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Que lire sur la bataille des Dardanelles ?

Que lire sur la bataille des Dardanelles ?

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À la fin de l’année 1914, le front occidental est figé. Des Flandres à la Suisse, les tranchées s’étirent sur près de 700 kilomètres et chaque offensive se solde par un bain de sang sans gain territorial décisif. Certains dirigeants politiques et militaires cherchent alors à contourner ce blocage en ouvrant un nouveau front. À Londres, Winston Churchill, Premier Lord de l’Amirauté, impose l’idée d’une attaque navale contre le détroit des Dardanelles — cette étroite passe maritime qui, avec le Bosphore et la mer de Marmara, sépare l’Europe de l’Asie et conditionne l’accès à la mer Noire. Depuis l’entrée en guerre de l’Empire ottoman aux côtés de l’Allemagne en novembre 1914, ce verrou est fermé, et la Russie — alliée de la France et de la Grande-Bretagne — se retrouve presque totalement isolée : elle ne peut plus ni exporter son blé ni recevoir les fournitures militaires dont elle a besoin. Le plan de Churchill est ambitieux : forcer le détroit par la seule puissance navale, remonter jusqu’à Constantinople, contraindre l’Empire ottoman à capituler et rouvrir la route maritime vers la Russie.

Le 18 mars 1915, la flotte franco-britannique lance l’assaut. C’est un désastre. Le cuirassé français Bouvet sombre en quelques minutes après avoir heurté une mine, avec plus de 600 hommes à son bord ; deux cuirassés britanniques, l’Irresistible et l’Ocean, sont également coulés. Les forts ottomans qui verrouillent les deux rives du détroit n’ont pas été réduits au silence. L’échec est total.

S’ensuit la phase terrestre. Le 25 avril 1915, des dizaines de milliers de soldats — Britanniques, Français, Australiens, Néo-Zélandais — débarquent sur la péninsule de Gallipoli, avec pour objectif de s’emparer des forts par la terre. Face à eux, la 5ᵉ armée ottomane, placée sous le commandement du général allemand Liman von Sanders. Parmi ses officiers, un colonel turc d’exception, Mustafa Kemal — le futur Atatürk —, commande les réserves et prend des initiatives décisives dans les premières heures du débarquement : il lance ses troupes sur les crêtes avant que les Alliés ne puissent progresser vers l’intérieur. Sur un terrain escarpé, dans une chaleur torride, les assaillants ne parviennent jamais à percer. Les pertes s’accumulent — entre 180 000 et 200 000 hommes du côté allié, dont quelque 50 000 Français (tués, blessés, disparus et malades confondus) — sans que la situation tactique n’évolue. En janvier 1916, les derniers contingents alliés évacuent la péninsule. Ironie amère : la seule phase de l’opération que les historiens considèrent comme une réussite est le rembarquement final, mené de nuit et sans pertes.

Les conséquences politiques sont considérables. En Grande-Bretagne, l’échec fracasse la carrière de Churchill : tenu pour le principal responsable du désastre, il est écarté de l’Amirauté et relégué à un poste subalterne. En Turquie, c’est la première grande victoire ottomane de la guerre, et Kemal en sort en héros ; ce prestige militaire deviendra, après l’effondrement de l’Empire en 1918, le socle de son ascension politique — jusqu’à la fondation de la République turque en 1923. Pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, jeunes dominions britanniques qui n’ont encore jamais combattu en tant que nations à part entière, Gallipoli est le baptême du feu des troupes de l’ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps) — commémoré depuis lors chaque 25 avril sous le nom d’Anzac Day. En France, en revanche, les « Dardas » — ces soldats du Corps Expéditionnaire d’Orient — sombrent dans un oubli durable, éclipsés par les hécatombes de Verdun et de la Somme.

Voici les principaux ouvrages en langue française pour appréhender cette campagne sous des angles complémentaires.


1. Les Dardanelles, 1915 : une stratégie en échec (Pierre Rigoux, 2013)

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Officier de l’Armée de l’air, Pierre Rigoux aborde la campagne des Dardanelles sous un angle avant tout stratégique. Son propos ne se limite pas au récit des opérations navales puis terrestres : il remonte aux conditions politiques et militaires dans lesquelles l’expédition a été décidée, et il interroge la pertinence même du choix retenu. En 176 pages, publiées chez Economica — éditeur reconnu pour ses collections d’histoire et de stratégie militaires —, Rigoux reconstitue l’enchaînement des décisions qui ont conduit à l’impasse.

Rigoux revient sur le débat stratégique tel qu’il s’est réellement posé entre Paris et Londres. Côté français, l’état-major privilégie un renforcement de l’armée serbe à partir du port de Salonique, en Grèce, afin de frapper l’Autriche-Hongrie au cœur de l’Europe ; côté britannique, Churchill pousse à une solution navale contre les Dardanelles. C’est cette seconde option qui l’emporte. Rigoux relève à ce propos un paradoxe frappant : en mars 1911, Churchill lui-même avait écrit dans un mémorandum au cabinet qu’il n’était « pas possible de forcer les Dardanelles » et que personne ne devait « exposer une flotte moderne à un tel danger ». Quatre ans plus tard, c’est pourtant lui qui impose cette option.

