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Que lire sur la guerre de Cent Ans ?

Que lire sur la guerre de Cent Ans ?

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En 1328, les trois fils de Philippe le Bel sont morts sans héritier mâle. Les grands du royaume invoquent la loi salique — les femmes ne peuvent ni régner ni transmettre la couronne — pour écarter Édouard III d’Angleterre, pourtant petit-fils de Philippe le Bel par sa mère. La couronne échoit à Philippe VI de Valois, un cousin. Le roi d’Angleterre ne digère pas l’affront, d’autant qu’il est aussi duc d’Aquitaine et, à ce titre, vassal du roi de France : il doit prêter hommage à celui qu’il considère comme un usurpateur. En 1337, il revendique la couronne de France. Le conflit qui s’ouvre va durer cent seize ans (mais « guerre de Cent Ans » sonne mieux, il faut l’admettre).

Les premières décennies tournent au cauchemar pour la France. À Crécy (1346), puis à Poitiers (1356), la chevalerie française est écrasée par les archers anglais — et à Poitiers, le roi Jean II le Bon est capturé, ce qui ne fait pas très sérieux. Sa rançon est fixée à trois millions d’écus, soit l’équivalent de deux années de revenus royaux. Le royaume sombre dans le chaos : la peste noire (1347-1348) emporte un tiers de la population, les paysans se soulèvent contre les seigneurs qui ne les protègent plus (c’est la Jacquerie de 1358), le prévôt des marchands Étienne Marcel — l’équivalent médiéval du maire de Paris — tente de prendre le pouvoir. Charles V et son connétable Du Guesclin (le chef des armées royales) redressent la situation : ils refusent les grandes batailles rangées et reconquièrent les places fortes une à une — une méthode moins glorieuse que la charge de cavalerie, mais autrement plus efficace. Hélas, la folie de Charles VI, à partir de 1392, prive le royaume de tout arbitre : les princes du sang — Orléans, Bourgogne, Berry — se disputent la régence et le contrôle du trésor, et le royaume bascule dans la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Henri V d’Angleterre en profite : il écrase l’armée française à Azincourt (1415), s’empare de la Normandie et, allié aux Bourguignons, impose le traité de Troyes (1420), qui le désigne héritier du trône de France. Déshérité par ses propres parents, le dauphin Charles ne contrôle plus qu’un lambeau de territoire au sud de la Loire.

C’est alors qu’intervient Jeanne d’Arc. En 1429, elle libère Orléans — ville clé sur la Loire, dont la chute aurait ouvert aux Anglais la route du sud et du dernier réduit de Charles VII — et conduit celui-ci au sacre de Reims, où l’onction de l’huile sainte fait de lui, aux yeux de ses sujets, le seul roi légitime. Sa capture et son bûcher à Rouen (1431) n’inversent pas la dynamique : Charles VII réorganise les finances, crée une armée permanente (les compagnies d’ordonnance), se réconcilie avec les Bourguignons et reconquiert la Normandie puis la Guyenne. En 1453, la victoire française à Castillon met un terme au conflit. L’Angleterre ne conserve que Calais (jusqu’en 1558). De cette guerre naissent deux nations, et pour la France, un État centralisé dont les structures — fiscalité permanente, armée royale, administration unifiée — vont perdurer bien après la fin des combats.

Voici les principaux ouvrages disponibles en français pour comprendre ce conflit, ses ressorts et ses conséquences.


1. La guerre de Cent Ans (Jean Favier, 1980)

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Archiviste paléographe, directeur des Archives nationales puis président de la Bibliothèque nationale de France, Jean Favier livre en 1980 la somme de référence sur le sujet. En près de 700 pages, il couvre la totalité du conflit avec une ambition rare : ne pas se limiter aux batailles et aux traités, mais montrer comment la guerre a façonné la société médiévale dans son ensemble. Du prix du blé au salaire du maçon, des fidélités féodales aux premières manifestations du sentiment national, Favier montre que cinq générations ont vécu, pensé et agi en fonction de ce conflit — qu’il soit proche ou lointain, réel ou fantasmé.

