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Que lire sur l'histoire de la Bolivie ?

Que lire sur l’histoire de la Bolivie ?

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Pays enclavé depuis la fin du XIXe siècle, peuplé majoritairement de communautés autochtones quechua et aymara, la Bolivie est l’un des États les plus pauvres d’Amérique du Sud alors même qu’elle fournit le monde en minerais depuis cinq siècles : argent à l’époque coloniale, étain au XXe siècle, et désormais lithium dont elle possède l’une des plus grandes réserves de la planète. Toute son histoire se joue dans cette contradiction. Avant la conquête, les hauts plateaux andins voient se succéder la civilisation de Tiwanaku puis l’empire inca. À partir de 1532, l’arrivée des Espagnols change la donne : la découverte des filons d’argent du Cerro Rico de Potosí, en 1545, fait de la région l’un des principaux pourvoyeurs de métal précieux du monde colonial. Pendant trois siècles, la mita — un système de corvée hérité des Incas et durci par les Espagnols — oblige les hommes des communautés indigènes à passer chaque année plusieurs mois dans les galeries pour en extraire l’argent qui, frappé en monnaie à la Casa de la Moneda de Potosí, finance l’économie européenne et alimente le commerce international jusqu’en Chine.

Proclamée en 1825 sous l’impulsion de Simón Bolívar, l’indépendance donne son nom au nouvel État, mais le pouvoir reste aux mains d’une élite créole héritière des privilèges coloniaux. Au cours du XIXe siècle et au début du XXe, la Bolivie perd près de la moitié de son territoire au profit de ses voisins : son littoral pacifique est cédé au Chili lors de la guerre du Pacifique (1879-1884), une partie de l’Amazonie est annexée par le Brésil en 1903, puis le Chaco est perdu face au Paraguay en 1935. La perte de l’accès à la mer est vécue comme une amputation : le pays célèbre encore chaque année le Día del Mar et revendique toujours un couloir souverain devant la Cour internationale de justice. Les premières décennies du XXe siècle sont traversées par les grèves des mineurs d’étain et les révoltes paysannes qui culminent dans la révolution de 1952 : portée par le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR), elle nationalise les mines, redistribue les terres et instaure le suffrage universel pour les analphabètes — donc, de fait, pour la plupart des autochtones. Mais le projet s’enlise sous l’effet des divisions internes du MNR et des pressions états-uniennes pour limiter le pouvoir des syndicats sur les mines. À partir de 1964, une succession de coups d’État ouvre une longue séquence de dictatures militaires soutenues par Washington au nom de la lutte anticommuniste. C’est dans ce contexte que Che Guevara tente, en 1966-1967, de transformer la sierra bolivienne en foyer d’une révolution continentale ; capturé puis exécuté avec l’appui de la CIA, il devient par sa mort l’une des icônes politiques majeures du XXe siècle.

Le retour à la démocratie, en 1982, intervient dans un contexte d’hyperinflation. Pour y répondre, le gouvernement adopte en 1985 une cure d’orthodoxie libérale : privatisation des entreprises publiques, ouverture aux capitaux étrangers, recul de l’État. Vingt ans plus tard, le bilan est mitigé — la croissance redémarre, mais les inégalités s’aggravent — et les classes populaires se mobilisent. La guerre de l’eau de Cochabamba en 2000, déclenchée par la concession du service public d’eau potable à un consortium piloté par la multinationale Bechtel qui double immédiatement les tarifs, et la guerre du gaz d’El Alto en 2003, contre un projet d’exportation vers les États-Unis via un port chilien, font tomber deux présidents successifs. Dirigeant du syndicat des cocaleros (les producteurs de feuilles de coca du Chapare), Evo Morales remporte en 2005 la présidentielle avec 54 % des voix : il est le premier chef d’État d’origine indigène du pays. Son gouvernement nationalise les hydrocarbures, fait adopter en 2009 une nouvelle Constitution qui reconnaît trente-six « nations » autochtones, et réduit la pauvreté extrême de moitié en treize ans. Mais en 2019, sa quatrième candidature — autorisée par la Cour constitutionnelle malgré un référendum populaire qui l’avait rejetée en 2016 — débouche sur un scrutin contesté : un audit de l’Organisation des États américains conclut à des irrégularités, la contestation se durcit, et Morales démissionne sous la pression de l’armée avant de partir en exil au Mexique. Un an plus tard, son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), revient au pouvoir avec Luis Arce.

