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Que lire sur la traque des nazis après 1945 ?

Que lire sur la traque des nazis après 1945 ?

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Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule. Mais la fin de la guerre ne met pas fin à l’impunité de ceux qui ont conçu et exécuté les crimes du régime. Des milliers de responsables nazis — organisateurs de la « Solution finale », commandants de camps d’extermination, cadres de la SS et de la Gestapo — échappent à la justice. Certains se terrent dans des fermes de montagne sous de faux noms ; d’autres traversent l’Europe munis de passeports de la Croix-Rouge pour embarquer vers Buenos Aires, Le Caire ou Damas. Des filières d’évasion se structurent à travers le Tyrol et l’Italie — les ratlines (littéralement « lignes de rats »), comme les surnommeront les services de renseignement anglo-saxons. Ces réseaux fonctionnent grâce à la complicité d’ecclésiastiques du Vatican, convaincus que tout anticommuniste — fût-il un criminel de guerre — mérite protection face à l’URSS, et grâce à la bienveillance calculée de la CIA, pour qui la guerre froide redéfinit les priorités : le criminel de guerre d’hier peut devenir l’informateur de demain.

Pour lutter contre une telle impunité, la traque s’organise. Survivants de la Shoah, procureurs, agents du Mossad : nombre d’individus consacrent leur existence à retrouver les fugitifs. L’épisode le plus connu est l’enlèvement d’Adolf Eichmann à Buenos Aires en 1960 par un commando israélien, puis son procès et son exécution en Israël. Mais ces quelques succès ne doivent pas masquer l’ampleur de l’échec global : la majorité des criminels nazis n’a jamais été inquiétée. Certains ont même entamé, à l’ombre des puissances victorieuses, de secondes carrières au sein de l’OTAN, des services secrets ouest-allemands ou de la NASA.

Les huit ouvrages qui suivent en restituent les différents versants : filières d’évasion, complicités étatiques et religieuses, traques réussies ou avortées, portraits de bourreaux impunis.


1. Les Nazis en fuite : Croix-Rouge, Vatican, CIA (Gerald Steinacher, 2015)

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Historien autrichien, professeur à l’université du Nebraska, Gerald Steinacher est le premier à proposer une synthèse d’ensemble sur les filières d’évasion qui ont permis à des milliers de criminels nazis de quitter l’Europe entre 1945 et le début des années 1950. Son enquête repose sur le dépouillement d’archives jusqu’alors peu exploitées — celles du Comité international de la Croix-Rouge, du Vatican, de la CIA et de plusieurs chancelleries européennes — et restitue les itinéraires empruntés par les fugitifs : le passage par le Tyrol autrichien, la descente vers les ports italiens de Gênes ou de Bari, puis l’embarquement vers l’Amérique du Sud ou le Moyen-Orient.

Steinacher identifie et nomme, une à une, les responsabilités institutionnelles. Il démontre que la Croix-Rouge internationale a délivré, parfois sans vérification sérieuse, des titres de voyage — l’équivalent de passeports pour les apatrides — à des individus recherchés pour crimes de guerre. Il retrace le rôle de prélats comme l’évêque autrichien Alois Hudal ou le prêtre croate Krunoslav Draganović, qui ont organisé depuis Rome l’acheminement de fugitifs vers l’Argentine et la Syrie. Il analyse enfin comment la CIA et les services de renseignement occidentaux ont sciemment protégé d’anciens nazis — y compris des criminels de guerre avérés comme Klaus Barbie, le « boucher de Lyon » — dont ils comptaient exploiter les compétences dans la lutte contre le bloc soviétique. Les parcours d’Adolf Eichmann, de Josef Mengele et de Barbie servent de fils conducteurs : leur croisement avec les logiques institutionnelles — Croix-Rouge, Vatican, CIA — fait apparaître un système, non un concours de circonstances.


2. La véritable opération Odessa : La fuite des nazis vers l’Argentine (Uki Goñi, 2021)

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Journaliste argentin, Uki Goñi a consacré des années d’investigation aux mécanismes par lesquels l’Argentine de Juan Perón est devenue la principale terre d’asile des criminels de guerre nazis. Son enquête, fondée sur des archives officielles argentines, suisses, américaines, britanniques et belges, bat en brèche l’idée selon laquelle les fuites vers Buenos Aires auraient été le fruit d’initiatives dispersées ou de réseaux informels. Goñi démontre au contraire que le gouvernement argentin — au plus haut niveau, sous l’impulsion du président Perón — a activement organisé la venue de ces fugitifs : Perón y voit un moyen de capter des compétences techniques et scientifiques allemandes au profit de l’industrialisation du pays. L’auteur met aussi en évidence les ramifications de ce réseau en Scandinavie et en Suisse, où des institutions bancaires et diplomatiques ont facilité le transit des criminels et des capitaux volés aux victimes.

