Les Rois maudits est une suite romanesque historique en sept volumes, publiée par Maurice Druon entre 1955 et 1977. Le récit s’ouvre sur la malédiction lancée en 1314 par Jacques de Molay, dernier grand maître de l’ordre du Temple, depuis son bûcher, à l’encontre du roi Philippe le Bel, du pape Clément V et de leurs descendants. De cette malédiction découlent quatre décennies de complots, d’infidélités royales, de querelles de succession et de désastres militaires qui conduiront la France tout droit vers la guerre de Cent Ans. La série a été adaptée deux fois pour la télévision (1972 et 2005) et a été citée par George R. R. Martin comme l’une des influences majeures derrière Le Trône de fer.
Si vous êtes à la recherche de lectures dans la même veine, voici quelques suggestions.
1. Le Conseiller – Tome 1 : Dans l’ombre des Tudors (Hilary Mantel, 2009)

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Angleterre, années 1520. Le roi Henri VIII n’a pas d’héritier mâle et entend se débarrasser de la reine Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn. Son émissaire, le cardinal Wolsey, échoue à obtenir du pape l’annulation du mariage royal. C’est alors qu’un homme issu de rien — Thomas Cromwell, fils d’un forgeron brutal, ancien mercenaire et aventurier revenu d’Europe — entre dans les bonnes grâces du souverain. Premier tome de la trilogie Le Conseiller, récompensé par le Man Booker Prize, ce roman dépeint l’ascension fulgurante d’un politicien hors pair dans un monde où une disgrâce se paie de sa tête.
L’originalité d’Hilary Mantel tient à un parti pris narratif radical : tout est raconté au présent, depuis l’intérieur de la tête de Cromwell, grâce à un « il » qui ne le quitte jamais. Le lecteur voit la cour d’Henri VIII exactement comme Cromwell la voit : un terrain miné où chaque conversation est un calcul, chaque alliance provisoire, et où un mot mal placé peut vous envoyer à l’échafaud. Mantel a consacré cinq ans de recherches à ce premier volume, et sa trilogie (complétée par Le Pouvoir et Le Miroir et la Lumière) a fait d’elle la seule femme à remporter deux fois le Booker Prize (le plus prestigieux prix littéraire britannique). Un avertissement s’impose : le nombre de personnages prénommés Thomas est à lui seul un défi logistique.
2. Fortune de France (Robert Merle, 1977)

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Le lien avec Les Rois maudits est ici presque filial : Robert Merle, lecteur passionné de Druon, lui avait écrit en 1965 pour regretter que la saga s’arrête aux portes de la guerre de Cent Ans. Dix ans plus tard, c’est lui qui a pris le relais — avec un bond de deux siècles. Fortune de France, premier tome d’une fresque en treize volumes (1977-2003), nous envoie dans le Périgord de 1547, à travers les yeux de Pierre de Siorac, jeune noble protestant du château de Mespech. De la mort de François Ier aux guerres de Religion — ce demi-siècle où catholiques et protestants se sont entre-massacrés au nom de Dieu —, le récit se déploie dans une France dévastée par les épidémies, le brigandage et la haine confessionnelle.
La grande singularité de cette série réside dans sa langue : Merle a forgé un savoureux alliage de français du XVIe siècle et d’occitan, suffisamment aménagé pour rester lisible mais assez dépaysant pour qu’on se surprenne, au bout de quelques chapitres, à emprunter ses tournures dans la conversation. Le premier tome s’est vendu à un million d’exemplaires, et l’ensemble de la saga à six millions. Une adaptation en série télévisée a été diffusée sur France 2 à partir de septembre 2024. Pour qui a aimé la rigueur historique de Druon, Merle en propose un prolongement naturel — avec davantage de jurons gascons.
3. La Trilogie des Valois – Tome 1 : La Reine Margot (Alexandre Dumas, 1845)

