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Que lire sur le génocide de Srebrenica ?

Que lire sur le génocide de Srebrenica ?

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En 1991, l’éclatement de la Yougoslavie déclenche une série de guerres dans les Balkans. En Bosnie-Herzégovine, le conflit oppose dès 1992 trois communautés — Bosniaques musulmans, Serbes orthodoxes et Croates catholiques — mais ce sont les forces nationalistes serbes de Bosnie, sous la direction politique de Radovan Karadžić et le commandement militaire du général Ratko Mladić, qui mènent la campagne la plus systématique de nettoyage ethnique : il s’agit d’éliminer ou d’expulser les populations non serbes pour créer un territoire ethniquement homogène. Srebrenica, petite ville de Bosnie orientale peuplée en majorité de Bosniaques musulmans, est déclarée « zone de sécurité » par les Nations unies en 1993. Quelque 400 Casques bleus néerlandais y sont stationnés pour protéger une population civile passée de quelques milliers d’habitant·es à plus de 40 000 personnes sous l’afflux de déplacé·es chassé·es des localités voisines par les milices serbes.

Mais l’enclave est étranglée par un blocus serbe qui empêche l’acheminement de nourriture, de médicaments et de munitions : en juillet 1995, des civil·es y meurent de faim, et les Casques bleus eux-mêmes n’ont plus les moyens de se défendre. Le 11 juillet 1995, les troupes de Mladić s’emparent de la ville. Le bataillon néerlandais, sous-équipé et privé du soutien aérien de l’OTAN — qui n’intervient que par une seule frappe, trop tardive et sans effet —, ne peut s’y opposer. Les jours qui suivent, plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques sont séparés de leurs familles et systématiquement exécutés, tandis que près de 30 000 femmes, enfants et personnes âgées sont déporté·es hors de l’enclave. C’est le plus grand massacre perpétré en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, reconnu comme génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et par la Cour internationale de justice (CIJ). Trente ans après, le négationnisme et la glorification des criminels de guerre condamnés entravent toujours la réconciliation en Bosnie-Herzégovine.

Voici sept livres — enquêtes, témoignages, analyses — pour comprendre comment ce crime a pu être commis et pourquoi personne ne l’a empêché.


1. Le Grand Massacre (David Rohde, 1998)

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David Rohde est le journaliste américain qui a révélé au monde l’ampleur des massacres de Srebrenica. Correspondant du Christian Science Monitor en 1995, il se rend dans la région alors que les autorités serbes s’efforcent encore de dissimuler les preuves — il sera d’ailleurs arrêté par les forces serbes de Bosnie lors de ses investigations près des fosses communes. Ses reportages, qui lui valent le prix Pulitzer en 1996, apportent les premières confirmations tangibles de l’existence de charniers. Dans Le Grand Massacre (titre original : Endgame: The Betrayal and Fall of Srebrenica), Rohde reconstitue heure par heure la chute de l’enclave à travers le regard de sept témoins : deux soldats serbes, deux Casques bleus néerlandais et trois civils bosniaques.

Rohde retrace la chaîne des défaillances — reculades de l’ONU, atermoiements de l’OTAN, passivité des gouvernements occidentaux — qui a conduit à l’abandon de Srebrenica. Il documente la manière dont le commandement onusien a sacrifié la « zone de sécurité » en toute connaissance de cause : les demandes de soutien aérien des Casques bleus ont été ignorées ou retardées, tandis que certains responsables internationaux considéraient la chute de l’enclave comme un moindre mal susceptible de simplifier le découpage territorial de la Bosnie — celui-là même qui sera entériné quelques mois plus tard par les accords de Dayton. Étayé par plus de 300 notes de bas de page, ce récit constitue la première grande enquête factuelle sur le sujet.


2. Srebrenica 1995 : l’été d’une agonie (témoignages rassemblés par Hajra Ćatić, trad. Mireille Robin, 2000)

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Ce recueil, publié par l’Association des femmes de Srebrenica, rassemble plus d’une centaine de récits de rescapé·es — en grande majorité des femmes. Traduit du serbo-croate par Mireille Robin et paru aux éditions L’Esprit des Péninsules en coédition avec Arte, il donne la parole à celles qui ont vu leurs maris, leurs fils et leurs frères séparés d’elles par les soldats de Mladić, pour ne jamais les revoir. Hajra Ćatić, qui a elle-même perdu son époux et son fils Nino — écrivain et journaliste dont la dépouille n’a été retrouvée que dix ans plus tard dans une fosse commune —, a coordonné la collecte de ces témoignages.

