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Que lire sur la Révolution française ?

Que lire sur la Révolution française ?

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Le 5 mai 1789, les états généraux s’ouvrent à Versailles. Roi d’une France criblée de dettes et rongée par les inégalités, Louis XVI espère encore sauver la monarchie par la voie du compromis fiscal. Il n’en sera rien. En quelques semaines, les députés du tiers état se proclament Assemblée nationale, le peuple de Paris prend la Bastille et la Nuit du 4 Août abolit les privilèges féodaux. La décennie la plus turbulente de l’histoire de France vient de s’ouvrir.

Le pays passe de la monarchie absolue à la monarchie constitutionnelle (1791), puis à la République (1792), avant de basculer dans la Terreur (1793-1794) — cette période où le Comité de salut public, au nom de la défense de la Révolution menacée par la guerre et les révoltes intérieures, envoie à l’échafaud des milliers de « suspects », y compris d’anciens révolutionnaires. Après la chute de Robespierre en juillet 1794, le Directoire tente de stabiliser le régime, sans y parvenir, jusqu’à ce qu’un jeune général, Napoléon Bonaparte, tranche le nœud par un coup d’État en novembre 1799. Entre-temps, un roi aura été décapité, la Déclaration des droits de l’homme proclamée, et la France aura exporté la guerre révolutionnaire dans toute l’Europe.

La Révolution divise encore. Pour les uns, elle fonde la démocratie moderne et les droits civiques ; pour les autres, elle inaugure l’ère des violences politiques commises au nom d’un idéal abstrait. Les historiens eux-mêmes ne se sont jamais mis d’accord : depuis deux siècles, marxistes, libéraux, conservateurs et inclassables se disputent le sens de l’événement — et le ton monte parfois aussi vite qu’à la tribune de la Convention.

Voici neuf ouvrages de référence pour y voir plus clair et vous forger votre propre avis.


1. Quatre-vingt-neuf (Georges Lefebvre, 1939)

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Rédigé pour le cent-cinquantenaire de la Révolution, Quatre-vingt-neuf tient en à peine deux cent cinquante pages. Alors titulaire de la chaire d’histoire de la Révolution à la Sorbonne, Georges Lefebvre y démontre que l’année 1789 ne constitue pas une seule révolution, mais quatre, emboîtées les unes dans les autres. La première est aristocratique : ce sont les parlements et les nobles qui, en 1787-1788, déclenchent la crise : ils refusent de payer de nouveaux impôts et contraignent le roi à convoquer les états généraux. La deuxième est bourgeoise : les avocats, les négociants et les hommes de lettres du tiers état s’emparent de cette brèche pour réclamer l’égalité des droits. La troisième est populaire : le peuple de Paris prend la Bastille le 14 juillet, les femmes marchent sur Versailles en octobre. La quatrième, enfin, est paysanne : dans les campagnes, la « Grande Peur » — une vague de paniques collectives alimentée par des rumeurs de complot aristocratique — pousse les villageois à incendier les châteaux et à détruire les titres féodaux, ce qui précipite l’abolition des privilèges lors de la Nuit du 4 Août.

On pourrait craindre un schématisme marxisant — Lefebvre est socialiste et ne s’en cache pas —, mais le livre échappe au dogmatisme. L’auteur souligne l’absence d’unité tant au sein de la noblesse que de la bourgeoisie, et montre comment des individus issus de milieux très différents se trouvent portés par des dynamiques qui les dépassent. Le livre connaît un destin mouvementé : le régime de Vichy en fait brûler huit mille exemplaires, mais la traduction américaine, The Coming of the French Revolution (1947), lui assure une renommée mondiale. C’est le livre à ouvrir en premier si vous n’avez jamais lu d’ouvrage universitaire sur la Révolution : court, clair, solidement argumenté, il pose les bases sans jamais noyer le lecteur·ice.


