Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire sur la bataille de la Somme ?

Que lire sur la bataille de la Somme ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Le 1er juillet 1916, à 7 h 30 du matin, au coup de sifflet, des dizaines de milliers de soldats britanniques franchissent les parapets de leurs tranchées et s’élancent vers les lignes allemandes sur le front de Picardie, entre Bapaume et Péronne. C’est le début de la bataille de la Somme, conçue par les généraux Joffre et Haig comme l’offensive décisive censée rompre enfin le front — enlisé depuis la fin de 1914 dans une guerre de tranchées. L’attaque a été retardée et redimensionnée : depuis février, la fournaise de Verdun absorbe le gros des forces françaises, et ce sont les Britanniques qui portent désormais l’essentiel de l’effort. Malgré une semaine de préparation d’artillerie — plus de trois millions d’obus tirés sur les positions ennemies —, les défenses allemandes, enfouies dans de profonds abris souterrains creusés dans la craie picarde, résistent.

Le bilan de cette première journée est effroyable : près de 20 000 soldats britanniques tués et quelque 40 000 blessés, pour des gains territoriaux dérisoires. Jamais, dans toute son histoire, le Royaume-Uni n’a perdu autant d’hommes en une seule journée. L’offensive se poursuit pourtant, mois après mois, dans la boue, sous la pluie, avec l’apparition en septembre des premiers chars d’assaut — encore trop lents, trop peu nombreux et trop fragiles pour changer l’issue des combats. Quand la bataille s’achève le 18 novembre, les Alliés n’ont progressé que d’une dizaine de kilomètres. Le bilan humain dépasse un million de victimes (tués, blessés et disparus) toutes armées confondues, soit davantage qu’à Verdun.

Paradoxe de la mémoire : si cette bataille hante encore la conscience collective britannique — chaque 1er juillet, le Royaume-Uni commémore ses morts de la Somme —, elle a longtemps été éclipsée en France par le souvenir de Verdun, de la Marne et du Chemin des Dames. Voici les principaux ouvrages sur le sujet pour combler cet angle mort.


1. La bataille de la Somme : l’hécatombe oubliée, 1er juillet-18 novembre 1916 (Marjolaine Boutet, Philippe Nivet, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Tous deux enseignants-chercheurs en histoire contemporaine à l’université de Picardie — autrement dit, sur les lieux mêmes du drame —, Marjolaine Boutet et Philippe Nivet livrent ici une synthèse qui ne se limite pas au récit des opérations militaires. D’autres livres existaient déjà sur la Somme (ceux de Denizot et de Miquel, présentés plus bas), mais aucun n’avait croisé aussi systématiquement les sources anglo-saxonnes avec l’histoire sociale et culturelle de la bataille. Le travail repose sur des archives françaises et britanniques, des travaux inédits et, surtout, une bibliographie de langue anglaise encore peu exploitée en France. L’ouvrage se structure en six parties. Les deux premières couvrent la préparation et les affrontements. La troisième traite de la dimension industrielle de la bataille — c’est-à-dire le rôle déterminant des machines dans la conduite des combats : artillerie lourde, mitrailleuses, aviation de reconnaissance, premiers chars. Les trois dernières s’intéressent au quotidien des soldats, à la vie de l’arrière-front (les zones situées juste derrière les lignes, où les populations civiles subissent occupations, destructions et réquisitions) et à la mémoire de la bataille.

C’est sur ces derniers chapitres que le livre se révèle le plus précieux. Boutet et Nivet montrent comment la Somme marque une rupture : la guerre y devient une affaire de production en série — il faut fabriquer toujours plus d’obus, de mitrailleuses, de masques à gaz — et, pris dans cette logique de masse, les soldats comptent moins comme individus que comme unités à engager et à remplacer. L’enquête sur les mémoires nationales — française, britannique, allemande — est tout aussi éclairante : les auteurs démontent les raisons pour lesquelles la Somme occupe dans la mémoire britannique une place comparable à celle de Verdun en France, alors que les Français ignorent presque tout de cette bataille pourtant livrée sur leur sol. Les puristes d’histoire militaire pourront regretter quelques faiblesses sur l’analyse tactique — les auteurs sont plus à l’aise avec l’histoire culturelle qu’avec la stratégie —, mais les chapitres sur l’expérience des soldats et sur l’asymétrie mémorielle entre les deux pays font de ce livre le meilleur point d’entrée sur le sujet.


2. La bataille de la Somme : juillet-novembre 1916 (Alain Denizot, 2002)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Docteur en histoire et spécialiste reconnu de Verdun — sa thèse d’État sur le sujet lui a valu le prix Raymond-Poincaré —, Alain Denizot est à l’aise avec le récit des opérations militaires, et cela se sent. Son livre part des décisions stratégiques de décembre 1915, lorsque Joffre et Haig arrêtent le principe d’une grande offensive conjointe sur la Somme, et montre comment l’irruption de la bataille de Verdun en février 1916 bouleverse de fond en comble le plan initial. Aspirées par Verdun, les divisions françaises ne sont plus disponibles : ce qui devait être une opération à parité franco-britannique devient une offensive à dominante anglaise, menée par des troupes souvent inexpérimentées — beaucoup de ces soldats sont des volontaires engagés depuis moins de deux ans.

