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Que lire après « Martin Eden » de Jack London ?

Que lire après « Martin Eden » de Jack London ?

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Martin Eden est un roman de l’écrivain américain Jack London, publié en 1909. Largement autobiographique, il suit le parcours de Martin Eden, jeune marin issu des quartiers pauvres d’Oakland, qui décide de s’instruire et de devenir écrivain pour conquérir Ruth Morse, une jeune femme de la bourgeoisie. Par un effort obstiné, il parvient au succès littéraire — mais découvre alors la vacuité du monde qu’il rêvait de rejoindre.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.


1. La Faim (Knut Hamsun, 1890)

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Directement inspiré de ses propres années de misère dans les rues de Christiania (l’actuelle Oslo), La Faim de Knut Hamsun suit un jeune écrivain anonyme, sans le sou, qui tente de survivre grâce à sa plume. Le récit, narré à la première personne, décrit sa déchéance physique et mentale à mesure que la faim le dévore — une faim qu’il provoque autant qu’il la subit, par orgueil et par obstination.

Comme Martin Eden, le narrateur refuse tout compromis et s’accroche à son ambition littéraire malgré les refus, les humiliations et le dénuement. Mais là où London inscrit son héros dans une trajectoire sociale ascendante avant la chute, Hamsun maintient le sien dans un état de crise permanent, entre lucidité et délire. André Gide voyait dans ce livre moins un roman qu’un cas clinique ; c’est aussi, avant Kafka, l’une des premières tentatives de faire du monologue intérieur le véritable sujet d’un récit.


2. Demande à la poussière (John Fante, 1939)

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Arturo Bandini, fils d’immigrés italiens du Colorado, débarque à Los Angeles avec une seule nouvelle publiée en poche et la certitude d’être un grand écrivain. Fauché, logé dans un hôtel minable de Bunker Hill, il oscille entre mégalomanie et désespoir. Sa rencontre avec Camilla Lopez, serveuse d’origine mexicaine, le précipite dans une passion aussi brutale que ruineuse.

Même foi absolue dans la littérature, même pauvreté endurée comme un sacerdoce, même fossé entre l’image de soi et la réalité : la parenté avec Martin Eden saute aux yeux. Mais Fante y ajoute la question de l’identité — être italien dans l’Amérique des années 1930, se sentir à la fois trop américain et pas assez — et une autodérision féroce qui rend Bandini aussi insupportable qu’attachant. C’est dans une bibliothèque publique de Los Angeles que Charles Bukowski tomba un jour sur ce roman ; il n’a jamais cessé de dire que cette lecture avait changé le cours de sa vie d’écrivain.


3. Illusions perdues (Honoré de Balzac, 1837-1843)

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Lucien Chardon, jeune poète ambitieux d’Angoulême, monte à Paris sous la protection de sa maîtresse, Madame de Bargeton, convaincu que la gloire littéraire l’attend. Il découvre un monde où les œuvres se monnaient, où les critiques s’achètent et où le talent ne suffit jamais. Devenu journaliste par impatience, il connaît un succès éphémère avant de sombrer dans la ruine et le déshonneur.

Ce triptyque — que Balzac qualifiait d’« œuvre capitale dans l’œuvre » — est l’un des plus grands romans sur la collision entre l’idéal artistique et les lois du marché. Comme Martin Eden, Lucien est un provincial ébloui par un univers qui finira par le broyer. Mais Balzac, en sociologue implacable, dissèque aussi les mécanismes économiques et politiques de la littérature sous la Restauration — et ce qu’il décrit du journalisme, de la spéculation éditoriale et du pouvoir de l’argent sur les réputations n’a guère changé depuis.


4. Le Rouge et le Noir (Stendhal, 1830)

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Julien Sorel, fils de charpentier dans une petite ville du Jura, nourrit une ambition qui le consume. Précepteur chez le maire de Verrières, il séduit Madame de Rênal avant de rejoindre le séminaire, puis le salon du marquis de La Mole à Paris. Chacune de ses conquêtes — amoureuses ou sociales — est un acte de guerre contre l’ordre qui le maintient à sa place.

Le roman de Stendhal partage avec Martin Eden cette tension centrale : un homme d’extraction modeste, doté d’une intelligence et d’une énergie hors du commun, qui se heurte au mépris d’une société cloisonnée par la naissance et l’argent. Julien, comme Martin, veut forcer les portes d’un monde qui ne veut pas de lui. Mais là où Martin finit par mépriser ce qu’il a conquis, Julien s’y perd — victime de son propre orgueil et d’un amour qu’il n’avait pas prévu.


