Publié en 1943 à New York, Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry est le livre français le plus traduit et le plus vendu au monde. Conte philosophique illustré par l’auteur lui-même, il met en scène un aviateur échoué dans le désert du Sahara et un jeune prince venu d’un astéroïde lointain. Leurs échanges, d’une apparente simplicité, abordent l’amitié, l’amour, la perte et le regard que portent les adultes sur l’essentiel.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions du même genre (les livres sont classés par âge de lecture conseillé).
1. L’enfant, la taupe, le renard et le cheval (dès 5 ans, Charlie Mackesy, 2019)

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Un enfant perdu dans l’immensité de l’hiver, une taupe gourmande, un renard méfiant et un cheval empli de sagesse : quatre personnages en quête d’un foyer, dessinés à l’encre par Charlie Mackesy dans un style dépouillé et lumineux. Comme Le Petit Prince, ce livre illustré se lit à voix haute, se feuillette au hasard et se redécouvre à chaque âge.
Les dialogues, brefs et percutants, tiennent de la philosophie murmurée : on y parle de vulnérabilité, de la difficulté à demander de l’aide, de la force des liens entre êtres que tout sépare. Le court métrage d’animation qui en a été tiré a reçu l’Oscar en 2023. Mais c’est dans le grain du papier et le trait tremblé de l’encre que la magie opère le mieux — une fable tendre et lucide, à mettre entre toutes les mains.
2. Tistou les pouces verts (dès 8 ans, Maurice Druon, 1957)

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Tistou est un garçon qui s’endort à l’école mais possède un don extraordinaire : ses pouces font pousser des fleurs instantanément, où qu’il les pose. Guidé par le jardinier Moustache, il découvre l’hôpital, la prison, la fabrique de canons de « Monsieur Père » — et décide de recouvrir chaque lieu de misère sous un manteau de corolles.
Écrit par Maurice Druon — l’académicien surtout connu pour Les Rois maudits — entre deux tomes de sa saga historique, ce conte pacifiste aborde la guerre, la pauvreté et l’injustice avec une ironie fine, sans jamais condescendre à son jeune lectorat. On retrouve ici le même regard neuf sur le monde des adultes que celui du petit prince : un enfant pose des questions simples auxquelles les grandes personnes ne savent répondre. La fin, inattendue et poétique, résonne longtemps.
3. Jonathan Livingston le goéland (dès 9 ans, Richard Bach, 2014)

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Jonathan n’est pas un goéland comme les autres. Là où ses semblables volent pour se nourrir, lui vole pour la beauté du geste, la vitesse, la perfection du mouvement. Son clan, effrayé par cette audace, le bannit. Seul, puis entouré de nouveaux compagnons, Jonathan poursuit sa quête d’absolu.
Pierre Clostermann, aviateur et traducteur de la version française, a lui-même rapproché ce récit du Petit Prince : deux livres écrits par des pilotes, deux paraboles où le ciel incarne la liberté intérieure. En moins de cent pages — dont la moitié sont des photographies de goélands signées Russell Munson —, Richard Bach condense un hymne à l’individualité et au dépassement de soi. Le ton est limpide, presque méditatif. Une lecture brève qui pose des questions durables sur le conformisme et le sens que l’on choisit de donner à sa vie.
4. Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler (dès 9 ans, Luis Sepúlveda, 1996)

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Dans le port de Hambourg, la mouette Kengah, piégée par une marée noire, s’échoue sur le balcon de Zorbas, un gros chat noir. Avant de mourir, elle lui arrache trois promesses : ne pas manger l’œuf qu’elle va pondre, protéger le poussin et lui apprendre à voler. Un chat qui enseigne le vol à un oiseau — le défi semble absurde, et c’est précisément ce qui fait la grâce du récit.
Luis Sepúlveda, écrivain chilien engagé auprès de Greenpeace, signe ici une fable écologique et humaniste sur la promesse tenue, l’entraide et l’acceptation de l’autre. Comme dans Le Petit Prince, un lien improbable — un renard et un enfant, un chat et une mouette — devient le cœur battant de l’histoire. La phrase de Zorbas résume tout : « Seul vole celui qui ose le faire. »
5. Momo (dès 9 ans, Michael Ende, 1973)

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Momo, petite orpheline aux cheveux en broussaille, s’installe dans les ruines d’un amphithéâtre à l’écart d’une ville du sud de l’Europe. Elle possède un talent rare : elle sait écouter. Les enfants inventent à ses côtés des jeux merveilleux ; les adultes repartent réconciliés avec eux-mêmes.
Tout bascule quand d’inquiétants messieurs gris, cigare aux lèvres, persuadent les habitants d’« économiser » leur temps. Les rues se vident, les rires s’éteignent, la vie se réduit à la productivité. Seule Momo résiste.
Publié six ans avant L’Histoire sans fin, ce roman de Michael Ende anticipe avec une lucidité troublante notre rapport contemporain au temps, aux écrans et à la course à l’efficacité. Le parallèle avec Le Petit Prince est saisissant : deux enfants au regard pur qui rappellent aux adultes ce qu’ils ont perdu. Un conte philosophique puissant, récompensé par le Prix allemand de littérature jeunesse en 1974.
6. L’Île au trésor (dès 9 ans, Robert Louis Stevenson, 1883)

