Le sport automobile et la bande dessinée font bon ménage depuis plus de soixante ans. Dès la fin des années 1950, la BD franco-belge s’empare de l’univers des circuits avec la création de Michel Vaillant par Jean Graton dans les pages du Journal de Tintin — une série qui deviendra la référence absolue du genre et inspirera des vocations réelles, à commencer par celle d’un certain Alain Prost. Pendant trois décennies, Graton règne presque seul sur le créneau. Il faut attendre 1987 pour qu’un autre tandem belge, Denis Lapière et Michel Constant, lance leur série Mauro Caldi, qui suit un jeune mécanicien aux prises avec la mafia dans l’Italie des années 1950.
Le tournant suivant vient du Japon. En 1995, Shūichi Shigeno propose Initial D, un manga dans lequel un livreur de tofu se révèle pilote de génie sur les routes de montagne — un titre qui popularise la culture du drift dans le monde entier et s’écoule à plus de 50 millions d’exemplaires. Huit ans plus tard, Masahito Soda enfonce le clou avec Capeta, qui retrace le parcours d’un gamin de 8 ans depuis son premier kart bricolé jusqu’aux circuits de Formule 3.
En Europe, les années 2010 marquent un renouveau spectaculaire. Chez Dargaud, Marvano publie Grand Prix (2010-2012), une trilogie qui s’intéresse aux Grands Prix des années 1930 à l’ombre du nazisme. Chez Glénat, la collection Plein Gaz — lancée en 2012 — ouvre un vaste chantier éditorial consacré à l’histoire de la course automobile. On y trouve des biographies de figures légendaires : Colin Chapman, l’ingénieur génial derrière Lotus (Chapman) ; Jacky Ickx, sextuple vainqueur des 24 Heures du Mans (Jacky Ickx) ; Ayrton Senna, triple champion du monde de Formule 1 disparu tragiquement en 1994 (Ayrton Senna : Histoires d’un mythe). On y trouve aussi des récits de courses mythiques — la série 24 Heures du Mans, qui retrace un siècle de compétition sur le circuit de la Sarthe, et Sebring 70, qui reconstitue l’édition 1970 des 12 Heures de Sebring avec Steve McQueen sur la ligne de départ. Et même de la fiction pure, avec Ring, un one-shot autour d’une rivalité entre deux pilotes sur le redoutable Nürburgring.
1. Michel Vaillant (Jean Graton, 1957)

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C’est la série qui a tout lancé. En 1957, Jean Graton donne naissance à Michel Vaillant dans le Journal de Tintin, et le public adopte immédiatement ce pilote français au volant de sa Vaillante, la voiture de course conçue par l’entreprise familiale. Au fil de 70 albums (la « saison 1 »), Graton bâtit un univers d’une cohérence remarquable : le clan Vaillant, son ami et rival américain Steve Warson, l’écurie ennemie du Leader (une marque concurrente dirigée par des antagonistes récurrents), et tous les circuits du monde — Le Mans, Indianapolis, Monaco — reproduits avec une minutie quasi documentaire. Graton se rendait en personne sur les circuits, et il s’est lié d’amitié avec de vrais pilotes comme Jacky Ickx, qui apparaît d’ailleurs dans plusieurs albums.
Depuis 2012, la série connaît une seconde vie chez Dupuis sous l’impulsion de Philippe Graton (fils de Jean) et du scénariste Denis Lapière, avec un reboot qui transpose les personnages à l’époque contemporaine. Confié à Marc Bourgne et Benjamin Benéteau, le dessin modernise le style graphique sans renier l’esprit fondateur. Que l’on commence par les classiques ou par la nouvelle saison, Michel Vaillant reste la porte d’entrée naturelle pour quiconque veut découvrir la BD automobile.
Tranche d’âge conseillée : la série originale est généralement recommandée à partir de 8-10 ans selon les libraires ; la nouvelle saison vise un public adolescent et adulte.
2. 24 Heures du Mans (Denis Bernard, Christian Papazoglakis, Robert Paquet, Youssef Daoudi, Laurent-Frédéric Bollée, Bad, Pascal Dro, 2014)