5. Jude l’Obscur (Thomas Hardy, 1895)

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Jude Fawley, orphelin et tailleur de pierre dans l’Angleterre victorienne, rêve d’étudier à Christminster (Oxford à peine voilée). Il apprend seul le latin et le grec, persuadé que le savoir lui ouvrira les portes de l’université. Mais un mariage précoce et malheureux, puis un amour interdit pour sa cousine Sue Bridehead, vont ruiner chacun de ses espoirs.

De tous les romans de cette liste, c’est celui qui résonne le plus directement avec Martin Eden : même autodidacte obstiné, même aspiration à s’élever par la connaissance, même société qui verrouille l’accès au savoir pour les non-privilégiés.

Hardy va plus loin encore dans le pessimisme — les institutions (mariage, Église, université) forment une machinerie tragique qui écrase méthodiquement ceux qui osent remettre en cause l’ordre des choses. Le scandale provoqué par le livre poussa Hardy à renoncer définitivement au roman.


6. Gatsby le Magnifique (F. Scott Fitzgerald, 1925)

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Jay Gatsby, fils de fermiers pauvres du Dakota du Nord, s’est réinventé en millionnaire pour reconquérir Daisy Buchanan, la femme qu’il a aimée avant la guerre. Depuis sa villa somptueuse de Long Island, il donne des fêtes extravagantes dans l’espoir qu’elle franchisse un soir le seuil de sa porte. Le récit, filtré par le regard de son voisin Nick Carraway, dévoile peu à peu l’imposture derrière la splendeur.

Gatsby et Martin Eden partagent le même moteur : l’amour d’une femme d’un milieu supérieur, qui déclenche une ascension sociale acharnée. Et dans les deux cas, la réussite ne tient pas ses promesses — l’objet du désir se révèle indigne de l’effort consenti. Fitzgerald a écrit ici le grand roman de l’illusion américaine : on peut tout acquérir — la fortune, les fêtes, la notoriété — sauf le droit d’appartenir à un monde qui vous a vu naître pauvre.


7. Bel-Ami (Guy de Maupassant, 1885)

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Georges Duroy, ancien sous-officier sans fortune ni talent particulier, arrive à Paris et comprend vite que sa belle figure est sa seule arme. Grâce aux femmes qu’il séduit et aux protections qu’il obtient, il gravit les échelons du journalisme et de la haute société avec une efficacité cynique — jusqu’à devenir l’homme le plus influent de la capitale.

L’intérêt de la comparaison avec Martin Eden tient au contraste : là où Martin s’élève par le travail intellectuel et souffre de chaque compromission, Duroy prospère précisément parce qu’il n’a aucun scrupule. Maupassant peint la société parisienne de la Troisième République comme un terrain de chasse où seuls les prédateurs survivent. Le succès de Duroy n’est pas un triomphe ; c’est un diagnostic — celui d’un monde où l’absence de conscience morale constitue le meilleur passeport.


8. L’Éducation sentimentale (Gustave Flaubert, 1869)

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Frédéric Moreau, jeune provincial fortuné, monte à Paris avec l’ambition vague de devenir quelqu’un. Il s’éprend de Madame Arnoux, femme mariée qu’il idéalise, et fréquente tour à tour les cercles bourgeois, les milieux artistiques et les salons politiques, sans jamais rien mener à terme. Ses velléités littéraires, financières et amoureuses s’enlisent dans une irrésolution chronique.

Si Martin Eden raconte la tragédie de l’énergie, L’Éducation sentimentale raconte celle de l’inertie. Frédéric a tout ce que Martin n’a pas — l’argent, les relations, le temps — et pourtant il ne parvient à rien. Flaubert en fait le symbole d’une génération entière, celle de 1848, emportée par l’Histoire sans y avoir participé. C’est l’exact négatif de Martin Eden — et, à ce titre, son complément le plus éclairant.


9. La Promesse de l’aube (Romain Gary, 1960)

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Romain Gary retrace son parcours depuis son enfance à Vilna (aujourd’hui Vilnius), aux côtés d’une mère qui a fait de lui le réceptacle de toutes ses ambitions. Nina Kacew est persuadée que son fils deviendra diplomate, héros de guerre, grand écrivain — tout à la fois. Et Gary, porté par cet amour démesuré, finira par réaliser chacune de ces prophéties.