Voici les principaux livres disponibles en français pour comprendre cette histoire singulière.


1. Les veines ouvertes de l’Amérique latine (Eduardo Galeano, 1971)

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Cet essai du journaliste uruguayen Eduardo Galeano est un classique pour situer l’histoire de la Bolivie dans son contexte continental. Publié en 1971, au moment où plusieurs pays sud-américains basculent dans la dictature militaire, le livre retrace cinq siècles de pillage des ressources naturelles : l’or et l’argent extraits par les Espagnols et les Portugais entre le XVIe et le XVIIIe siècle, puis le sucre cubain, le caoutchouc brésilien, le guano péruvien, le cuivre chilien et enfin le pétrole vénézuélien. L’argument central tient en une métaphore : le sang du continent s’écoule par des veines ouvertes vers l’Europe puis vers les États-Unis, et ses habitants ne profitent jamais durablement du fruit de leurs propres richesses, captées à chaque génération par les puissances extérieures et leurs relais locaux.

Galeano consacre des pages décisives à la Bolivie, qu’il considère comme un cas d’école de cette dépossession. Le Cerro Rico de Potosí incarne pour lui le paradoxe d’une montagne d’argent qui a financé le capitalisme européen et maintenu ses extracteurs dans la misère : pendant que les Espagnols frappaient les pièces qui circulaient jusqu’en Asie, les mineurs autochtones mouraient par milliers dans des galeries empoisonnées au mercure, qui servait à séparer l’argent du minerai. L’auteur lie systématiquement la conquête, l’esclavage indigène et africain, les plantations sucrières, la dette extérieure, les coups d’État et l’emprise des multinationales pour montrer que le pillage des ressources, sous des formes successives, obéit à la même logique d’un siècle à l’autre.

L’ouvrage a fait l’objet de critiques nombreuses, y compris de la part de Galeano lui-même : peu avant sa mort en 2015, il a reconnu que sa formation économique était insuffisante au moment de la rédaction. Certain·es analystes lui reprochent un cadre marxiste rigide, un récit centré sur la victimisation qui laisse peu de place aux ressorts internes des sociétés latino-américaines, ou une approche trop générale qui aplatit les différences entre pays. Ces réserves n’invalident pas la portée d’un bouquin devenu une référence pour des générations de militant·es et d’étudiant·es. Pour aborder la Bolivie, c’est l’arrière-plan continental sur fond duquel prennent leur sens toutes les autres lectures de cette liste.


2. Horizons révolutionnaires : histoire et actualité politiques de la Bolivie (Forrest Hylton et Sinclair Thomson, 2007)

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Historiens états-uniens spécialistes du monde andin à l’université de New York, Forrest Hylton et Sinclair Thomson signent un essai serré de 200 pages qui couvre plus de deux siècles d’insurrections indiennes, paysannes et ouvrières. Le titre éclaire la méthode : le terme « horizon » renvoie moins à un futur attendu qu’à une stratigraphie, c’est-à-dire à des couches géologiques successives où chaque période a déposé des sédiments dans la suivante. Les auteurs identifient trois grands cycles révolutionnaires : la grande révolte indigène conduite en 1781 par Túpac Katari et Bartolina Sisa, qui mit La Paz en état de siège pendant six mois avant d’être écrasée et dont la mémoire reste vive ; la révolution nationaliste de 1952, qui nationalisa les mines et instaura le suffrage universel ; et le cycle insurrectionnel de 2000-2005, ouvert par la guerre de l’eau et clos par celle du gaz.

