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Que lire sur le maquis du Vercors ?

Que lire sur le maquis du Vercors ?

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Le massif du Vercors, forteresse calcaire dressée entre Isère et Drôme, occupe une place à part dans l’histoire de la Résistance française. Dès 1941, un projet stratégique inédit y prend forme : le « plan Montagnards », conçu par l’architecte et alpiniste Pierre Dalloz aux côtés de l’écrivain Jean Prévost, envisage d’utiliser ce plateau difficile d’accès comme base d’appui lors d’un futur débarquement allié en Provence. Autour de cette idée se fédèrent des militants socialistes grenoblois, des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) qui refusent de partir travailler en Allemagne, des officiers de l’armée d’armistice, des intellectuels — tous unis par le refus de l’Occupation. À partir de 1943, des camps de maquisards s’installent dans les forêts et les alpages ; le Vercors se mue en terre de refuge et de clandestinité, où trouvent aussi asile des familles juives et des républicains espagnols.

Le 6 juin 1944, le débarquement en Normandie déclenche une mobilisation massive sur le plateau : en quelques jours, plus de quatre mille volontaires convergent vers le massif. Le 3 juillet, les responsables civils du maquis restaurent officiellement la « République du Vercors » : ils font afficher dans les villages des décrets qui annulent les lois de Vichy et rétablissent les institutions républicaines — un geste de défi politique sans équivalent dans la France occupée. Mais les promesses d’armes lourdes et de renforts, formulées depuis Londres et Alger, ne sont jamais honorées. Le 21 juillet, environ douze mille soldats allemands, appuyés par des planeurs qui déposent des troupes directement sur le plateau — un dispositif sans précédent contre un maquis en Europe de l’Ouest —, lancent l’assaut final. La résistance est écrasée en quelques jours. S’ensuivent des représailles d’une brutalité extrême : massacre de civils à Vassieux-en-Vercors, exécutions sommaires, villages incendiés, blessés et soignants tués à la grotte de la Luire — l’hôpital clandestin du maquis. Le bilan s’élève à environ 840 morts : quelque 640 combattants et 200 civils.

Après la guerre, le Vercors entre dans la mémoire nationale comme un haut lieu de sacrifice — Vassieux-en-Vercors est l’une des cinq communes françaises faites Compagnon de la Libération. Mais une question lancinante empoisonne le souvenir : pourquoi les armes promises ne sont-elles jamais arrivées ? Le maquis a-t-il été délibérément sacrifié, utilisé comme diversion pour fixer les forces allemandes loin de la Normandie ? Les accusations croisées entre gaullistes, communistes et Alliés alimentent une polémique qui dure des décennies et que les ouvrages présentés ici contribuent à éclairer.


1. Résistance dans le Vercors – Histoire et lieux de mémoire (Gilles Vergnon, 2012)

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Maître de conférences en histoire contemporaine à Sciences Po Lyon et membre du conseil scientifique du Mémorial de Vassieux-en-Vercors, Gilles Vergnon est le spécialiste universitaire de référence sur le maquis du Vercors. Sa première synthèse scientifique sur le sujet, Le Vercors. Histoire et mémoire d’un maquis (2002, prix Philippe-Viannay), a établi une distinction devenue classique entre trois « Vercors » successifs : le maquis-refuge où se regroupent les réfractaires au STO et les militants (1942-1943) ; le maquis stratégique, adossé au plan Montagnards et doté d’une vocation militaire (1943-juin 1944) ; enfin, la petite République armée de l’été 1944, submergée par l’offensive allemande.

Avec Résistance dans le Vercors, coédité dix ans plus tard avec le Parc naturel régional, Vergnon reprend cette analyse sous une forme plus accessible. Il structure le récit en trois actes chronologiques — la montée en puissance puis l’effondrement du maquis — avant de consacrer un quatrième volet à l’après-guerre et aux enjeux de mémoire. Il y démonte ce qu’il appelle la « légende noire » du Vercors — l’idée, très répandue pendant la Guerre froide, que le maquis aurait été trahi de l’intérieur ou sciemment abandonné par les états-majors alliés et gaullistes. Vergnon ne nie pas l’abandon, mais il en identifie les causes : le projet Montagnards originel était, selon ses termes, « beaucoup plus modeste que l’on ne l’a dit ultérieurement » ; la fin tragique du maquis résulte non d’une trahison délibérée, mais d’un enchevêtrement de circonstances, de malentendus et de rivalités entre Londres, Alger et le plateau.