L’auteur s’inscrit en faux contre l’analyse de l’historien militaire britannique Basil Liddell Hart, pour qui l’échec des Dardanelles relève avant tout de défauts dans l’exécution — commandement hésitant, coordination défaillante entre l’armée et la marine. Pour Rigoux, l’erreur est antérieure : elle se situe dès la conception de l’opération, dans le pari initial de croire qu’une flotte pouvait à elle seule forcer un détroit défendu par des mines, des forts et de l’artillerie mobile. L’échec, autrement dit, est inscrit dans le projet lui-même — pas seulement dans sa mise en œuvre.


2. L’expédition française aux Dardanelles : avril 1915-janvier 1916 (Sylvain Ferreira, 2015)

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Historien spécialisé dans l’évolution de l’art de la guerre entre 1850 et 1945, Sylvain Ferreira a collaboré avec plusieurs revues d’histoire militaire et a été consultant pour l’émission Champs de Bataille sur RMC Découverte. Avec ce fascicule publié dans la collection Illustoria de Lemme Edit, il comble une lacune considérable : la participation française à la campagne des Dardanelles, un sujet quasiment absent des publications depuis les années 1940. La grande majorité des travaux disponibles — tant en anglais qu’en français — se concentrent sur les forces britanniques et les troupes de l’ANZAC. Les 79 000 soldats français du Corps Expéditionnaire d’Orient (CEO) restent, eux, dans l’ombre.

Ferreira s’appuie sur un travail archivistique solide, et notamment sur les journaux des marches et opérations (JMO) — ces registres tenus quotidiennement par chaque unité, qui consignent les déplacements, les combats et les pertes — pour reconstituer le quotidien de ces « Dardas ». Il retrace les opérations depuis le 25 avril 1915, jour où un détachement français débarque à Koum Kalé, sur la rive asiatique du détroit, pour fixer les défenseurs turcs et les empêcher de canonner les troupes britanniques qui accostent en face, sur la péninsule de Gallipoli. Cette diversion est d’ailleurs l’un des rares succès tactiques de toute la campagne. Les mois suivants, les Français combattent dans le secteur sud de la péninsule, autour du village de Sedd-el-Bahr. Le bilan humain est terrible : sur les 47 000 hommes du CEO, 60 % sont mis hors de combat — tués, disparus, blessés ou terrassés par la dysenterie et le typhus, fléaux permanents dans les tranchées de Gallipoli. Ferreira accorde une attention particulière au rôle des troupes coloniales, dont les tirailleurs sénégalais, en première ligne face à des défenseurs turcs opiniâtres.


3. 1915 : les Dardanelles. Kemal vs Churchill (Yves Buffetaut, 2021)

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Docteur en histoire et rédacteur en chef des revues Tranchées et Batailles, Yves Buffetaut a consacré de nombreux ouvrages à l’histoire militaire des deux guerres mondiales. Avec ce livre de 96 pages au grand format (21 × 30 cm), publié chez Ysec, il structure son récit autour de l’affrontement entre les deux figures devenues indissociables de la bataille : Winston Churchill et Mustafa Kemal. Le premier a imposé l’offensive contre l’avis de l’amiral Jackie Fisher — First Sea Lord, c’est-à-dire le plus haut gradé de la Royal Navy, qui démissionnera en mai 1915 pour marquer son désaccord — et a mis en jeu toute sa carrière politique. Le second, à la tête de troupes ottomanes retranchées sur les hauteurs de Gallipoli, s’impose comme le chef militaire capable de repousser les puissances de l’Entente — et Buffetaut s’attache à retracer la trajectoire qui le mènera, après la guerre, de héros de Gallipoli à fondateur de la République turque.

156 illustrations — photographies d’époque, reproductions de documents —, 8 cartes et 9 profils de matériel militaire réalisés par l’illustrateur Éric Schwartz accompagnent le texte. De la carrière militaire de Churchill avant 1914 aux débats du War Council britannique, de l’échec naval du 18 mars aux débarquements et à l’enlisement sur la péninsule, Buffetaut couvre l’ensemble de la campagne, avec une place importante accordée aux moyens navals engagés par les deux camps.


4. Gallipoli : la fuite des géants (Daniel Dumoulin, 2020)

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Daniel Dumoulin n’est pas historien de formation. Musicien et pédagogue, il dirige l’école de batterie Dante Agostini de Toulouse et a publié plusieurs ouvrages autour de la batterie, parmi lesquels Portraits en batterie et Batteurs en 150 figures. Publié chez Memorabilia en 2020, son Gallipoli : la fuite des géants compte 260 pages et trois cahiers photographiques en noir et blanc et en couleur. Le titre — « la fuite des géants » — désigne le retrait final des troupes alliées, grandes puissances militaires contraintes d’abandonner la péninsule face à un adversaire qu’elles avaient sous-estimé.

Dumoulin insiste sur la responsabilité quasi exclusive de Churchill dans le lancement de l’expédition et sur l’obstination qui a conduit à la maintenir malgré l’accumulation des revers. Il rappelle que près de 550 000 soldats ont été envoyés aux portes de la Turquie alors même que le front occidental réclamait sans cesse des renforts, en Flandres, en Artois et en Champagne. Il s’attarde sur le coût humain de cette impasse et sur les conditions de l’évacuation finale — ce moment paradoxal où des armées défaites parviennent à se retirer de nuit, par la mer, sans que les Turcs ne s’en aperçoivent. Par son profil atypique, Dumoulin adopte une approche davantage narrative qu’analytique.