La photographie et la bande dessinée partagent une obsession commune : figer un instant, cadrer le réel, raconter en images. L’une arrête le temps ; l’autre le décompose case après case. Pas étonnant, dès lors, que le neuvième art se soit si souvent penché sur la photographie — et sur celles et ceux qui, appareil en main, ont documenté le monde.
Les bandes dessinées ci-dessous retracent le parcours de pionniers du médium, de reporters de guerre, d’anonymes de génie, d’icônes de l’agence Magnum, mais aussi de photographes qui ont immortalisé les oubliés et les invisibles. Que vous soyez passionné·e de photographie, amateur·ice de BD ou simplement curieux·se, vous y trouverez de quoi alimenter vos prochaines lectures.
1. Le Photographe (Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre, Frédéric Lemercier, 2003-2006)

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En 1986, le photographe Didier Lefèvre accompagne une mission de Médecins sans frontières en Afghanistan, alors en pleine guerre contre l’Union soviétique. Sa mission : documenter le périple d’une équipe médicale qui doit franchir à pied les cols du Badakhshan, à plus de 5 000 mètres d’altitude, pour apporter des soins dans des vallées coupées du monde. De cette expérience, Lefèvre a ramené quelque 15 000 clichés — dont une poignée seulement ont été publiés dans la presse à l’époque. Le reste a dormi dans des boîtes pendant quinze ans.
C’est le dessinateur Emmanuel Guibert, ami de longue date de Lefèvre, qui a proposé d’en faire une bande dessinée. Le résultat est un format hybride sans précédent : dessins en couleur et photographies en noir et blanc cohabitent sur les mêmes pages. Là où Lefèvre n’a pas pu photographier — parce qu’il faisait trop sombre, parce que la situation l’interdisait, ou simplement parce qu’il avait rangé son appareil —, le dessin de Guibert prend le relais. Frédéric Lemercier assure la mise en page et la mise en couleur. Raconté par Lefèvre à la première personne, le récit alterne entre l’émerveillement devant les paysages afghans, l’épuisement physique de la marche et la peur — notamment lors du retour solitaire du photographe, une traversée des montagnes qui manque de lui coûter la vie.
Récompensé par le Prix des Libraires Canal BD (2004), le Prix France Info (2005) et un Eisner Award (2010), Le Photographe a été vendu à plus de 260 000 exemplaires en français et traduit dans une douzaine de langues.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-15 ans (contexte de guerre, scènes de soins chirurgicaux, images éprouvantes).
2. Photographix. La grande histoire de la photographie en BD (Vincent Burgeon, 2021)

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Quel est le rapport entre Guernica, l’alchimie, l’intelligence artificielle, Napoléon III et la sonde Voyager 1 ? La photographie, bien sûr — et c’est tout l’objet de cet album. Photographe, graphiste et illustrateur de profession, Vincent Burgeon retrace l’histoire de la photographie en BD, des premières expériences optiques de l’Antiquité (la camera obscura, ancêtre de l’appareil photo) jusqu’au virage numérique du XXIe siècle : invention du daguerréotype, naissance du photojournalisme, apparition de la couleur, démocratisation des appareils compacts, essor des marques emblématiques (Leica, Kodak, Nikon…).
La force du livre tient dans l’équilibre entre rigueur documentaire et humour décalé. Burgeon ne se contente pas d’énumérer des dates et des noms : il donne chair aux anecdotes, relie les découvertes scientifiques aux bouleversements sociétaux et n’hésite pas à faire des rapprochements inattendus. On referme l’album après avoir appris une quantité de choses sans jamais avoir eu l’impression de lire un manuel scolaire — ce qui, avouons-le, est un petit exploit.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12-13 ans (contenu accessible, aucune scène choquante, idéal pour une première approche de l’histoire de la photographie).
3. Pour une fraction de seconde : La vie mouvementée d’Eadweard Muybridge (Guy Delisle, 2024)

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Connu pour ses récits autobiographiques (Pyongyang, Chroniques de Jérusalem, Le Guide du mauvais père), Guy Delisle prend ici un virage inattendu : il consacre un album à Eadweard Muybridge, un photographe anglais émigré en Californie au milieu du XIXe siècle. L’enjeu : résoudre une question qui passionne alors scientifiques et éleveurs — les quatre pattes d’un cheval quittent-elles toutes le sol en même temps lors du galop ? À l’époque, personne ne peut le vérifier à l’œil nu. Financé par Leland Stanford, magnat des chemins de fer et propriétaire de chevaux de course, Muybridge met au point un système de déclenchement automatique de plusieurs appareils photo alignés le long d’une piste. Le résultat — une série de clichés qui décomposent le galop — pose les bases de ce qui deviendra, quelques années plus tard, le cinéma.
Mais le personnage est tout sauf lisse. Irascible et impulsif depuis un grave accident de diligence qui le laissa neuf mois dans le coma, Muybridge est aussi jugé pour le meurtre de l’amant de sa femme — et acquitté. Delisle restitue cette vie romanesque avec son trait minimaliste, reconnaissable au premier coup d’œil ; des photographies d’époque ponctuent le récit, y compris certains clichés assez surprenants (une mule dont la tête est photographiée au moment d’une explosion à la dynamite, ou des photos de famille avec des défunts — une pratique courante à l’époque). L’album est à la fois une biographie, une histoire des débuts de la photographie et un récit d’aventure assez improbable.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-15 ans (mention d’un meurtre, contexte historique parfois violent, mais traité avec la distance et l’humour caractéristiques de Delisle).
4. Magnum Génération(s) (Jean-David Morvan, Arnaud Locquet, ScieTronc, Rafaël Ortiz, Hiroyuki Ooshima, 2022)

