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Quels sont les classiques du thriller en BD ?

Quels sont les classiques du thriller en BD ?

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Le thriller en bande dessinée ne date pas d’hier. Dès les années 1940, les crime comics américains — Crime Does Not Pay en tête — placent le crime et le suspense au cœur de leurs récits. En Europe, la BD franco-belge emprunte le même chemin : dans les années 1980, Jacques Tardi adapte les polars de Léo Malet, tandis que Jean Van Hamme lance XIII (1984) puis Largo Winch (1990), deux séries d’espionnage et d’action devenues des classiques.

De l’autre côté du Pacifique, le manga s’y met très tôt. Golgo 13 de Takao Saito, lancé en 1968 et toujours en cours à la mort de son auteur en 2021, installe la figure du tueur à gages impassible pour des décennies. Dans les années 1980, Banana Fish d’Akimi Yoshida prouve qu’un shōjo — un manga destiné à un lectorat féminin — peut rivaliser avec les meilleurs films noirs, et Alan Moore dynamite les conventions du comics anglo-saxon avec V pour Vendetta et Watchmen.

Les années 1990 voient Naoki Urasawa publier Monster, un thriller psychologique d’une ambition narrative alors inédite dans le manga, tandis que Old Boy de Garon Tsuchiya et Nobuaki Minegishi inspire plus tard le film culte de Park Chan-wook. Les années 2000 produisent Death Note, phénomène planétaire, et Battle Royale, qui précède de plus d’une décennie le succès d’Hunger Games. Aujourd’hui, le thriller en BD se porte mieux que jamais : manga, comics, BD européenne — les supports ne manquent pas pour passer des nuits blanches.

Voir aussi : Quels sont les classiques du polar en BD ?


1. Monster (Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki, 1994)

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1986, Düsseldorf. Le Dr Kenzô Tenma est un neurochirurgien d’avenir. Fiancé à la fille du directeur de l’hôpital, promis à une carrière prestigieuse, il voit tout basculer la nuit où il choisit de sauver un garçon blessé par balle plutôt que le maire de la ville. Ce choix, en apparence noble, va s’avérer dévastateur : l’enfant qu’il a sauvé, Johan Liebert, se révèle être l’un des tueurs en série les plus redoutables que l’Allemagne ait connus. Rongé par la culpabilité, Tenma abandonne sa carrière et sa vie pour traquer le monstre qu’il a remis au monde.

L’action se déploie à travers l’Europe — de Düsseldorf à Prague, de Munich aux confins de l’ex-Allemagne de l’Est — et convoque une galerie de personnages secondaires d’une densité peu commune : l’inspecteur Lunge, policier du BKA (la police criminelle fédérale allemande) obsédé par la traque ; Eva Heinemann, l’ex-fiancée de Tenma, en pleine déchéance ; le Dr Reichwein, ami de Tenma ; Grimmer, journaliste au passé trouble. La série interroge la corruption des institutions, les traumatismes laissés par le rideau de fer, et une question qui hante chaque personnage : à partir de quel point un être humain ordinaire devient-il un monstre ? Le rythme, tendu sur dix-huit tomes, ne faiblit jamais.

Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus. Classé seinen (manga pour adultes), Monster traite de meurtres en série, de manipulation psychologique et de traumatismes de l’enfance avec une intensité qui le réserve à un public averti.


2. 20th Century Boys (Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki, 1999)

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En 1969, une bande de gamins se retrouve dans une cabane secrète pour inventer une histoire de science-fiction : la destruction de l’humanité par une organisation maléfique, et leur propre rôle de sauveurs du monde. Ils consignent tout dans un Cahier de Prédictions. Trente ans plus tard, devenu un modeste gérant de supérette, Kenji Endô découvre avec effroi que les prophéties de son enfance se réalisent une à une — orchestrées par « Ami », le gourou mystérieux d’une secte en pleine expansion, qui semble étrangement lié au passé du groupe. (En japonais comme en français, « ami » signifie « ami » — et c’est précisément cette ironie qui donne froid dans le dos.)