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Le jeune Jim Hawkins découvre dans les affaires d’un vieux marin une carte menant à un trésor enfoui sur une île lointaine. Il embarque à bord de l’Hispaniola aux côtés du docteur Livesey et du chevalier Trelawney — sans se douter que l’équipage, mené par l’ambigu Long John Silver, nourrit ses propres desseins.
Robert Louis Stevenson a écrit ce roman pour son beau-fils ; il en a d’abord tracé la carte, puis inventé l’histoire autour. Ce roman d’aventures fondateur ne cesse de surprendre par la complexité morale de Silver, pirate boiteux aussi dangereux que séduisant. Si Le Petit Prince enseigne qu’on ne voit bien qu’avec le cœur, L’Île au trésor montre qu’on ne juge bien qu’avec prudence. Jim y perd son innocence, mais gagne une compréhension aiguë de la nature humaine. Un classique indémodable.
7. Le Tour du monde en 80 jours (dès 9 ans, Jules Verne, 1872)

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Le flegmatique Phileas Fogg parie vingt mille livres sterling qu’il bouclera le tour du globe en quatre-vingts jours. Accompagné de son fidèle valet Passepartout, il traverse l’Inde, le Japon, les États-Unis — tandis que le détective Fix, convaincu d’avoir affaire à un voleur, le traque sans relâche.
Jules Verne transforme la géographie en machine narrative : chaque pays apporte son lot de péripéties — sauvetage d’une jeune Indienne condamnée au bûcher, traversée des plaines américaines en train attaqué par des Sioux. Fogg, homme de chiffres et d’horaires, finit par gagner son pari grâce à une subtilité astronomique qu’il avait négligée — et surtout grâce à l’amour, qu’il n’avait pas prévu. On retrouve ici l’une des leçons du petit prince : l’essentiel échappe aux calculs, et les rencontres humaines valent plus que les kilomètres parcourus.
8. Matilda (dès 10 ans, Roald Dahl, 1988)

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Matilda Verdebois a cinq ans, dévore Dickens et Hemingway, et vit au milieu d’une famille qui la méprise : un père escroc et vantard, une mère abrutie par la télévision. À l’école, elle subit la terreur de Mademoiselle Legourdin, directrice tyrannique et ancienne lanceuse de marteau. Heureusement, il y a Mademoiselle Candy, institutrice douce et courageuse, qui reconnaît en Matilda un esprit hors du commun.
Roald Dahl déploie ici son humour féroce et son goût des renversements de pouvoir : l’enfant minuscule triomphe des adultes monstrueux grâce à son intelligence et à un don surnaturel. Sous la farce jubilatoire, la morale rejoint celle du Petit Prince — les grandes personnes ne comprennent pas toujours ce qui compte. Matilda, elle, le sait depuis longtemps : les livres, la bonté et la curiosité sont les seules armes qui vaillent.
9. Watership Down (dès 10 ans, Richard Adams, 1972)

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Fyveer, un jeune lapin, pressent la destruction imminente de sa garenne. Son frère Hazel convainc une poignée de compagnons de fuir à travers la campagne anglaise du Hampshire, à la recherche d’un nouveau foyer. Leur périple les confronte à des prédateurs, à des garennes tyranniques et à leurs propres limites.
Refusé par treize éditeurs avant sa publication, Watership Down s’est vendu à plus de cinquante millions d’exemplaires. Richard Adams y bâtit un univers complet — avec sa mythologie, sa langue inventée (le « lapinien ») et ses légendes racontées au fil des veillées.
Sous la fable animalière se dessine un roman sur l’exil, le courage collectif et la quête d’un lieu où vivre en paix. Le petit prince cherchait une rose ; les lapins de Watership Down cherchent une colline. Dans les deux cas, l’essentiel reste le même : trouver un endroit où l’on se sent chez soi.
10. Le jardin secret (dès 10 ans, Frances Hodgson Burnett, 1911)

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Mary Lennox, dix ans, orpheline revêche et solitaire, quitte l’Inde après une épidémie de choléra pour s’installer dans le manoir isolé de son oncle, au cœur de la lande du Yorkshire. Elle y découvre, grâce à un rouge-gorge, la clé d’un jardin muré depuis dix ans — un lieu abandonné qui, remis au jour, va transformer l’enfant autant que le jardin lui-même.
Frances Hodgson Burnett signe un roman d’apprentissage où la nature agit comme un miroir et un remède. Au contact de la terre, des bourgeons et du vent de la lande, Mary perd sa dureté et apprend à aimer. Le Petit Prince apprivoise un renard ; Mary apprivoise un jardin. Dans les deux récits, c’est la patience et l’attention portée au vivant qui réparent les cœurs abîmés. Un classique inscrit sur les listes du ministère de l’Éducation nationale.
11. Les Voyages de Gulliver (dès 10 ans, Jonathan Swift, 1726)

