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Que lire sur la bataille d'Iwo Jima (1945) ?

Que lire sur la bataille d’Iwo Jima ?

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En février 1945, la guerre du Pacifique entre dans sa phase finale. Après la prise des îles Mariannes — où sont désormais stationnés les bombardiers lourds B-29 — et le débarquement aux Philippines, l’état-major américain se tourne vers Iwo Jima, un îlot volcanique de 21 km² situé à mi-chemin entre ces bases aériennes et l’archipel japonais. L’île abrite deux aérodromes opérationnels et une station radar qui offre à Tokyo deux heures d’alerte avant chaque raid aérien. Sa prise s’impose. Objectifs : empêcher les chasseurs japonais basés sur l’île d’intercepter les B-29 en route vers Tokyo, installer sur place des escadrilles américaines capables d’escorter ces mêmes bombardiers, et aménager un terrain d’atterrissage d’urgence pour les appareils endommagés au retour de mission.

Le 19 février, après des mois de pilonnage aérien et naval, environ 30 000 Marines de trois divisions prennent pied sur les plages de sable noir. Face à eux, le général Tadamichi Kuribayashi a méthodiquement transformé l’île en forteresse souterraine : un réseau de 18 kilomètres de tunnels, de casemates bétonnées et de positions camouflées relie chaque point fortifié. À rebours des tactiques japonaises habituelles — charges suicidaires et défense sur les plages —, Kuribayashi opte pour une défense en profondeur : plutôt que d’affronter les Marines à découvert sur le rivage, où le feu naval américain les anéantirait, ses troupes les laissent débarquer puis les usent depuis leurs positions souterraines, fortification par fortification. Ses 21 000 hommes n’attendent aucun renfort. Leur mission : tenir le plus longtemps possible pour donner à Tokyo le temps d’organiser la défense de l’archipel.

Le 23 février, quatre jours après le débarquement, un détachement de Marines atteint le sommet du mont Suribachi et y hisse un premier drapeau américain. Jugé trop petit pour être visible depuis les plages en contrebas, il est remplacé quelques heures plus tard par un drapeau plus grand : c’est ce second hissage que le photographe de l’Associated Press Joe Rosenthal immortalise dans Raising the Flag on Iwo Jima, l’un des clichés les plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale. Mais la prise du Suribachi est loin de mettre fin aux combats : il faut encore cinq semaines d’affrontements féroces pour venir à bout des défenses du plateau nord, où chaque mètre de terrain est disputé. L’île ne tombe pas d’un bloc : elle est hérissée de poches de résistance d’où les défenseurs ouvrent le feu de tous côtés, y compris à revers des lignes américaines. La bataille prend officiellement fin le 26 mars 1945. Le bilan est effroyable : près de 7 000 Marines tués et quelque 20 000 blessés du côté américain ; la quasi-totalité de la garnison japonaise — plus de 20 000 hommes — périt au combat. Iwo Jima reste, dans la mémoire collective américaine, la bataille la plus meurtrière de l’histoire du Corps des Marines.

Les trois ouvrages qui suivent abordent la bataille selon des perspectives complémentaires : le vécu intime des soldats japonais, la guerre vue du côté américain à travers la photographie, et un panorama concis de l’ensemble de la campagne.


1. Lettres d’Iwo Jima : la plus violente bataille du Pacifique racontée par les soldats japonais (Kumiko Kakehashi, 2005)

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Journaliste et écrivaine japonaise, Kumiko Kakehashi s’appuie sur des documents rarement exploités en Occident : les lettres personnelles du général Kuribayashi et de ses soldats, retrouvées des décennies après les combats dans les abris et les galeries souterraines de l’île. L’autrice construit son récit autour de la figure de cet officier atypique au sein de la hiérarchie militaire nippone. Kuribayashi a séjourné plusieurs années aux États-Unis, parle couramment anglais et nourrit une conviction intime : le Japon ne peut pas gagner cette guerre. Pourtant, il assume sa mission et organise une résistance acharnée, non pour conquérir la gloire, mais pour gagner du temps et protéger l’archipel. Kakehashi restitue cette tension entre devoir et lucidité à travers la correspondance du général — des lettres adressées à sa femme Yoshii, à sa fille cadette Takako, à son frère — où les considérations tactiques côtoient les inquiétudes domestiques : les courants d’air dans la maison familiale, la santé des enfants, la tenue des comptes du ménage. « Ne planifiez pas mon retour », écrit-il à sa femme avant de quitter Tokyo — il sait qu’il ne reviendra pas.

