En 1604, une poignée de colons français menés par Pierre Dugua de Mons et Samuel de Champlain s’établit sur l’île Sainte-Croix, à la frontière de l’actuel Nouveau-Brunswick et du Maine. Un an plus tard, la fondation de Port-Royal, en Nouvelle-Écosse, donne naissance au premier établissement français permanent en Amérique du Nord. C’est le point de départ de l’Acadie — un territoire aux contours instables, ballotté entre la France et l’Angleterre pendant plus d’un siècle. Port-Royal change de mains à plusieurs reprises au fil des guerres coloniales, mais la population acadienne, elle, reste. Elle défriche les terres, endigue les marais de la baie de Fundy grâce aux aboiteaux — des digues munies de clapets qui bloquent l’eau salée à marée haute et évacuent l’eau douce à marée basse, pour convertir les marécages en terres fertiles — et noue avec les Mi’kmaq des alliances commerciales et militaires qui dureront aussi longtemps que la colonie elle-même.
En 1713, le traité d’Utrecht cède définitivement la Nouvelle-Écosse à la Grande-Bretagne. Les Acadiens et les Acadiennes se retrouvent alors sous domination anglaise, et les nouvelles autorités leur demandent de prêter un serment d’allégeance inconditionnel à la Couronne britannique. Mais ce serment implique de renoncer à la neutralité en cas de guerre et, potentiellement, de porter les armes contre la France et contre les alliés autochtones des Acadiens. La plupart refusent. Ce bras de fer dure quarante ans. En 1755, les autorités coloniales britanniques tranchent : elles ordonnent la déportation massive de la population acadienne. C’est le Grand Dérangement. Des milliers de familles sont embarquées de force sur des navires et dispersées dans les colonies anglo-américaines, en France, aux Antilles ou, plus tard, en Louisiane.
Cet épisode ne résume pourtant pas à lui seul plus de quatre siècles d’histoire. Avant la déportation, il y a eu la fondation ; après elle, la reconstruction, les luttes politiques, l’affirmation d’une identité qui survit à l’exil. Les huit ouvrages qui suivent permettent de traverser cette histoire de 1604 à nos jours.
1. Histoire de l’Acadie (Nicolas Landry et Nicole Lang, 2001)

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Publiée pour la première fois en 2001 aux Éditions du Septentrion, puis rééditée en 2014, cette synthèse couvre quatre siècles d’histoire acadienne, de la première tentative de colonisation au début du XVIIe siècle jusqu’à la période contemporaine. Historien au campus de Shippagan de l’Université de Moncton, Nicolas Landry signe ce livre avec Nicole Lang, spécialiste de l’histoire du travail en Acadie au campus d’Edmundston. Leur approche s’inscrit dans la tradition de l’école des Annales, un courant historiographique français qui privilégie l’étude des structures économiques, démographiques et sociales plutôt que le seul récit des batailles et des traités. Les conditions de vie des pêcheurs, le fonctionnement des seigneuries, les taux de natalité ou les rapports entre colons et Autochtones y occupent donc autant de place que la chute de Port-Royal ou le Grand Dérangement. L’ouvrage a reçu le Prix France-Acadie 2002 en sciences humaines.
Le livre accorde aussi une place centrale aux figures longtemps négligées par l’historiographie traditionnelle. Les femmes, les Autochtones, les gens ordinaires y sont traités avec la même attention que les élites politiques et religieuses. Landry et Lang insistent également sur la question territoriale : l’occupation du sol, les déplacements de population et les redécoupages successifs de frontières forment le fil conducteur du récit. C’est la seule synthèse qui embrasse l’ensemble de l’« Acadie des Maritimes » — Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard — sur une aussi longue durée.
2. Les premiers pas de l’Acadie (Caroline Saint-Louis, 2019)

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Ce livre est né d’une série de vingt chroniques publiées dans le journal L’Acadie Nouvelle en 2004, à l’occasion du 400e anniversaire de la fondation de l’Acadie. Historienne spécialisée dans le XVIIe siècle acadien, Caroline Saint-Louis y avait choisi de se concentrer sur une époque presque toujours éclipsée par le drame de 1755 : les cent premières années de la colonie. D’abord publié aux Éditions de la Grande Marée, l’ouvrage reparaît quinze ans plus tard aux Éditions Perce-Neige dans une version en beau livre, avec couverture cartonnée et rabats, enrichie de gravures d’époque, de cartes anciennes — dont celle de Champlain — et d’illustrations du début du XXe siècle.
Le parti pris de l’autrice est de raconter l’Acadie par ses « premières fois » plutôt que par ses drames. On y découvre la première héroïne acadienne, la première millionnaire de la colonie — veuve à treize ans, fortune faite à trente-quatre —, le premier spectacle théâtral monté par Marc Lescarbot à Port-Royal en 1606, ou encore la première congrégation religieuse. Chaque chronique, d’environ 750 à 1 000 mots, se suffit à elle-même. Le livre se clôt sur l’histoire des symboles acadiens — drapeau, hymne national, tintamarre, armoiries —, des emblèmes adoptés au XIXe siècle mais qui puisent dans l’expérience des premiers colons.
3. Histoire de l’Acadie de la fondation aux déportations. Tome 1 : 1603-1710 (André-Carl Vachon, 2018)