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Paris, août 1572. Le mariage de Marguerite de Valois, sœur du roi catholique Charles IX, avec le protestant Henri de Navarre — futur Henri IV — devait sceller la paix entre les deux camps. Il va déclencher l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de France : le massacre de la Saint-Barthélemy. Publié en feuilleton dans le quotidien La Presse entre décembre 1844 et avril 1845, ce roman est le premier volet d’une trilogie que complètent La Dame de Monsoreau et Les Quarante-cinq.
Dumas fait de Catherine de Médicis une figure machiavélique, redoutable, qui manie le poison avec la même aisance que l’intrigue dynastique. Face à elle, la belle Margot, son amant le comte de La Môle — un gentilhomme protestant venu à Paris pour le mariage royal, qui se réfugie dans ses appartements la nuit du massacre — et le bouillant Coconnas — un catholique piémontais au tempérament de feu, devenu contre toute attente le meilleur ami de La Môle — forment un trio mémorable.
On y retrouve tout ce qui fait la marque de Dumas : passages secrets du Louvre, retournements de situation à chaque chapitre, amitiés improbables entre un catholique et un protestant, le tout mené bon train. Le film de Patrice Chéreau (1994, avec Isabelle Adjani) lui a donné une seconde vie, mais rien ne remplace le plaisir du texte original. On quitte le XIVe siècle des Rois maudits pour entrer de plain-pied dans les guerres de Religion : le décor change, la férocité reste.
4. Cycle d’Ogier d’Argouges – Tome 1 : Les Lions diffamés (Pierre Naudin, 1978)

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24 juin 1340 : la bataille navale de l’Écluse s’achève par un désastre. La flotte de Philippe VI de Valois est anéantie par les Anglais. Le jeune Ogier d’Argouges, issu d’une des plus illustres familles de Normandie, y perd ses illusions sur la guerre — et l’honneur de sa lignée. Son père, Godefroy, faussement accusé de trahison par un félon proche du roi, est publiquement dégradé. Les lions de leur blason sont diffamés, c’est-à-dire privés de griffes et de langue : un déshonneur pire que la mort pour un chevalier du XIVe siècle.
Journaliste de formation, passionné des chroniqueurs médiévaux (Jean Froissart, Jean le Bel), Pierre Naudin a consacré quatre cycles romanesques à la guerre de Cent Ans, soit vingt-sept volumes au total. Les Lions diffamés ouvre le premier d’entre eux (sept tomes) et jette le lecteur au cœur d’un conflit qui n’est pas encore une lutte entre deux nations, mais presque une guerre civile : Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel — le même Philippe le Bel que maudit Jacques de Molay au début des Rois maudits —, revendique le trône de France contre les Valois. Envoyé chez son oncle en Périgord, Ogier n’aura qu’une obsession : restaurer l’honneur de sa famille et confondre le traître Blanville. Batailles, sièges, tournois et amours se succèdent dans un récit d’une minutie historique parfois vertigineuse. Si Les Rois maudits s’arrêtent aux prémices de la guerre de Cent Ans, Naudin vous y plonge jusqu’au heaume.
5. Les Piliers de la terre (Ken Follett, 1989)

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Angleterre, XIIe siècle. En 1120, le naufrage de la Blanche-Nef — un navire qui transportait l’héritier du trône — a plongé le royaume dans une guerre civile entre deux prétendants à la couronne : Étienne de Blois et l’impératrice Mathilde. Au milieu de ce chaos, Tom le Bâtisseur, un maître maçon itinérant, rêve de construire une cathédrale. Sa route croise celle du prieur Philip, homme de foi déterminé à relever le prieuré décrépit de Kingsbridge, et celle d’Aliéna, fille de comte dépossédée de tout par l’infâme William Hamleigh. Leurs destins vont se nouer autour d’un chantier titanesque qui s’étendra sur des décennies.
Avec ses mille pages et quelques, ce roman a secoué le paysage du roman historique grand public. Jusqu’alors connu pour ses thrillers d’espionnage, Ken Follett a su transformer un sujet a priori austère — comment on construisait une cathédrale gothique au Moyen Âge — en un récit haletant où les problèmes d’approvisionnement en pierre, les querelles entre prieur et évêque, et les raids de seigneurs rivaux tiennent le lecteur en haleine aussi sûrement qu’un polar. L’approche est moins politique que chez Druon : ici, c’est le peuple, les artisans et les moines qui occupent le devant de la scène, et la cathédrale elle-même constitue le fil rouge sur plusieurs générations. Le roman a engendré une saga de cinq volumes (dont Un monde sans fin et Une colonne de feu) et s’est vendu à 29 millions d’exemplaires. Un pilier du genre, si l’on ose dire.
6. Terre sainte (Sharon Kay Penman, 2020)