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Publiée dans la collection Plein Gaz de Glénat, cette série d’albums revient sur les grandes époques de la plus célèbre course d’endurance au monde — une épreuve où les équipages se relaient pendant vingt-quatre heures sur le circuit de la Sarthe. Chaque tome couvre une période précise : la domination de Jaguar (1951-1957), le duel mythique Ford contre Ferrari (1964-1967) — bien avant que Hollywood ne s’en empare avec Le Mans 66 —, la catastrophe de 1955 (un accident qui a projeté une Mercedes dans la foule et tué 83 spectateurs, la pire tragédie de l’histoire du sport automobile), ou encore les innovations techniques qui ont jalonné un siècle de compétition. Le dixième volume, paru en 2023 pour le centenaire des 24 Heures, passe en revue vingt-quatre voitures emblématiques qui ont chacune fait avancer la technologie automobile.
Le scénariste Denis Bernard, journaliste automobile de formation, et les dessinateurs du Studio PaKaP (Papazoglakis, Paquet) — tous anciens du Studio Graton, où ils ont travaillé sur Michel Vaillant — maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts. Chaque album intercale des anecdotes de coulisses (les négociations entre écuries, les paris d’ingénieurs) et des apartés techniques qui éclairent les choix stratégiques sans ralentir le récit. Le résultat fonctionne aussi bien comme BD d’aventure que comme document d’histoire de l’automobile.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12 ans (classée « Ados / Adultes » par l’éditeur).
3. Grand Prix (Marvano, 2010)

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En trois tomes publiés chez Dargaud entre 2010 et 2012, Connu pour son adaptation de La Guerre éternelle, le dessinateur belge Marvano plonge dans les Grands Prix automobiles des années 1930, à l’époque où Hitler décide de faire de la course un instrument de propagande nazie. Le sous-titre du premier album, Renaissance, porte la mention « une histoire vraie qui n’a jamais eu lieu » : les personnages de Rudi et Bernd sont fictifs, mais le contexte historique est reconstitué avec une précision presque obsessionnelle. On croise Hans Stuck, Bernd Rosemeyer, Rudolf Caracciola et les redoutables « Flèches d’Argent » — le surnom donné aux bolides allemands de Mercedes et Auto Union, dont la livrée métallique non peinte est devenue un symbole de la suprématie technologique revendiquée par le Reich.
Le dessin en ligne claire (un style graphique épuré aux contours nets, hérité de la tradition belge d’Hergé), avec des couleurs vives signées Bérengère Marquebreucq, restitue avec justesse l’élégance des circuits européens des années 1930 — ce qui rend d’autant plus glaçante l’emprise progressive du régime sur cet univers. Marvano ne se contente pas de raconter des courses : il montre comment le régime a financé les écuries pour en faire des vitrines de la supériorité allemande, et comment certains pilotes ont tenté de résister — ou non — à cette instrumentalisation. L’intégrale, parue en 2015, rassemble les trois tomes et inclut un cahier de documentation historique.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-16 ans (public adolescent et adulte, contexte historique de la montée du nazisme).
4. Capeta (Masahito Soda, 2003)

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Publié au Japon à partir de 2003 et disponible en français chez Noeve Grafx depuis mai 2023, Capeta est le manga de référence sur le sport automobile. Kappeita Taira, surnommé Capeta, est un garçon de 8 ans orphelin de mère qui vit seul avec son père, un travailleur acharné souvent absent. Le gamin ne se plaint jamais — il a décidé, très tôt, de faire bonne figure. Mais quand son père, après avoir travaillé sur un circuit de karting, lui fabrique un kart à partir de pièces de récupération (avec un moteur de générateur en guise de propulseur), tout bascule. Capeta découvre qu’il a un instinct naturel remarquable pour le pilotage.
On retrouve ici les ingrédients du shōnen sportif classique (un genre de manga destiné aux jeunes garçons) — le héros défavorisé, la révélation du don, la montée en puissance face à des adversaires mieux équipés — mais Masahito Soda (à qui l’on doit aussi Subaru, danse vers les étoiles !) y ajoute une dimension familiale qui touche juste. La relation entre Capeta et son père, faite de sacrifices silencieux et de fierté contenue, porte la série autant que les scènes de course. Sur 32 tomes au Japon (14 parus en français à ce jour), on suit l’ascension du héros du karting jusqu’à la Formule 3, et chaque palier technique — le réglage d’un châssis, le choix des pneus, la gestion d’un budget serré — est expliqué avec une clarté qui rend le tout accessible même aux néophytes.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12 ans.
5. Jacky Ickx (Dugomier, Jean-Marc Krings, 2016)

