La Passe-miroir est un cycle de quatre romans de fantasy écrit par l’autrice française Christelle Dabos, publié aux éditions Gallimard Jeunesse entre 2013 et 2019. On y suit les aventures d’Ophélie, une jeune femme capable de lire le passé des objets et de traverser les miroirs, qui vit sur l’arche d’Anima — l’une des vingt et une îles flottantes nées d’un cataclysme ancien appelé la Déchirure. Fiancée de force à Thorn, un héritier du puissant clan des Dragons, elle quitte sa famille pour la Citacielle, capitale flottante du Pôle, où elle se retrouve prise dans un complot.
Au fil des quatre tomes — Les Fiancés de l’hiver, Les Disparus du Clairdelune, La Mémoire de Babel et La Tempête des échos —, la saga passe d’arche en arche, entre intrigues de cour, esprits de famille amnésiques et secrets cosmiques qui remontent à la Déchirure elle-même. Récompensée par le Grand Prix de l’Imaginaire et vendue à plus de 1,3 million d’exemplaires, la série a été traduite dans une vingtaine de langues et souvent comparée à Harry Potter ou À la croisée des mondes.
Si vous venez de refermer La Tempête des échos, voici des recommandations dans la même veine. Au programme : des mondes fissurés, des mots qui ont du pouvoir et des fées qu’il vaut mieux ne pas contrarier.
1. La Passeuse de Mots (Alric et Jennifer Twice, 2021)

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Dans le royaume de Hélios, les mots ont un pouvoir concret : celui de créer, d’équilibrer, mais aussi de détruire le monde. Arya, jeune passionnée de livres, mène une existence tranquille entre les pâtisseries maternelles et ses lectures. Tout bascule le jour où un traité de paix — seul rempart contre l’usage incontrôlé de la magie — vole en éclats. Arya découvre alors qu’elle est la Passeuse de Mots, la seule personne capable de répondre à l’Appel des Mots et d’empêcher le royaume de sombrer.
Accompagnée de Killian, un voleur qui ne manque ni de répartie ni de zones d’ombre, Arya entame une quête qui la force à grandir vite. Son parcours évoque celui d’Ophélie : même naïveté de départ, même bravoure conquise pas à pas, même refus de se laisser réduire au rôle qu’on lui impose. La saga — quatre tomes et un préquel — tient tout entière dans un postulat implacable : dans un monde où chaque mot prononcé a des conséquences irréversibles, le silence peut être une arme autant qu’une prison.
Écrit à quatre mains par un couple d’auteurs français installés dans l’Hérault, La Passeuse de Mots est un premier roman publié chez Hachette Romans. Là où Ophélie lisait le passé des objets en les touchant, Arya fait de la langue elle-même un instrument magique — un décalage suffisant pour renouveler le plaisir, pas assez pour perdre les repères.
2. Shades of Magic (V.E. Schwab, 2015)

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Il existe quatre Londres parallèles, et la couleur suffit à les identifier. Le Londres Gris est le nôtre : terne, sans magie, gouverné par le roi George. Le Londres Rouge, celui de Kell, respire la magie à chaque coin de rue. Le Londres Blanc est un lieu de pénurie où l’on s’égorge pour la moindre incantation. Quant au Londres Noir, on n’en parle plus : la magie y a tout dévoré, et les trois autres mondes ont coupé les ponts.
Kell est l’un des derniers Antari — des magiciens de sang capables de voyager d’un Londres à l’autre. Fils adoptif de la famille royale du Londres Rouge, il sert de messager officiel entre les mondes, mais arrondit ses fins de mois grâce à un petit trafic de contrebande. Le jour où il ramène dans le Londres Gris une pierre noire aux pouvoirs dévastateurs, il croise la route de Lila Bard, une voleuse à l’aplomb insolent qui décide de lui subtiliser l’objet. Pour elle comme pour lui — et pour leurs deux mondes —, le compte à rebours est lancé.
Traduite en français par Sarah Dali aux éditions Lumen, cette trilogie repose sur un système de mondes parallèles qui rappellera les arches de La Passe-miroir — avec, ici, Londres pour pivot plutôt que des îles flottantes. Kell et Lila forment un duo aussi improbable qu’Ophélie et Thorn ; et la relation entre Kell et son frère adoptif, le prince Rhy — qui donne au récit sa charge émotionnelle la plus forte —, est de celles qui survivent longtemps à la dernière page.
3. Le Faiseur de rêves (Laini Taylor, 2017)