Le livre fait tenir ensemble ce que d’autres traitent séparément : les querelles dynastiques, les montages financiers pour payer la guerre, la naissance d’une administration royale, les retournements militaires — et surtout, il montre comment chacun de ces éléments agit sur les autres (pas d’armée sans impôt, pas d’impôt sans administration, pas d’administration sans autorité royale). Favier s’intéresse autant à Charles le Mauvais (roi de Navarre et perturbateur professionnel) qu’à Bertrand du Guesclin, autant à Pierre Cauchon qu’à Jeanne d’Arc, et il rend intelligibles des motivations qui paraissent opaques à première vue. Il bouscule aussi plusieurs idées reçues : il montre par exemple que Jeanne d’Arc, loin d’avoir à elle seule « sauvé la France », s’inscrit dans un mouvement de redressement déjà amorcé, et que la construction de l’État ne s’est pas faite après la guerre — elle s’est faite par la guerre.

C’est un ouvrage exigeant — la complexité des liens de parenté entre dynasties peut donner le vertige — mais incontournable. Si vous ne devez en lire qu’un seul sur la guerre de Cent Ans, c’est celui-ci.


2. La guerre de Cent Ans. Naissance de deux nations (Georges Minois, 2008)

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Agrégé, normalien et spécialiste de l’histoire culturelle, Georges Minois aborde la guerre de Cent Ans sous l’angle de la naissance des identités nationales. Sa thèse est limpide : ce conflit, qui débute en 1337 comme une querelle entre suzerains liés par les mêmes codes féodaux, se termine en 1453 comme un affrontement entre deux peuples qui ne se perçoivent plus du tout de la même façon. Minois montre concrètement comment cette séparation s’opère : en Angleterre, l’anglais remplace le français comme langue officielle dès le milieu du XIVe siècle ; en France, la brutalité des chevauchées anglaises — ces expéditions de pillage systématique — soude les populations contre l’envahisseur et fait naître un sentiment d’appartenance commune qui dépasse les vieilles identités régionales.

L’ouvrage ne se cantonne pas à une histoire des idées. Minois replace chaque événement dans son contexte militaire, économique et diplomatique, de l’Écosse à l’Espagne, sans oublier les Flandres. Il éclaire les motivations de chaque protagoniste — Philippe VI, Jean le Bon, Isabeau de Bavière, Jacques Cœur, Arthur de Richemont — à la lumière des rapports de force et de la logique des événements. Il souligne aussi les situations tragi-comiques dont cette guerre ne manque pas : la rançon astronomique de Jean le Bon (qui ruine le royaume), le sacre à Paris d’Henri VI — un enfant de dix ans — comme roi de France, ou l’incapacité chronique des Anglais à administrer les territoires conquis, faute d’hommes et d’argent.

Minois entend livrer ce que les historiens appellent une « histoire totale » : un récit qui ne sépare pas la guerre de son contexte économique, social, culturel et mental, mais qui montre comment ces dimensions s’influencent mutuellement. Le résultat est un ouvrage érudit et dépourvu de parti pris — le complément idéal au Favier pour qui souhaite une lecture actualisée, nourrie par les avancées récentes de la recherche.


3. La guerre de Cent Ans : Apprendre à vaincre (Amable Sablon du Corail, 2022)

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Conservateur en chef du patrimoine aux Archives de France et spécialiste de l’histoire politique et militaire du bas Moyen Âge, Amable Sablon du Corail pose une question simple, à laquelle il est pourtant difficile de répondre : comment les Valois ont-ils fini par gagner ? Après les humiliations de Crécy, Poitiers et Azincourt, après une guerre civile féroce et un royaume réduit à peau de chagrin, la victoire française n’avait rien d’une évidence. Elle résulte, selon l’auteur, d’une stratégie globale — militaire, diplomatique, fiscale, sociale et idéologique — que la monarchie a su élaborer de génération en génération.