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Ce diptyque 100 % belge de la collection Plein Gaz retrace la carrière de Jacky Ickx, sextuple vainqueur des 24 Heures du Mans et l’un des pilotes les plus complets de l’histoire du sport automobile. Le premier tome, Rainmaster, couvre l’enfance et l’ascension fulgurante du pilote bruxellois — qui, ironie du sort, rêvait de devenir garde forestier et détestait le bruit des moteurs dans sa jeunesse. Ses débuts en trial moto, ses exploits au Nürburgring en Formule 2 (la « division inférieure ») face à des F1 bien plus puissantes, et son légendaire « départ marché » aux 24 Heures du Mans 1969 composent un premier volet mémorable. Ce « départ marché », il faut le préciser : à l’époque, les pilotes devaient sprinter jusqu’à leur voiture au signal du départ (le fameux « départ Le Mans »). Ickx, lui, a traversé la piste à pied, d’un pas délibéré, pour dénoncer le danger de cette pratique. Il a quand même remporté la course.
Le second tome, Monsieur Le Mans, couvre la période 1979-1986, après qu’Ickx a renoncé à la Formule 1 pour se consacrer à l’endurance — un choix qui s’avère judicieux puisqu’il enchaîne les victoires au Mans. Auteur des Enfants de la Résistance, le scénariste Vincent Dugomier ne passe pas sous silence les drames de cette époque : dans la compétition automobile des années 1960-1970, les accidents mortels sont fréquents, et Ickx perd plusieurs amis sur les circuits. Habitué aux BD humoristiques au trait rond et caricatural, Jean-Marc Krings adopte ici un registre semi-réaliste bien adapté à un récit où la mort rôde à chaque virage. Le second tome est d’ailleurs préfacé par Ickx lui-même.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12 ans (public ados-adultes).
6. Chapman (Denis Bernard, Christian Papazoglakis, Robert Paquet, Nedžad Kamenica, 2012)

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En trois tomes publiés chez Glénat entre 2012 et 2013, cette série biographique retrace l’épopée de Colin Chapman, le fondateur de Lotus et l’un des ingénieurs les plus inventifs de l’histoire de la Formule 1. Le premier volume suit l’ascension de la marque, depuis les premiers modèles artisanaux bricolés dans un garage jusqu’au sacre mondial avec Jim Clark. Le deuxième, Les Années sang et or, aborde la période la plus sombre : la mort de Clark en 1968, puis celle de Mike Spence, qui plonge Chapman dans une crise profonde. Le troisième, Splendeur et drames, couvre les années 1970-1980, où l’innovation continue de côtoyer la tragédie.
Le dessin du Studio PaKaP s’inscrit dans la tradition réaliste héritée du Studio Graton — logique, puisque Papazoglakis, Paquet et Kamenica y ont tous trois fait leurs armes sur Michel Vaillant. Au scénario, Denis Bernard fait preuve d’une rigueur documentaire qui satisfera les connaisseur·euses sans sacrifier l’accessibilité pour les néophytes. Chapman est avant tout le portrait d’un homme obsédé par l’innovation à tout prix : il est le premier à placer le moteur à l’arrière d’une F1, à concevoir un châssis monocoque (une coque rigide qui remplace le cadre tubulaire traditionnel, pour gagner en légèreté) et à exploiter l’effet de sol (un système aérodynamique qui plaque la voiture au sol dans les virages). Chaque avancée technique de Lotus y est expliquée dans son contexte de course. Mais l’album ne cache pas le revers de cette quête : les voitures de Chapman, souvent à la pointe, sont aussi fragiles, et plusieurs de ses pilotes — dont Jim Clark, considéré comme l’un des meilleurs de tous les temps — y laissent la vie.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12 ans.
7. Sebring 70 : La 12e heure (Youssef Daoudi, Christian Papazoglakis, 2015)