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Publié aux éditions Caurette à l’occasion des 75 ans de l’agence Magnum Photos, cet album de 248 pages retrace la genèse et les premières décennies de la coopérative de photographes la plus célèbre au monde. On y suit les parcours croisés de Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, David « Chim » Seymour, George Rodger et Gerda Taro — ces reporters qui, de la guerre d’Espagne au second conflit mondial, ont inventé le photojournalisme moderne. Avant Magnum, les photographes de presse n’avaient aucun droit sur leurs propres images : les journaux qui les employaient pouvaient recadrer, retourner ou découper leurs clichés sans leur consentement, et les reporters ne touchaient qu’un salaire fixe, sans royalties. Magnum a été créée en 1947 précisément pour mettre fin à cette situation — et l’album raconte comment.
Scénariste prolifique et passionné de photographie (on lui doit aussi Irena et Madeleine, résistante), Jean-David Morvan a recoupé des sources en plusieurs langues pour ce projet. Le résultat est un récit très documenté mais facile à lire, porté par trois dessinateurs (Locquet, ScieTronc, Ortiz) dont les styles se relaient sans nuire à la lecture, et par les couleurs d’Hiroyuki Ooshima. Des photographies d’époque sont intégrées à la narration — un procédé que Morvan affectionne et qui ancre le récit dans la réalité historique.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-15 ans (guerres, violences historiques, destins tragiques).
5. Jours de sable (Aimée de Jongh, 2021)

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Washington, 1937. John Clark, photoreporter de 22 ans, est envoyé par la Farm Security Administration (l’organisme fédéral chargé d’aider les fermiers ruinés par la crise de 1929) en Oklahoma pour documenter la catastrophe du Dust Bowl. De quoi s’agit-il ? Dans les années 1930, des décennies de labour intensif ont épuisé les sols des Grandes Plaines américaines ; privée de ses racines, la terre s’envole littéralement. Des tempêtes de sable colossales — les « black blizzards » — ensevelissent les fermes, tuent le bétail et chassent des centaines de milliers de personnes vers la Californie. Sur place, John Clark découvre une catastrophe dont il ne mesurait pas l’ampleur et se heurte à une question qui traverse tout l’album : que signifie photographier la souffrance des autres ? Peut-on déplacer un objet dans le cadre pour rendre l’image plus forte ? Montrer le hors-champ revient-il à trahir la photo — ou à dire la vérité ?
L’autrice néerlandaise Aimée de Jongh signe ici un roman graphique d’une intensité remarquable. Ses planches aux tons ocre et terreux restituent l’atmosphère suffocante des tempêtes de poussière avec une puissance graphique rare — on a presque du sable entre les pages. Chaque chapitre s’ouvre sur une photographie d’archives, et le récit s’appuie sur un solide travail de documentation (dont un séjour de l’autrice sur les lieux). L’album a reçu le Prix des Libraires de BD et le Grand Prix de la Critique en 2022.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12-15 ans selon les libraires (pas de violence graphique, mais des thématiques exigeantes sur la misère, l’exil forcé et l’éthique du photojournalisme).
6. Capa : L’étoile filante (Florent Silloray, 2016)

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Endre Ernő Friedmann, alias Robert Capa, est sans doute le plus célèbre photographe de guerre de l’histoire. Né à Budapest en 1913, il a couvert la guerre d’Espagne, le débarquement de Normandie, la libération de Paris et la guerre d’Indochine — où il meurt en 1954, à quarante ans, après avoir marché sur une mine. Sa devise résume toute sa philosophie : « Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près. »
Florent Silloray, qui s’était déjà illustré avec Le Carnet de Roger (les souvenirs de captivité de son grand-père), consacre trois ans et demi de travail à cette biographie. Narré à la première personne par Capa lui-même, le récit part de 1954, quelques mois avant sa mort, puis revient en flashback sur l’ensemble de sa carrière. Les tons sépia des planches rappellent les tirages anciens et donnent à l’ensemble une coloration nostalgique. L’album ne cache rien des failles du personnage — l’alcool, le jeu, les amours impossibles — et place au cœur du récit la perte de Gerda Taro, sa compagne et associée, tuée sur le front espagnol en 1937. C’est sa mort qui hante Capa tout au long de sa vie et qui, selon Silloray, explique en partie sa propension à retourner sans cesse sur les lignes de front. Une bibliographie fournie en fin de volume permet d’aller plus loin.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 13-14 ans (contexte de guerre, violences historiques, mais traitement sobre).
7. Gerda Taro : Une photographe en guerre (Fabrice Garate Delgado, Sylvain Combrouze, 2025)

