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Que lire après « La Maison vide » de Laurent Mauvignier ?

Que lire après « La Maison vide » de Laurent Mauvignier ?

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La Maison vide est un roman de Laurent Mauvignier publié en août 2025 aux Éditions de Minuit, lauréat du prix Goncourt 2025. Fresque familiale de plus de 740 pages, le récit s’ouvre en 1976 lorsque le père du narrateur rouvre une maison abandonnée depuis vingt ans. À l’intérieur : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d’honneur et des photographies sur lesquelles un visage a été découpé aux ciseaux. À partir de ces vestiges, Mauvignier remonte cent cinquante ans d’histoire et exhume une lignée de femmes — Marie-Ernestine, musicienne contrariée ; Marguerite, tondue à la Libération et condamnée au silence ; Jeanne-Marie, mère autoritaire. Deux guerres mondiales, la vie rurale du XXᵉ siècle, les violences invisibles, les secrets de famille et le suicide du père en 1983 composent la matière de ce roman, le plus ambitieux de Mauvignier à ce jour, porté par une phrase longue et sinueuse qui doit autant à Proust qu’à Faulkner.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce pavé — et si le monde extérieur vous paraît un peu fade depuis, ce qui est normal —, voici quelques suggestions dans la même veine : romans de filiation, enquêtes familiales, grandes traversées du siècle.


1. L’Acacia (Claude Simon, 1989)

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Publié quatre ans après son prix Nobel de littérature, L’Acacia est le roman dans lequel Claude Simon revient le plus ouvertement à sa propre histoire. En douze chapitres non chronologiques — 1919, 1940, 1910, 1937… —, il retrace le destin de ses parents : un père, officier issu de paysans jurassiens, tué dès les premiers mois de la Grande Guerre ; une mère, héritière languedocienne, devenue veuve à peine mariée. Et puis un fils, le brigadier de 1940, qui revient de la débâcle et s’assied un soir devant une page blanche, face à la fenêtre où frémissent les feuilles d’un acacia.

Le lien avec La Maison vide saute aux yeux : même entrelacement de mémoire familiale et de grande Histoire, mêmes guerres qui fauchent des lignées entières, même obstination d’un fils à retrouver la vie de ceux qui l’ont précédé. La phrase de Simon — longue, sinueuse, saturée de parenthèses et de sensations — a d’ailleurs souvent été citée comme l’une des sources de l’écriture de Mauvignier. Chez Simon, les personnages ne portent pas de noms : ils sont « le brigadier », « la veuve », « l’enfant ». Ce dépouillement arrache le récit au seul registre autobiographique pour lui donner une tout autre ampleur. L’acacia du titre, arbre centenaire dont la sève sert à fabriquer de l’encre, dit l’essentiel : les ramifications d’un arbre généalogique nourrissent tôt ou tard l’écriture.


2. Histoire du fils (Marie-Hélène Lafon, 2020)

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Prix Renaudot 2020, ce roman de 171 pages suffit à Marie-Hélène Lafon pour couvrir un siècle d’histoire familiale entre le Cantal, le Lot et Paris. André, né en 1924, est élevé par sa tante Hélène et son oncle Léon à Figeac. Sa mère, Gabrielle, vit à Paris et ne revient qu’aux vacances d’été. Son père ? Inconnu. Le mot trône sur l’acte de naissance comme un trou dans la carte.

En douze chapitres datés mais désordonnés — de 1908 à 2008 —, le récit avance par sauts temporels, et chaque date éclaire un pan supplémentaire du secret. André grandit aimé, choyé, mais habité par un manque qu’il ne formulera jamais vraiment. C’est son fils Antoine qui, après la mort de son père, ira jusqu’au bout du chemin — direction Chanterelle, dans le Cantal, sur les traces des Lachalme.

On est ici en terrain commun avec La Maison vide : la filiation comme énigme, le poids des silences, la force des femmes qui portent la famille à bout de bras. Mais là où Mauvignier a besoin de 740 pages pour embrasser son sujet, Lafon travaille par condensation extrême — chaque mot pèse son poids de terre et de confiture de prunes.


