Jane Eyre est un roman de Charlotte Brontë publié en 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell. Récit à la première personne, il retrace le parcours d’une orpheline devenue gouvernante qui s’éprend de son employeur, Mr Rochester, dans le manoir de Thornfield Hall. Le roman a connu un succès immédiat et n’a jamais quitté le canon littéraire anglais — à la croisée du bildungsroman, du gothique et du réalisme psychologique.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions.
1. Villette (Charlotte Brontë, 1853)

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Dernier roman publié du vivant de Charlotte Brontë, Villette suit Lucy Snowe, une jeune Anglaise sans attaches familiales qui part enseigner dans un pensionnat pour jeunes filles à Villette, cité fictive inspirée de Bruxelles, où Charlotte et Emily Brontë avaient elles-mêmes étudié. Seule et déracinée, Lucy doit trouver sa place dans un milieu qui lui est étranger, entre rivalités, confrontations religieuses et sentiments inavoués.
Le roman est moins centré sur l’intrigue amoureuse que sur la vie intérieure de son héroïne. Là où Jane Eyre affirmait sa volonté avec éclat, Lucy Snowe observe, se tait et se dérobe. Virginia Woolf considérait Villette comme le meilleur roman de Charlotte Brontë — une œuvre plus âpre, plus ambiguë, dont la fin reste volontairement indéchiffrable.
2. Les Hauts de Hurlevent (Emily Brontë, 1847)

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Publié la même année que Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent raconte, à travers un jeu de récits enchâssés, l’attachement féroce entre Catherine Earnshaw et Heathcliff, un enfant recueilli par la famille Earnshaw dans les landes du Yorkshire. Leur lien, noué dès l’enfance, survit à la séparation, au mariage de Catherine avec un autre homme, et même à la mort.
Le roman d’Emily Brontë ne ressemble à aucun autre ouvrage de son époque. Il n’y a ici ni morale édifiante, ni héros vertueux : la violence des sentiments contamine chaque personnage, des parents jusqu’aux enfants. Rejeté par une partie de la critique victorienne pour sa brutalité, le livre n’a cessé depuis de gagner en stature.
3. La Recluse de Wildfell Hall (Anne Brontë, 1848)

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Anne Brontë, la cadette des trois sœurs, signe avec La Recluse de Wildfell Hall un roman d’un réalisme frontal. Helen Graham, une jeune femme mystérieuse, s’installe avec son fils dans un manoir délabré. Les rumeurs enflent dans le voisinage — jusqu’à ce que son journal intime révèle la vérité : elle a fui un mari alcoolique et violent pour protéger son enfant.
Là où ses sœurs versaient dans le gothique ou le romantisme, Anne Brontë opte pour un portrait sec et précis de la violence conjugale et de l’alcoolisme. Le geste d’Helen — quitter son époux et subvenir seule à ses besoins grâce à la peinture — constituait un acte impensable pour l’époque. Le roman est souvent considéré comme l’un des premiers textes féministes de la littérature anglaise.
4. Rebecca (Daphne du Maurier, 1938)

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Une jeune femme timide et sans nom épouse Maxim de Winter, un veuf aristocrate rencontré à Monte-Carlo. Arrivée au domaine de Manderley, en Cornouailles, elle découvre que l’ombre de Rebecca, la première épouse de Maxim, imprègne encore chaque pièce du manoir. La gouvernante Mrs Danvers, dévouée jusqu’à l’obsession à la mémoire de la défunte, orchestre une guerre psychologique implacable.
Rebecca hérite directement de Jane Eyre — le manoir imposant, le mari ténébreux, le secret enfoui — mais déplace le centre de gravité vers le suspense et la manipulation. Le roman a été adapté au cinéma par Alfred Hitchcock en 1940 et a séduit plus de trente millions de lecteur·ices à travers le monde. Sa première phrase — « Last night I dreamt I went to Manderley again » — est devenue l’un des incipits les plus connus de la langue anglaise.
5. La Prisonnière des Sargasses (Jean Rhys, 1966)

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Jean Rhys, née en Dominique, reprend Jane Eyre à contre-courant pour donner une voix à celle qui n’en avait pas : Bertha Mason, la « folle du grenier » de Thornfield Hall. Rebaptisée Antoinette Cosway, l’héroïne grandit dans la Jamaïque des années 1830, après l’abolition de l’esclavage, dans une famille de planteurs ruinés. Son mariage arrangé avec un Anglais froid et méprisant — qui n’est autre que le futur Rochester — la conduit droit à la folie.
Le roman est à la fois un préquelle et une réponse postcoloniale à Jane Eyre. Rhys y interroge ce que le roman de Brontë taisait : l’héritage de l’esclavage, l’identité créole, la violence du patriarcat colonial. Court et dense, le livre a été salué dès sa parution comme une œuvre majeure ; il figure aujourd’hui dans la plupart des programmes universitaires anglophones.
6. Nord et Sud (Elizabeth Gaskell, 1854)

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Margaret Hale, fille d’un pasteur du sud de l’Angleterre, est contrainte de quitter la campagne paisible de Helstone pour Milton, ville industrielle fictive inspirée de Manchester. Elle y découvre la dureté des manufactures de coton, les grèves ouvrières et les tensions de classe — mais aussi John Thornton, patron d’une filature, qu’elle juge d’abord arrogant et inflexible.
Elizabeth Gaskell, amie proche de Charlotte Brontë et future biographe de celle-ci, ancre son récit dans les bouleversements concrets de la révolution industrielle anglaise. La relation entre Margaret et Thornton — orgueil froissé, malentendus, respect mutuel qui se construit peu à peu — rappelle celle de Jane et Rochester, transposée dans un monde où la question sociale occupe le premier plan.
7. Middlemarch (George Eliot, 1871-1872)