Par-delà la figure de Kuribayashi, Kakehashi donne une voix aux soldats ordinaires — des conscrits appelés tardivement, alors que le Japon a déjà épuisé ses réserves de combattants aguerris —, souvent dépourvus de formation militaire, envoyés sur un îlot sans eau potable, saturé de vapeurs de soufre et pilonné sans relâche. Leurs lettres, d’une sobriété saisissante, révèlent des hommes lucides sur l’issue des combats, parfois critiques envers le régime qui les a conduits là. L’autrice ne verse ni dans l’hagiographie ni dans le pathos : elle recontextualise chaque témoignage dans l’histoire politique et sociale du Japon militariste, et met en lumière les fractures internes de l’institution militaire — entre officiers issus de la prestigieuse École militaire préparatoire, qui dominaient l’état-major, et ceux qui, comme Kuribayashi, n’y avaient pas étudié — et se retrouvaient relégués aux missions les plus ingrates.

Couronné au Japon par le prix Shinchosha — l’une des récompenses littéraires les plus prestigieuses du pays —, l’ouvrage a été traduit en français en 2011 aux éditions Les Arènes. Il a également nourri le travail de Clint Eastwood pour son film Lettres d’Iwo Jima (2006), second volet d’un diptyque cinématographique sur la bataille. Là où Mémoires de nos pères (2006) raconte la campagne du point de vue américain et interroge la fabrication du mythe héroïque autour de la photographie du drapeau, le film adapté de Kakehashi adopte celui des défenseurs japonais.


2. Les Marines à Iwo Jima (Charles Trang, 2012)

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Historien de la Seconde Guerre mondiale et spécialiste reconnu de l’US Marine Corps, Charles Trang signe aux éditions Heimdal un album photographique de 480 clichés et documents qui retrace la campagne depuis le débarquement jusqu’à la prise des dernières positions japonaises. La force de l’album tient d’abord à ses photographies, en grande partie inédites au moment de la publication : elles proviennent des reporters de guerre du Corps des Marines, qui accompagnaient les troupes au plus près de l’action. Prises sous le feu, elles restituent la réalité crue des affrontements. Le matériel militaire américain — chars Sherman, véhicules amphibies LVT, pièces d’artillerie, mortiers, lance-roquettes, avions de soutien — est photographié avec le même soin — les passionné·e·s de maquettisme et de reconstitution historique y trouveront leur compte.

Le récit qui accompagne ces images suit le déroulement de la campagne jour par jour et rend compte aussi bien des pertes subies par les Marines que de l’opiniâtreté des défenseurs japonais. Les légendes, rédigées en français et en anglais, ouvrent l’album à un lectorat international. Pour qui s’intéresse à la guerre du Pacifique sous l’angle militaire et matériel, cet album est une référence rare en langue française — le sujet est très peu couvert dans l’édition francophone. Trang a par la suite élargi son champ d’étude avec Les Marines dans l’enfer du Pacifique (Heimdal, 2015), une encyclopédie couvrant l’ensemble des campagnes du Corps des Marines entre 1941 et 1945, de Guadalcanal à Okinawa.


3. La bataille d’Iwo Jima : les Marines plantent leur drapeau sur le mont Suribachi, février-mars 1945 (Derrick Wright, illustrations de Jim Laurier, 2001)

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Historien britannique spécialiste des opérations amphibies du Pacifique, Derrick Wright propose dans la collection « Campaign » d’Osprey Publishing (n° 81) une synthèse méthodique de 96 pages, traduite en français en 2010. Wright suit le plan de la collection : il remonte aux origines de la campagne, présente les commandants et les forces en présence, puis déroule les opérations jour par jour jusqu’au bilan final. Le lieutenant-général Holland Smith, commandant des forces Marines dans le Pacifique, avait qualifié Iwo Jima de « bataille la plus féroce et la plus coûteuse de l’histoire du Corps des Marines » : Wright retrace chaque phase avec concision et consacre l’essentiel de l’espace au récit des combats eux-mêmes.

Le bouquin doit beaucoup aux illustrations de Jim Laurier, peintre d’art militaire : ses planches en couleur reconstituent des scènes de combat et des vues aériennes du champ de bataille — positions des troupes, relief, fortifications — qui permettent de saisir pourquoi les Marines avancent ici et restent bloqués là. Les cartes en couleur, dont plusieurs adoptent une perspective à vol d’oiseau, suivent la progression des Marines secteur par secteur. En annexe, Wright revient sur la controverse autour de la photographie du drapeau : puisque Rosenthal a photographié le second hissage et non le premier, le soupçon d’une mise en scène à des fins de propagande a longtemps plané — le photographe a toujours soutenu le contraire, et Wright reproduit son témoignage. L’annexe dresse aussi le portrait de chacun des 27 récipiendaires de la Medal of Honor (la plus haute distinction militaire américaine), un nombre sans équivalent pour une seule bataille de la guerre du Pacifique.