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1099 : Godefroy de Bouillon s’empare de Jérusalem. 1174 : le jeune Baudouin IV, quinze ans, est couronné roi d’un royaume fragile et convoité. Il doit gouverner un territoire miné par les intrigues de cour — en particulier la lutte acharnée entre sa mère naturelle, Agnès de Courtenay, et sa mère adoptive, Maria Comnène — alors même que Saladin masse ses troupes aux frontières. Pour ne rien arranger, le jeune roi est atteint de la lèpre, maladie qui ronge son corps mais jamais sa volonté.
Sharon Kay Penman (1945-2021) avait consacré l’essentiel de sa carrière aux Plantagenêts et au pays de Galles médiéval. Avec Terre sainte, traduit pour la première fois en français par Pierre Ménard (Le Cherche Midi, 2025), elle s’est tournée vers les États croisés — ces royaumes fondés par les chrétiens d’Occident au Proche-Orient après la première croisade. Tous les personnages du roman sont historiques, et le résultat est un jeu d’alliances et de trahisons vertigineux où Templiers, Hospitaliers, croisés de passage et seigneurs nés sur place (qu’on appelait les « Poulains ») s’affrontent autant entre eux que contre les armées de Saladin. Les figures secondaires sont soignées — l’archevêque Guillaume de Tyr, conscience morale du royaume, ou Balian d’Ibelin, seigneur pragmatique qui tente de maintenir un semblant d’équilibre — et donnent au récit une épaisseur humaine rare. Plus de mille pages, un glossaire, des cartes : le lecteur a le temps de s’attacher au royaume de Jérusalem, ce qui rend sa chute, en 1187, d’autant plus douloureuse.
7. Moi, Claude (Robert Graves, 1934)

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Tout le monde connaît Auguste, Tibère, Caligula. Mais Claude ? Ce parent pauvre de la première dynastie impériale romaine — les Julio-Claudiens, qui ont régné d’Auguste à Néron —, bègue, boiteux, tenu pour un imbécile par sa propre famille, est pourtant devenu empereur de Rome à cinquante ans — un peu par hasard, beaucoup par survie. Robert Graves imagine ici son autobiographie fictive, de l’an 10 av. J.-C. à son accession au trône en 41 apr. J.-C. Le résultat, publié en 1934 et couronné par le James Tait Black Prize (le plus ancien prix littéraire britannique), figure au classement des cent meilleurs romans anglophones du XXe siècle selon la Modern Library.
Le coup de génie de Graves est d’avoir confié la narration à Claude lui-même : un témoin lucide et ironique du cirque impérial, qui a survécu aux purges de Livie (l’épouse d’Auguste, ici présentée comme une empoisonneuse méthodique), à la paranoïa de Tibère et à la folie sanguinaire de Caligula, précisément parce que personne ne le jugeait dangereux. Le ton est celui d’un historien romain — factuel, sec, pince-sans-rire — et le contraste entre la modestie du narrateur et l’horreur de ce qu’il rapporte produit un effet saisissant. La suite (Claude, empereur malgré lui et Le Divin Claude et sa femme Messaline) couvre son propre règne. Pour qui a goûté aux manigances des Capétiens chez Druon, celles des Julio-Claudiens offrent un dépaysement géographique total — mais une familiarité troublante dans l’art de s’entre-tuer en famille.
8. La Nuit des béguines (Aline Kiner, 2017)

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Paris, 1er juin 1310. En place de Grève, Marguerite Porete, béguine de Valenciennes, est brûlée vive pour avoir écrit Le Miroir des âmes simples — un traité mystique qui affirme que l’âme peut atteindre Dieu sans passer par les prêtres ni les sacrements, ce que l’Église ne pouvait évidemment pas tolérer. Au grand béguinage royal du Marais, fondé par Saint Louis en 1264, la vieille Ysabel, responsable de l’hôpital, veille sur une communauté de femmes hors normes : ni épouses, ni religieuses, les béguines vivent, étudient et travaillent librement, hors de toute autorité masculine. L’arrivée de Maheut la Rousse, une jeune femme mutique qui fuit un mariage imposé et qu’un franciscain recherche, va mettre en péril l’équilibre du clos tout entier.
Rédactrice en chef des hors-série de Sciences et Avenir, Aline Kiner a mené un solide travail de documentation (bibliographie et relecture par l’historien Yann Potin à l’appui) pour reconstituer le Paris de Philippe le Bel dans ses dernières années de règne — celles-là mêmes que couvrent les premiers tomes des Rois maudits. Le procès des Templiers gronde en arrière-plan, l’Inquisition rôde, et le béguinage est menacé par le concile de Vienne (1311-1312), qui ordonnera la suppression de leur mouvement. À travers Ysabel, Maheut et Ade (une jeune veuve lettrée), Kiner jette un regard féminin sur une époque dont les chroniques ont presque exclusivement retenu les voix masculines. Là où Druon peint les grands du royaume, Kiner ouvre la porte d’un lieu oublié — et y découvre des femmes qui travaillaient, possédaient des biens, étudiaient et choisissaient de ne pas se marier, sept siècles avant que tout cela ne devienne banal.
9. Quentin Durward (Walter Scott, 1823)

