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Que lire sur le conflit israélo-palestinien ?

Que lire sur le conflit israélo-palestinien ?

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En 1897, à Bâle, Theodor Herzl pose les bases du projet sioniste politique : fonder un État juif en Palestine. À cette date, les Juifs ne représentent que 5 % de la population de la région, peuplée en écrasante majorité d’Arabes — musulmans et chrétiens — présents là depuis des siècles. Moins de vingt ans plus tard, en pleine Première Guerre mondiale, la déclaration Balfour de 1917 engage la Grande-Bretagne à soutenir l’établissement d’un « foyer national juif » en Palestine, sans que les habitants arabes du territoire, pourtant très majoritaires, ne soient consultés. Sous le mandat britannique (1920-1948), l’immigration juive s’accélère et les tensions se durcissent. La grande révolte arabe de 1936-1939 est écrasée par l’armée britannique avec une violence considérable : les dirigeants palestiniens sont tués, emprisonnés ou exilés, les combattants désarmés. Cette répression laisse la société palestinienne décapitée de ses élites politiques et militaires, et donc vulnérable face aux milices sionistes, mieux organisées et mieux armées. En novembre 1947, l’ONU vote un plan de partage de la Palestine en deux États ; en mai 1948, l’État d’Israël est proclamé. S’ensuit la Nakba — la « catastrophe » en arabe : près de 750 000 Palestinien·nes sont expulsé·es ou fuient leurs foyers, des centaines de villages sont détruits. La plupart de ces réfugié·es et de leurs descendant·es n’ont jamais été autorisé·es à revenir.

La guerre de 1967 (dite « guerre des Six Jours ») et l’occupation de la Cisjordanie, de Gaza, du Golan et du Sinaï ouvrent une nouvelle phase. La colonisation israélienne des territoires occupés, jugée illégale par le droit international, ne cesse depuis lors de s’étendre — on compte aujourd’hui plus de 700 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La première Intifada (le soulèvement populaire palestinien de 1987), les accords d’Oslo de 1993 (premier accord de reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP, porteur d’un espoir vite déçu), l’assassinat du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin par un extrémiste juif en 1995, la seconde Intifada de 2000, la prise de Gaza par le Hamas en 2007, les guerres à répétition contre l’enclave de Gaza, la montée de l’extrême droite religieuse au gouvernement israélien, les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la destruction massive de Gaza qui s’ensuit : chaque séquence s’inscrit dans une continuité historique que les ouvrages qui suivent permettent de saisir — ses origines, ses mécanismes, ses impasses, et les fragiles perspectives de paix.


1. Cent ans de guerre contre la Palestine. Une histoire de colonisation et de résistance (Rashid Khalidi, 2025)

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Professeur d’histoire à l’université Columbia, titulaire de la chaire Edward Saïd d’études arabes contemporaines, Rashid Khalidi est aussi l’héritier d’une grande famille de Jérusalem dont les archives, conservées dans la bibliothèque familiale fondée en 1899, constituent le socle documentaire de ce livre. Il retrace un siècle de guerre coloniale menée contre la population autochtone de Palestine — d’abord par le mouvement sioniste appuyé par la Grande-Bretagne, puis par l’État d’Israël soutenu par les États-Unis. À partir de sources jusqu’alors inexploitées, il structure le récit autour de six « déclarations de guerre » — six moments charnières où une grande puissance est, selon lui, intervenue au détriment des Palestinien·nes : de la déclaration Balfour (1917) à la destruction de la Palestine en 1948, de l’invasion du Liban par Israël en 1982 aux échecs des négociations contemporaines.

L’une des forces de cette somme tient à son cadre d’analyse : Khalidi abandonne la lecture classique d’un affrontement entre deux nationalismes rivaux pour adopter celui du colonialisme de peuplement — c’est-à-dire une forme de colonisation où les colons ne se contentent pas d’exploiter un territoire et ses ressources, mais s’y installent de façon permanente et cherchent à remplacer la population autochtone. Ce prisme permet de saisir la logique linéaire de dépossession là où les lectures traditionnelles voient une succession de crises distinctes. Le récit s’ouvre sur la lettre adressée en 1899 par l’arrière-arrière-grand-oncle de l’auteur, Yusuf Diya al-Khalidi — alors maire de Jérusalem — à Theodor Herzl : il y anticipe la collision inévitable entre le projet sioniste et la population arabe de Palestine, tandis que Herzl, dans sa réponse, minimise la présence autochtone.