La série navigue entre trois époques (les années 1970, la fin des années 1990 et un futur dystopique post-2000). Urasawa s’inspire directement des attentats au gaz sarin perpétrés par la secte Aum Shinrikyō dans le métro de Tokyo en 1995 — un traumatisme national qui a révélé comment des diplômés d’universités prestigieuses pouvaient devenir des terroristes — pour interroger la mécanique de l’endoctrinement et la facilité avec laquelle une société peut glisser vers le fanatisme. Le tout baigne dans une nostalgie pop pour le Japon des années 1960-1970, entre rock’n’roll et Exposition universelle d’Osaka. La série a reçu le prix du meilleur scénario au Festival d’Angoulême en 2004.

Tranche d’âge conseillée : 14-16 ans et plus. La violence reste contenue, mais la complexité du récit et les thèmes abordés (terrorisme, complot, manipulation de masse) demandent une certaine maturité.


3. Death Note (Tsugumi Ohba et Takeshi Obata, 2003)

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Lycéen surdoué de 17 ans, Light Yagami ramasse un jour un cahier abandonné par Ryûk, un dieu de la mort (shinigami). La règle est d’une simplicité terrifiante : quiconque voit son nom inscrit dans le Death Note meurt dans les quarante secondes. Convaincu de pouvoir purger le monde de ses criminels, Light se met en tête de devenir le dieu d’un monde nouveau — et prend le surnom de « Kira ». Il attire vite l’attention de L, un détective aussi génial qu’excentrique, mandaté par Interpol pour démasquer ce justicier anonyme. Le plus pervers : L soupçonne très vite Light, et les deux finissent par travailler côte à côte — chacun sait que l’autre sait, mais aucun ne peut le prouver. Un jeu de dupes où le moindre faux pas peut être fatal.

Ce qui porte Death Note, c’est la rigueur quasi mathématique de cette confrontation. Chaque mouvement de Light appelle une riposte de L, et inversement, dans une escalade permanente qui tient davantage du jeu d’échecs que du manga d’action classique. Obata, au dessin, confère à l’ensemble une élégance graphique qui contraste avec la noirceur du propos. La série a connu un succès mondial et a fait découvrir le manga à un public qui n’en lisait pas — notamment en France, où les douze tomes se sont écoulés à plusieurs millions d’exemplaires.

Tranche d’âge conseillée : 12 ans et plus selon l’éditeur Kana (collection Dark Kana), mais les thèmes traités (justice individuelle, peine de mort, mégalomanie) le rendent plus adapté à un public de 14 ans et plus. Certains libraires le conseillent à partir de 13-14 ans.


4. Erased (Kei Sanbe, 2012)

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Satoru Fujinuma est un mangaka raté de 29 ans qui cumule les livraisons de pizzas pour boucler ses fins de mois. Il possède cependant un don singulier : à chaque fois qu’un drame se produit près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé, juste assez pour empêcher la catastrophe. Lorsque sa mère est assassinée, ce pouvoir l’expédie non pas de quelques minutes mais de dix-huit ans en arrière, dans sa propre enfance, à l’époque où trois de ses camarades de classe ont été enlevés et tués par un tueur jamais identifié.

Piégé dans son corps de gamin de dix ans mais doté de ses souvenirs d’adulte, Satoru doit identifier le meurtrier et empêcher les crimes avant qu’ils ne se produisent. Ce qui aurait pu n’être qu’un thriller temporel efficace se mue aussi en récit d’enfance d’une mélancolie inattendue : Satoru redécouvre les failles de sa propre jeunesse, ses amitiés négligées, la solitude de certains de ses camarades. Le décalage entre la lucidité de l’adulte et la vulnérabilité de l’enfant donne au manga sa tonalité si particulière. Huit tomes, pas un de trop.

Tranche d’âge conseillée : 14 ans et plus. Classé seinen par l’éditeur Ki-oon, le manga aborde la maltraitance infantile et le meurtre d’enfants avec une sensibilité qui le rend accessible à des adolescent·es mûr·es.


5. Old Boy (Garon Tsuchiya et Nobuaki Minegishi, 1996)

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Dix ans. C’est le temps que Gotô aura passé enfermé dans une chambre, sans explication, avec pour seul compagnon un poste de télévision. Pas de motif, pas de procès, pas de contact humain. Un beau jour, on le jette dehors, tout aussi mystérieusement. Libre ? Pas tout à fait. Car la seule question qui vaille désormais est : qui l’a séquestré, et pourquoi ?

