Nsanze consacre cet ouvrage, publié chez L’Harmattan, au rapport entre pouvoir politique et exploitation économique dans le Burundi de la fin du XIXe siècle. Sa thèse : la société burundaise de cette époque fonctionne comme une féodalité. Le mwami et les princes contrôlent la terre ; en échange du droit de l’occuper, paysans, éleveurs et artisans doivent des corvées, des parts de récolte et d’autres prestations aux cours royales et princières. Le pouvoir ne repose pas sur une armée permanente ou sur une bureaucratie, mais sur ce prélèvement régulier, qui lie indissociablement autorité politique et captation des richesses.

Nsanze montre ensuite comment, après l’arrivée des Allemands en 1895, ce système se maintient mais subit de nouvelles contraintes. L’économie demeure orientée vers la subsistance plutôt que vers le marché ; cependant la croissance démographique et la multiplication des chefferies alourdissent les charges qui pèsent sur la paysannerie. Dans certaines régions, les colons réquisitionnent les paysans pour construire des routes, tandis que les missions catholiques les contraignent à défricher pour leurs propres installations. Ces exigences s’ajoutent — et ne se substituent pas — aux obligations coutumières, ce qui place certaines populations sous une double pression.

Pour compenser l’absence quasi totale de statistiques pour cette période, Nsanze croise archives coloniales allemandes et belges, littérature ethnographique et enquêtes orales qu’il a lui-même menées dans l’ensemble du pays — un effort de collecte qui donne au livre une assise géographique couvrant la quasi-totalité du territoire.


3. Le Burundi sous administration belge. La période du mandat, 1919-1939 (Joseph Gahama, 1983)

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Professeur à l’Université du Burundi, Joseph Gahama consacre ce livre, publié chez Karthala en 1983, aux vingt années d’entre-deux-guerres pendant lesquelles la Belgique administre le Burundi sous mandat de la Société des Nations (SDN). En principe, ce mandat impose à la puissance administrante de préparer le territoire à l’autonomie. En pratique, la Belgique applique au Burundi les méthodes rodées dans sa colonie du Congo : la gestion dite « indirecte », c’est-à-dire un mode de gouvernement qui maintient les chefs locaux en place mais les subordonne aux directives de l’administration européenne, au lieu de les remplacer par des fonctionnaires belges. Gahama analyse cette politique et ses effets : introduction de l’impôt en monnaie (qui oblige les paysans à vendre une partie de leurs récoltes ou à travailler pour des employeurs européens), action des missionnaires catholiques — les Pères blancs notamment — et diffusion d’une idéologie raciale qui classe les Burundais·es en catégories rigides.

L’un des apports majeurs du livre est de montrer comment la Belgique redistribue les cartes du pouvoir local : elle favorise certains lignages princiers, en destitue d’autres, et redessine les frontières des chefferies selon ses propres besoins administratifs. La loi du 21 août 1925, qui rattache le Ruanda-Urundi au Congo belge, achève de subordonner la gestion du mandat aux intérêts coloniaux de Bruxelles. Le résultat est une société profondément remaniée : des chefs autrefois puissants sont marginalisés, de nouvelles élites émergent grâce à la faveur de l’administration, et les identités « ethniques » — désormais inscrites dans les registres d’état civil — deviennent des marqueurs politiques de plus en plus lourds de conséquences. C’est dans ces deux décennies, montre Gahama, que se mettent en place les conditions structurelles des crises qui éclateront après l’indépendance.


4. Burundi, l’histoire retrouvée. Vingt-cinq ans de métier d’historien en Afrique (Jean-Pierre Chrétien, 1993)

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Ce recueil, paru chez Karthala, réunit des études et des articles publiés par Jean-Pierre Chrétien entre 1968 et 1992, tous consacrés au Burundi. Directeur de recherche au CNRS et l’un des principaux spécialistes français de l’Afrique des Grands Lacs, Chrétien retrace ici vingt-cinq ans de recherche sur le terrain, depuis son séjour comme enseignant à l’École normale supérieure de Bujumbura (1964-1968) jusqu’aux prémices de la crise des années 1990.