L’apport principal du livre tient dans le choix d’une histoire « par en bas », qui place au centre du récit les acteurs habituellement relégués dans la marge des récits historiques officiels : communautés indigènes, mineurs syndiqués, paysans pauvres. Inspirés par les travaux des historiens britanniques C. L. R. James et E. P. Thompson, fondateurs de cette tradition d’histoire sociale, les auteurs reconstituent les logiques propres à ces mobilisations, leurs traditions politiques et leurs alliances tactiques avec certains secteurs des élites créoles. Ils articulent surtout deux héritages distincts dont la convergence porte Evo Morales au pouvoir en 2006 : la tradition « national-populaire », née de la révolution de 1952 (syndicats ouvriers, projet d’État développeur), et la tradition « indigène-communautaire » issue des révoltes des XVIIIe et XIXe siècles (autonomie des communautés rurales, mémoire de Katari).

Publié en anglais en 2007 par Verso (Revolutionary Horizons: Past and Present in Bolivian Politics), traduit en français trois ans plus tard chez IMHO avec une introduction de l’historien argentin Adolfo Gilly, le texte reste l’un des panoramas les plus efficaces pour qui veut reconstituer la généalogie de la Bolivie contemporaine sans se perdre dans le maquis institutionnel. Concis, attentif aux peuples originaires et de portée continentale, il sert d’introduction historique aux travaux de sociologie politique consacrés au gouvernement Morales et à ses suites.


3. Potosí (Ander Izagirre, 2017)

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Journaliste basque, Ander Izagirre se rend à plusieurs reprises entre 2009 et 2018 à Potosí, ville bolivienne située à plus de 4 000 mètres d’altitude au pied du Cerro Rico. Son enquête s’organise autour d’Alicia : 12 ans à leur première rencontre, elle travaille déjà dans la mine pour rembourser une dette que les coopératives minières attribuent à sa mère afin de la maintenir sous leur dépendance. Autour de ce portrait, le reportage déroule cinq siècles d’histoire de la « montagne qui dévore les hommes » : la mita coloniale et la mort en masse des autochtones, la fortune des barons de l’étain comme Simón Patiño, qui figura parmi les hommes les plus riches du monde dans les années 1920, les massacres de mineurs (Catavi en 1942, San Juan en 1967), le passage avorté du Che, et l’agonie minière sous le contrôle des coopératives qui ont remplacé l’État dans les années 1980.

Le résultat est un livre hybride, à la fois enquête sociale et fresque historique, qui parvient à articuler la grande échelle des structures économiques et la petite échelle des destins individuels. Izagirre documente la silicose qui ronge les poumons des mineurs faute de ventilation correcte, les viols et les violences subis par les femmes des camps, le travail des enfants — qu’une loi bolivienne de 2014 autorise dès l’âge de dix ans, malgré les conventions internationales —, et le rôle ambigu joué par les coopératives, qui prélèvent des redevances sans assumer les obligations sociales d’un employeur. L’argent qui sortait des galeries de Potosí a permis l’essor du capitalisme européen ; cinq siècles plus tard, ceux qui descendent encore dans le Cerro Rico vivent dans une pauvreté à peine modifiée et sur une montagne minée de l’intérieur, qui menace de s’effondrer.

L’édition française, parue en 2022 chez Baromètre dans une traduction d’Alfredo Mallet, s’enrichit d’une préface de Jacques Gardon (chercheur à l’IRD, l’Institut de recherche pour le développement) sur les pollutions minières, et d’une postface de Franck Poupeau qui replace l’enquête dans la séquence politique 1999-2019. Récompensée en Espagne par le prix Euskadi de littérature en 2017, elle donne à voir les mécanismes les plus durables de l’économie bolivienne à travers une mine et le visage d’une jeune fille.