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Lemuel Gulliver, chirurgien de marine, échoue tour à tour chez les Lilliputiens — hauts de quinze centimètres —, chez les géants de Brobdingnag, sur l’île volante de Laputa et au pays des Houyhnhnms, chevaux doués de raison qui tiennent les humains pour des bêtes.
Derrière l’aventure picaresque, Jonathan Swift livre une satire féroce de la politique, de la science et de la vanité humaine. Chaque peuple rencontré par Gulliver renvoie un miroir déformé de la société européenne du XVIIIe siècle — et, par extension, de la nôtre.
Le lien avec Le Petit Prince tient à ce procédé du regard décentré : le petit prince, qui visite des astéroïdes peuplés d’un roi, d’un vaniteux et d’un businessman, dresse lui aussi un inventaire ironique des travers adultes. Swift pousse le geste plus loin, avec une plume acerbe qui n’épargne personne.
12. Le prince heureux (dès 11 ans, Oscar Wilde, 1888)

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Du haut de sa colonne, la statue du Prince Heureux — recouverte d’or fin, yeux de saphir, rubis à l’épée — domine la ville et contemple la misère de ses habitants. Une hirondelle attardée se pose à ses pieds ; le prince, en larmes, la supplie de distribuer ses ornements aux pauvres.
Oscar Wilde compose ici un conte sur le sacrifice et la compassion, d’une beauté cruelle. L’hirondelle, retardée par sa mission, meurt de froid ; le cœur de plomb du prince se brise ; la ville, ingrate, fait fondre la statue défraîchie. Seul un ange reconnaît la valeur de ces deux êtres.
Le parallèle avec Le Petit Prince s’impose : deux récits où la bonté a un prix, où la beauté intérieure demeure invisible aux yeux de la foule. Wilde y ajoute une ironie sociale mordante qui préfigure Le Portrait de Dorian Gray, publié deux ans plus tard.
13. Alice au pays des merveilles (dès 11 ans, Lewis Carroll, 1865)

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Alice suit un Lapin Blanc pressé dans son terrier et tombe dans un monde où la logique se disloque : elle grandit, rétrécit, assiste à un procès absurde, prend le thé avec un Chapelier fou et joue au croquet avec des flamants roses sous les ordres d’une Reine qui ne sait dire qu’une chose — « Qu’on lui coupe la tête ! ».
Lewis Carroll, mathématicien de profession, construit un univers où les règles du langage et de la raison sont systématiquement retournées. Chaque dialogue est un piège logique, chaque rencontre un paradoxe. Comme Le Petit Prince, Alice au pays des merveilles met en scène un enfant confronté à un monde adulte incompréhensible. Mais là où Saint-Exupéry choisit la mélancolie, Carroll opte pour le nonsense — une forme d’humour qui, sous ses dehors légers, interroge tout aussi profondément le sens des mots et des conventions.
14. Le vieil homme et la mer (dès 12 ans, Ernest Hemingway, 1952)

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Santiago, vieux pêcheur cubain, n’a rien pris depuis quatre-vingt-quatre jours. Seul sur sa barque dans le Gulf Stream, il accroche enfin un gigantesque espadon qui l’entraîne au large pendant trois jours et trois nuits. Le combat, épuisant et silencieux, se joue entre l’homme, le poisson et l’océan.
Ernest Hemingway, qui reçut le prix Nobel deux ans après la publication, épure ici son style jusqu’à l’os : phrases courtes, vocabulaire restreint, émotion contenue. Pas un mot de trop. La parenté avec Le Petit Prince tient à cette économie de moyens et à la solitude du protagoniste face à l’immensité. Santiago parle à l’espadon comme le petit prince parle au renard — avec respect, presque avec tendresse. Et la leçon est la même : ce qui donne sa valeur à l’existence, ce n’est pas le résultat, c’est l’acharnement à rester fidèle à ce qui compte.
15. Moby Dick (dès 13 ans, Herman Melville, 1851)

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Le jeune Ismaël embarque sur le Pequod, un baleinier commandé par le capitaine Achab, homme hanté par un seul but : retrouver et tuer Moby Dick, le cachalot blanc qui lui a arraché une jambe. L’obsession d’Achab entraîne tout l’équipage dans une traque qui tient autant de l’épopée maritime que de la quête métaphysique.
Herman Melville brasse dans ce roman-fleuve la cétologie, la théologie, Shakespeare et la vie quotidienne d’un navire baleinier, dans un foisonnement qui défie toute classification. Le récit est tour à tour comique, lyrique, technique et terrifiant.
Quel rapport avec Le Petit Prince ? L’obsession. Le petit prince est obsédé par sa rose ; Achab par sa baleine. Mais là où Saint-Exupéry montre l’amour, Melville montre la démesure, l’orgueil et le prix de la quête poussée jusqu’à la folie. Deux faces d’une même médaille : ce à quoi l’on s’attache finit par nous définir.