3. Vies minuscules (Pierre Michon, 1984)

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Premier livre de Pierre Michon, publié alors qu’il a trente-sept ans et derrière lui des années d’errance et de doute, Vies minuscules est devenu un classique de la littérature contemporaine dès sa parution. Le principe tient en une ligne et contient déjà tout le livre : huit récits, huit destins de « gens de peu » — paysans, ancêtres, figures croisées dans la Creuse natale de l’auteur —, racontés comme on écrirait des vies de saints, mais des saints qui auraient échoué.

André Dufourneau, enfant de l’Assistance publique parti en Afrique et jamais revenu. Antoine Peluchet, ancêtre dont le père alcoolique a poussé dehors d’un coup de poing. Eugène et Clara, les grands-parents paternels, dépositaires d’un héritage rural et d’une absence — celle du père, qui a quitté le foyer. De vie en vie, c’est la naissance d’un écrivain que l’on suit : comment un fils de la campagne, abandonné par son père et nourri par les récits de sa grand-mère, finit par trouver dans la littérature un lieu où exister.

Ce qui relie ce livre à La Maison vide, c’est le geste fondateur : arracher à l’oubli des vies que personne n’aurait racontées, et faire de l’insignifiance apparente de ces existences la preuve même de leur valeur. Michon, lui aussi, cherche dans les failles de la filiation le point d’où écrire.


4. Rien ne s’oppose à la nuit (Delphine de Vigan, 2011)

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Quelques années après le suicide de sa mère Lucile, Delphine de Vigan décide de revenir sur cette vie abîmée. Le résultat est un récit qui oscille entre enquête familiale et portrait oblique de soi : l’autrice interroge ses oncles et tantes, fouille les lettres, les carnets, les photos, et retrace la trajectoire d’une femme d’une beauté frappante, issue d’une famille nombreuse et exubérante, ravagée par la bipolarité et par un secret indicible.

La famille de Lucile incarne, selon les mots de Vigan, « ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre ». Derrière l’exubérance — neuf enfants, une énergie débordante, des fêtes à n’en plus finir — se succèdent les catastrophes : morts accidentelles, internements, violences tues. C’est l’un des nerfs de La Maison vide que l’on retrouve ici : l’écart entre les apparences et ce qui se joue en coulisses, le poids des non-dits qui finissent par dévorer ceux qu’ils étaient censés protéger. Vigan refuse le pathos et garde avec son sujet une distance juste — ce qui rend le livre d’autant plus redoutable.


5. L’Art de perdre (Alice Zeniter, 2017)

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Prix Goncourt des lycéens 2017, L’Art de perdre retrace sur trois générations le destin d’une famille kabyle broyée par la guerre d’Algérie et l’exil. Ali, le grand-père, propriétaire terrien en Kabylie, se retrouve étiqueté « harki » à l’indépendance de l’Algérie et doit fuir avec les siens. Hamid, son fils aîné, arrive en France à l’été 1962 et passe le reste de sa vie à ne plus parler du pays perdu. Naïma, la petite-fille, née en France, ne connaît l’Algérie que par bribes et par Wikipédia — jusqu’au jour où elle décide d’aller voir par elle-même.

Le roman se déploie en trois parties, une par génération, et chacune porte un éclairage différent sur la même fracture : le silence d’Ali, la colère rentrée d’Hamid, les questions de Naïma sur ses propres origines. Zeniter y fait preuve d’une rigueur historique impressionnante (la guerre d’Algérie, les camps de transit, la politique d’intégration) sans sacrifier la chair romanesque de ses personnages. Même ressort que dans La Maison vide : l’héritage empoisonné d’une guerre — l’Algérie pour Zeniter, les deux conflits mondiaux pour Mauvignier — et la nécessité, pour les descendants, de revenir sur les lieux du drame afin de comprendre ce qu’on leur a transmis sans jamais le formuler.