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Titulaire d’une maîtrise en histoire acadienne de l’Université du Québec à Trois-Rivières, André-Carl Vachon reconstitue dans ce premier tome les débuts de la présence française sur le territoire acadien. Le récit s’ouvre sur la rencontre avec les Mi’kmaq au XVIIe siècle, puis aborde les premières tentatives de colonisation, la fondation de Port-Royal et les décennies d’instabilité politique qui suivent : entre 1604 et 1710, la colonie passe à plusieurs reprises de la France à l’Angleterre au rythme des conflits européens, avant de retrouver à chaque fois — temporairement — le giron français. Le livre se referme sur 1710, lorsque les troupes britanniques s’emparent définitivement de Port-Royal, ce qui met fin à la souveraineté française sur la Nouvelle-Écosse.
Lui-même descendant d’Acadiens réfugiés au Québec, Vachon ponctue son récit d’extraits de documents d’archives — journaux, correspondances, textes administratifs — qui restituent les enjeux du moment dans le vocabulaire de l’époque. Des encadrés, un glossaire et un index éclairent le contexte politique et social pour le lectorat non spécialiste. Une iconographie soignée en couleur — cartes, portraits, reproductions de documents — accompagne la lecture.
4. Histoire de l’Acadie de la fondation aux déportations. Tome 2 : 1710-1763 (André-Carl Vachon, 2019)

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Ce second tome prend le relais là où s’arrêtait le précédent : la chute de Port-Royal en 1710 et le début de la domination britannique sur la Nouvelle-Écosse. Vachon y analyse la coexistence tendue entre Acadiens et autorités anglaises au cours d’un demi-siècle où le conflit autour du serment d’allégeance — évoqué en introduction — empoisonne les rapports entre les deux camps sans jamais trouver d’issue. Parallèlement, le livre met en lumière la naissance d’une Acadie française voisine : sur l’île Royale (aujourd’hui le Cap-Breton) et sur l’île Saint-Jean (aujourd’hui l’Île-du-Prince-Édouard), la France fonde de nouvelles colonies et bâtit la forteresse de Louisbourg pour contrebalancer la perte de la Nouvelle-Écosse.
Les deux derniers chapitres couvrent la Déportation elle-même, depuis sa préparation par le lieutenant-gouverneur Charles Lawrence jusqu’au traité de Paris de 1763, par lequel la France cède à la Grande-Bretagne l’ensemble de ses possessions en Amérique du Nord. Comme dans le premier tome, l’auteur s’appuie sur des sources primaires — lettres de gouverneurs, rapports militaires, témoignages — pour reconstituer la mécanique de cette entreprise d’expulsion. L’ouvrage a reçu le Prix Philippe-Aubert-de-Gaspé 2019 et le Prix Percy-W.-Foy.
5. Acadiens, Canadiens et Français. Synthèse des déportations (Robert Larin et André-Carl Vachon, 2023)

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La plupart des récits de la Déportation se concentrent sur les Acadiens de la Nouvelle-Écosse. Robert Larin et André-Carl Vachon changent d’échelle : leur ouvrage englobe l’ensemble de la population d’origine française présente sur le territoire au moment des faits — Acadiens, Canadiens (les colons français de la vallée du Saint-Laurent), habitants des îles Royale et Saint-Jean, soldats et fonctionnaires envoyés par la métropole. Cette approche permet de corriger une confusion fréquente : lorsque les Français des îles sont renvoyés en France après la chute de Louisbourg en 1758, les historiens parlent tantôt de « déportation », tantôt de « rapatriement », alors que ces déplacements ont souvent été tout aussi contraints que ceux des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.
Les deux auteurs s’appuient sur des recensements, des registres d’état civil et des études généalogiques pour reconstituer un dénombrement précis de chaque communauté touchée. Ce travail de dénombrement — qui suppose de croiser des dizaines de recensements, de registres paroissiaux et d’études généalogiques sur l’ensemble du territoire — se double d’une seconde partie consacrée aux notices biographiques de personnes originaires du Québec actuel qui se trouvaient parmi les déportés ou qui ont réussi à fuir. L’ouvrage, publié au Septentrion, a reçu le Prix Percy-W.-Foy 2023. Il s’adresse autant aux spécialistes qu’aux lecteur·ices intéressé·es par la généalogie acadienne, grâce à ses multiples tableaux, listes nominatives et cartes.
6. Les réfugiés acadiens en France : 1758-1785, l’impossible réintégration ? (Jean-François Mouhot, 2009)