Les conséquences politiques de cette enquête ont été immédiates. Après la publication de l’édition originale anglaise, The Real Odessa, en 2002, le président argentin Néstor Kirchner a abrogé une directive secrète qui, depuis 1938, interdisait aux diplomates argentins de délivrer des visas à des Juifs qui cherchaient à fuir l’Europe. Cette abrogation revenait à reconnaître pour la première fois le caractère antisémite de la politique d’immigration argentine. En Italie, des parlementaires ont réclamé l’ouverture d’une enquête sur le passage de fugitifs nazis par la péninsule. Aux Pays-Bas, la compagnie aérienne KLM a dû répondre aux révélations de Goñi sur l’utilisation de ses avions par des officiers nazis après la guerre.


3. La Traque du mal (Guy Walters, 2010)

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Sur plus de six cents pages, Guy Walters reconstitue la fuite et la traque des principaux criminels de guerre nazis : Klaus Barbie, Adolf Eichmann, Josef Mengele, Franz Stangl (ce dernier, commandant des camps d’extermination de Sobibor et de Treblinka, avait été arrêté au Brésil en 1967). Journaliste du Times, il a passé plusieurs années à fouiller des archives en Allemagne, en Italie, en Autriche et aux États-Unis, et à interroger d’anciens agents secrets et chasseurs de nazis encore en vie.

Walters ne se contente pas de retracer la fuite des criminels : il porte un regard tout aussi critique sur celles et ceux qui prétendent les avoir traqués. Il démontre que la mythique organisation Odessa — popularisée par le roman de Frederick Forsyth, Le Dossier Odessa (1972) — n’a jamais existé en tant que réseau centralisé d’évasion SS. L’acronyme a bien circulé après la guerre, mais aucune structure unifiée n’a coordonné les fuites : celles-ci relevaient de filières éclatées, souvent opportunistes. Plus controversé encore, Walters soumet la figure de Simon Wiesenthal à un examen sans complaisance. Wiesenthal, survivant des camps devenu le « chasseur de nazis » le plus médiatisé au monde, avait affirmé avoir contribué à l’arrestation de plus d’un millier de criminels de guerre ; Walters établit que ce chiffre est largement gonflé et que Wiesenthal a falsifié certains épisodes de sa propre biographie, notamment son rôle supposé dans la capture d’Eichmann. L’auteur révèle aussi l’ampleur de l’inaction : pendant des décennies, ni les Alliés ni les Israéliens ne se sont véritablement mobilisés pour capturer les nazis en fuite — alors même que certains d’entre eux figuraient sous leur vrai nom dans l’annuaire téléphonique du pays où ils résidaient.


4. La traque des criminels nazis (Serge Klarsfeld, 2013)

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« Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort, mais vous, non. » Ces mots, prononcés en 1943 par son père — déporté et assassiné à Auschwitz —, ont déterminé l’engagement de toute une vie. Avocat et historien de la Shoah, Serge Klarsfeld rassemble ici une série d’articles parus dans L’Express depuis 1960, signés par des plumes aussi diverses que Raymond Aron, Jacques Derogy, Éric Conan ou Beate Klarsfeld elle-même — l’épouse allemande de Serge, devenue sa partenaire de combat. L’ensemble constitue une chronique sur plusieurs décennies de lutte pour que les criminels nazis soient non seulement dénoncés, mais traduits devant un tribunal.

La « méthode Klarsfeld » articule des actions publiques spectaculaires — en novembre 1968, Beate gifle le chancelier ouest-allemand Kurt-Georg Kiesinger en plein congrès de la CDU pour dénoncer son passé de propagandiste nazi, un geste qui fait la une de la presse internationale — et un travail juridique obstiné, fondé sur l’identification des criminels, la collecte de preuves et le dépôt de plaintes. Ce sont les Klarsfeld qui ont permis l’extradition de Klaus Barbie depuis la Bolivie et son jugement à Lyon en 1987 — le premier procès pour crime contre l’humanité en France. Sans leur action, ni René Bousquet (secrétaire général de la police de Vichy, organisateur de la rafle du Vel d’Hiv en juillet 1942), ni Paul Touvier (responsable du renseignement de la Milice à Lyon, condamné pour l’exécution de sept otages juifs), ni Maurice Papon (préfet de Gironde sous Vichy, responsable de la déportation de plus de 1 600 Juifs) n’auraient rendu de comptes à la justice française. Leur combat a aussi contribué à inscrire la notion de crime contre l’humanité — et son caractère imprescriptible — dans le droit français.