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Si le nom de Robert Capa est connu de tous, celui de Gerda Taro l’est beaucoup moins — et c’est précisément cette injustice que cet album, publié aux éditions La Boîte à bulles, s’efforce de réparer. Car c’est Gerda Taro qui a inventé « Robert Capa » : c’est elle qui a trouvé ce pseudonyme à consonance américaine pour son compagnon, le photographe hongrois Endre Friedmann, et c’est elle qui a fait connaître ses clichés aux rédactions parisiennes. Mais surtout, Gerda Taro est l’une des toutes premières femmes photoreporters de guerre. Partie couvrir la guerre civile espagnole dès 1936 — le conflit qui oppose les républicains au coup d’État militaire du général Franco, soutenu par Hitler et Mussolini —, elle est tuée en juillet 1937 à l’âge de 26 ans, écrasée par un char lors de la bataille de Brunete.
Fabrice Garate Delgado et Sylvain Combrouze retracent le destin éclair de cette jeune femme allemande, juive et communiste, qui a fui le nazisme pour se réfugier à Paris avant de s’engager sans réserve dans le combat antifasciste. Le récit s’attarde sur des instants clés plutôt que de dérouler une chronologie linéaire, et alterne scènes de vie romancées et témoignages de proches. Le dessin de Combrouze, dans des teintes bleutées qui évoquent le croquis pris sur le vif, convient à l’énergie et à l’urgence de cette femme qui n’a vécu que 26 ans. Un carnet de photographies en fin d’ouvrage — dont la célèbre milicienne républicaine qui s’entraîne sur la plage — replace les images dans leur contexte. Préfacé par la grand reporter Dorothée Olliéric (France Télévisions), l’album a été sélectionné pour les Galons de la BD 2026.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-15 ans (guerre civile espagnole, violences, destin tragique).
8. Diane Arbus. Photographier les invisibles (Aurélie Wilmet, 2025)

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Diane Arbus (1923-1971) est l’une des photographes américaines les plus influentes du XXe siècle, mais elle reste peu connue en France. Née Diane Nemerov à New York dans une famille aisée, elle débute dans la photographie de mode aux côtés de son mari Allan Arbus. Très vite, elle s’ennuie. Ce qui l’intéresse, ce ne sont pas les mannequins et les robes de couturier, mais les personnes que la société préfère ne pas voir : travestis, personnes handicapées, nudistes, géants de foire, jumeaux. Elle les photographie non pas comme des curiosités ou des monstres, mais comme des individus à part entière — et c’est ce qui, à l’époque, choque autant qu’il fascine.
La dessinatrice belge Aurélie Wilmet signe chez Casterman un beau volume grand format (couverture toilée, papier épais), entièrement réalisé dans des nuances de bleu et de mauve au crayon de couleur et au marqueur. L’album retrace la vie de Diane Arbus par petits instantanés — ses amours, ses doutes, son apprentissage auprès de la photographe autrichienne Lisette Model (qui lui apprend à vaincre sa timidité et à aborder des inconnus dans la rue), sa liaison avec l’artiste Marvin Israel — sans verser dans la biographie exhaustive. Wilmet aborde aussi sans détour la dépression qui mine Arbus dans les dernières années de sa vie, jusqu’à son suicide en 1971. L’album s’appuie notamment sur Diane Arbus: Revelations, ouvrage de référence publié par Aperture.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 15-16 ans (thèmes adultes : dépression, suicide, sexualité, nudité).
9. Vivian Maier : Claire-Obscure (Marzena Sowa, Émilie Plateau, 2024)