L’un des apports de Denizot est de montrer comment Verdun et la Somme fonctionnent en vases communicants : chaque division française envoyée à Verdun est une division de moins sur la Somme, et inversement, l’offensive de la Somme vise précisément à soulager la pression allemande sur Verdun en forçant l’ennemi à redéployer ses troupes. Les deux batailles, simultanées, épuisent les trois armées en présence. Denizot rappelle que les Français ont perdu environ 136 000 hommes sur la Somme — soit environ 500 morts et 500 blessés par jour pendant quatre mois et demi —, un bilan inférieur à celui de Verdun (179 000), mais considérable.

Le livre consacre aussi des pages à l’apparition des chars en septembre 1916 : c’est la première fois que des blindés sont engagés dans une bataille, et même si leur effet reste limité — ils tombent souvent en panne ou s’enlisent dans la boue —, ils annoncent la fin de la guerre de tranchées, puisqu’ils permettent en théorie de franchir les no man’s lands (ces bandes de terrain dévastées entre les tranchées adverses) sous le feu des mitrailleuses. On appréciera enfin les développements sur les hauts lieux du souvenir dans la Somme — le mémorial de Thiepval, les cimetières du Commonwealth —, qui font de cet ouvrage un compagnon aussi utile sur le terrain que dans la bibliothèque.


3. Les oubliés de la Somme : 1er juillet-19 novembre 1916 (Pierre Miquel, 2001)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Pierre Miquel (1930-2007) est l’un des historiens français qui ont le plus contribué à rendre la Grande Guerre accessible à un large public — on lui doit, entre autres, Les Poilus, Le Gâchis des généraux et Mourir à Verdun. Avec Les oubliés de la Somme, il s’attaque à ce qu’il considère comme un scandale mémoriel : la quasi-disparition de cette bataille dans la conscience nationale française, alors qu’elle a coûté la vie à quelque 200 000 poilus dans la plaine picarde — plus, par exemple, que les batailles de la Marne de 1914 et de 1918 réunies.

Sa méthode est reconnaissable entre toutes : un regard porté à hauteur de soldat, nourri par un dépouillement minutieux des archives militaires, qui refuse de se cantonner à la perspective des états-majors. Miquel reconstitue le calvaire des fantassins français, soumis aux pires épreuves sous la pluie glacée d’un été pourri et d’un automne meurtrier, face à des fortifications allemandes qu’aucun bombardement ne parvient à réduire. Le livre ne se prive pas de pointer les responsabilités du haut commandement : les pertes colossales de la bataille ont précipité le limogeage de Joffre et de Foch côté français (jugés responsables d’une stratégie d’usure stérile), et celui de Falkenhayn côté allemand (remplacé par le duo Hindenburg-Ludendorff). Seul le Britannique Haig a conservé son poste — ses raisons de tomber n’étaient pourtant pas moins nombreuses. Dernier point : le livre souffre d’un manque criant de cartes, ce qui oblige à naviguer à l’aveugle parmi les noms de villages et de positions — un comble pour un récit aussi ancré dans la topographie picarde.


4. Ces Anglais morts pour la France : 1er juillet 1916, jour le plus meurtrier de l’histoire britannique (Jean-Michel Steg, 2016)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Professionnel de la finance et étudiant en histoire à l’EHESS, Jean-Michel Steg a consacré un premier livre au 22 août 1914 — Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France. Il poursuit ici son analyse des journées noires de la Grande Guerre et consacre ce second ouvrage à une seule date : le 1er juillet 1916. Ce jour-là, plus de 20 000 soldats britanniques et du Commonwealth — Anglais, Écossais, Irlandais, Gallois, Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais, Sud-Africains — perdent la vie sur le champ de bataille de la Somme. Beaucoup d’entre eux sont des volontaires, engagés dans un conflit qui, à l’origine, ne concernait le Royaume-Uni qu’indirectement : Londres est entré en guerre en août 1914 pour honorer sa garantie de la neutralité belge, violée par l’invasion allemande, et non pour défendre son propre territoire. Steg croise les archives françaises et britanniques pour comprendre les causes de cette hécatombe : insuffisance des moyens, confiance excessive dans la préparation d’artillerie, rigidité du plan d’attaque (les soldats avaient reçu l’ordre d’avancer au pas, chargés de plus de 30 kg d’équipement), et un commandement qui avait sous-estimé la solidité des défenses allemandes.