Le mot « stratégie » ne relève pas du vocabulaire médiéval, et Sablon du Corail en est le premier conscient. Mais il défend son usage avec des arguments solides : c’est pendant la guerre de Cent Ans que se forgent les instruments de l’État moderne français. L’analyse de la question fiscale est ici remarquable. Pour financer la guerre, les rois de France obtiennent le droit de lever des impôts temporaires ; mais ces impôts, reconduits d’année en année, finissent par devenir permanents — sans que les États généraux aient plus leur mot à dire. La guerre justifie l’impôt, l’impôt finance la guerre et, au passage, il dote la monarchie d’une autonomie financière qui prépare le terrain de l’absolutisme. De la même façon, les compagnies d’ordonnance de Charles VII, créées en 1445 pour mettre fin au chaos des bandes armées, constituent la première armée permanente du royaume — et l’ancêtre direct de l’armée française moderne.

Le traitement de Jeanne d’Arc mérite d’être signalé : loin de l’hagiographie, Sablon du Corail l’intègre dans le dispositif politique et militaire de Charles VII, comme un atout décisif parmi d’autres, et non comme un miracle isolé. On notera aussi l’humour pince-sans-rire qui ponctue le livre — l’auteur a le sens de la formule et n’hésite pas à rapprocher certaines impasses médiévales de situations contemporaines.


4. La guerre de Cent Ans (Philippe Contamine, 1968)

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Membre de l’Institut et professeur émérite à la Sorbonne, Philippe Contamine est l’un des plus grands spécialistes français de l’histoire militaire médiévale. Son Que sais-je ? sur la guerre de Cent Ans, publié pour la première fois en 1968 et régulièrement réédité depuis (la dixième édition date de 2021), reste un modèle du genre. En 128 pages, il parvient à clarifier les causes, le déroulement et les conséquences du conflit — un exploit quand on sait que la plupart des ouvrages sur le sujet dépassent les 500 pages.

L’approche est avant tout synthétique et pédagogique. Contamine ne s’attarde pas sur les récits de batailles — un choix qui peut surprendre de la part de l’auteur de La Guerre au Moyen Âge et de Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge —, mais il s’efforce de replacer le conflit dans l’histoire générale des deux pays. Les dimensions sociale, économique et culturelle de la guerre sont bien présentes, même si le format impose des raccourcis. La conclusion est particulièrement intéressante : Contamine y montre que la guerre a durablement modifié l’équilibre européen — la France en sort avec une monarchie centralisée et une administration fiscale permanente, tandis que l’Angleterre, privée de ses possessions continentales, se tourne vers la mer et prépare, sans le savoir, sa future vocation maritime.

C’est le livre idéal pour qui veut une première approche concise et fiable avant de s’aventurer dans des ouvrages plus volumineux. Un concentré de savoir en format de poche — ce qui, pour un Que sais-je ?, est exactement le programme.


5. Le temps de la guerre de Cent Ans, 1328-1453 (Boris Bove, 2009)

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Boris Bove, médiéviste, signe le quatrième tome de la collection Histoire de France dirigée par Joël Cornette chez Belin. Le titre dit déjà l’essentiel : il ne s’agit pas d’écrire une énième histoire de la guerre, mais de comprendre la société française des XIVe et XVe siècles dans laquelle cette guerre s’enracine. Famines, pestes, révoltes populaires et guerres civiles scandent la période — mais cette litanie de catastrophes ne constitue pas, pour Bove, toute l’histoire. Il veut comprendre ce qui se joue derrière : pourquoi les paysans se révoltent-ils (la pression fiscale née de la guerre), comment l’Église entre-t-elle en crise (le Grand Schisme divise la chrétienté à partir de 1378), par quels mécanismes la monarchie sort-elle renforcée d’un siècle de désastres.

L’un des apports majeurs de ce livre est de remettre en cause l’idée d’une fin du Moyen Âge plongée dans la décadence. Depuis l’historien Johan Huizinga et son célèbre L’Automne du Moyen Âge (1919), on a souvent décrit les XIVe et XVe siècles comme une période de déclin généralisé. Bove invite à se méfier de cette lecture, héritée en partie des chroniqueurs médiévaux eux-mêmes, prompts à voir dans chaque catastrophe les signes de l’Apocalypse. Son livre montre au contraire que cette période voit naître l’État monarchique centralisé, un système fiscal permanent et les prémices d’une conscience nationale. La guerre ne détruit pas seulement : elle oblige la monarchie à inventer de nouveaux outils de gouvernement, et ces outils lui survivent.