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Il est une ville, au centre du désert, dont le nom a été effacé de toutes les mémoires humaines un soir d’hiver. Depuis deux cents ans, Désolation — puisque c’est ainsi qu’on la désigne, faute de mieux — est coupée du reste du monde. Lazlo Lestrange, orphelin devenu bibliothécaire dans le royaume de Zosma, reste obsédé par cette énigme. Quand une expédition venue de la Cité oubliée débarque pour recruter les meilleurs esprits du continent, il saisit sa chance.
Pendant ce temps, au-dessus de Désolation, cinq jeunes demi-dieux à la peau bleue — les Mésarthim — survivent dans une citadelle céleste, prisonniers d’une guerre qu’ils n’ont pas choisie et d’un peuple humain qui les hait. Parmi eux, Sarai, surnommée la Muse des cauchemars, envoie chaque nuit des rêves terrifiants aux habitants de la ville. C’est à travers ces rêves que Lazlo et Sarai vont se trouver — lui qui ne connaît d’elle qu’une vision bleue, elle qui découvre en lui le premier esprit humain qui ne la terrifie pas.
Cette duologie (le second tome s’intitule La Muse des cauchemars) partage avec La Passe-miroir un goût prononcé pour les secrets enfouis dans la mémoire collective et les mondes dont l’histoire officielle ne raconte qu’une fraction. Le mystère de Dieu et de l’Autre, chez Christelle Dabos, avançait par couches successives ; celui de Désolation fonctionne de la même façon — et sa dernière couche fait très mal.
4. La Fileuse d’argent (Naomi Novik, 2018)

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Miryem est fille et petite-fille de prêteur, dans une bourgade du Lithvas — un pays aux allures de Pologne médiévale. Son père, trop clément avec ses débiteurs, a plongé la famille dans la misère. Miryem reprend l’affaire en main avec une efficacité redoutable et finit par se vanter de pouvoir changer l’argent en or. Mauvaise idée : le roi des Staryk, créature surnaturelle liée à un hiver sans fin, prend cette fanfaronnade au pied de la lettre et exige qu’elle s’exécute — sous peine de mort.
Autour de Miryem gravitent deux autres voix narratives. Wanda, fille de fermier aux prises avec un père violent, trouve refuge au service de la famille de Miryem. Irina, fille d’un duc, est promise à un mariage glacial avec un tsar dont la cruauté n’a rien de légendaire. Trois femmes, trois conditions sociales, trois façons de refuser le rôle que le monde leur assigne — exactement ce que faisait Ophélie sur l’échiquier du Pôle.
La Fileuse d’argent est un roman autonome, lauréat du prix Locus du meilleur roman de fantasy 2019. Naomi Novik (déjà connue pour Déracinée et la saga Téméraire) y revisite le conte de Tracassin (Rumpelstiltskin) avec des échos de La Belle et la Bête et du mythe d’Hadès et Perséphone. La neige et le gel imprègnent chaque page — à réserver pour les jours les plus froids de l’année, surtout si la Citacielle du Pôle vous manque.
5. Sorcery of Thorns (Margaret Rogerson, 2019)

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Dans le royaume d’Austermeer, les livres sont vivants. Les grimoires murmurent sur leurs étagères, tirent sur leurs chaînes, et peuvent se transformer en monstres de cuir et d’encre si on les provoque. Elisabeth Scrivener, orpheline élevée dans la Grande Bibliothèque d’Estive, rêve de devenir gardienne pour protéger le monde de ces ouvrages dangereux. Mais quand l’un des grimoires les plus terrifiants se libère et sème la mort, c’est elle qu’on accuse.
Traînée jusqu’à la capitale pour y être jugée, Elisabeth n’a d’autre choix que de s’allier avec Nathaniel Thorn, un sorcier — c’est-à-dire, selon tout ce qu’on lui a appris, l’ennemi absolu — et son mystérieux serviteur Silas, un démon à l’élégance féline et à la loyauté ambiguë. À eux trois, ils vont déterrer une conspiration vieille de plusieurs siècles qui menace non seulement les six Grandes Bibliothèques, mais le royaume tout entier.
Traduit en français par Vincent Basset aux éditions Castelmore, ce roman autonome ravira quiconque a déjà rêvé de travailler dans une bibliothèque hantée. La dynamique entre Elisabeth (courageuse, têtue, pas franchement diplomate) et Nathaniel (sarcastique, tourmenté, secrètement bienveillant) a un air de famille avec la lente construction de confiance entre Ophélie et Thorn. Quant à Silas, il vole chaque scène où il apparaît avec une désinvolture qui ferait pâlir Archibald.
6. À la croisée des mondes – Tome 1 : Les Royaumes du Nord (Philip Pullman, 1995)