Le livre accorde aussi une place singulière à la poésie de guerre. En Grande-Bretagne, ce phénomène a pris une ampleur sans équivalent : de nombreux soldats du front, souvent issus des classes éduquées, ont écrit des poèmes dans les tranchées, et certains d’entre eux — Wilfred Owen, Siegfried Sassoon — comptent parmi les grands noms de la littérature anglaise du XXe siècle. Steg s’en sert pour restituer l’expérience intime des combattants, et c’est sans doute là que le livre atteint sa plus grande force émotionnelle. L’ouvrage pose enfin une question que Boutet et Nivet (voir plus haut) abordent du côté français, mais que Steg formule ici du côté britannique : comment expliquer que la France n’ait accordé qu’une reconnaissance si mince à ces soldats tombés sur son sol, alors que leur sacrifice structure encore aujourd’hui l’identité nationale britannique ? Préfacé par l’historien John Horne (Trinity College, Dublin), le livre est à la fois une enquête sur une catastrophe militaire et une réflexion sur l’ingratitude des nations.


5. La bataille de la Somme (Yves Buffetaut, Julian Putkowski, Emmanuel Cadé, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Docteur en histoire, journaliste spécialisé dans les conflits du XXe siècle et directeur des éditions Ysec, Yves Buffetaut a publié des dizaines d’ouvrages sur les deux guerres mondiales — c’est l’un des auteurs les plus productifs dans ce domaine en France. Avec Julian Putkowski, historien britannique, et Emmanuel Cadé, il signe ici un volume de la collection « Tranchées » qui adopte une approche résolument visuelle et synthétique de la bataille de la Somme. En 95 pages abondamment illustrées de photographies d’époque, le livre retrace le déroulement des opérations de juillet à novembre 1916.

Le propos se structure en trois parties — la guerre en première ligne, l’organisation des armées, et la guerre de matériel — et va droit à l’essentiel. On y retrouve les faits saillants : l’échec sanglant du 1er juillet côté britannique (20 000 morts, 35 000 blessés), les résultats plus encourageants du côté français — l’avance y est plus profonde, mais les villages conquis n’ont pas de valeur stratégique et les Allemands disposent d’une défense en profondeur, c’est-à-dire de plusieurs lignes de tranchées successives qui rendent chaque gain aussitôt contesté —, puis l’enlisement dans une guerre d’usure où la percée tant espérée n’arrive jamais. La collaboration franco-britannique entre les auteurs permet de confronter les points de vue sur un conflit souvent raconté d’un seul côté de la Manche. C’est un ouvrage d’initiation efficace, particulièrement adapté aux lecteur·ices qui souhaitent acquérir une vue d’ensemble de la bataille sans se lancer dans un pavé de plusieurs centaines de pages. Les passionné·es d’histoire militaire déjà bien informé·es y trouveront moins de matière neuve, mais apprécieront la qualité de l’iconographie.


6. La Grande Guerre : le premier jour de la bataille de la Somme reconstitué heure par heure (Joe Sacco, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

On garde le plus surprenant pour la fin. Joe Sacco, auteur américano-maltais, est l’une des figures majeures du reportage graphique — un genre qui consiste à mener un travail d’enquête journalistique et à le restituer sous forme de bande dessinée. On lui doit Palestine, Gorazde et Gaza 1956, entre autres. Ici, il s’éloigne des conflits contemporains pour plonger dans les tranchées de 1916. Le résultat est un objet éditorial hors norme : une fresque muette de plus de sept mètres de long, pliée en accordéon, qui reconstitue en une seule image continue le déroulement du 1er juillet 1916, du point de vue exclusif de l’armée britannique. Pas un mot, pas une bulle, pas une onomatopée — rien que le dessin, noir et blanc, gorgé de détails.

L’inspiration revendiquée est la tapisserie de Bayeux — cette autre grande fresque narrative qui raconte la conquête normande de l’Angleterre en 1066 (le parallèle ne manque pas de sel quand on sait que les soldats traversent ici la Manche dans l’autre sens). Pour garantir l’exactitude de sa reconstitution, Sacco a consulté les archives photographiques de l’Imperial War Museum de Londres et travaillé avec l’historien Julian Putkowski : uniformes, ambulances à chevaux, cuisines de campagne, tout est scrupuleusement restitué. La scène s’ouvre sur le général Douglas Haig — surnommé « le boucher de la Somme » — qui va prier à l’église, et se referme sur les fossoyeurs qui enterrent les morts. Un livret bilingue français-allemand, rédigé par l’historien Adam Hochschild, accompagne la fresque et fournit le contexte heure par heure — on peut regretter sa brièveté, mais c’est bien le dessin, ici, qui porte tout. En 2016, une version de 60 mètres de cette fresque a été inaugurée au mémorial de Thiepval, dans la Somme, là où sont gravés les noms des 72 000 soldats britanniques dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Si vous ne deviez retenir qu’un seul mot pour qualifier cet objet : monumental.