4. Journal de Bolivie (Ernesto Che Guevara, 1968)

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Entre le 7 novembre 1966 et le 7 octobre 1967, Ernesto « Che » Guevara tient un carnet de bord quotidien dans la sierra orientale bolivienne, où il a installé un foyer de guérilla destiné à embraser le continent sud-américain. Il est arrivé incognito à La Paz quelques jours plus tôt, déguisé en homme d’affaires uruguayen, après une expédition désastreuse au Congo en 1965 et une longue absence publique qui a fait courir les rumeurs sur sa mort. Saisi dans son sac à dos lors de sa capture, le manuscrit est publié dès 1968 et devient l’un des documents historiques les plus lus sur les théories du foco révolutionnaire et sur la fin tragique de leur principal stratège.

Le Che y consigne, jour après jour, les déplacements de la troupe, les rations distribuées, les escarmouches avec l’armée bolivienne (dont les unités de chasse ont été spécialement entraînées par des conseillers militaires états-uniens), les tensions avec le Parti communiste local qui refuse de fournir le soutien logistique promis, et les défections successives. L’isolement de la guérilla apparaît très vite : les paysans guarani et quechua de la zone, dont le ralliement était décisif pour le projet, restent réticents, voire hostiles, et certains dénoncent le campement aux militaires. Les difficultés matérielles, l’asthme qui le terrasse régulièrement, les morts au combat, les pertes d’équipement et la traque par les forces spéciales rythment un récit qui se referme à la veille de la capture du commandant à la Quebrada del Yuro, dans le sud du pays.

Outre sa valeur historique, le texte intéresse par ce qu’il révèle d’un projet politique en train de se défaire. La théorie du foco, qui postule qu’un noyau armé peut servir de détonateur à une révolution paysanne sans attendre l’organisation préalable des masses, se heurte ici à la réalité du terrain : absence de soutien populaire, sous-estimation des structures syndicales boliviennes, méfiance des communautés indigènes, brutalité d’une contre-insurrection appuyée par la CIA, qui a notamment dépêché sur place l’agent cubano-américain Félix Rodríguez. Pour qui s’intéresse à la Bolivie, ce journal éclaire à la fois un épisode mythifié de la guerre froide et les limites d’une stratégie révolutionnaire imposée du dehors.


5. Le « processus de changement » en Bolivie : la politique du gouvernement d’Evo Morales (2005-2018) (Laurent Lacroix et Claude Le Gouill, 2019)

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Les sociologues Laurent Lacroix et Claude Le Gouill, tous deux liés à l’IHEAL et au CREDA — deux centres de recherche parisiens spécialisés sur l’Amérique latine —, condensent dans ce livre court une décennie de recherches de terrain pour proposer un bilan systématique des trois premiers mandats d’Evo Morales (2006-2010, 2010-2015, 2015-2019) et de la construction de l’État plurinational, c’est-à-dire d’un État qui reconnaît officiellement la coexistence de plusieurs nations indigènes en son sein, leur garantit une autonomie territoriale et leur permet d’appliquer leurs propres formes de justice. Publié en 2019, juste avant la chute du président, l’ouvrage évite à la fois la célébration militante venue de la gauche bolivarienne (proche du chavisme vénézuélien) et la dénonciation libérale, deux registres très répandus dans la littérature française sur la période.