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France, 1468. Le rusé Louis XI, roi araignée qui ourdit ses pièges depuis le château de Plessis-lès-Tours, s’oppose au bouillonnant Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Entre ces deux tempéraments inconciliables débarque un jeune archer écossais, Quentin Durward, qui a quitté sa terre natale après le massacre de sa famille. Enrôlé dans la Garde écossaise du roi, il se voit confier l’escorte de la comtesse Isabelle de Croye, une riche héritière bourguignonne réfugiée à la cour de France pour fuir un mariage imposé par Charles. Mais Louis XI, en fin stratège, la destine en réalité à son allié Guillaume de La Marck, un seigneur des Ardennes reconverti en chef de bande, surnommé le « Sanglier des Ardennes » pour sa brutalité.
Ce roman est le premier de Walter Scott dont l’action se déroule hors de Grande-Bretagne — et son succès en France fut phénoménal, salué dès 1823 par un article élogieux de Victor Hugo. Le portrait de Louis XI, à la fois retors, superstitieux et étrangement attachant, reste l’un des plus mémorables de la littérature historique du XIXe siècle. À ses côtés gravitent Olivier le Daim, Tristan l’Ermite et le cardinal La Balue — une galerie de seconds couteaux (parfois au sens propre) qui n’a rien à envier aux conseillers véreux des Rois maudits. Si le jeune Quentin incarne l’honneur chevaleresque dans toute sa splendeur un peu naïve, c’est bien le vieux roi madré qui vole la vedette.
10. Les Maîtres de Rome – Tome 1 : L’amour et le pouvoir (Colleen McCullough, 1990)

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Rome, 110 av. J.-C. La République domine la Méditerranée, de l’Espagne à l’Asie Mineure, mais elle est déjà rongée de l’intérieur par la corruption, les luttes de factions et le mépris de classe. Deux hommes vont s’élever. Caius Marius, militaire de carrière issu de la campagne, richissime mais méprisé par l’aristocratie sénatoriale qui lui barre la route du consulat (la plus haute magistrature de Rome). Lucius Cornelius Sylla, de son côté, porte un des noms les plus anciens de Rome — il appartient à la gens Cornelia, c’est-à-dire au clan des Cornelii — mais il est si pauvre qu’il vit dans un taudis de Suburra, le quartier le plus mal famé de la ville. Un mariage va les rapprocher : tous deux épousent une fille de la famille des Julii Caesares (celle qui donnera, deux générations plus tard, le fameux Jules César). Devenus beaux-frères, ils s’estiment, collaborent — puis se déchirent.
Colleen McCullough, l’autrice australienne des Oiseaux se cachent pour mourir, a consacré sept romans à cette fresque monumentale qui court de 110 à 27 av. J.-C. — de Marius à Octave-Auguste, via Pompée, Cicéron et Jules César. Le premier tome couvre la guerre contre Jugurtha, roi de Numidie (l’actuelle Algérie), puis l’invasion terrifiante des Cimbres et des Teutons — des peuples germaniques qui déferlent sur le nord de l’Italie et anéantissent plusieurs armées romaines — et enfin la rivalité naissante entre les deux beaux-frères. McCullough a accompli un travail de recherche colossal (glossaires, cartes, arbres généalogiques inclus dans chaque volume) et parvient à rendre limpides les rouages du système politique romain — le cursus honorum (la succession obligatoire des charges publiques), le rôle des tribuns de la plèbe, les lois agraires — sans jamais transformer le récit en cours magistral. Pour qui a aimé les luttes de pouvoir médiévales de Druon, constater que la République romaine obéissait à des règles tout aussi féroces — et produisait des personnages tout aussi retors — est un bonheur de lecture.