Pour autant, Khalidi n’occulte ni les erreurs stratégiques des dirigeants palestiniens, ni l’instrumentalisation de leur cause par les régimes arabes, ni les fractures internes qui ont affaibli le mouvement national. Membre de la délégation palestinienne lors des négociations de Madrid et Washington (1991-1993), il démonte la mécanique des accords de paix — leurs promesses affichées et les rapports de force réels qui les ont vidés de leur substance. Il rappelle aussi qu’aucune solution durable ne peut advenir tant que sera refusé le droit à l’autodétermination du peuple palestinien.


2. Comment la Palestine fut perdue. Et pourquoi Israël n’a pas gagné. Histoire d’un conflit (XIXᵉ-XXIᵉ siècle) (Jean-Pierre Filiu, 2024)

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Professeur en histoire du Moyen-Orient à Sciences Po Paris, Jean-Pierre Filiu rompt avec le récit chronologique classique pour proposer une grille de lecture thématique. Son analyse repose sur une symétrie : trois « forces israéliennes » face à trois « faiblesses palestiniennes » ont, selon lui, déterminé les trajectoires respectives des deux camps.

Côté israélien, il met en évidence le poids du sionisme chrétien évangélique, né dans le protestantisme anglo-saxon bien avant le sionisme juif politique : la conviction que le retour des Juifs en Terre sainte serait une condition de l’accomplissement des prophéties bibliques. Filiu montre que cette croyance a pesé bien davantage qu’un hypothétique « lobby juif » dans le soutien de Londres puis de Washington à la colonisation. Il pointe aussi la stratégie du fait accompli territorial — la construction systématique de colonies pour rendre irréversible le contrôle de la Cisjordanie — et le poids de l’extrême droite religieuse dans les coalitions gouvernementales. Côté palestinien, il souligne l’instrumentalisation de la cause par les régimes arabes voisins (qui l’ont utilisée comme levier dans leurs propres rivalités, quitte à massacrer les Palestiniens — comme en Jordanie en 1970 ou au Liban dans les années 1980), la fragmentation factionnelle et la polarisation entre le Fatah de Ramallah et le Hamas de Gaza.

Le titre résume l’argument : si Israël a remporté chaque guerre, il n’a pas pour autant obtenu la victoire, car son avenir à long terme ne sera garanti que par l’établissement d’un État palestinien viable à ses côtés. Cette démonstration a suscité des lectures contrastées : certains critiques reprochent à Filiu un cadrage trop favorable aux Palestiniens, d’autres saluent la rigueur d’une analyse qui défait nombre d’idées reçues. Selon Filiu, la persistance de l’injustice faite au peuple palestinien contribue directement à la militarisation des relations internationales et à la paralysie du système onusien ; la coexistence de deux peuples sur une même terre ne se réglera pas par les armes.


3. Brève histoire du conflit israélo-palestinien (Ilan Pappé, 2026)

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Figure de proue des « nouveaux historiens » israéliens, Ilan Pappé appartient à ce courant d’historien·nes qui, depuis les années 1990, a eu accès aux archives déclassifiées de l’État d’Israël et de la Grande-Bretagne — et a démontré que le récit officiel israélien sur 1948, selon lequel les Palestinien·nes seraient parti·es volontairement, était en grande partie faux : il y a eu des expulsions organisées, des massacres, une politique délibérée de vidage du territoire. Ces conclusions ont valu à Pappé des menaces et un climat de répression qui l’ont poussé à l’exil en Grande-Bretagne en 2007. Depuis l’université d’Exeter, où il dirige le Centre européen d’études sur la Palestine, il poursuit un travail qui a fait de lui l’un des historiens les plus controversés — et les plus lus — sur le conflit israélo-palestinien. En moins de 200 pages, ce bouquin condense des décennies de recherches et répond à une demande précise, née après le 7 octobre 2023 : celle d’une synthèse accessible, rigoureuse, qui ne suppose aucune connaissance préalable.

Pappé soutient que l’exode de 1948 relève d’un nettoyage ethnique prémédité, planifié par David Ben Gourion — thèse qu’il avait développée dans Le Nettoyage ethnique de la Palestine (2006), dont la commercialisation en français fut suspendue par Fayard en novembre 2023, avant que les éditions La Fabrique n’en acquièrent les droits. Dans cette Brève histoire, il insiste sur la continuité idéologique entre les origines du sionisme et la politique actuelle du gouvernement Netanyahou à Gaza et en Cisjordanie. Il qualifie le régime israélien de colonial et se prononce pour une solution fondée sur l’égalité des droits entre tous les habitants de la Palestine historique, c’est-à-dire l’ensemble du territoire situé entre la Méditerranée et le Jourdain (Israël, Cisjordanie et Gaza).