La structure du livre suit trois axes. Le premier examine les politiques internes : émergence du Movimiento al Socialismo (MAS) à partir des syndicats de cocaleros, retour de l’État après la décennie néolibérale, nationalisation des hydrocarbures qui multiplie les recettes publiques et finance les programmes sociaux comme le Bono Juancito Pinto (allocation pour les enfants scolarisés) ou la Renta Dignidad (pension universelle pour les plus de 60 ans). Le deuxième aborde les repositionnements régionaux et internationaux : refroidissement avec la Communauté andine (l’union douanière qui réunit le pays au Pérou, à l’Équateur et à la Colombie), rapprochement avec le Mercosur (le marché commun mené par le Brésil et l’Argentine), contentieux maritime relancé contre le Chili devant la Cour internationale de justice, alliance avec le Venezuela chaviste, ouverture vers la Chine devenue principale créancière du pays. Le troisième pointe les tensions internes du projet de transformation, notamment l’épisode du TIPNIS (Territoire indigène et parc national Isiboro-Sécure), où un projet routier soutenu par le gouvernement et financé par le Brésil traversait une réserve indigène protégée, ainsi que les conflits entre l’exécutif et des mouvements sociaux que celui-ci avait pourtant contribué à porter au pouvoir.

Mis gratuitement en ligne sur la plateforme universitaire OpenEdition, le livre s’adresse à un public spécialisé mais reste accessible. Il a le mérite de prendre au sérieux les contradictions d’un projet politique qui prétendait articuler décolonisation, redistribution et extractivisme — un modèle économique fondé sur l’exportation de matières premières dont la Bolivie reste tributaire, sans céder à la facilité du jugement définitif. Pour comprendre comment Morales a transformé la Bolivie, mais aussi pourquoi son régime s’est durci à mesure qu’il s’éloignait de la base sociale qui l’avait porté, on ne dispose pas, à ce jour, de bilan plus rigoureux en français.


6. Altiplano : Fragments d’une révolution (Bolivie, 1999-2019) (Franck Poupeau, 2021)

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Sociologue au CNRS, Franck Poupeau enquête en Bolivie depuis la fin des années 1990. Les 700 pages d’Altiplano condensent vingt années d’observations menées dans les hauts plateaux et dans les villes andines de La Paz, El Alto (la ville-satellite qui la domine, à très forte majorité aymara et foyer du soulèvement de 2003) et Cochabamba, depuis la guerre de l’eau de Cochabamba en 2000 jusqu’à la chute d’Evo Morales en 2019. Le livre est composé de cinq sous-livres et procède par strates : récits de terrain, analyses sociologiques, billets d’actualité publiés sur le moment dans la presse, retours réflexifs sur la position du chercheur immergé dans le pays qu’il étudie.

Cette architecture éclatée a une raison méthodologique. Plutôt que de proposer une thèse unique sur la décennie Morales, l’auteur multiplie les points d’observation : un quartier auto-construit d’El Alto, une coopérative paysanne, une assemblée du MAS, un conflit autour de l’eau, une cérémonie d’investiture présidentielle, une manifestation de défense de la wiphala (le drapeau à carrés multicolores des peuples andins, devenu second drapeau officiel du pays en 2009 et profané par le gouvernement de transition de 2019). L’ensemble dresse une cartographie sociale fine des mutations du pays : réduction de la pauvreté, refondation constitutionnelle, accès aux services publics, mais aussi institutionnalisation du parti au pouvoir — le MAS, d’instrument des organisations sociales, est devenu un appareil politique classique —, conflits avec les peuples indigènes des basses terres autour des projets routiers et pétroliers, montée du clientélisme. Poupeau refuse l’enchantement militant comme le diagnostic technocratique des experts internationaux.

L’ouvrage paraît en 2021 chez Raisons d’agir, soit après le coup de force de novembre 2019 contre Morales et le retour du MAS au pouvoir avec Luis Arce en octobre 2020. Il en porte la trace, notamment dans les pages consacrées au gouvernement de transition de Jeanine Áñez et aux répressions de Sacaba (15 novembre 2019, dans la région de Cochabamba) et de Senkata (19 novembre 2019, à El Alto), au cours desquelles l’armée a tué une vingtaine de manifestants pro-Morales. Pour qui souhaite saisir non pas l’idée mais l’expérience de la « révolution démocratique et culturelle » bolivienne, Altiplano est la ressource francophone la plus dense disponible à ce jour.