5. La traque d’Eichmann (Neal Bascomb, 2010)

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Printemps 1945 : Adolf Eichmann, le colonel SS qui a coordonné la logistique de l’extermination des Juifs d’Europe — organisation des convois de déportation, gestion des quotas de victimes pays par pays —, abandonne son uniforme et disparaît dans la nature. Quinze ans plus tard, un commando du Mossad l’arrête dans un faubourg misérable de Buenos Aires. Journaliste d’investigation américain, Neal Bascomb retrace cette chasse à l’homme menée sur trois continents, depuis les premières pistes erronées jusqu’à l’enlèvement clandestin d’Eichmann — en violation de la souveraineté argentine — et son transfert secret vers Israël en mai 1960.

Bascomb reconstitue l’opération quasiment jour après jour, grâce à des entretiens avec les agents du Mossad et à des archives longtemps inaccessibles. On y croise des figures décisives : Fritz Bauer, procureur allemand d’origine juive, qui prend le risque de transmettre secrètement à Israël — plutôt qu’à la justice ouest-allemande, qu’il juge infiltrée par d’anciens nazis — le renseignement qui situe Eichmann à Buenos Aires ; Lothar Hermann, un Juif allemand réfugié en Argentine, devenu aveugle après sa déportation à Dachau, dont la fille fréquente sans le savoir le fils d’Eichmann — c’est par cette relation que Hermann identifie le père, qui vit sous le faux nom de Ricardo Klement ; et une équipe d’agents israéliens aux profils complémentaires — un polyglotte, un faussaire, un médecin.

L’enlèvement proprement dit, mené avec des moyens limités et dans des conditions précaires, aurait pu échouer à plusieurs reprises. Le récit se clôt sur le jugement de Jérusalem en 1961 : pour la première fois, les survivants de la Shoah prirent la parole en tant que témoins devant un tribunal, et le monde entier — le procès fut télévisé — se trouva confronté à l’ampleur du génocide.


6. Eichmann avant Jérusalem : La vie tranquille d’un génocidaire (Bettina Stangneth, 2016)

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Lors de son procès à Jérusalem en 1961, Adolf Eichmann se présente comme un simple bureaucrate, rouage passif d’une machine qu’il n’aurait fait que servir sans initiative propre. Envoyée par le New Yorker pour couvrir l’événement, Hannah Arendt en tire la célèbre thèse de la « banalité du mal » : selon elle, Eichmann n’est pas un monstre fanatique, mais un fonctionnaire médiocre, incapable de penser par lui-même et uniquement soucieux de sa carrière. Philosophe et historienne allemande, Bettina Stangneth invalide cette lecture. Elle s’appuie sur des documents longtemps négligés par la recherche : les « manuscrits argentins » d’Eichmann, et surtout les entretiens Sassen. En 1957, Willem Sassen, un journaliste SS réfugié à Buenos Aires, enregistre Eichmann sur plus de soixante bandes magnétiques, soit quelque 1 300 pages de transcription. Loin du petit fonctionnaire effacé qu’il incarnera devant ses juges, Eichmann s’y révèle comme un antisémite fanatique qui revendique ses actes et déclare que, même si l’Allemagne avait perdu la guerre, avoir cinq millions de victimes sur la conscience lui procurait « une intense satisfaction ».

Stangneth établit qu’Eichmann a délibérément construit son image de bureaucrate inoffensif pour tromper le tribunal. En Argentine, il n’a rien d’un homme brisé par l’exil : il fréquente un cercle de SS nostalgiques du Reich, rédige des mémoires, lit tout ce qui paraît sur la Shoah pour anticiper les accusations à venir. Sa posture de « petit exécutant » n’est pas un trait de caractère — c’est une stratégie de défense. Si Arendt a été trompée, c’est que la notion de « banalité du mal », si influente en philosophie politique, reposait en partie sur une mise en scène. Salué par le New York Times comme une référence incontournable sur Eichmann, l’ouvrage a reçu le Cundill Award de l’université McGill, la plus haute distinction nord-américaine en histoire.