Le manga fonctionne comme une relecture moderne du Comte de Monte-Cristo : un homme brisé par l’enfermement, reconstruit par la rage de comprendre. Le dessin de Minegishi, réaliste et très influencé par le cinéma (cadrages, jeux de lumière, plans séquences), sert une intrigue sèche et implacable. Si le film de Park Chan-wook (Grand Prix du jury à Cannes en 2004) a rendu le titre célèbre en Occident, le manga en diffère sensiblement — notamment dans sa conclusion, qui emprunte un chemin radicalement différent. Huit tomes dans l’édition originale, quatre dans la réédition en volumes doubles chez naBan.

Tranche d’âge conseillée : 16-18 ans et plus. Violence, sexualité, noirceur psychologique.


6. Le Pouvoir des innocents (Luc Brunschwig et Laurent Hirn, 1992)

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New York, fin du XXe siècle. La campagne pour la mairie déclenche une flambée de violence dans les quartiers populaires. Sergent des forces spéciales revenu brisé du Viêt Nam, Joshua Logan se retrouve malgré lui au cœur d’une machination politique où la sécurité devient l’instrument du pouvoir. Autour de lui gravitent Jessica Rupert, une candidate idéaliste qui veut reprendre la ville à la corruption, John Providence, un repris de justice qui tente de se reconstruire, et Karen Eden, qui dirige une association citoyenne. Ces destins se percutent au fil d’un récit en cinq tomes où chaque album fait avancer l’intrigue d’un cran.

Publiée chez Delcourt dans la collection « Sang froid » entre 1992 et 2002, cette série fait figure de pionnière du thriller politique en BD franco-belge. Brunschwig, agrégé d’histoire, construit un récit à plusieurs voix où les arcs narratifs se croisent et se répondent — une construction feuilletonesque plus proche du roman que de l’album classique. Deux cycles supplémentaires (Car l’enfer est ici chez Futuropolis, puis Les enfants de Jessica) ont depuis prolongé l’univers jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001.

Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus. Violence, traumatismes de guerre et manipulations politiques en font un récit destiné à un public jeune adulte / adulte.


7. Blast (Manu Larcenet, 2009)

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Polza Mancini, 38 ans, écrivain, environ 150 kilos. Il est en garde à vue. Ce qu’il a fait, on ne le sait pas encore — seulement qu’une femme, Carole Oudinot, en a fait les frais. Face à deux policiers, Polza raconte : la mort de son père, le jour où il a tout plaqué — travail, appartement, vie sociale — pour errer sur les routes du nord de la France. Et surtout, le blast : cette déflagration sensorielle qui le saisit parfois sans prévenir, un instant de perception totale du monde, une sorte d’extase brute après laquelle la réalité ordinaire paraît insupportable. C’est pour retrouver ce blast que Polza s’est engouffré dans la marginalité.

Sur quatre tomes en noir et blanc (environ 200 pages chacun), Larcenet — connu jusque-là pour des séries humoristiques comme Le Combat ordinaire ou Le Retour à la terre — change radicalement de registre. Tantôt d’une précision maniaque, tantôt volontairement sale et débordé, le dessin colle à l’état mental de Polza. Le récit avance par couches successives, flashbacks et aveux au commissariat, et la tension grimpe à mesure que l’on comprend ce qui s’est réellement passé. Prix des libraires de bandes dessinées 2010 pour le premier tome, Grand Prix RTL de la BD pour le second.

Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus. Classé ado/adulte par Dargaud. Violence physique et psychologique, addictions, scènes sexuelles, détresse mentale : le récit ne fait aucune concession.


8. XIII (Jean Van Hamme et William Vance, 1984)

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Un homme est retrouvé inconscient sur une plage, une balle dans la tête. Il ne se souvient de rien. Son seul indice : le chiffre « XIII » tatoué sous la clavicule gauche. Très vite, des tueurs professionnels le prennent en chasse, et il découvre que son visage ressemble trait pour trait à celui de l’assassin présumé du président des États-Unis. Commence alors une course à travers l’Amérique pour retrouver son identité — et comprendre quel rôle il a joué dans la « Conspiration des XX », un réseau d’hommes de pouvoir prêts à tout pour prendre le contrôle du pays.