Le recueil frappe par sa dimension collective, par l’accumulation des voix. Chaque récit est singulier — les circonstances de la séparation, les tentatives de fuite, l’arrivée à Potočari (la base du bataillon néerlandais, à quelques kilomètres de Srebrenica, où environ 25 000 civil·es se sont réfugié·es dans l’espoir d’obtenir la protection de l’ONU), la terreur dans les bus de déportation — mais tous convergent vers la même réalité : l’élimination méthodique des hommes et l’expulsion forcée des survivant·es. Ce n’est pas un ouvrage d’analyse ou de commentaire, mais un document de première main : face aux tentatives de révision historique, ces cent voix concordantes rendent la négation du génocide matériellement impossible. Là où les rapports officiels résument les faits en statistiques, ces récits restituent ce que chaque chiffre recouvre : la perte d’un père, d’un fils, d’un frère, la destruction d’une communauté entière en quelques jours.


3. Srebrenica, un génocide annoncé (Sylvie Matton, 2005)

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Dix ans après les faits, la journaliste Sylvie Matton publie une enquête qui, malgré sa rigueur, passe inaperçue à sa sortie en France — un silence éditorial qui reflète le peu d’intérêt que l’opinion publique française porte alors au sujet. Le titre dit tout : le génocide de Srebrenica n’a rien d’un accident, il était prévisible et il a été rendu possible par des complicités à tous les niveaux. Matton a interrogé des responsables politiques, des diplomates et des militaires, dont plusieurs ont reconnu devant elle les lâchetés et les calculs qui ont laissé le crime s’accomplir.

Matton démontre que le mensonge officiel — « on ne savait pas, on ne pouvait pas savoir » — ne résiste pas à l’examen des faits. La chute de l’enclave était anticipée par les services de renseignement, les massacres étaient prévisibles au vu de la stratégie de nettoyage ethnique déjà appliquée dans d’autres localités, et aucun responsable n’a tenté de les empêcher alors qu’il en était encore temps. Matton pointe la responsabilité de l’ONU — celle de Boutros Boutros-Ghali, puis de Kofi Annan, alors chef des opérations de maintien de la paix —, mais aussi celle des dirigeants occidentaux de l’époque (François Mitterrand, John Major, Bill Clinton), les délibérations à huis clos du Conseil de sécurité — où la France et le Royaume-Uni ont usé de leur droit de veto et de leur influence pour bloquer toute intervention militaire — et l’influence de la propagande révisionniste serbe, qui a brouillé la lecture du conflit dans certains médias occidentaux et imposé l’idée d’une guerre « entre tribus » où toutes les parties seraient également coupables.

Un réquisitoire documenté qui nomme les responsables, expose les mécanismes de l’inaction et démonte un par un les alibis de la communauté internationale.


4. Srebrenica 1995 : analyses croisées des enquêtes et des rapports (dir. Isabelle Delpla, Xavier Bougarel et Jean-Louis Fournel, 2007)

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Paru sous la forme d’un numéro de la revue Cultures & Conflits (et repris ensuite en livre), cet ouvrage collectif adopte une approche universitaire comparative sans précédent. Après le massacre, le TPIY a ouvert des enquêtes judiciaires, et plusieurs rapports institutionnels ont été produits par les pays et organisations impliqués : la Bosnie-Herzégovine (1996), l’ONU (1999), la France (2001), les Pays-Bas (2002) et la Republika Srpska (2004) — cette dernière étant l’entité serbe de Bosnie, dont les forces armées ont perpétré le génocide, et qui n’a produit son rapport que sous forte pression internationale. Chacun de ces documents a été rédigé dans un contexte politique particulier : le rapport français, par exemple, a tendu à minimiser les responsabilités de Paris, tandis que le rapport néerlandais, le plus volumineux (plusieurs milliers de pages), a évité de formuler des conclusions politiques tranchées. Pour la première fois, un ouvrage confronte ces textes les uns aux autres.

Des universitaires et des acteurs directs des enquêtes y contribuent : Jean-René Ruez, l’enquêteur principal du TPIY, qui a dirigé les investigations sur le terrain et devant le tribunal ; Pierre Brana, rapporteur de la mission d’information parlementaire française de 2001 ; des chercheur·ses en histoire, en science politique et en philosophie. Les contributions examinent la manière dont chaque institution a établi les faits et attribué les responsabilités. Spécialiste de la Bosnie-Herzégovine, Xavier Bougarel aborde une question sensible : les responsabilités bosniaques elles-mêmes, et notamment le retrait de Naser Orić — le commandant militaire qui défendait l’enclave — rappelé à Sarajevo par le gouvernement bosniaque quelques semaines avant la chute, un épisode qui a alimenté des théories selon lesquelles les autorités de Sarajevo auraient sacrifié Srebrenica pour obtenir la sympathie internationale. Isabelle Delpla, quant à elle, montre comment un même événement peut être raconté de manières radicalement différentes selon l’institution qui en rend compte.

Un bouquin exigeant, qui s’adresse à un lectorat déjà familier du sujet et souhaite comprendre non seulement ce qui s’est passé, mais comment et pourquoi les récits officiels divergent.