7. La Filière (Philippe Sands, 2020)

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Dans Retour à Lemberg (2017), l’avocat internationaliste Philippe Sands retraçait le destin de sa propre famille, exterminée en Galicie, et la naissance du droit pénal international à travers les figures de Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin. Il suit ici la trace de l’un des bourreaux de cette même région : Otto von Wächter, gouverneur nazi de Cracovie puis du district de Galicie — un territoire qui couvre l’actuelle Ukraine occidentale —, responsable de la déportation et de l’assassinat de centaines de milliers de Juifs. L’enquête naît d’une rencontre inattendue avec Horst, le fils du criminel de guerre, qui reste convaincu de l’innocence de son père et accepte d’ouvrir les archives familiales à Sands : des centaines de lettres entre Otto et sa femme Charlotte, des journaux intimes, des photographies.

Deux lectures irréconciliables d’un même homme s’affrontent tout au long de ces pages. Pour Horst, son père était un soldat loyal pris dans un engrenage qui le dépassait ; pour Sands, dont le grand-père a été tué dans le territoire administré par Wächter, les preuves de sa responsabilité directe dans les massacres sont accablantes. Le récit alterne entre la reconstitution de la vie de Wächter — son adhésion au parti nazi dès 1923, sa participation au putsch avorté de Vienne en 1934, son ascension dans la hiérarchie SS — et les étapes de l’enquête contemporaine.

Après la défaite, Wächter se cache trois ans dans les Alpes autrichiennes, puis rejoint Rome grâce au réseau d’exfiltration de Mgr Hudal, un évêque autrichien qui facilite la fuite de dizaines de criminels nazis vers l’Amérique du Sud. Wächter meurt en juillet 1949 dans des circonstances non élucidées, quelques jours après un déjeuner avec un camarade SS soupçonné d’être un agent double. Empoisonnement soviétique ? Américain ? Maladie ? Sands pousse l’investigation jusqu’à solliciter les conseils de John le Carré, lui-même espion britannique en Italie à cette époque. L’énigme n’est pas résolue. Mais l’enquête ouvre sur une question qui dépasse le cas Wächter : le déni des descendants, cette incapacité ou ce refus d’admettre la réalité des crimes commis par leurs parents.


8. Le roman des damnés : Ces nazis au service des vainqueurs après 1945 (Éric Branca, 2021)

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Journaliste et historien, Éric Branca déplace la focale : il ne s’intéresse ni aux fugitifs rattrapés par la justice ni à ceux qui ont vécu dans la clandestinité, mais aux nazis qui, non contents d’avoir échappé à la potence, ont entamé de brillantes secondes carrières au service des puissances victorieuses. Il dresse le portrait d’une douzaine de ces personnages. Parmi eux : Kurt-Georg Kiesinger, surnommé le « Goebbels de l’étranger » entre 1940 et 1945 en raison de son rôle à la tête de la propagande radiophonique du Reich, devenu chancelier de la RFA de 1966 à 1969 ; Reinhard Gehlen, chef du renseignement militaire sur le front de l’Est sous Hitler, placé par les Américains à la tête des services secrets ouest-allemands (le BND) en 1956 ; Adolf Heusinger, qui avait planifié l’invasion de l’URSS et qui présida le comité militaire de l’OTAN de 1960 à 1964. Le parcours de Werner von Braun résume cette logique à lui seul : concepteur des missiles V2, des armes assemblées dans des usines souterraines par des déportés des camps de concentration, il a été recruté par les États-Unis dans le cadre de l’opération Paperclip — un programme secret dont l’objectif était de capter l’expertise scientifique allemande — et est devenu l’un des pères du programme spatial américain.

Selon Branca, dès lors que la guerre froide s’installe, la compétence technique ou stratégique prend systématiquement le pas sur l’exigence de justice. L’anticommunisme fournit la justification politique ; la dénazification fait le reste, mais à rebours de ses objectifs initiaux. Ce vaste programme de « purge », lancé par les Alliés en 1945 pour écarter les nazis de la vie publique allemande, est confié dès 1946 aux tribunaux allemands eux-mêmes, qui, submergés par le nombre de dossiers et pressés d’en finir, classent des milliers d’anciens responsables comme simples « suiveurs » (Mitläufer) — un statut qui leur ouvre la voie d’une réintégration sans obstacle. Branca documente aussi le cas d’Ernst Achenbach, qui avait supervisé le pillage économique de la France occupée pour le compte du Reich et siégea ensuite au Parlement européen. De l’autre côté du rideau de fer, Friedrich Paulus, le maréchal capturé par les Soviétiques à Stalingrad, est devenu une figure de la propagande anti-nazie au service de l’URSS — preuve que le cynisme n’était le monopole d’aucun des deux blocs.