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Vivian Maier est morte en 2009 à Chicago, à 83 ans, dans l’anonymat le plus complet. Peu de temps avant, un jeune homme du nom de John Maloof avait acheté aux enchères des cartons remplis de négatifs et de pellicules non développées, issus d’un garde-meuble impayé. Il les examine — et découvre plus de 100 000 photographies d’une qualité stupéfiante : portraits de rue, scènes du quotidien américain des années 1950 et 1960, autoportraits pris avec un Rolleiflex (un appareil moyen format que l’on tient à hauteur de la taille). De son vivant, Vivian Maier n’avait jamais exposé, jamais publié, jamais montré son travail à quiconque. Elle gagnait sa vie comme gouvernante et nounou auprès de familles de la banlieue de Chicago.
Marzena Sowa (scénariste de Marzi, récit autobiographique sur la Pologne communiste) et Émilie Plateau (dessinatrice de Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin) composent un portrait sobre de cette femme secrète. Le dessin d’Émilie Plateau — un trait dépouillé, des pages sans bordures de cases ni bulles de dialogue, où le texte flotte librement — fait écho au silence que Maier a toujours imposé autour de son travail. L’album s’attache surtout à sa vie quotidienne : ses promenades avec les enfants dont elle a la garde, ses escapades appareil au cou, ses piles de journaux et de pellicules entassées dans sa chambre. Pour celles et ceux qui voudraient aller plus loin, le documentaire À la recherche de Vivian Maier (John Maloof et Charlie Siskel, 2013) et le roman Une femme en contre-jour (Gaëlle Josse) offrent des éclairages complémentaires.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 12-13 ans (récit accessible, pas de contenu choquant).
10. Weegee : Serial Photographer (Max de Radiguès, Wauter Mannaert, 2016)

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Arthur Fellig, dit Weegee (1899-1968), est un cas à part dans l’histoire de la photographie. Immigré austro-hongrois arrivé enfant à New York, il grandit dans la misère du Lower East Side et se forge un métier que personne n’avait encore inventé : photographe de faits divers nocturnes. Sa méthode : une radio branchée en permanence sur les fréquences de la police, une voiture toujours prête à démarrer et un flash à portée de main. Il est souvent le premier sur les lieux d’un crime ou d’un incendie — parfois avant la police elle-même — et n’hésite pas à « améliorer » la scène pour obtenir un meilleur cliché. Ses photos — cadavres sur le trottoir, immeubles en flammes, badauds fascinés par le spectacle — nourrissent la presse à sensation new-yorkaise des années 1930-1940, avant que le MoMA (le Museum of Modern Art de New York) ne reconnaisse la dimension artistique de son travail avec une exposition en 1943.
Max de Radiguès au scénario et Wauter Mannaert au dessin restituent l’atmosphère glauque et fébrile du New York de la Grande Dépression dans une bichromie noir et gris qui convient parfaitement au sujet. L’album se concentre sur la période « photographe de rue » de Weegee et pose une question qui traverse tout le récit : où s’arrête le reportage et où commence le voyeurisme ? Weegee se voyait comme un artiste ; ses contemporains ne percevaient qu’un charognard. La postérité lui a donné raison — son travail est aujourd’hui exposé dans les plus grands musées du monde, et il a durablement marqué la photographie de rue comme le film noir américain.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 14-15 ans (violence, macchabées, ambiance sombre, questionnements éthiques).
11. Stanley Greene, une vie à vif (Jean-David Morvan, Tristan Fillaire, 2020)

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Né en 1949 à Brooklyn, mort en 2017 à Paris, Stanley Greene a eu plusieurs vies. Proche des Black Panthers (le mouvement radical afro-américain) dans sa jeunesse, photographe de mode et de la scène punk new-yorkaise dans les années 1980, il bascule dans le photoreportage de guerre le 9 novembre 1989, lorsqu’il se retrouve à Berlin au moment de la chute du Mur. Ce soir-là, alors que les Allemands de l’Est se ruent vers l’Ouest, Greene fait le chemin inverse : il franchit le Mur en direction de Berlin-Est pour photographier ce que personne d’autre ne regarde. À partir de cette date, il ne cesse de couvrir les zones de conflit les plus dangereuses de la planète : la Tchétchénie — dont il ramène Plaie à vif, recueil de photographies sur la destruction de Grozny —, le Rwanda, l’Afghanistan, l’Irak, La Nouvelle-Orléans dévastée par l’ouragan Katrina. Cinq prix World Press Photo et une agence cofondée (NOOR) plus tard, Greene meurt à Paris d’un cancer du foie, le corps usé par des années de terrains hostiles.
Déjà à l’origine de Magnum Génération(s), Jean-David Morvan signe un scénario non linéaire, ponctué de flash-backs, dont le rythme saccadé restitue le tempérament du photographe. Tristan Fillaire, dont c’est le premier album, livre des illustrations aux tonalités de gris, d’ocre et de vert qui laissent toute leur place aux photographies de Greene quand celles-ci prennent le relais du dessin. Deux doubles pages entièrement composées de clichés — l’une sur Katrina, l’autre sur la Tchétchénie — suspendent la narration et laissent les images parler. Un court entretien entre Greene et son confrère Pep Bonet clôt l’album.
Tranche d’âge conseillée : à partir de 15-16 ans (scènes de guerre très dures, photographies de terrain sans concession, thèmes adultes : drogues, violence, mort).