6. La Carte postale (Anne Berest, 2021)

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En janvier 2003, la mère d’Anne Berest reçoit une carte postale anonyme. D’un côté, l’Opéra Garnier. De l’autre, quatre prénoms écrits au stylo bille : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques — les arrière-grands-parents, l’oncle et la tante de sa mère, tous les quatre morts à Auschwitz en 1942. Qui a envoyé cette carte ? Vingt ans plus tard, Anne Berest mène l’enquête, aidée de sa mère Lélia, d’un détective privé et d’un criminologue.

Le livre est à la fois un récit d’investigation — on suit la traque de l’expéditeur·ice avec une tension digne d’un polar —, une fresque de la famille Rabinovitch à travers le XXᵉ siècle (la Russie, la Lettonie, la Palestine, Paris) et une réflexion intime sur ce que signifie le mot « juif » dans une vie laïque. Seule la grand-mère Myriam a échappé à la déportation, et c’est autour de cette survivante que se noue toute la mémoire familiale.

On pense à La Maison vide pour une raison précise : un objet — ici une carte postale, là une photographie mutilée — sert de déclencheur à une remontée dans le temps, une exhumation méthodique de vies effacées. Et comme chez Mauvignier, la narratrice bute sans cesse sur ce qui résiste au récit : les trous, les zones muettes, ce qu’aucune archive ne pourra jamais restituer.


7. Dora Bruder (Patrick Modiano, 1997)

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En 1988, Patrick Modiano tombe sur un avis de recherche dans un numéro de Paris-Soir du 31 décembre 1941 : une adolescente de quinze ans, Dora Bruder, a disparu. Ses parents la cherchent. À partir de ces quelques lignes — un signalement physique, une adresse au 41 boulevard Ornano —, le futur prix Nobel de littérature entreprend une enquête patiente pour retracer la vie de cette jeune fille juive dans le Paris de l’Occupation.

De registres en archives, de promenades dans le XVIIIᵉ arrondissement en visites aux anciens pensionnats, Modiano ne retrouve que des fragments : une naissance à l’hôpital Rothschild, un placement chez les sœurs du Saint-Cœur-de-Marie, des fugues, une arrestation, Drancy, Auschwitz. Ce qui frappe, c’est la disproportion entre l’ampleur de la recherche et la maigreur des résultats — et c’est justement là que le livre trouve sa force. Modiano ne cherche pas à combler les blancs par de la fiction ; il les laisse intacts, comme autant de traces de ce que la bureaucratie et la déportation ont détruit. C’est le même entêtement que dans La Maison vide : redonner une existence à ceux que l’Histoire a rayés de ses listes, à partir de presque rien — un nom sur un registre, un visage découpé sur une photo.


8. La Propagandiste (Cécile Desprairies, 2023)

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Voici l’envers exact du miroir. Là où Modiano et Berest racontent l’histoire du côté des victimes, Cécile Desprairies, historienne et germaniste spécialiste de l’Occupation, prend le problème à rebours : dans son premier roman, elle met à nu le passé collaborationniste de sa propre mère. Lucie — c’est le nom de code dans le récit — a participé aux publications antisémites du Commissariat général aux questions juives, contribué à l’exposition « Le Juif et la France » en 1941 et rejoint l’Office de répartition de l’affichage au service de la propagande nazie. Les Allemands la surnommaient « la Leni Riefenstahl de l’affiche ».

Le roman s’ouvre dans le Paris des Trente Glorieuses, vu à hauteur d’enfant. La petite Coline — autre nom de code, pour l’autrice elle-même — assiste aux réunions matinales des femmes de la famille et capte des bribes de conversations à mots couverts, des allusions à « la guerre », des silences qui en disent trop. Peu à peu, la fillette comprend que l’histoire familiale ne se résume pas au récit officiel.

Le livre fonctionne comme un « jeu des sept familles » cauchemardesque — le père « savant fou », la mère collabo, la grand-mère morphinomane, la fillette perturbée — raconté avec un humour froid qui rappelle Ubu roi. Comme La Maison vide, La Propagandiste interroge ce que les parents lèguent à leurs enfants quand ce legs est fait de honte, de déni et de mensonge. Mais ici, le secret n’est pas celui d’une victime : c’est celui d’une coupable. Et c’est précisément ce renversement qui rend le livre si saisissant.