Ce que le jour doit à la nuit est un roman de Yasmina Khadra paru en 2008. Dans l’Oranais des années 1930, le jeune Younes, confié à son oncle pharmacien, grandit au sein de la communauté pied-noire, noue des amitiés et tombe amoureux d’Émilie, une jeune femme qu’il ne pourra jamais avoir. Le récit traverse trois décennies d’une Algérie coloniale qui se fissure, entre amour impossible et guerre d’indépendance.
Élu meilleur livre de l’année 2008 par le magazine Lire et lauréat du prix France Télévisions, le roman a été adapté au cinéma par Alexandre Arcady en 2012. Si vous cherchez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans le même sillage.
1. Les Hirondelles de Kaboul (Yasmina Khadra, 2002)

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Kaboul, fin des années 1990. Sous le joug des talibans, deux couples survivent plus qu’ils ne vivent. Atiq, ancien moudjahid reconverti en geôlier, n’attend plus rien de ses journées ; Mussarat, sa femme, est gravement malade, et lui n’a plus la force de feindre quoi que ce soit.
Mohsen et Zunaira tentent de préserver un semblant de dignité dans une ville où le rire est devenu suspect et les exécutions publiques rythment le quotidien. Un aveu de Mohsen à Zunaira — il a participé à une lapidation et en a éprouvé une jouissance coupable — suffit à tout faire basculer.
Le roman est bref, sec, et ne lâche rien. Que reste-t-il d’un être humain quand un régime s’emploie à détruire jusqu’à la possibilité de la joie ? C’est la question que Khadra pose ici, et dans les deux volets suivants de sa trilogie : L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad.
2. L’Art de perdre (Alice Zeniter, 2017)

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Ali, paysan kabyle, bâtit sa prospérité sur des oliveraies en Kabylie. À l’heure de l’indépendance algérienne, il se retrouve estampillé « harki » et doit fuir avec les siens. Son fils Hamid grandit dans les camps de transit puis les HLM de Normandie, où il enterre ses origines. Naïma, sa petite-fille, née en France, ne sait presque rien de cette histoire — une histoire que personne ne lui a jamais racontée.
Prix Goncourt des lycéens 2017, le roman d’Alice Zeniter couvre un demi-siècle, de la Kabylie rurale des années 1930 à la France contemporaine. Mais c’est dans l’intime qu’il frappe le plus juste : la honte de Hamid devant ses parents qui ne maîtrisent pas le français, l’impossibilité pour Naïma de parler d’un pays qu’elle n’a jamais vu, le poids d’un silence qui passe de père en fille sans que personne ne décide de le transmettre.
3. Le pays des autres (Leïla Slimani, 2020)

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En 1944, Mathilde, jeune Alsacienne, épouse Amine, un soldat marocain rencontré pendant la Libération, et le suit au Maroc. Sur des terres arides près de Meknès, Amine s’acharne à faire fructifier un domaine ingrat tandis que Mathilde, étrangère aux yeux de tous — trop française pour les uns, trop liée à un « indigène » pour les autres —, se retrouve piégée entre deux mondes qui ne veulent pas d’elle.
Premier volet d’une trilogie inspirée de l’histoire de ses grands-parents, ce roman couvre la décennie 1946-1956, celle du réveil nationaliste marocain. Leïla Slimani accorde autant d’attention aux femmes qu’au tumulte politique : Mathilde, sa belle-sœur Selma dont la sensualité défie les règles du clan, la petite Aïcha humiliée à l’école par ses camarades françaises. Chacune, à sa manière, se cogne contre les mêmes murs — ceux de la colonisation et ceux du patriarcat.
4. Houris (Kamel Daoud, 2024)

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Aube est une jeune Algérienne dont le corps porte les stigmates de la guerre civile des années 1990 : une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. Muette depuis qu’un islamiste lui a tranché la gorge à l’âge de cinq ans, elle ne peut raconter son histoire qu’à l’enfant qu’elle porte dans son ventre. Dans un pays qui a voté des lois pour interdire toute évocation de la « décennie noire », Aube décide de retourner dans son village natal.
Le roman, interdit en Algérie, a valu à son auteur le prix Goncourt 2024 dès le premier tour de scrutin. Par la voix intérieure d’une femme réduite au silence, Kamel Daoud affronte un tabou national et pose la question qui traverse tout le livre : peut-on donner la vie quand on vous l’a presque arrachée ?
5. Petit pays (Gaël Faye, 2016)