2. Histoire de la Révolution française (Jules Michelet, 1847-1853)

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Publiée en sept volumes entre 1847 et 1853, l’Histoire de la Révolution française de Jules Michelet reste le grand récit fondateur, celui auquel tous les historiens ultérieurs — marxistes, libéraux, révisionnistes — ont dû se confronter. Michelet a travaillé aux Archives nationales, où il a eu accès direct aux documents de l’époque, et il en tire une fresque qui va de la convocation des états généraux à la chute de Robespierre. Mais ce qui fait la singularité du livre, c’est son parti pris radical : le héros n’est ni Robespierre, ni Danton, ni Mirabeau, mais le peuple lui-même, saisi comme une force collective qui fait irruption dans l’Histoire lors des grandes journées révolutionnaires. Le 14 Juillet, la Fête de la Fédération (ce rassemblement de juillet 1790 où des délégations venues de toute la France célèbrent l’unité nationale), les insurrections de 1792 : Michelet restitue ces épisodes avec une intensité qui fait de l’histoire un art narratif.

Il faut pourtant aborder ce récit avec lucidité. Michelet est un homme du XIXe siècle, républicain fervent, anticlérical résolu, et il ne prétend pas à l’impartialité. Sa vision d’une Révolution portée par l’élan spontané du peuple a été sérieusement nuancée par les recherches ultérieures, et ses jugements sur les individus oscillent entre l’adoration et l’anathème — il voue un culte à Danton et exècre Marat, le journaliste radical qui réclamait sans cesse des têtes dans L’Ami du peuple. On ne lit donc plus Michelet pour y trouver l’état des connaissances sur les causes de la Terreur, mais pour comprendre ce que la Révolution a représenté dans l’imaginaire d’un siècle qui se pensait comme son héritier direct. Son écriture, tour à tour lyrique, épique et intime, n’a pas d’équivalent dans l’historiographie française — c’est d’ailleurs pour cette raison que le livre survit à l’obsolescence de nombre de ses analyses.


3. L’Ancien Régime et la Révolution (Alexis de Tocqueville, 1856)

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Tocqueville ne raconte pas la Révolution : il en dissèque les origines. Paru en 1856, L’Ancien Régime et la Révolution avance une thèse qui prend l’histoire à contre-pied : loin d’être une rupture absolue avec le passé, la Révolution parachève un mouvement de centralisation administrative engagé depuis des siècles par la monarchie elle-même. Sous Louis XIV et ses successeurs, le pouvoir royal avait déjà vidé les assemblées provinciales de leur substance, réduit la noblesse à un rôle décoratif et concentré entre les mains de l’administration parisienne la gestion des impôts, de la justice et de la police. Les révolutionnaires de 1789, loin de rompre avec ce modèle, en ont poussé la logique jusqu’au bout. La Révolution ne détruit pas l’État centralisé de l’Ancien Régime : elle en hérite et le renforce.

Le paradoxe le plus frappant du livre concerne le déclenchement de la crise. Tocqueville montre que la France de 1789, malgré ses injustices criantes, est l’un des pays les plus prospères d’Europe — et que c’est précisément cette amélioration des conditions de vie qui rend les inégalités restantes insupportables. La noblesse, qui ne remplit plus aucune fonction utile (elle ne gouverne plus les provinces, ne rend plus la justice, ne protège plus les paysans), conserve pourtant des privilèges fiscaux et honorifiques écrasants. L’écart entre ce que les Français possèdent et ce à quoi ils estiment avoir droit crée une frustration explosive. L’ouvrage devait comporter un second tome consacré à la Révolution elle-même, mais la mort de Tocqueville en 1859 laisse le projet inachevé. Ce qui subsiste suffit : c’est le premier livre à avoir traité la Révolution non comme un drame moral (la liberté contre la tyrannie) mais comme un problème politique à part entière. Et quiconque a déjà pesté contre la toute-puissance de l’administration parisienne retrouvera, chez Tocqueville, les racines de sa frustration.


4. La Révolution française (Albert Mathiez, 1922-1927)

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Là où Tocqueville observe la Révolution avec le recul du sociologue, Albert Mathiez l’aborde avec la conviction d’un militant. Fondateur de la Société des études robespierristes en 1907, Mathiez consacre sa carrière à la réhabilitation de Robespierre — qu’il considère comme un démocrate intègre, trahi par les opportunistes — et à la mise en accusation de Danton, qu’il juge vénal et corrompu. Son histoire de la Révolution en trois volumes — La chute de la Royauté, La Gironde et la Montagne, La Terreur — offre la lecture la plus résolument jacobine de l’événement : pour Mathiez, 1793 ne représente pas un dérapage, mais le point culminant de la Révolution, le moment où le peuple accède véritablement au pouvoir.