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One-shot publié dans la collection Plein Gaz, Sebring 70 se déroule lors de la 20e édition des 12 Heures de Sebring, en 1970 — une course d’endurance américaine disputée sur un ancien aérodrome militaire en Floride, considérée à l’époque comme l’équivalent américain des 24 Heures du Mans. Le contexte est électrique : les États-Unis s’enlisent au Vietnam, les voix contestataires se multiplient, et sur la ligne de départ se retrouvent Jacky Ickx, Jo Siffert, Pedro Rodriguez et — détail savoureux — l’acteur Steve McQueen, bien décidé à prouver qu’il est un vrai pilote et pas seulement une star de cinéma. En parallèle de ces géants, Daoudi invente la modeste écurie familiale McCoy et son jeune pilote Julian, pour qui cette course est celle de la dernière chance : l’écurie est à court d’argent et ne survivra pas à un abandon.
L’intelligence du récit tient dans cet équilibre entre fiction et document historique. Le destin fictif de Julian McCoy se superpose à une course réelle, rigoureusement reconstituée, et les enjeux personnels — un conflit familial autour de la gestion de l’écurie, la pression d’un résultat vital — donnent au récit une tension que n’aurait pas un simple compte-rendu sportif.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12-14 ans.
8. Ayrton Senna : Histoires d’un mythe (Lionel Froissart, Christian Papazoglakis, Robert Paquet, 2014)

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Paru initialement en 2014 pour le vingtième anniversaire de la disparition d’Ayrton Senna, cet album a bénéficié d’une nouvelle édition enrichie en 2024 pour le trentième anniversaire, avec huit pages supplémentaires de témoignages et de photographies. Le scénario est signé Lionel Froissart, journaliste de Formule 1 pour Libération puis Sport Auto, qui a suivi Senna de près tout au long de sa carrière — il lui a d’ailleurs consacré plusieurs livres avant cette BD.
Le récit ne suit pas un fil chronologique linéaire : il procède par chapitres thématiques qui éclairent les moments charnières de la vie de Senna. On le découvre gamin au Brésil, déjà habité par la compétition ; on le retrouve sous le déluge de Monaco en 1984, où il remonte tout le peloton au volant de sa modeste Toleman jusqu’à talonner Alain Prost ; on assiste à son passage chez Lotus, à sa rivalité féroce (et parfois violente) avec Prost — les accrochages volontaires de Suzuka en 1989 et 1990 sont devenus des épisodes légendaires de la F1 — et, enfin, au fatal week-end d’Imola le 1er mai 1994, où il perd la vie lors du Grand Prix de Saint-Marin. Froissart restitue un homme complexe : pilote de génie et croyant fervent, mais aussi capable d’une intransigeance qui frisait parfois la brutalité sur la piste.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12 ans.
9. Ring (Ilias, Youssef Daoudi, Sébastien Caroléti, 2012)

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Toujours dans la collection Plein Gaz, Ring est un one-shot de fiction pure qui doit son titre au surnom donné par les initiés au Nürburgring, le redoutable circuit allemand. Nous sommes à la fin des années 1960. Pilote vétéran d’une petite écurie de Formule 2, Guido Knopp a consacré des années à développer les voitures Stanford dans l’espoir d’accéder un jour à la Formule 1. Il est rejoint par le jeune François Foitek, son beau-frère, avec qui il forme un tandem soudé. Mais la veille du Grand Prix d’Allemagne, un nouveau sponsor débarque avec une offre qui change tout : il finance une monoplace de F1, mais pour un seul pilote. Les deux alliés se retrouvent rivaux du jour au lendemain.
Ilias (au scénario, aux côtés de Daoudi) et Daoudi (au dessin) font de cette rivalité forcée le ressort d’un récit tendu de bout en bout. Qui va accepter l’offre ? L’autre le vivra-t-il comme une trahison ? Et que se passe-t-il quand deux hommes qui roulaient côte à côte se retrouvent face à face ? Tout se joue en quelques heures, entre les stands et les 22 kilomètres du Nürburgring dans sa configuration d’origine — un tracé si long et si dangereux que les pilotes l’appelaient « l’Enfer vert ». Un album qui prouve que l’on peut raconter une grande histoire de sport automobile sans recourir à un seul personnage réel.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14 ans (public ados-adultes).
10. Mauro Caldi (Denis Lapière, Michel Constant, 1987)