4. Israël, Palestine : vérités sur un conflit (Alain Gresh, 2024)

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Rédacteur en chef du Monde diplomatique puis directeur du journal en ligne Orient XXI, Alain Gresh publie la première version de ce texte en 2001, sous le choc de la deuxième Intifada. Réédité et actualisé à plusieurs reprises — la dernière fois en 2024, après le 7 octobre 2023 —, ce texte est devenu une référence. Gresh explique l’avoir écrit à la suite d’une conversation sur l’enseignement du conflit, et par indignation face au traitement médiatique des événements. Né au Proche-Orient, où il a grandi, il revendique un lien personnel avec la région — mais c’est une position universaliste qu’il défend, à distance des réflexes communautaires (la tendance, en France, à ce que les Juifs se solidarisent automatiquement avec Israël et les musulmans avec les Palestiniens — un alignement qu’il juge réducteur et dangereux).

Gresh replace le conflit dans un cadre d’analyse global : les liens entre sionisme, antisémitisme européen et Shoah ; l’origine du drame des réfugiés ; le rôle des puissances occidentales ; les ambiguïtés du nationalisme palestinien. Il introduit une distinction éclairante : Israël est un « fait colonial » — comme l’Australie ou les États-Unis, le pays est né d’une conquête et de l’expropriation des autochtones. Mais ce n’est pas une « société coloniale » au sens de l’Afrique du Sud de l’apartheid, où les colons avaient besoin de la main-d’œuvre indigène pour faire tourner l’économie. Le projet sioniste, lui, a fonctionné sans cette dépendance, ce qui a rendu d’autant plus aisée la mise à l’écart de la population arabe. Gresh insiste également sur la double peur existentielle qui habite les deux peuples : pour les Juifs israéliens, la mémoire du génocide nazi et la crainte de sa répétition ; pour les Palestiniens, le traumatisme de l’expulsion de 1948 et la peur d’un nouvel effacement. Ignorer cette peur, écrit-il, revient à se priver de comprendre l’une des dimensions centrales du conflit.


5. Palestine-Israël. Une histoire visuelle (Philippe Rekacewicz, Dominique Vidal, 2024)

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Philippe Rekacewicz, géographe et cartographe, longtemps collaborateur du Monde diplomatique, et Dominique Vidal, journaliste et historien spécialiste des questions internationales, partent d’un constat : les configurations territoriales du conflit — partages, annexions, enclaves, colonies — restent incompréhensibles si elles ne sont pas représentées sur des cartes. D’où un ouvrage où les cartes originales, les archives photographiques (certaines inédites), les graphiques et les infographies ne sont pas de simples illustrations : ils constituent le fil conducteur du récit, au même titre que le texte. Le résultat n’est ni un atlas ni un beau livre de plus, mais un récit historique à part entière.

L’un des apports singuliers de cet ouvrage réside dans l’attention portée aux projets territoriaux qui n’ont jamais vu le jour : les découpages imaginés lors de négociations successives, les tracés de frontières restés sur le papier, les plans de partage enterrés. Mis bout à bout, ces plans avortés rendent visible l’accumulation des occasions manquées. Rekacewicz est un pionnier de la « cartographie radicale » — un courant qui considère que toute carte est un acte politique, jamais un reflet neutre de la réalité : choisir une échelle, tracer ou estomper une frontière, colorer un territoire, c’est déjà prendre parti. Les auteurs appliquent ce principe aux cartes du conflit : comment, par exemple, les représentations courantes de la Cisjordanie masquent le morcellement réel du territoire palestinien par les colonies, les routes de contournement et les zones militaires israéliennes.


6. Israël/Palestine. Anatomie d’un conflit (Vincent Lemire, Thomas Snégaroff, 2024)

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Cet ouvrage est né d’un podcast en six épisodes diffusé sur France Inter au lendemain du 7 octobre 2023, dans lequel Thomas Snégaroff, journaliste et historien, interviewait Vincent Lemire, historien spécialiste de Jérusalem et directeur du Centre de recherche français dans cette ville. À travers 50 questions-réponses, les deux auteurs couvrent l’ensemble de la chronologie, du congrès sioniste de Bâle en 1897 jusqu’aux attaques du 7 octobre, avec un appareil pédagogique soigné : cartes, infographies, chronologies, biographies et documents de référence.