Ce parti pris assumé fait à la fois la force et la limite du livre. Mathiez excelle quand il analyse les enjeux économiques concrets de la période : la flambée du prix du pain, la dépréciation des assignats (la monnaie-papier émise par l’État révolutionnaire, dont la valeur s’effondre à mesure que la planche à billets tourne), ou encore la loi du « maximum » — ce contrôle des prix imposé en 1793 pour tenter de juguler l’inflation et nourrir les plus pauvres. Sa connaissance des archives est redoutable, et ses travaux sur les mécanismes de la vie chère sous la Révolution restent des références. En revanche, son robespierrisme inflexible et ses parallèles appuyés entre jacobinisme et bolchevisme — Mathiez a brièvement adhéré au Parti communiste entre 1920 et 1922, avant de s’en éloigner — orientent son interprétation : il tend à justifier les mesures d’exception de l’an II et à voir dans la chute de Robespierre non pas la fin de la Terreur, mais la victoire des profiteurs de guerre et des bourgeois possédants. Ce filtre est à garder en tête, mais le livre reste indispensable pour quiconque veut comprendre la dimension sociale de la crise révolutionnaire, trop souvent négligée par les lectures libérales.


5. Penser la Révolution française (François Furet, 1978)

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Peu de livres ont autant bousculé l’historiographie de la Révolution que celui-ci. Ancien membre du Parti communiste devenu l’un des intellectuels libéraux les plus en vue de sa génération, François Furet s’en prend frontalement à l’interprétation marxiste alors dominante à l’université, incarnée par Albert Soboul (le titulaire de la chaire d’histoire de la Révolution à la Sorbonne, héritier de Lefebvre et de Mathiez). Pour Soboul et ses disciples, la Révolution est d’abord un conflit de classes : la bourgeoisie renverse la féodalité et accède au pouvoir. Furet récuse cette grille de lecture. Sa thèse : la Révolution est un phénomène avant tout politique et idéologique, irréductible à un simple transfert de pouvoir économique d’une classe à une autre.

L’architecture du livre est singulière. Deux essais inédits — dont le retentissant « La Révolution française est terminée » — encadrent deux études consacrées à Tocqueville et à Augustin Cochin. Historien catholique mort au front en 1916, Cochin avait été largement oublié ; Furet le ressuscite pour penser ce que Tocqueville n’avait pas eu le temps d’analyser : le jacobinisme. Cochin avait montré comment, dans les décennies précédant 1789, des « sociétés de pensée » — loges maçonniques, académies, cercles de lecture — avaient créé un nouveau mode de pouvoir fondé sur la fabrication de l’opinion et le culte de la « volonté générale ». Ces mécanismes se retrouvent ensuite, à une tout autre échelle, dans les clubs jacobins de la Révolution. Le livre est dense et polémique — ses adversaires y ont vu un règlement de comptes déguisé en essai savant. Mais il a durablement renouvelé la façon dont on pose la question : pourquoi la Révolution a-t-elle produit la Terreur ? En déplaçant la réponse du terrain social (la lutte des classes) vers le terrain politique (la dynamique idéologique), Furet a changé les termes du débat.


6. La Révolution française (François Furet et Denis Richet, 1965-1966)

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Avant de penser la Révolution, Furet l’avait d’abord racontée — avec Denis Richet, dans cet ouvrage en deux volumes paru au milieu des années 1960. Le livre introduit dans le débat une notion qui suscitera des décennies de polémique : celle du « dérapage ». Selon Furet et Richet, la Révolution de 1789 est d’abord une révolution des élites éclairées — nobles libéraux, magistrats, bourgeois cultivés — qui souhaitent moderniser la monarchie dans l’esprit des Lumières : constitution écrite, séparation des pouvoirs, liberté de la presse. Mais à partir de 1792, la guerre contre l’Autriche et la Prusse, la trahison supposée du roi et la pression des sans-culottes — les artisans, les boutiquiers, le petit peuple des faubourgs parisiens — font dévier cette trajectoire réformatrice. Les clubs radicaux — au premier rang desquels le Club des Jacobins — imposent une surenchère idéologique qui précipite la France dans la dictature du Comité de salut public.