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Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2006 à l’Institut universitaire européen de Florence, cet ouvrage de 448 pages retrace les trente années de présence acadienne en France métropolitaine. Après la chute de Louisbourg en 1758, environ trois mille Acadiens débarquent dans les ports français — à Saint-Malo, à Boulogne, à Cherbourg, entre autres. Jean-François Mouhot suit leur parcours jusqu’en 1785, date à laquelle environ 1 600 d’entre eux embarquent pour la Louisiane, où ils donneront naissance à la communauté cajun. Entre ces deux dates, l’auteur déconstruit une idée longtemps admise par l’historiographie nord-américaine : celle selon laquelle les Acadiens auraient refusé de s’intégrer à la société française parce qu’ils possédaient déjà une identité nationale forte et distincte. Mouhot démontre que cette lecture repose sur des sources insuffisantes, et que l’appartenance des Acadiens à la Couronne française, leur catholicisme et leurs liens familiaux pesaient bien davantage que le sentiment d’une identité « acadienne » séparée.
Ce qui ressort de son analyse, c’est surtout l’échec de l’État français à organiser l’installation de ces réfugiés. Les projets se succèdent : envoi en Guyane (abandonné à cause du climat meurtrier), installation à Belle-Île-en-Mer au large de la Bretagne (conflits avec la population locale, mauvaises récoltes), colonisation agricole dans le Poitou (terres pauvres, isolement). Aucun ne fonctionne véritablement. Les réfugiés survivent grâce à des indemnités journalières versées de façon irrégulière par l’administration de la Marine, et l’État, faute d’avoir pris la question à bras-le-corps dès le départ, se retrouve dix ans plus tard à leur devoir encore de l’argent. Ce livre constitue la première synthèse consacrée à cet épisode. Il intéressera particulièrement les lecteur·ices français·es, puisqu’il éclaire un pan d’histoire locale — les traces acadiennes en Bretagne, en Normandie, dans le Poitou — rarement abordé dans l’historiographie hexagonale.
7. Histoire des Acadiens et des Acadiennes du Nouveau-Brunswick (Maurice Basque et Sylvain Godin, 2007)

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Le Nouveau-Brunswick est la province canadienne qui rassemble la plus forte concentration d’Acadiens et d’Acadiennes du Canada atlantique. Cet ouvrage, cosigné par Maurice Basque, directeur de l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, et Sylvain Godin, historien et directeur du Village historique acadien, couvre l’histoire de cette communauté depuis l’arrivée des premiers colons français au début du XVIIe siècle. Le livre raconte d’abord la période coloniale et les circonstances qui ont conduit la population acadienne à s’implanter au Nouveau-Brunswick après le Grand Dérangement — une province qui n’existait pas encore en tant que telle, puisqu’elle n’a été créée qu’en 1784.
L’ouvrage ne se limite pas à la période coloniale et aux déportations. Il consacre une large part de ses pages aux luttes politiques et sociales des XIXe et XXe siècles : la création d’institutions scolaires et religieuses acadiennes, le combat pour la reconnaissance linguistique — qui aboutit en 1969 lorsque le Nouveau-Brunswick devient la seule province officiellement bilingue du Canada, sous le gouvernement du premier ministre acadien Louis J. Robichaud —, et l’essor des traditions populaires et des institutions artistiques contemporaines. Conçu à l’origine comme un outil pédagogique, le bouquin a ensuite inspiré un ouvrage destiné aux élèves louisianais en immersion française, cosigné avec le chanteur et écrivain Zachary Richard.
8. L’Acadie avant astheure : chroniques d’histoire acadienne (Marc Poirier, 2025)

Journaliste de carrière originaire du Nouveau-Brunswick, Marc Poirier signe depuis 2020 des chroniques historiques dans le quotidien L’Acadie Nouvelle. Quarante d’entre elles ont été sélectionnées pour former ce recueil publié aux Éditions du Septentrion. Le mot astheure, en français acadien, signifie « maintenant ». Les chroniques portent surtout sur les XVIIe et XVIIIe siècles. On y retrouve les architectes de la Déportation — comme Charles Morris, arpenteur en chef de la Nouvelle-Écosse, qui rédige pour le lieutenant-gouverneur Charles Lawrence le plan d’expulsion de la population acadienne —, mais aussi le sort des déportés une fois dispersés : l’installation difficile dans le Poitou à partir de 1773, où à peine 100 à 150 Acadiens resteront sur place, ou les parcours de celles et ceux qui ont fini par s’enraciner au Québec.
Poirier ne se cantonne pas aux épisodes les plus connus. Il corrige, par exemple, l’idée répandue selon laquelle Louis J. Robichaud aurait été le premier Acadien à occuper le poste de premier ministre du Nouveau-Brunswick, et déterre des moments oubliés que les grandes synthèses n’ont pas toujours la place de traiter. Le format court — chaque chronique se suffit à elle-même, en quelques pages — et le ton de la vulgarisation journalistique en font un bon point de départ pour les lecteur·ices qui ne connaissent pas encore cette histoire.