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Gabriel a dix ans, un père français expatrié, une mère rwandaise, une bande de copains avec qui il chaparde des mangues dans les rues de Bujumbura. Le Burundi de 1992 a des allures de paradis. La séparation de ses parents, puis la guerre civile et le génocide des Tutsi au Rwanda viennent pulvériser cette enfance en quelques mois.
Ce premier roman, en partie autobiographique, raconte ce basculement à hauteur d’enfant. Tout passe par le regard de Gabriel, qui ne comprend pas pourquoi ses amis se découvrent soudain hutus ou tutsis, ni pourquoi sa mère revient du Rwanda méconnaissable, incapable de parler.
Prix Goncourt des lycéens 2016, le livre a été adapté au cinéma par Éric Barbier en 2020. Gaël Faye a depuis publié Jacaranda (2024, prix Renaudot), consacré cette fois à la reconstruction du Rwanda après le génocide.
6. Ce que je sais de toi (Éric Chacour, 2023)

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Le Caire, années 1980. Tarek, jeune médecin, a repris le cabinet de son père et ouvert un dispensaire dans le quartier du Moqattam, au milieu des chiffonniers. Sa vie suit un tracé prévisible — jusqu’à sa rencontre avec Ali, un jeune homme issu de ce même quartier. Dans l’Égypte conservatrice de l’époque, leur relation n’a pas de place.
Le roman surprend par sa construction : la première partie s’adresse à Tarek à la deuxième personne (« tu »), la seconde passe au « je », la troisième au « nous ». L’identité du narrateur constitue l’une des clés de l’intrigue.
Prix des Libraires 2024, ce premier roman d’un auteur montréalais d’origine égyptienne est une histoire d’amour et de filiation où ce qui ne se dit pas — à soi-même, à ses proches, à son pays — finit par peser plus lourd que ce qui se dit.
7. De nos frères blessés (Joseph Andras, 2016)

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Alger, 1956. Fernand Iveton, ouvrier français d’Algérie, communiste et anticolonialiste, pose une bombe dans un local désaffecté de son usine. L’acte se veut symbolique : aucune victime visée, une explosion programmée quand les ateliers sont vides. L’engin est désamorcé. Personne n’est tué ni blessé. Iveton est pourtant condamné à mort et guillotiné le 11 février 1957 — seul Européen exécuté de toute la guerre d’Algérie.
Joseph Andras reconstitue les dernières semaines de cet homme — interrogatoires, torture, procès expéditif — et les alterne avec le récit de sa rencontre avec Hélène, sa femme. Le texte est tendu, dénué de pathos. Iveton y redevient ce qu’il fut avant d’être une note de bas de page : un homme de trente ans, quelqu’un qui aimait sa terre et la liberté et qui a payé de sa vie un acte qui n’a blessé personne. Prix Goncourt du premier roman 2016, refusé par l’auteur.
8. Nos richesses (Kaouther Adimi, 2017)

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En 1936, Edmond Charlot a vingt et un ans et une idée fixe : ouvrir une librairie à Alger. Il baptise la sienne « Les Vraies Richesses », d’après Giono, et y publie le premier texte d’un inconnu nommé Albert Camus. Pendant vingt-cinq ans, entre Seconde Guerre mondiale et guerre d’Algérie, il se bat pour faire vivre ce lieu où se croisent écrivains, lecteurs et éditeurs des deux rives de la Méditerranée.
En 2017, Ryad, un jeune étudiant indifférent aux livres, débarque à Alger pour vider et repeindre ce même local, bientôt transformé en boutique de beignets. Abdallah, le vieux gardien, refuse de laisser faire.
Kaouther Adimi alterne ces trois voix et ces trois époques dans un roman court — à la fois chronique de l’Algérie sur près d’un siècle et portrait d’un homme qui a cru, envers et contre tout, qu’une librairie pouvait changer un pays.