Comme Martin Eden, c’est le récit d’une ascension improbable, portée par un entêtement sans faille. Mais le moteur diffère : Martin agit par désir amoureux et par orgueil personnel, Gary par fidélité à une promesse faite à sa mère. Le ton, lui aussi, est à l’opposé de London : Gary manie l’humour, la tendresse et l’ironie sur soi-même avec une aisance rare dans le roman d’apprentissage. Mais le livre est moins léger qu’il n’en a l’air — car Gary le sait : l’amour de sa mère l’a sauvé, mais il l’a aussi enfermé dans une dette impossible à honorer.


10. L’Art de la joie (Goliarda Sapienza, 1998)

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Modesta naît le 1er janvier 1900 dans un village misérable de Sicile. Orpheline à neuf ans, recueillie dans un couvent, elle comprend très tôt que la liberté ne se mendie pas — elle se prend. Par son intelligence, sa détermination et son refus de toute soumission, elle s’élève dans l’aristocratie sicilienne et traverse les soubresauts du XXe siècle italien — toujours fidèle à ses propres règles.

Écrit entre 1967 et 1976, refusé par tous les éditeurs italiens, le roman n’a été publié intégralement qu’après la mort de Sapienza. Comme Martin Eden, Modesta est une autodidacte qui se forge par les livres et par la volonté. Mais elle incarne un rapport à l’ambition radicalement différent : là où Martin se brise contre le monde, Modesta le plie à sa mesure, sans jamais renoncer à la joie. Un roman-fleuve inclassable, à la fois saga familiale, fresque historique et manifeste de liberté.


11. Servitude humaine (W. Somerset Maugham, 1915)

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Philip Carey, orphelin affligé d’un pied bot, grandit chez un oncle pasteur dans l’Angleterre de la fin du XIXe siècle. Tour à tour étudiant en Allemagne, apprenti peintre à Paris, puis étudiant en médecine à Londres, il cherche avec obstination un sens à sa vie. Sa relation destructrice avec Mildred, une serveuse qui ne l’aime pas, constitue le nœud tragique du roman.

Le titre, emprunté à Spinoza, résume le sujet : les servitudes auxquelles l’être humain se soumet — par amour, par convention, par peur. Comme dans Martin Eden, le héros traverse la pauvreté, les échecs répétés et la désillusion, et doit renoncer à certains rêves (la peinture, ici) avant de trouver sa voie. Mais Maugham, à la différence de London, accorde à son personnage une forme de réconciliation avec l’existence — non pas glorieuse, mais paisible, dépouillée de toute illusion.


12. Des souris et des hommes (John Steinbeck, 1937)

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George Milton et Lennie Small, deux ouvriers agricoles itinérants, parcourent la Californie de la Grande Dépression avec un rêve partagé : posséder un jour leur propre lopin de terre. George est vif et lucide ; Lennie, colosse à l’esprit simple, possède une force qu’il ne maîtrise pas. Leur amitié indéfectible se heurte à un monde qui ne laisse aucune place aux faibles ni aux rêveurs.

Le lien avec Martin Eden passe ici par Steinbeck lui-même — contemporain de London, Californien comme lui, héritier de cette tradition littéraire qui donne voix aux ouvriers et aux déclassés. Le roman ne dépasse pas cent cinquante pages, mais chaque scène porte un poids considérable. Et la question qu’il soulève est la même que celle de London, formulée avec une brutalité encore plus nue : que reste-t-il du rêve quand on n’a pas les moyens matériels de le réaliser ?


13. Le dernier été en ville (Gianfranco Calligarich, 1973)

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Rome, fin des années 1960. Leo Gazzarra, milanais d’origine, vit de piges pour des journaux et des revues. Inadapté, sans ambition déclarée, il se laisse porter par des journées identiques et des nuits alcoolisées. Le soir de ses trente ans, il rencontre Arianna, jeune femme séduisante et insaisissable, qui apparaît et disparaît de sa vie — et y sème chaque fois un désordre un peu plus profond.

Là où Martin Eden brûle d’une énergie féroce, Leo Gazzarra incarne la figure inverse : celle de l’homme qui a renoncé avant même d’avoir lutté. Publié en 1973 grâce à Natalia Ginzburg, longtemps introuvable, ce premier roman de Calligarich a acquis un statut de livre culte en Italie. Rome y est bien plus qu’un décor — c’est la seule présence stable dans la vie de Leo, la seule chose qui ne lui échappe pas. Le récit avance sans pathos, avec une retenue qui le rend d’autant plus dévastateur.