Un dernier chapitre guide le lecteur·ice à travers les lieux de mémoire du massif — Nécropole de Saint-Nizier-du-Moucherotte, ruines de Valchevrière, mur des Fusillés de La Chapelle-en-Vercors, grotte de la Luire, pas de l’Aiguille — et pose la question de la transmission de ce patrimoine aux générations qui n’ont pas connu la guerre. Si vous ne devez lire qu’un seul ouvrage sur le Vercors, c’est celui-ci.


2. La Bataille du Vercors – Une amère victoire (Paddy Ashdown, avec la collaboration de Sylvie Young ; trad. Rachel Bouyssou, 2016)

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Paddy Ashdown (1941-2018) a été officier des Royal Marines, diplomate au Foreign Office, député à la Chambre des communes et Haut Représentant des Nations unies en Bosnie-Herzégovine. C’est cette double expérience — militaire et géopolitique — qui lui permet de lire à la fois les rapports de terrain et les câbles diplomatiques. Il a surtout dépouillé des archives britanniques et américaines restées jusqu’alors inexploitées en France, en particulier celles du SOE (Special Operations Executive, le service secret britannique chargé du soutien aux résistances européennes) et de l’OSS (son équivalent américain). Ashdown reconnaît lui-même sa dette envers les travaux de Gilles Vergnon, qu’il complète par ces sources nouvelles.

Ashdown construit un récit à plusieurs échelles : chaque décision prise sur le plateau est replacée dans le contexte des arbitrages entre Londres, Alger et Washington. On y comprend, par exemple, pourquoi De Gaulle ne secourt pas le Vercors. Obnubilé par la reconnaissance de son gouvernement par les Alliés, il concentre ses efforts sur le « plan Caïman » : une opération aéroportée dans le Massif central, destinée à établir une tête de pont politique sous autorité française. Résultat : il retient les maigres forces disponibles qui auraient pu être envoyées sur le plateau. Le récit met aussi en évidence la cacophonie entre les chaînes de commandement : les services de Londres et d’Alger se concurrencent, envoient au plateau des messages contradictoires, et personne ne coordonne l’ensemble. Pour Ashdown, les maquisards du Vercors ont été sacrifiés au nom d’intérêts stratégiques qui leur échappaient totalement.

On pourra regretter, comme l’a noté l’historien Frédéric Rousseau dans La Vie des idées, que le récit fasse la part belle aux dirigeants — chefs militaires, responsables politiques, diplomates — au détriment des combattants ordinaires et des civils du plateau, dont on apprend finalement peu de choses. Il n’empêche : aucun autre ouvrage n’a montré avec cette ampleur à quel point le sort du Vercors s’est joué loin du plateau — dans les bureaux de Londres, d’Alger et de Washington.


3. Vérités sur le drame du Vercors (Pierre Dalloz, 1979 ; rééd. La Thébaïde, 2014)

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Pierre Dalloz (1900-1992) n’est pas historien de métier : alpiniste de haut niveau — une trentaine de premières à son actif dans les massifs du Mont-Blanc et des Écrins —, architecte formé auprès d’Auguste Perret, ami intime d’Antoine de Saint-Exupéry, il est surtout le concepteur du plan Montagnards, le projet fondateur du maquis du Vercors. C’est lui qui, dès décembre 1942, rédige depuis sa ferme de Sassenage, au pied du massif, une note sur les « possibilités d’utilisation militaire du Vercors », transmise à Jean Moulin puis adoptée par le général Delestraint, chef de l’Armée secrète.

Publié pour la première fois en 1979 puis réédité en 2014, son témoignage revient sur la genèse et les métamorphoses du projet : conçu à l’origine comme un dispositif limité, subordonné à un débarquement allié en Provence, le plan Montagnards se transforme progressivement, de main en main, en un dessein bien plus ambitieux que ce que Dalloz avait prévu. Contraint de quitter la France après les vagues d’arrestations du printemps 1943, il se retrouve à Londres et Alger où il plaide en vain pour que le Vercors reçoive les armes lourdes nécessaires à sa défense. Il assiste, impuissant, à l’écrasement du maquis depuis l’autre rive de la Méditerranée. Cette distance — géographique et politique — constitue l’un des fils conducteurs du récit : celui d’un homme qui voit son projet lui échapper et ne peut plus rien y faire.