Le livre suit une architecture originale : une partie chronologique, puis des chapitres thématiques sur la société (démographie, économie, religion, vie culturelle), et enfin un « atelier de l’historien » qui expose les sources disponibles et les débats entre spécialistes. Cette triple structure fait du livre une référence aussi bien pour les amateur·ices éclairé·es que pour les étudiant·es en histoire médiévale.


6. La guerre de Cent Ans. L’Angleterre et la France en guerre 1300-1450 (Christopher Allmand, 1988)

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Professeur d’histoire médiévale à l’université de Liverpool, Christopher Allmand propose avec ce livre une étude comparative des réactions des sociétés anglaise et française face au conflit. L’approche est thématique plutôt que chronologique : après un bref récit des événements, Allmand consacre l’essentiel de son propos aux regards que les contemporains ont portés sur la guerre, puis aux transformations de l’organisation militaire et fiscale, et enfin aux répercussions économiques, sociales et culturelles du conflit des deux côtés de la Manche.

Le livre, publié à l’origine dans la collection Cambridge Medieval Textbooks, tient en moins de 200 pages — un tour de force quand on mesure l’étendue du sujet. Le Times Literary Supplement l’a salué comme un modèle de concision et d’intelligence analytique. Son chapitre sur la guerre dans la littérature du temps est particulièrement instructif : il montre comment des auteurs comme Philippe de Mézières ou Christine de Pizan ont, dès le XIVe siècle, remis en question la légitimité de la guerre, ses méthodes et le sort réservé aux civils — un débat d’une modernité frappante.

C’est le regard du « camp d’en face » qui donne à cet ouvrage toute sa valeur. La traduction française (Payot, 1989, rééditée en poche chez Points) permet au lectorat francophone d’accéder à une perspective dont il a grand besoin : celle d’un historien britannique qui ne voit pas dans cette guerre le simple récit d’une agression anglaise suivie d’un juste redressement français. Un point de vue salutaire pour sortir d’une lecture à sens unique.


7. La guerre de Cent Ans vue par ceux qui l’ont vécue (Michel Mollat du Jourdin, 1992)

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Michel Mollat du Jourdin (1911-1996), professeur émérite à la Sorbonne et membre de l’Institut, a été l’une des grandes figures de l’histoire médiévale française. Ce livre, d’un format volontairement ramassé (180 pages), est le seul de cette sélection à placer au centre du récit non pas les rois et les batailles, mais les gens ordinaires qui ont subi la guerre. Derrière les faits d’armes et les tractations diplomatiques, Mollat du Jourdin s’intéresse aux bourgeois, aux clercs et aux paysans — à la façon dont la guerre a modifié leurs peurs, leurs croyances et leur rapport au pouvoir.

Le livre se divise en deux parties. La première retrace les grandes lignes du conflit ; la seconde, la plus originale, analyse comment les contemporains ont vécu la guerre au quotidien. On y croise les témoignages des chroniqueurs — Jean Froissart (le grand chroniqueur de la première moitié du conflit, lu dans toute l’Europe) mais aussi Alain Chartier, dont le Quadrilogue invectif (1422) met en scène quatre personnages allégoriques — la France, le Peuple, le Chevalier et le Clergé — pour dénoncer les divisions du royaume à l’heure où tout semble perdu. On y perçoit les peurs, les espoirs et les colères d’une société prise en étau entre la soldatesque, la peste et la fiscalité royale. Le sentiment national émerge de cette souffrance : Berrichons, Normands, Poitevins et Occitans découvrent, dans la douleur, qu’ils appartiennent à un même pays.

C’est un livre d’entrée idéal pour qui souhaite comprendre non pas seulement ce qui s’est passé, mais ce que cela faisait de vivre au temps de la guerre de Cent Ans. Mollat du Jourdin s’inscrit dans le courant de l’histoire des mentalités — cette approche, portée en France par la revue des Annales et des historiens comme Jacques Le Goff ou Georges Duby, qui s’intéresse moins aux grands événements qu’à la façon dont les gens ordinaires vivaient, pensaient et ressentaient leur époque.