Cette thèse a déclenché une violente polémique. Les historiens marxistes — Claude Mazauric et Albert Soboul en tête — y ont vu une tentative délibérée de séparer la « bonne » Révolution de 1789 (celle des droits de l’homme) de la « mauvaise » de 1793 (celle de la guillotine), et ainsi nier que la radicalisation répondait à une nécessité sociale. La controverse a été rude, mais féconde : elle a obligé chaque camp à affiner ses arguments et contribué à briser le consensus jacobin qui régnait dans l’université française depuis l’après-guerre. L’autre apport du livre est d’avoir déplacé le regard vers la pluralité des formes de pouvoir que la Révolution a successivement engendrées : monarchie constitutionnelle, dictature de salut public, république parlementaire, puis césarisme militaire. Furet approfondira toutes ces réflexions dans Penser la Révolution française, dont le Furet-Richet constitue, en quelque sorte, le premier brouillon.


7. Nouvelle histoire de la Révolution française (Jean-Clément Martin, 2012)

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Ancien directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française à la Sorbonne, Jean-Clément Martin propose ici la synthèse la plus ambitieuse parue depuis le bicentenaire de 1989. En plus de six cents pages, il couvre la période des années 1770 — les tentatives de réforme avortées des ministres Maupeou et Turgot sous Louis XV et Louis XVI — jusqu’au coup d’État de Bonaparte en 1799. Son ambition est de dépasser les vieilles querelles entre « classiques » (héritiers de Mathiez et de Soboul, qui voient dans la Révolution une lutte de classes) et « révisionnistes » (héritiers de Furet, qui privilégient l’analyse politique et culturelle), pour proposer un récit qui intègre les apports des deux écoles sans se soumettre à aucune.

La thèse centrale repose sur l’idée de quatre révolutions successives. La première (1770-1789) est une révolution « par le haut » : ce sont les réformateurs de la monarchie qui, dans leur volonté de moderniser l’État, déclenchent malgré eux la crise politique. La deuxième (1789-1792) est la dernière des « révolutions atlantiques » — un concept forgé par les historiens Jacques Godechot et Robert Palmer pour désigner le cycle de révoltes qui secoue le monde occidental à la fin du XVIIIe siècle, de l’indépendance américaine aux soulèvements en Hollande et en Belgique. La troisième (1792-1794) est la « vraie » révolution politique, celle qui invente un régime nouveau dans le feu de la guerre civile et étrangère. La quatrième (1794-1799) est une révolution « confisquée », où les vainqueurs de Robespierre (les Thermidoriens, du nom du mois républicain où il est renversé, le 27 juillet 1794) tentent de stabiliser le pays par une série de coups de force.

Spécialiste reconnu de la guerre de Vendée — cette insurrection royaliste et catholique de l’Ouest qui causa, selon les estimations, autour de deux cent mille morts —, Martin accorde une attention particulière à la violence. Il refuse de qualifier les massacres de Vendée de « génocide » (un terme défendu par certains auteurs conservateurs depuis les années 1980), mais il n’élude pas la brutalité des « colonnes infernales » envoyées par la Convention pour écraser la révolte. Sa méthode : décrire la violence au plus près des faits, sans la réduire à une anomalie ni l’excuser par les circonstances, mais pour la replacer dans le contexte d’un État en guerre sur plusieurs fronts et incapable de contrôler ses propres agents. Le livre peut dérouter par sa densité, mais il est sans doute, à ce jour, le récit le plus complet et le plus équilibré de l’ensemble de la période — celui vers lequel se tourner quand on veut un état des lieux qui ne sacrifie rien à la simplification.