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Sous-titré Étude de la vie de province, Middlemarch fait coexister une dizaine de trajectoires individuelles dans une petite ville anglaise fictive, entre 1829 et 1832. Au centre, Dorothea Brooke, jeune femme idéaliste, épouse le savant Casaubon — un homme bien plus âgé qu’elle — dans l’espoir de participer à une grande œuvre intellectuelle. Sa désillusion sera profonde.
En parallèle, le médecin Tertius Lydgate arrive à Middlemarch avec des ambitions de réforme et se retrouve piégé dans un mariage sans issue avec Rosamond Vincy, dont la vanité égale la beauté. George Eliot examine avec une précision clinique les ravages du mauvais choix conjugal et la pesanteur des conventions de province. Virginia Woolf voyait dans Middlemarch l’un des rares romans anglais écrits pour des adultes.
8. Le Moulin sur la Floss (George Eliot, 1860)

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Le roman le plus autobiographique de George Eliot retrace l’enfance et la jeunesse de Maggie Tulliver, fille d’un meunier du Lincolnshire. Vive, intelligente et grande lectrice, Maggie se heurte sans cesse à un monde provincial qui ne sait que faire d’une fille comme elle. Sa relation avec son frère Tom, rigide et autoritaire, est le cœur douloureux du livre.
La faillite du père, l’humiliation familiale et les amours impossibles de Maggie — entre Philip Wakem, fils de l’ennemi juré des Tulliver, et Stephen Guest, le fiancé de sa cousine — forment une trajectoire tragique où le désir d’indépendance se fracasse contre le devoir de loyauté. Comme Jane Eyre, le roman pose la question de ce qui arrive à une femme trop intelligente et trop passionnée pour le monde étroit qui l’entoure.
9. L’Abbaye de Northanger (Jane Austen, 1818)

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Publié à titre posthume, L’Abbaye de Northanger est le premier roman achevé par Jane Austen, rédigé vers 1798-1799. Catherine Morland, dix-sept ans, grande lectrice de romans gothiques — et en particulier des Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe —, est invitée à séjourner à l’abbaye de Northanger. Son imagination enfiévrée lui fait voir des mystères sinistres là où il n’y a que de banales factures de blanchisserie.
Le livre fonctionne comme une parodie affectueuse du roman gothique — mais aussi un vrai récit d’apprentissage. Austen se moque des conventions du genre, mais ne les méprise pas : elle montre que les vrais dangers ne résident pas dans des châteaux lugubres, mais dans la cupidité, le mensonge et les rapports de pouvoir bien réels de la société géorgienne.
10. Loin de la foule déchaînée (Thomas Hardy, 1874)

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Bathsheba Everdene hérite de la ferme de son oncle dans le Wessex, région fictive du sud-ouest de l’Angleterre. Indépendante et résolue, elle dirige elle-même son exploitation — ce qui attire trois prétendants : Gabriel Oak, berger patient et fiable ; William Boldwood, riche fermier obsessionnel ; et le sergent Troy, séduisant mais irresponsable.
Premier grand succès de Thomas Hardy, le roman inscrit le destin de ses personnages dans le rythme des saisons, des récoltes et des tempêtes. Les choix impulsifs de Bathsheba ont des conséquences irréversibles, et le récit ne recule ni devant la mort ni devant la violence. Ce qui rapproche ce livre de Jane Eyre, c’est le portrait d’une femme qui refuse de se définir par le regard des hommes — même quand ce refus lui coûte cher.
11. La Dame en blanc (Wilkie Collins, 1859)

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Par une nuit de juillet, le jeune professeur de dessin Walter Hartright croise sur une route déserte une femme vêtue de blanc, visiblement en détresse. Cette rencontre inaugure une intrigue tortueuse où se croisent usurpation d’identité, internement abusif, conspiration financière et mariage forcé. Au cœur du complot : le sinistre Sir Percival Glyde et son allié, l’inquiétant Comte Fosco.
Considéré comme l’un des premiers « sensation novels », La Dame en blanc a été publié en feuilleton dans la revue de Charles Dickens, All the Year Round. Collins structure son récit comme un dossier judiciaire : chaque chapitre est le témoignage d’un personnage différent. Le résultat est un roman à suspense dont le mécanisme ne faiblit pas, et qui interroge aussi la vulnérabilité juridique des femmes dans l’Angleterre victorienne.
12. Les Mystères d’Udolphe (Ann Radcliffe, 1794)

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Ce roman en quatre volumes est l’archétype du roman gothique anglais. Emily St. Aubert, jeune orpheline française du XVIe siècle, est séparée de son amoureux Valancourt et séquestrée par son tuteur, le redoutable Montoni, dans le sinistre château d’Udolphe, perché dans les Apennins. Couloirs obscurs, voiles noirs, bruits inexpliqués et menaces de mort composent un décor qui n’a rien perdu de son pouvoir d’inquiétude.
Ann Radcliffe, cependant, finit toujours par fournir une explication rationnelle aux phénomènes surnaturels — un procédé qui lui est propre et qui la sépare du gothique de ses contemporains. C’est précisément ce roman que Catherine Morland dévore avec fièvre dans L’Abbaye de Northanger. Lire Les Mystères d’Udolphe, c’est remonter à la source même du gothique qui irrigue Jane Eyre et comprendre la tradition littéraire dans laquelle Charlotte Brontë s’inscrivait.