Le ton de Dalloz n’est ni celui du plaidoyer pro domo, ni celui du réquisitoire. Un témoignage scrupuleux, soucieux de l’exactitude des faits et des dates, qui reconstitue les luttes d’influence entre Français libres, Alliés et résistants de l’intérieur, et identifie les responsabilités de chacun dans l’abandon du plateau. En appendice figurent des documents — télégrammes, notes, correspondances — qui couvrent la période 1943-1974 et permettent de suivre, sur trois décennies, la polémique sur les promesses non tenues. Lecture exigeante, parfois dense dans ses développements politico-militaires, mais irremplaçable pour qui veut lire l’homme qui a conçu le projet — et entendre sa version des faits.


4. La vie inimitable – Dans les maquis du Trièves et du Vercors en 1943 et 1944 (Yves Pérotin, Anne Pérotin-Dumon, 2014)

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Là où Vergnon analyse, où Ashdown reconstitue les jeux de pouvoir, où Dalloz témoigne en stratège, Yves Pérotin (1922-1981) raconte de l’intérieur la vie quotidienne du maquis — l’attente, la faim, la peur, la camaraderie entre jeunes hommes coupés du monde. Engagé très tôt dans la Résistance sous le pseudonyme de « Pothier », il combat dans les maquis du Trièves puis du Vercors avant de rejoindre la 1re Division française libre pour la libération de l’Alsace. De retour à l’École des Chartes en 1946 — il est historien et archiviste de formation —, il couche ses souvenirs sur le papier, puis range le manuscrit dans un tiroir où il reste oublié pendant près de soixante-dix ans.

Archiviste et historienne comme son père, sa fille Anne Pérotin-Dumon retrouve le manuscrit et en prépare l’édition critique. Son travail d’annotation est considérable : 570 notes identifient les compagnons de maquis, précisent les lieux, datent les photographies et replacent chaque épisode dans le contexte général de la guerre. Le témoignage de Pérotin et le commentaire historique de sa fille se complètent. En annexe, Pérotin livre un texte sur son engagement dans la Résistance étudiante avant le maquis, ainsi qu’une esquisse sociologique des camps auxquels il a appartenu — âge, origine sociale, motivations des combattants.

Pérotin restitue non seulement les événements — la formation de trois camps successifs, chaque fois détruits par les Allemands, chaque fois reconstitués par les survivants — mais aussi la manière dont ces groupes fonctionnent : leurs codes, leur humour, leur hiérarchie informelle, les liens de solidarité forgés par le danger et la précarité. Sa double formation — témoin direct et archiviste de métier — lui confère un regard rare : il sait observer un groupe autant qu’il sait raconter une embuscade. Aucun autre récit du maquis du Vercors ne restitue avec cette précision ce que signifiait être maquisard au quotidien.


5. Vercors 40/44 (Olivier Cogne, Jacques Loiseau, dir., 2014)

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Publié à l’occasion de l’exposition éponyme organisée par le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère à Grenoble pour le soixante-dixième anniversaire des combats, Vercors 40/44 est une synthèse collective de l’histoire du massif entre 1940 et 1944. Olivier Cogne, historien et archiviste alors directeur du musée, et Jacques Loiseau en assurent la coordination. Ils s’appuient sur les travaux les plus récents et croisent, fait notable, des sources françaises et allemandes pour proposer un regard renouvelé sur certains épisodes — les opérations de répression, par exemple, sont pour la première fois éclairées du côté de leurs auteurs.

L’intérêt de l’ouvrage tient à son cadrage large. Là où d’autres livres se concentrent sur la séquence militaire de l’été 1944, Cogne et Loiseau remontent au Vercors d’avant-guerre — activités pastorales et forestières, premiers touristes — et poursuivent jusqu’à la mise en mémoire des événements à travers les livres, les films et les discours politiques. Ils accordent une attention particulière aux populations civiles : les habitants du plateau confrontés à l’Occupation, les réfugiés — juifs, républicains espagnols — qui y trouvent asile, puis les villageois pris dans l’étau des représailles de juillet 1944.

Illustré de photographies souvent inédites, le bouquin conviendra aussi bien aux lecteur·ices déjà familier·ères du sujet qu’à celles et ceux qui souhaitent une première approche synthétique et visuelle de l’histoire du Vercors. Là où Vergnon et Ashdown s’en tiennent au récit, photographies, fac-similés et cartes restituent ici ce que le texte seul peine à transmettre : les visages, les paysages, les traces matérielles de la guerre.