8. La politique de la Terreur. Essai sur la violence révolutionnaire, 1789-1794 (Patrice Gueniffey, 2000)

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Héritier intellectuel de François Furet (dont il fut l’élève à l’École des hautes études en sciences sociales), Patrice Gueniffey pose la question centrale de toute l’historiographie révolutionnaire : comment un mouvement né au nom de la liberté et des droits de l’homme a-t-il pu organiser, en quelques années, l’exécution systématique de ses adversaires réels ou supposés ? La réponse traditionnelle de l’historiographie jacobine — les « circonstances » : la guerre, l’invasion étrangère, les révoltes intérieures auraient contraint les révolutionnaires à des mesures exceptionnelles — ne le convainc pas. Pour Gueniffey, la Terreur n’est pas un accident de parcours. Elle plonge ses racines dans la conception même de la souveraineté populaire héritée de Rousseau : si le peuple est souverain et si sa volonté est une et indivisible, alors quiconque s’y oppose se place mécaniquement en dehors de la nation — et devient un ennemi à éliminer.

Le livre opère une distinction fondamentale. D’un côté, la violence révolutionnaire : les massacres spontanés, les exécutions sommaires, les lynchages de foule — épisodiques, chaotiques, non planifiés. De l’autre, la Terreur à proprement parler : la mise en système de la violence par l’État, avec ses lois d’exception, ses tribunaux révolutionnaires, ses listes de suspects, sa rhétorique du salut public. La première éclate dès les premiers jours de 1789 ; la seconde se structure progressivement jusqu’à son apogée en juin 1794 (le mois de prairial an II dans le calendrier républicain), quand la loi du 22 prairial supprime les droits de la défense devant le Tribunal révolutionnaire et accélère dramatiquement le rythme des exécutions. Gueniffey montre que ces deux phénomènes, quoique distincts, entretiennent une relation de renforcement mutuel : la violence populaire légitime la Terreur d’État, qui à son tour banalise la violence. L’essai est exigeant — il suppose une certaine familiarité avec la philosophie politique — mais c’est, à ce jour, la tentative la plus rigoureuse pour répondre à la question : pourquoi la Révolution a-t-elle produit la guillotine ?


9. Crois ou meurs ! Histoire incorrecte de la Révolution française (Claude Quétel, 2019)

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Le titre — emprunté à une exclamation indignée du journaliste Jacques Mallet du Pan en octobre 1789 — annonce la couleur. Ancien directeur scientifique du Mémorial de Caen et spécialiste de la Bastille et des lettres de cachet, Claude Quétel livre un réquisitoire sans concession contre la Révolution dans son ensemble. Exit la thèse du « dérapage » : pour Quétel, il n’y a pas de « bonne » Révolution de 1789 qui aurait mal tourné en 1793. Le sang coule dès la prise de la Bastille — le gouverneur de Launay est massacré par la foule, sa tête promenée au bout d’une pique —, les principes de la Déclaration des droits de l’homme sont foulés aux pieds à peine votés, et la suite n’est qu’une escalade de violence et de fanatisme idéologique, jusqu’à ce que Bonaparte mette fin au chaos.

Quétel se situe dans la filiation intellectuelle d’Hippolyte Taine, le grand historien conservateur du XIXe siècle qui, dans ses Origines de la France contemporaine (1875-1893), avait le premier dressé un portrait accablant de la « populace » révolutionnaire et des idéologues qui la manipulaient. Comme Taine, Quétel voit dans la Révolution la conjonction de trois facteurs : le « philosophisme » (c’est-à-dire l’influence des philosophes des Lumières, qui ont répandu dans les salons et les gazettes des idées d’égalité abstraites et inapplicables), les émeutes d’une population urbaine affamée par la crise frumentaire (les mauvaises récoltes de 1788 ont fait exploser le prix du blé et du pain), et la faiblesse d’un Louis XVI incapable de prendre les décisions qui auraient pu endiguer la crise à ses débuts.

Le livre est solidement documenté et ne manque pas d’humour — Quétel relève avec un plaisir visible les contradictions des révolutionnaires, qui proclament la liberté d’opinion le matin et ferment les journaux d’opposition le soir. Mais il convient de le lire pour ce qu’il est : un plaidoyer à charge, qui choisit délibérément de ne retenir que la face sombre de l’événement et ne fait aucune place aux acquis juridiques et politiques de la Révolution. Le mettre en regard d’ouvrages plus nuancés — ceux de Furet, de Martin ou de Lefebvre — permettra au lecteur·ice de disposer de toutes les pièces du dossier.