Librement inspirée de La Mémoire dans la peau de Robert Ludlum (Van Hamme l’a reconnu) — le roman qui a aussi donné naissance à la saga Jason Bourne au cinéma —, la série s’est imposée comme l’un des plus grands succès de la BD européenne : près de vingt millions d’exemplaires vendus, des adaptations en jeu vidéo, en série télévisée et en film. Le premier cycle de dix-neuf tomes, signé Van Hamme au scénario et Vance au dessin, reste la référence : un thriller d’espionnage au rythme effréné, où chaque album se referme sur un cliffhanger qui oblige à ouvrir le suivant.

Tranche d’âge conseillée : 14-16 ans et plus. Public ado/adulte selon Dargaud. Violence d’action classique, intrigues politiques complexes.


9. Le Décalogue (Frank Giroud, collectif, 2001)

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Il existerait un ouvrage mystérieux appelé le Nahik, entre les pages duquel figurerait la reproduction de dix commandements rédigés par Mahomet peu avant sa mort — un décalogue inconnu dont la révélation pourrait bouleverser l’interprétation du Coran et remettre en cause l’expansion guerrière menée par ses successeurs. Caché de siècle en siècle, le Nahik passe de main en main et attire sur ses détenteurs le malheur, la convoitise et la violence.

L’originalité de la série tient à sa structure : dix albums, dix dessinateurs différents (Béhé, Jean-François Charles, Michel Faure, Franz, Paul Gillon, entre autres), et un compte à rebours chronologique — le premier tome se déroule à Glasgow en 2001, le dernier à Médine en 622, à la mort du Prophète. Le lecteur·ice remonte ainsi les siècles (Révolution française, campagne d’Égypte de Bonaparte, génocide arménien, Seconde Guerre mondiale…) pour reconstituer le parcours du Nahik. Agrégé d’histoire, élève de l’École des Chartes, Frank Giroud orchestre l’ensemble avec une érudition solide — ce qui lui a valu le prix Max und Moritz du meilleur scénariste international en 2002. Chaque tome fonctionne comme un récit autonome qui nourrit la trame globale.

Tranche d’âge conseillée : 14-16 ans et plus. Certains tomes contiennent des scènes de violence ou de sexualité, et les enjeux religieux et historiques demandent un minimum de recul critique.


10. V pour Vendetta (Alan Moore et David Lloyd, 1982)

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1997. L’Angleterre, épargnée par une guerre nucléaire qui a ravagé le reste du monde, est tombée sous le joug de Norsefire, un parti fasciste qui règne par la surveillance, la propagande et les camps de concentration. Un individu masqué — son visage emprunte les traits de Guy Fawkes, le conspirateur catholique qui tenta de faire sauter le Parlement de Westminster en 1605 — entreprend de démanteler le régime par une série d’attentats spectaculaires. Il se fait appeler V. Sur sa route, il recueille Evey Hammond, une jeune femme qu’il va façonner pour qu’elle prenne sa relève.

Récit majeur du comics politique, V pour Vendetta est une confrontation frontale entre anarchisme et totalitarisme. Alan Moore refuse le manichéisme : V est à la fois libérateur et tortionnaire, idéaliste et fou, et le lecteur·ice n’est jamais autorisé·e à le suivre les yeux fermés. Le récit est truffé de références à Shakespeare, à Thomas Pynchon et aux Rolling Stones, mais ne requiert pas de les connaître pour faire mouche. Au dessin, David Lloyd opte pour des tonalités sombres et délavées qui collent à cette Angleterre crépusculaire. Le masque de V est depuis devenu un symbole mondial de résistance — récupéré par les Anonymous, brandi dans les manifestations du Printemps arabe comme à Hong Kong.

Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus. Violence politique, torture, références sexuelles et complexité idéologique en font un récit exigeant.