5. Vivre et mourir pour Srebrenica (Mihrija Feković-Kulović, 2010)

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Née en 1964 dans l’ex-Yougoslavie, diplômée de l’université de Sarajevo, Mihrija Feković-Kulović a partagé sa vie entre la Bosnie-Herzégovine et la Suisse où elle a travaillé comme aide-soignante. C’est à Genève, dans le cadre d’un programme de théâtre documentaire dirigé par le dramaturge Antoine Jaccoud, qu’elle a rencontré quatorze survivant·es de Srebrenica réfugié·es en Suisse. De ces rencontres est né, après trois ans d’entretiens et de recherches historiques, un roman dont les personnages et les situations sont directement tirés de la vie de ces hommes et de ces femmes.

Zejna, Azra, Dika, Mujo, Ibiš et d’autres traversent dans la fiction les épreuves que les survivant·es ont vécues : l’arrivée au camp de Potočari, la séparation brutale des familles, l’expulsion dans les bus de déportation. Feković-Kulović a choisi la forme romanesque parce que, selon ses termes, « quand la réalité est trop dure à dire, vient le temps du roman ». Le livre, qui a reçu le prix honorifique genevois « Femme exilée, femme engagée », fait du vécu intime des survivant·es la matière même du récit historique. Là où l’enquête journalistique établit les faits et l’analyse politique en identifie les causes, le roman restitue l’expérience de celles et ceux qui les ont subis — et donne à comprendre, de l’intérieur, ce que signifie perdre en quelques heures sa famille, sa ville et toute possibilité de retour.


6. Le Sang de la realpolitik (Florence Hartmann, 2015)

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Peu d’auteur·ices ont eu un accès aussi direct aux ressorts de la guerre de Bosnie que Florence Hartmann. Correspondante du Monde à Belgrade, elle a couvert la montée du nationalisme serbe de Slobodan Milošević, puis a occupé le poste de porte-parole du procureur des tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda — ce qui lui a donné accès à des archives et à des témoignages habituellement inaccessibles. Son livre, paru aux éditions Don Quichotte, ne refait pas le récit des massacres : il reconstitue les négociations diplomatiques secrètes qui les ont précédés et rendus possibles.

Là où Sylvie Matton démontre que la communauté internationale savait et n’a pas agi, Hartmann va plus loin : elle établit, archives déclassifiées à l’appui, que la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont activement négocié l’abandon de Srebrenica dans le cadre de tractations destinées à parvenir à un accord de paix. La chute de l’enclave n’était pas seulement tolérée : elle était intégrée aux calculs diplomatiques comme une concession territoriale acceptable. Étape par étape, Hartmann retrace ces choix inavouables et s’appuie sur de nombreuses déclarations d’acteurs directs des événements. Le Sang de la realpolitik montre comment la « realpolitik » — la subordination de toute considération morale aux rapports de force entre États — a conduit trois démocraties occidentales à faciliter les conditions d’un génocide pour ne pas compromettre leurs objectifs géopolitiques dans les Balkans.


7. Vent glacial sur Sarajevo (Guillaume Ancel, 2017)

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Guillaume Ancel n’écrit pas sur Srebrenica à proprement parler, mais sur le siège de Sarajevo. Plus précisément, sur la politique française qui, par son refus de toute action militaire sérieuse contre les forces serbes, a contribué à créer les conditions dans lesquelles le génocide a pu se produire. Saint-cyrien, officier de la Légion étrangère, il rejoint Sarajevo en janvier 1995 avec un bataillon de la FORPRONU (la Force de protection des Nations unies, déployée en ex-Yougoslavie depuis 1992). Sa mission : guider depuis le sol les frappes aériennes de l’OTAN contre les batteries d’artillerie serbes qui bombardent la capitale bosniaque, encerclée depuis trois ans. Mais les frappes sont sans cesse annulées à la dernière minute par la hiérarchie militaire et politique française, soucieuse de ne pas provoquer de représailles serbes contre les Casques bleus français — et de ne pas créer d’incident médiatique à quelques mois de l’élection présidentielle.

Ce carnet de guerre, préfacé par l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau, restitue la frustration et la colère d’un officier de terrain contraint à l’impuissance par sa propre chaîne de commandement. Six mois sur le terrain, dix-huit soldats français morts, et un constat accablant : les Casques bleus ont servi, de fait, de boucliers humains involontaires : leur présence rendait toute frappe aérienne impossible puisque les Serbes menaçaient de les prendre en otage — ce qu’ils ont d’ailleurs fait en mai 1995. La Revue Défense nationale a rapproché le livre de L’Étrange Défaite de Marc Bloch — l’historien et résistant qui, en 1940, avait rédigé une analyse sans concession de la débâcle française face à l’Allemagne nazie. Même posture : celle d’un soldat-témoin qui refuse de laisser le récit officiel recouvrir la réalité des faits. Ce témoignage permet de comprendre un mécanisme central : la France a volontairement paralysé l’outil militaire de l’OTAN pour protéger ses propres soldats et ses intérêts diplomatiques, et a ainsi contribué à l’impunité des forces serbes — la même impunité qui, quelques mois plus tard, a rendu possible la prise de Srebrenica.