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Né en 1987 aux Éditions du Miroir avant d’être réédité chez Paquet (collection Calandre), Mauro Caldi est une série d’aventures qui nous transporte dans l’Italie des années 1950, entre courses automobiles, soleil et mafia. Le héros est un jeune mécanicien roux, débrouillard et un brin naïf, dont le rêve absolu est de remporter la Mille Miglia — une course mythique de 1 600 kilomètres à travers l’Italie, de Brescia à Rome et retour, disputée sur routes ouvertes. Mais Mauro a le don de se retrouver embarqué malgré lui dans des affaires louches, ce qui donne à ses aventures un rythme effréné.
Le scénariste Denis Lapière — que l’on retrouve plus tard aux commandes de la nouvelle saison de Michel Vaillant — et le dessinateur Michel Constant composent un tandem qui fonctionne à merveille. Constant adopte une ligne claire soignée, dans la tradition de l’école belge, qui restitue l’atmosphère ensoleillée et insouciante de l’Italie d’après-guerre. Le héros fait penser à un Tintin latin : même silhouette juvénile et même flair pour se fourrer dans les ennuis, mais avec une impulsivité méditerranéenne et un goût pour la mécanique qui le rapprochent de Michel Vaillant. Sept tomes permettent de suivre ses péripéties, et deux intégrales rassemblent l’ensemble.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 10-12 ans. Le ton bon enfant est accessible pour les jeunes lecteur·ices, même si l’intrigue mafieuse plaira aussi aux adultes.
11. Initial D (Shūichi Shigeno, 1995)

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Avec plus de 50 millions d’exemplaires écoulés, Initial D est un monument du manga et le titre qui a, à lui seul, popularisé la culture du drift — le dérapage contrôlé en virage, devenu une discipline à part entière — dans le monde entier. Lycéen de 18 ans nonchalant et réservé, Takumi Fujiwara ne connaît rien aux voitures et s’en moque éperdument. Ce qu’il sait faire, en revanche, c’est dévaler chaque matin le col du mont Akina au volant de la Toyota AE86 de son père… pour livrer du tofu à un hôtel. À force de répéter ce trajet nocturne depuis l’âge de 13 ans — à toute vitesse pour dormir plus longtemps, et en douceur pour ne pas abîmer la marchandise — il a développé sans le savoir une maîtrise du volant hors du commun. Le jour où les Speedstars, l’équipe locale de courses de rue, cherchent désespérément un pilote capable d’affronter les redoutables Red Suns, le « fantôme du mont Akina » se révèle être un livreur de tofu.
Publié de 1995 à 2013 dans le Weekly Young Magazine (Kōdansha) et disponible en français chez Kazé puis Crunchyroll, Initial D est un seinen — un manga destiné à un public de jeunes adultes, par opposition au shōnen qui vise les adolescents — et il prend son sujet au sérieux sur le plan technique. Lui-même propriétaire d’une véritable AE86, Shūichi Shigeno s’est adjoint les conseils de Keiichi Tsuchiya, surnommé le « Drift King », pour garantir le réalisme des courses et des techniques de pilotage. Le talon-pointe (une technique de freinage qui permet de rétrograder sans déstabiliser la voiture), le transfert de masse, les spécificités de chaque modèle de voiture : tout est expliqué avec une précision qui satisfait les connaisseur·euses sans perdre les autres. Chaque duel oppose Takumi à un adversaire mieux équipé, et la question est toujours la même : le talent d’un pilote peut-il compenser la puissance brute d’une machine ? Le trait de Shigeno a vieilli — les visages, en particulier, accusent leur époque — mais les scènes de course n’ont rien perdu de leur tension, et la série a engendré une suite, MF Ghost, ainsi que de multiples adaptations en anime et en jeux vidéo.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-16 ans selon les sources (classé seinen, 14+ sur Manga-News).