11. From Hell (Alan Moore et Eddie Campbell, 1991)

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Londres, 1888. La reine Victoria apprend que son petit-fils, le prince Albert Victor, entretient une relation avec une vendeuse de Whitechapel, Annie Crook, et qu’un enfant est né de cette union. Pour étouffer le scandale, la Couronne confie le « nettoyage » à Sir William Gull, médecin personnel de la reine et franc-maçon de haut rang. Gull ne se contente pas d’obéir : il transforme sa mission en rituel mystique et assassine une à une les prostituées qui connaissent le secret d’Annie, avec une brutalité méthodique qui terrorise le quartier de Whitechapel. Le monde le connaîtra sous le nom de Jack l’Éventreur.

Moore ne cherche pas à résoudre l’énigme — il la dynamite. En plus de 570 pages accompagnées de quarante pages de notes et de références, il reconstitue le Londres victorien dans ses moindres recoins : ses loges maçonniques, ses taudis, son architecture, ses figures célèbres (Oscar Wilde, Joseph Merrick dit « Elephant Man », Aleister Crowley). Le dessin d’Eddie Campbell, à l’encre noire et aux hachures charbonneuses, donne à l’ensemble une atmosphère de crasse et de malaise qui ne quitte jamais le lecteur. From Hell est moins un thriller qu’une autopsie de l’Angleterre victorienne — et de la façon dont ses violences continuent de façonner le monde moderne. Grand Prix de la critique ACBD 2001.

Tranche d’âge conseillée : 18 ans et plus. Violence extrême (les meurtres sont représentés sans ellipse), nudité, contenu sexuel, occultisme. Strictement réservé à un public adulte.


12. Battle Royale (Koushun Takami et Masayuki Taguchi, 2000)

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Dans la « République de l’Extrême-Orient » — un Japon fictif devenu État totalitaire — une loi impose chaque année la sélection d’une classe de troisième (élèves de 15 ans) envoyée sur une île déserte. La règle est simple : les quarante-deux élèves reçoivent chacun une arme et doivent s’entretuer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un seul. Si personne ne meurt en vingt-quatre heures, les colliers explosifs dont ils sont équipés les tuent tous. La classe de 3e B du collège de Shiroiwa est cette année la malheureuse élue. Shuya Nanahara, orphelin idéaliste, refuse de se plier au jeu et tente de protéger Noriko Nakagawa avec l’aide de Shôgo Kawada, un vétéran d’un précédent « programme ».

Adapté du roman éponyme de Takami (1999), le manga de Taguchi en accentue considérablement la violence graphique et la dimension sexuelle. Chaque personnage bénéficie de flashbacks qui donnent chair à son histoire — ce qui rend chaque mort d’autant plus insoutenable. Battle Royale est un réquisitoire contre l’obéissance passive d’une société qui accepte l’inacceptable sans se révolter, et a ouvert la voie à tout le sous-genre du « survival game » — de Hunger Games à Squid Game, sa descendance est immense.

Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus (voire 18 ans). Plusieurs sources indiquent un âge de 16+, mais la violence extrême et les scènes à caractère sexuel le destinent à un public adulte averti.


13. Banana Fish (Akimi Yoshida, 1985)

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En 1973, au Viêt Nam, un soldat américain perd la raison et abat trois de ses camarades avant de sombrer dans un état catatonique. Les seuls mots qu’il prononce : « Banana Fish ». Douze ans plus tard, à New York, Ash Lynx, jeune chef de gang de 17 ans au QI de 180, reçoit d’un homme à l’agonie un pendentif et une adresse à Los Angeles — accompagnés de ces mêmes mots mystérieux. Sa quête de vérité l’entraîne dans un engrenage où se croisent trafic de drogue, conspiration gouvernementale et mafia, tandis qu’il se lie d’amitié avec Eiji Okumura, un jeune photographe japonais happé malgré lui par la violence de ce monde.

Publié entre 1985 et 1994, Banana Fish défie les classifications. Paru dans un magazine shōjo (destiné aux jeunes filles), il emprunte au polar américain, au film noir et au récit d’espionnage. Très influencée par le cinéma hollywoodien (Easy Rider, Full Metal Jacket), Akimi Yoshida y aborde sans détour la pédocriminalité, la toxicomanie et la corruption politique — des sujets rares dans le manga des années 1980. Le lien entre Ash et Eiji — un jeune homme abîmé par la violence depuis l’enfance et un Japonais doux, étranger à ce monde — donne au récit sa charge émotionnelle : la question n’est plus seulement de savoir qui tire les ficelles de « Banana Fish », mais si Ash, malgré tout ce qu’il a subi, est encore capable de faire confiance à quelqu’un. Plus de douze millions d’exemplaires vendus au Japon.

Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus. Malgré son classement initial en shōjo, le manga aborde des thèmes très durs (viols, meurtres, abus sur mineur) qui le réservent à un public mature. La Perfect Edition de Panini ne précise pas de tranche d’âge, mais la plupart des libraires le conseillent à partir de 16 ans.


14. Something is Killing the Children (James Tynion IV et Werther Dell’Edera, 2019)

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Dans la petite ville d’Archer’s Peak, au cœur de l’Amérique rurale, des enfants disparaissent. Certains ne reviennent jamais. Ceux qui reviennent parlent de créatures dans l’ombre — mais les adultes refusent de les croire. Seul rescapé du massacre de trois de ses amis, le jeune James est d’abord pris pour le coupable. Puis débarque Erica Slaughter : une femme froide, bardée de cicatrices, qui appartient à un ordre secret dédié à la chasse aux monstres. Car les monstres existent bel et bien. Simplement, passé un certain âge, les humains perdent la capacité de les voir. Seuls les enfants — et quelques adultes brisés — perçoivent encore ce qui tue dans la nuit.

Publiée depuis 2019 chez Boom! Studios et traduite en français par Urban Comics, la série a connu un succès immédiat et massif : prix Eisner de la meilleure série en 2022, adaptation Netflix en préparation. Tynion IV (scénariste de Batman chez DC Comics) dose avec soin l’horreur et l’émotion — le vrai sujet n’est pas tant les monstres que le deuil, la peur collective et la façon dont une communauté se déchire quand elle ne peut pas nommer ce qui la menace. Sec et nerveux, le dessin de Dell’Edera gère le basculement entre scènes de vie quotidienne et irruptions de violence avec une efficacité redoutable. Série en cours.

Tranche d’âge conseillée : 15-17 ans et plus. Certains libraires indiquent 15+, d’autres 17+ (ActuaBD). Violence graphique sur des enfants, scènes d’horreur, thèmes de deuil.


15. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres (Emil Ferris, 2017)

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Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes a dix ans, un physique ingrat et une passion dévorante pour les films d’horreur, les vampires et les loups-garous. Elle se dessine d’ailleurs elle-même sous les traits d’une petite lycanthrope en trench-coat — parce que dans son monde, il est plus facile d’être un monstre que d’être une fille. Un jour de Saint-Valentin, sa voisine Anka Silverberg, rescapée de la Shoah, est retrouvée morte d’une balle dans le cœur. Suicide, affirme la police. Karen n’y croit pas. Elle se lance dans une enquête qui va la faire plonger dans le passé d’Anka — l’Allemagne nazie, les camps, la fuite — et dans les secrets de sa propre famille.

L’album se présente comme le journal intime de Karen, entièrement dessiné au stylo-bille sur des pages de cahier à spirales. Ce parti pris graphique produit un effet remarquable : chaque page est une composition dense et saturée où se superposent portraits, couvertures fictives de pulp magazines d’horreur, reproductions de tableaux de l’Art Institute de Chicago et planches de BD à proprement parler. Emil Ferris, qui a réappris à dessiner de la main gauche après avoir été paralysée par le virus du Nil occidental à 40 ans, a mis six ans à réaliser ce livre — refusé par 48 éditeurs avant d’être publié par Fantagraphics aux États-Unis, puis par Monsieur Toussaint Louverture en France. Fauve d’or au Festival d’Angoulême 2019, prix Eisner du meilleur album 2018, 160 000 exemplaires vendus en France pour le seul premier tome.

Tranche d’âge conseillée : 16 ans et plus. Le roman graphique aborde la pédocriminalité, les violences sexuelles, la Shoah et le racisme. Sa forme de journal intime peut le rendre accessible à des adolescent·es mûr·es, mais les thèmes exigent du recul.