Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire après Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu ?

Que lire après « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Leurs enfants après eux est un roman de Nicolas Mathieu paru en août 2018 aux éditions Actes Sud. On y suit, sur quatre étés entre 1992 et 1998, le parcours d’Anthony, Hacine, Stéphanie et d’autres adolescents d’une vallée désindustrialisée de l’est de la France, en Lorraine. Anthony est fils d’ouvrier, Stéphanie est fille d’un chef d’entreprise local : ils tombent amoureux, et le fossé de classe entre eux ne va cesser de se creuser. Roman d’apprentissage scandé par les chansons de l’époque (de Smells Like Teen Spirit à I Will Survive), il a reçu le prix Goncourt 2018 et s’est vendu à plus de 400 000 exemplaires. Il a été adapté au cinéma par Ludovic et Zoran Boukherma, présenté en compétition à la Mostra de Venise 2024.

Si vous venez de le refermer et que vous cherchez quoi lire ensuite, voici sept suggestions dans la même veine : des romans ancrés dans la France des petites villes, des HLM en bout de route et des usines qui ferment, où des personnages très crédibles se débattent avec ce que la vie leur a donné (c’est-à-dire pas grand-chose).


1. Aux animaux la guerre (Nicolas Mathieu, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Avant de décrocher le Goncourt, Nicolas Mathieu avait publié ce premier roman dans la collection « Actes Noirs » d’Actes Sud. Un polar, donc, et le genre n’est pas un hasard : il permet de raconter la violence sociale par la violence tout court. L’intrigue se déploie dans les Vosges, autour de la fermeture de Vélocia, une usine dont les ouvriers se retrouvent sur le carreau du jour au lendemain. Parmi eux, Martel, syndicaliste endetté qui planque ses tatouages et ses magouilles, et Bruce, bodybuilder sous stéroïdes dont les plans foireux sont hélas communicatifs. Quand les deux compères décident de kidnapper une jeune femme sur les trottoirs de Strasbourg pour la revendre à des caïds qui sévissent entre Épinal et Nancy, tout bascule.

Le roman fait aussi la part belle à Rita, inspectrice du travail, personnage qu’on ne croise à peu près jamais en littérature, mais aussi à un ancien de l’OAS (l’Organisation armée secrète, mouvement clandestin pro-Algérie française dans les années 1960) reconverti en paysan, à un ado perdu d’amour et à des familles qui voient leurs fins de mois reculer. Le récit choral passe d’un point de vue à l’autre et fonctionne aussi bien comme roman social que comme film noir. Adapté en série pour France 3, Aux animaux la guerre se lit comme la préface sombre de Leurs enfants après eux : le même territoire vosgien, la même manière de prendre au sérieux des vies que la littérature française ignore d’habitude, et déjà cette phrase qui annonce la suite : « Ils seraient pauvres et leurs enfants plus pauvres encore. »


2. Connemara (Nicolas Mathieu, 2022)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Avec Connemara, Nicolas Mathieu reprend les thèmes de Leurs enfants après eux, sauf que les ados ont vieilli de vingt ans et que le résultat n’est pas forcément plus réjouissant. Le roman met en regard deux trajectoires opposées : Hélène, fille du coin partie faire de belles études et devenue cadre dans une société de conseil à Nancy, et Christophe, ancien hockeyeur séduisant qui n’a jamais quitté le bled, entre garde alternée et bières entre copains. Le titre renvoie aux Lacs du Connemara de Michel Sardou, tube des années 1980 que l’on beugle aussi bien dans les mariages populaires que dans les soirées d’intégration des grandes écoles. Ce grand écart entre les milieux sociaux, c’est justement le sujet du livre.

Le roman ne se contente pas de raconter des retrouvailles amoureuses sur fond de crise de la quarantaine. C’est aussi une satire du monde de l’entreprise, de son jargon managérial (les « KPI », les « quick wins » et autres « synergies ») et de ses humiliations ordinaires. Le personnage d’Erwan, chef au « ventre sénatorial », enchaîne les formules creuses avec un aplomb qui ferait rire si l’on ne voyait pas ce qu’il inflige à ses équipes. La question qui traverse tout le livre est simple à formuler, impossible à résoudre : Hélène a « réussi » mais se sent vidée ; Christophe est « resté » mais croit encore que tout est possible. Le roman ne tranche pas entre les deux, et c’est ce qui le rend juste.