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Lyra Belacqua a onze ans, un tempérament de feu et un dæmon nommé Pantalaimon — son âme rendue visible sous une forme animale, capable de se métamorphoser à volonté tant qu’elle est enfant. Élevée parmi les Érudits du Jordan College à Oxford, dans un univers parallèle au nôtre où l’Église (ici appelée le Magisterium) contrôle à peu près tout, Lyra passe ses journées à courir sur les toits et à inventer des mensonges éhontés. Tout déraille quand son ami Roger disparaît, enlevé par les sinistres Enfourneurs, et que la brillante mais terrifiante Mme Coulter débarque au College pour s’occuper de son éducation.
La quête de Lyra pour retrouver Roger la mène vers le Grand Nord, au milieu des gitans, des sorcières et des ours en armure — dont Iorek Byrnison, roi déchu reconverti en ouvrier métallurgiste, un personnage qu’on n’oublie pas. L’intrigue tourne autour de la Poussière, une particule élémentaire qui obsède aussi bien les scientifiques que le clergé, et dont la nature exacte ne se révèle que lentement, au fil de la trilogie.
Premier tome d’À la croisée des mondes (traduit par Jean Esch chez Gallimard Jeunesse), Les Royaumes du Nord est un classique qui a d’ailleurs été cité comme référence directe pour La Passe-miroir. Les deux séries partagent un univers morcelé (les arches d’un côté, les mondes parallèles de l’autre), des institutions de pouvoir opaques, et une héroïne que personne ne voit venir. Si vous l’avez lu à douze ans, sachez que le relire adulte est une tout autre expérience ; et si vous ne l’avez jamais ouvert, il est plus que temps d’y remédier.
7. Les Ferrailleurs – Tome 1 : Le Château (Edward Carey, 2013)

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Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château est un assemblage aberrant d’objets trouvés et de morceaux d’immeubles, un puzzle architectural qui défie la logique et la gravité. La famille qui l’habite — nombreuse, endogame et profondément étrange — obéit à une tradition séculaire : à la naissance, chaque membre reçoit un objet de ses jours, un objet particulier qu’il devra garder toute sa vie. Clod, quinze ans, a reçu une bonde universelle. Son don, lui, est plus encombrant : il entend les objets parler.
Le jour où la poignée de porte de Tante Rosamud disparaît, tout commence à se dérégler. Les murmures des objets deviennent insistants, une tempête menace, et Lucy Pennant, jeune servante fraîchement débarquée, refuse obstinément d’être domestiquée. Clod et Lucy forment un duo qui tient autant de Roméo et Juliette que d’un film de Tim Burton — la comparaison avec le cinéaste revient souvent à propos d’Edward Carey, et elle est méritée.
Premier tome d’une trilogie publiée en français chez Grasset puis au Livre de Poche, Le Château est une lecture radicalement différente de La Passe-miroir sur la forme — plus sombre, plus baroque, plus claustrophobe — mais étonnamment proche sur le fond. Ici aussi, les objets ont une vie propre ; ici aussi, une famille dysfonctionnelle règne sur un monde clos dont les fondations sont plus fragiles qu’il n’y paraît. Edward Carey illustre lui-même ses romans, et ses portraits en noir et blanc des membres de la famille Ferrayor — chacun dessiné avec son objet de naissance — renforcent cette atmosphère de galerie de curiosités macabres.
8. Emily Wilde – Tome 1 : L’Encyclopédie féerique d’Emily Wilde (Heather Fawcett, 2023)

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Nous sommes en 1909. Emily Wilde est professeure à Cambridge, experte mondiale en dryadologie (l’étude des créatures féeriques) et socialement aussi à l’aise qu’un hérisson dans un magasin de ballons. Elle travaille à la rédaction de la première encyclopédie féerique jamais compilée et, pour la compléter, se rend dans le village nordique d’Hrafnsvik, au bout du monde, afin d’étudier les Recluses — les fées les plus rares et les plus dangereuses qui soient.
Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’est l’arrivée de Wendell Bambleby, son rival universitaire, aussi charmeur qu’elle est revêche, aussi allergique au travail qu’elle est obsédée par le sien. Bambleby prétend venir l’aider dans ses recherches, mais Emily le soupçonne d’être lui-même une fée en exil — ce qui expliquerait son aversion pour le froid, son goût immodéré pour la couture et son incapacité à se comporter comme un être humain normal. Entre enlèvements, malédictions et contes de fées qui tournent au cauchemar, il devient vite évident que Bambleby n’est pas seulement agaçant — il est aussi indispensable.
Premier tome d’une trilogie traduite par Christophe Rosson aux éditions Sabran, L’Encyclopédie féerique d’Emily Wilde appartient au registre de la cosy fantasy — un genre où l’ambiance (ici : neige, thé, aurores boréales et cabane mal isolée) compte autant que l’intrigue. Le roman est construit sous forme de journal intime, et le décalage permanent entre le ton méthodique d’Emily et l’absurdité des situations dans lesquelles elle se fourre est une source de comique inépuisable. Ophélie abordait les intrigues du Pôle avec la rigueur d’une archiviste un peu dépassée ; Emily Wilde fait exactement la même chose face aux fées — avec un carnet de notes en plus et un sens des convenances sociales en moins.