« Retrouver » l’histoire du Burundi, c’est d’abord la dégager des catégories raciales forgées par la colonisation. Les ethnographes européens du XIXe siècle avaient classé les populations de la région selon le mythe dit « hamitique » : les Tutsi, supposés descendre de peuples nilotiques venus du nord, auraient « naturellement » vocation à commander ; les Hutu, « bantous » autochtones, seraient voués au travail de la terre. Les missionnaires puis les administrateurs coloniaux avaient repris et durci cette grille jusqu’à en faire la clef de lecture unique de la société burundaise.

Chrétien démontre, textes et enquêtes orales à l’appui, que cette classification est une construction idéologique sans fondement historique solide : les identités hutu et tutsi n’ont jamais fonctionné comme des nationalités séparées, et leur signification a varié selon les époques et les régions. Or — et c’est l’un des fils conducteurs du livre — cette grille n’est pas restée dans les livres des ethnographes : elle a été réactivée après l’indépendance par des acteurs politiques qui y ont trouvé un instrument commode pour mobiliser, exclure et, finalement, tuer.


5. Le défi de l’ethnisme. Rwanda et Burundi (Jean-Pierre Chrétien, 1997 ; nouvelle édition 2012)

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Publié pour la première fois chez Karthala en 1997, trois ans après le génocide des Tutsi au Rwanda, ce livre prolonge et durcit la réflexion engagée dans Burundi, l’histoire retrouvée. Jean-Pierre Chrétien y rassemble des articles et des interventions rédigés entre 1990 et 1996, au moment où la violence ravage successivement le Burundi puis le Rwanda. L’édition de 2012, allégée d’une partie des textes d’origine mais enrichie d’une conclusion actualisée, confirme que le problème posé quinze ans plus tôt n’a rien perdu de son acuité.

La thèse est frontale : l’ethnisme tel qu’il a sévi dans la région des Grands Lacs n’est ni une fatalité culturelle ni le prolongement d’un antagonisme ancestral. C’est une idéologie moderne, issue des catégories raciales coloniales décrites dans le livre précédent, et instrumentalisée par des élites politiques pour justifier l’exclusion, voire l’élimination de l’« autre ». Au Rwanda, la propagande du régime Habyarimana présente les Tutsi comme des envahisseurs étrangers qu’il faut éradiquer ; au Burundi, le pouvoir militaire tutsi retourne la même logique contre les élites hutu.

Chrétien dénonce aussi la complaisance d’une partie de l’opinion occidentale, qui réduit ces massacres à des « colères populaires spontanées » ou à des « guerres tribales » — ce qui revient à effacer la question des responsabilités politiques et à renvoyer la violence à une sorte de nature africaine immémoriale. Le livre retrace les canaux par lesquels cette propagande raciste s’est répandue : médias de masse (la radio notamment, comme la Radio Télévision Libre des Mille Collines au Rwanda), discours officiels, manuels scolaires et tracts.


6. Burundi, la fracture identitaire. Logiques de violence et certitudes « ethniques » (1993-1996) (sous la direction de Jean-Pierre Chrétien et Melchior Mukuri, 2002)

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Cet ouvrage collectif, publié chez Karthala, réunit des chercheur·euse·s burundais·es de toutes origines et des spécialistes français·es autour d’un dossier précis : la crise qui secoue le Burundi entre l’assassinat du président Ndadaye en octobre 1993 et le coup d’État de Pierre Buyoya en juillet 1996. Chrétien et Mukuri — historien burundais, professeur à l’Université du Burundi — ont coordonné un travail dont l’objectif est de revenir aux faits et aux documents pour comprendre comment, en trois ans, un pays a basculé dans la violence généralisée.

Le livre ne cherche pas à proposer une explication unique, mais à juxtaposer des éclairages complémentaires, parfois divergents. Des chronologies reconstituent la séquence des événements semaine par semaine. Des documents inédits — tracts, communiqués, témoignages — et des enquêtes de terrain permettent d’analyser les formes de la violence : massacres ciblés, déplacements de population, destruction de biens. D’autres contributions examinent l’impact de la crise sur la vie quotidienne des Burundais·es ordinaires, le comportement des institutions — armée, Églises, justice — face aux tueries, la dimension économique du conflit (qui profite du chaos ?) et le rôle des médias, tant nationaux qu’internationaux, dans la polarisation des camps.