3. Les nuits d’été (Thomas Flahaut, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Thomas Flahaut est né à Montbéliard, dans le Doubs, à deux pas de la frontière suisse. C’est dans cette zone frontalière, au pied du Jura, que se déroule son deuxième roman. On y suit Thomas, Mehdi et Louise, trois amis d’enfance réunis le temps d’un été dans le quartier des Verrières, un ensemble HLM d’une petite ville de province. Thomas, qui a échoué à la fac sans oser l’avouer à ses parents, se fait embaucher comme opérateur à l’usine Lacombe, la même où son père s’est épuisé pendant des années. Mehdi, lui, y travaille déjà de nuit. Louise, sœur de Thomas, prépare une thèse de sociologie sur les ouvriers frontaliers (ces Français du Jura qui traversent la frontière chaque jour pour aller travailler en Suisse), ce qui la place dans une position inconfortable : elle étudie un monde auquel elle appartient encore.

Le roman montre avec précision ce que le travail de nuit fait à ceux qui le subissent : le bruit permanent des machines, la fatigue accumulée nuit après nuit, le sommeil inversé qui coupe du reste du monde. On pense au récit de Joseph Ponthus, À la ligne (2019), lui aussi fondé sur une expérience directe de l’usine. Mais Thomas Flahaut s’intéresse autant à ce qui se passe en dehors de Lacombe : les fêtes qu’on improvise pour oublier les nuits précédentes, les virées en moto, l’histoire d’amour entre Louise et Mehdi. Et, en toile de fond, une question que les trois personnages partagent sans jamais la formuler clairement : faut-il reproduire la vie de ses parents quand on n’a pas les moyens d’en inventer une autre ?


4. Ce qu’il faut de nuit (Laurent Petitmangin, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Le titre est emprunté à un vers du poète Jules Supervielle. En Lorraine, un père — dont on ne connaîtra jamais le prénom — élève seul ses deux fils, Fus et Gillou, après la mort de leur mère, emportée par un cancer à 44 ans. Le père travaille à la SNCF, sur les caténaires (les câbles électriques qui alimentent les trains, un boulot dangereux, en hauteur), milite encore au Parti socialiste même si les réunions attirent de moins en moins de monde, et emmène Fus voir les matchs du FC Metz. Le quotidien d’une famille modeste, tenu par la routine et l’affection maladroite. Jusqu’au jour où le père apprend que Fus colle des affiches pour le Front National.

Employé chez Air France, Laurent Petitmangin a signé là un premier roman d’une concision redoutable : à peine 200 pages pour raconter dix ans de vie d’une famille. Il ne donne jamais de leçon. Il ne cherche pas à expliquer pourquoi un gamin de la classe ouvrière bascule à l’extrême droite ; il montre ce que ce basculement fait à un père qui aime toujours son enfant mais ne le reconnaît plus, et qui ne sait pas s’il doit se battre contre lui ou pour lui. Le récit avance par phrases courtes et non-dits, à l’image de ce père taiseux, jusqu’à un dénouement dont on ne dira rien ici. Récompensé par le prix Femina des lycéens 2020, le roman a été adapté au cinéma en 2025 sous le titre Jouer avec le feu, avec Vincent Lindon dans le rôle du père.


5. Pour Luky (Aurélien Delsaux, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Luky, Abdoul et Diego ont quinze ans. Ils vivent aux Renards, à Saint-Roch, dans le 38 : quatre immeubles HLM posés au bord d’une départementale, quelque part en Isère, entre les montagnes et le rien. Pas de transport, pas de vélo, une piscine trop chère. On s’occupe comme on peut. On va à l’animalerie (c’est gratuit), on subit les contrôles d’identité, on tue les après-midi entre copains. Le roman couvre une année scolaire, celle de la fin du collège, quand les adultes exigent des projets d’avenir et que Luky, avec un aplomb désarmant, déclare vouloir devenir éboueur. Ou, mieux encore, « le dernier ».