La force de l’ensemble tient à la concision et à la clarté : les auteurs montrent par exemple comment le fait religieux, présent dès les origines du conflit mais nullement central (le drapeau palestinien portait à l’origine un croissant et une croix), s’est progressivement imposé au cœur de l’affrontement — côté palestinien parce que l’échec du nationalisme laïc (OLP, Fatah) à obtenir un État a ouvert la voie aux mouvements islamistes, côté israélien parce que le mouvement des colons a lié le contrôle du territoire à un messianisme religieux.

Ils soulignent aussi l’imprécision fondatrice du projet sioniste quant à la définition du territoire — Herzl écrivait que celui-ci n’était « que le support concret d’un État » et envisageait même une implantation en Argentine — et rappellent les doubles promesses de la Grande-Bretagne, qui assure aux Arabes une grande patrie et, dans le même temps, prépare la création d’un foyer national juif en Palestine. Lemire et Snégaroff montrent enfin comment l’échec des accords d’Oslo a porté au pouvoir, des deux côtés, les forces les plus radicales — l’extrême droite religieuse israélienne et le Hamas —, deux formations nées pour l’affrontement et non pour le compromis.


7. Israël-Palestine : une guerre sans fin ? (Alain Dieckhoff, 2025)

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Politiste au CNRS et spécialiste reconnu du nationalisme et du conflit israélo-palestinien, Alain Dieckhoff adopte un format en 25 questions décisives (dans cette édition révisée et augmentée après le 7 octobre) pour passer en revue les dimensions historiques, politiques et internationales du conflit. Il organise sa réflexion en quatre temps : regards historiques, évolutions des années 2000-2020, interventions extérieures, perspectives. Chaque question fonctionne comme un court chapitre autonome.

Dieckhoff ne milite pas : il pose des constats, éclaire des enchaînements, décrit des engrenages — comment, par exemple, l’échec des négociations des années 2000 a nourri la seconde Intifada, qui a elle-même renforcé le Hamas et justifié l’unilatéralisme israélien. Il traite avec une lucidité particulière la question de la réalité d’un « État palestinien » aujourd’hui : une autorité sans souveraineté effective, une population fragmentée entre Gaza, la Cisjordanie et la diaspora, un territoire grignoté par la colonisation.

Sur le plan international, le constat n’est pas moins sévère : divisions des États arabes, intransigeance iranienne, manque de fermeté des Occidentaux, paralysie de l’ONU. Pour autant, Dieckhoff n’en conclut pas à l’impasse définitive : le conflit est durable, mais pas nécessairement éternel — à condition d’en comprendre les ressorts au lieu de le réduire à un choc de civilisations ou à une fatalité.


8. La Palestine expliquée à tout le monde (Elias Sanbar, 2025)

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Historien, poète et diplomate, né à Haïfa en 1947, contraint à l’exil au Liban avec sa famille dès 1948 — à l’âge de quinze mois —, Elias Sanbar raconte ici une histoire qui est aussi la sienne. Négociateur des accords d’Oslo en 1993, cofondateur de la Revue d’études palestiniennes, ambassadeur de la Palestine à l’UNESCO, il parle à la fois en historien et en acteur du conflit. En une centaine de pages, sous forme d’entretien, il restitue la continuité d’une histoire que des décennies de commentaires ont souvent déformée ou étouffée : la population diverse — musulmane, chrétienne, juive — qui vivait en Palestine avant le mandat britannique et le projet sioniste ; l’expulsion de 1948 ; la résistance ; les chemins toujours obstrués vers la reconnaissance de deux États.

Sanbar démonte la formule « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » — ce slogan sioniste qui a nié l’existence même des Palestinien·nes pour légitimer la colonisation. Il présente les formations politiques — Fatah, OLP, Hamas — sans complaisance, et revient sur les raisons de l’échec des accords de paix. Sa posture reste celle d’un pacifiste convaincu, ce qui ne l’empêche pas de formuler un constat amer : « Ceux parmi les Israéliens qui souhaitent sincèrement l’avènement des deux États sont confrontés à un dilemme : laisser l’occupation se perpétuer ou y mettre fin et aller vers la guerre civile. En ce sens, les colons ont gagné. » Pour qui aborde le sujet sans connaissance préalable, c’est sans doute le bouquin le plus accessible de cette sélection.