L’ensemble refuse aussi bien la grille de lecture purement ethnique — « Hutu contre Tutsi, de toute éternité » — que l’indifférence qui, à l’époque, conduit la communauté internationale à détourner le regard.


7. Burundi 1972. Au bord des génocides (Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier, 2007)

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La crise de 1972 — appelée ikiza, « le fléau », par les Burundais·es — est la plus grave que connaît le pays avant la guerre civile de 1993-2003. Le 29 avril, une rébellion éclate dans le sud du Burundi et s’accompagne de tueries contre des civils tutsi. La répression qui s’ensuit, orchestrée par le régime militaire du président Micombero entre mai et juillet, dépasse de loin la réponse à l’insurrection : elle s’étend à l’ensemble du territoire et cible en priorité les Hutu instruits — cadres, fonctionnaires, commerçants, élèves du secondaire, étudiants — dans ce qui s’apparente à une purge systématique de l’élite hutu. Publié chez Karthala, ce livre constitue la première enquête historique approfondie sur cet épisode, resté pendant trente-cinq ans sans étude à la mesure de sa gravité.

Les deux auteurs ont une connaissance directe des événements : journaliste, Dupaquier se trouve sur place en 1972 ; depuis la France, Chrétien tente alors d’alerter l’opinion. Ils ont conservé la documentation accumulée à l’époque, qu’ils complètent par des enquêtes orales menées entre 1999 et 2002 dans plusieurs régions du pays, et par le dépouillement des archives diplomatiques françaises et belges récemment déclassifiées. Le titre — « au bord des génocides », au pluriel — pointe la double nature de l’événement : d’un côté, une rébellion qui fait environ un millier de victimes tutsi ; de l’autre, une répression d’État qui cause au moins cent mille morts dans la population hutu, selon les estimations des auteurs. L’ampleur de cette asymétrie, la dimension systématique de la répression et le ciblage spécifique des élites éduquées sont au cœur de l’analyse.

Le livre met aussi en lumière les conséquences à long terme de 1972 : l’élimination physique de l’intelligentsia hutu prive cette communauté de ses cadres pour une génération entière ; des centaines de milliers de personnes fuient vers les pays voisins, où les communautés d’exilé·e·s se radicalisent ; et la mémoire de l’ikiza devient, dans les décennies suivantes, un levier de mobilisation politique qui contribue directement à la polarisation dont le Burundi paiera le prix en 1993.


8. Le Burundi contemporain. L’État-nation en question (1956-2002) (Augustin Nsanze, 2003)

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Second volet du diptyque d’Augustin Nsanze après Le Burundi ancien, ce livre de plus de cinq cents pages, publié chez L’Harmattan avec une préface de René Lemarchand (politologue américain et spécialiste de la région), couvre près d’un demi-siècle d’histoire politique, des dernières années de la tutelle belge aux négociations de paix d’Arusha. Nsanze, lui-même acteur de la vie politique burundaise — il a été ambassadeur du Burundi auprès des Nations unies et ministre des Affaires étrangères —, pose une question centrale : comment un État-nation a-t-il pu se construire, puis se défaire, dans un pays façonné par trois tuteurs extérieurs — la Belgique, l’Église catholique et l’ONU — qui ont chacun laissé leur empreinte sur les institutions, l’éducation et les rapports entre communautés ?

Le livre retrace la montée du tribalisme à partir de 1965, la liquidation du régime monarchique et parlementaire en 1966 par un coup d’État militaire, puis l’installation d’un pouvoir tutsi qui, au fil des massacres de 1969, 1972 et 1988, élimine ou marginalise les élites hutu et installe la peur comme mode de gouvernement. Les élections de 1993 et la victoire du candidat hutu Melchior Ndadaye semblent rouvrir le jeu ; son assassinat trois mois plus tard par des militaires tutsi referme brutalement cette parenthèse et précipite le pays dans des violences intercommunautaires, puis dans une guerre civile qui ne s’achèvera qu’en 2003. Nsanze retrace chacune de ces séquences à partir d’archives, de témoignages et de sa propre expérience des cercles du pouvoir — une position qui lui donne accès à des informations de première main, tout en impliquant un point de vue assumé sur les événements.