Aurélien Delsaux, ancien enseignant en collège et lycée, adopte un parti pris radical : le récit est porté par la voix d’Abdoul, le philosophe de la bande, dans une langue qui colle au parler des adolescents (concordance des temps approximative, langage familier, digressions), mais où surgissent parfois des formulations étonnamment précises et travaillées, qui tranchent avec le reste. Nicolas Mathieu a salué le livre et comparé cette langue à « un couteau papillon qui se plie et se replie ». Derrière l’amitié et les vannes, Pour Luky raconte aussi ce que c’est que d’avoir quinze ans dans un endroit que personne ne regarde : les contrôles au faciès pour Abdoul et Diego, les conseils de classe où l’on somme des gamins de « se projeter » alors qu’ils n’ont aucune prise sur leur avenir, et le poids d’un grand-père mort dont la voix revient hanter Luky, sans prévenir, au milieu d’une conversation ordinaire.


6. Fief (David Lopez, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Jonas vit dans une petite ville de 15 000 habitants, entre la banlieue et la campagne : trop de bitume pour être de vrais campagnards, trop de verdure pour être de vraies cailleras. Avec sa bande de copains — Lahuiss, Poto, Ixe, Habib et les autres — il tue le temps. On fume, on joue aux cartes, on fait pousser de l’herbe dans le jardin, et quand on sort, c’est pour mesurer tout ce qui nous sépare des autres. Jonas, lui, boxe. Pas assez sérieusement pour percer (trop de fumette, pas assez de niaque), mais la boxe est le fil rouge du roman : le récit s’ouvre sur un combat perdu et se referme sur une revanche dont l’enjeu dépasse le ring.

Le grand coup de force de Fief, c’est sa langue. David Lopez a bâti tout le roman sur un parler syncopé, très oral, nourri de rap et de tchatche de bande. Les premières pages peuvent déstabiliser ; passé ce cap, on ne lâche plus. Derrière ce parler, il y a Jonas, qui voit parfaitement clair dans sa propre situation : il sait qu’il ne fait rien de sa vie, il sait pourquoi, et il ne bouge pas. Parce que dans ce milieu, réussir, c’est partir. Et partir, c’est trahir ceux qui restent. Récompensé par le prix du Livre Inter 2018, Fief est l’un des premiers romans les plus remarqués de ces dernières années, et une lecture toute trouvée après Leurs enfants après eux : mêmes territoires périurbains, même ennui structurel, même impossibilité à s’en sortir sans tout perdre.


7. En finir avec Eddy Bellegueule (Édouard Louis, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Avant de devenir Édouard Louis, l’auteur s’appelait Eddy Bellegueule. Ce premier roman autobiographique raconte l’enfance et l’adolescence du narrateur à Hallencourt, un village de Picardie (dans la Somme) où la pauvreté matérielle va de pair avec une violence ordinaire envers quiconque ne rentre pas dans le moule. Or Eddy, avec ses manières efféminées et sa voix trop aiguë, ne rentre pas dans le moule. Il est, pour tout le village et y compris pour sa propre famille, « le pédé ». Au collège, deux élèves le tabassent régulièrement dans un couloir. Chez lui, son père — ouvrier, au chômage, rivé à la télé et aux bières — s’inquiète surtout de voir son fils se comporter « comme une gonzesse ».

Le livre est dédié à Didier Eribon, sociologue dont l’essai Retour à Reims (2009) racontait déjà comment un fils d’ouvrier devenu universitaire finit par ne plus parler la même langue que sa famille. Édouard Louis a suivi un chemin comparable : élevé à Hallencourt, il a fini par intégrer l’École normale supérieure, nourri entre autres par la lecture de Pierre Bourdieu (dont les travaux montrent que l’école, loin de corriger les inégalités, tend à les reproduire). Il appartient à ce qu’on appelle les « transfuges de classe » — ceux qui, par les études, quittent le milieu social dans lequel ils ont grandi. Son regard sur Hallencourt n’épargne rien : il décrit un monde où les garçons vont à l’usine, les filles deviennent caissières, où le racisme et l’homophobie sont la norme, et où personne n’imagine qu’ailleurs les choses puissent fonctionner autrement. La seule issue pour Eddy, c’est la fuite : vers Amiens d’abord, vers un autre nom ensuite. Traduit dans plus de trente langues et librement adapté au cinéma par Anne Fontaine (Marvin ou la Belle Éducation, 2017), En finir avec Eddy Bellegueule reste, dix ans après sa parution, l’un des témoignages les plus aboutis sur ce que signifie concrètement grandir gay, pauvre et différent dans la France rurale.