Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire sur Frédéric Barberousse ?

Que lire sur Frédéric Barberousse ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Frédéric Ier de Hohenstaufen, que ses contemporains italiens surnomment Barberousse (Barbarossa) en raison de la couleur de sa barbe, naît vers 1122 dans une Allemagne divisée par la rivalité entre deux grandes familles princières : les Staufen, maîtres du duché de Souabe, et les Welf, qui dominent la Bavière et la Saxe. Ces deux lignages se disputent depuis des décennies l’accès au trône de Germanie. Or Frédéric est fils d’un père Staufen et d’une mère Welf : en 1152, les princes électeurs le choisissent précisément parce qu’il peut réconcilier les deux camps. Couronné empereur à Rome en 1155, il prend la tête du Saint-Empire romain germanique — non pas un État centralisé, mais une mosaïque de principautés, d’évêchés et de villes libres où le souverain ne possède pas de domaine propre et dépend de la fidélité, toujours négociée, de ses vassaux. Son territoire s’étend de la Baltique à l’Italie centrale, du Rhône aux portes de la Hongrie.

Le titre impérial, hérité de Charlemagne, implique une autorité sur le royaume d’Italie — d’où les six expéditions militaires que Barberousse y mène en trente-huit ans de règne. Il se heurte aux communes lombardes — des cités prospères comme Milan, Crémone ou Bologne, qui revendiquent leur autonomie politique et économique — et à la papauté, qui lui dispute la suprématie : l’empereur prétend régir l’Église, le pape revendique la primauté sur les souverains temporels. En 1159, la mort du pape Adrien IV déclenche une crise : deux papes sont élus simultanément, Alexandre III (hostile à l’empereur) et Victor IV (qui lui est favorable). Ce schisme divise la chrétienté pendant près de vingt ans — chaque royaume doit choisir quel pape reconnaître. En Italie, Barberousse rase Milan en 1162 pour briser la résistance lombarde ; mais cette brutalité précipite ce qu’elle devait empêcher : les cités du nord se coalisent au sein de la Ligue lombarde (1167) et infligent à l’empereur la défaite de Legnano en 1176. La paix de Constance (1183) entérine le compromis : l’empereur conserve une suzeraineté formelle, mais les villes obtiennent le droit de se gouverner elles-mêmes et de fortifier leurs murailles.

En Germanie, Barberousse redistribue les duchés, sanctionne les princes rebelles et va jusqu’à bannir son propre cousin, Henri le Lion, qu’il dépouille de ses terres en 1180. En 1165, il fait canoniser Charlemagne : si le fondateur de l’Empire est un saint, alors la fonction impériale revêt elle-même un caractère sacré. À la fin de sa vie, la chute de Jérusalem aux mains de Saladin (1187) le pousse à prendre la croix. Il meurt le 10 juin 1190, noyé dans les eaux du fleuve Sélef, en Cilicie (sud de l’actuelle Turquie), sans avoir atteint la Terre sainte. Sa mort inattendue, suivie de l’effondrement progressif de la dynastie Hohenstaufen au XIIIe siècle, nourrit la nostalgie d’un âge d’or impérial. Une légende fait de lui l’empereur endormi sous le mont Kyffhäuser, en Thuringe, qui se réveillera quand l’Allemagne aura besoin de lui. Au XIXe siècle, le nationalisme allemand s’empare de sa figure ; au XXe, Hitler donne son nom à l’invasion de l’URSS (Opération Barbarossa, 1941).

Trois biographies en langue française sont consacrées à son règne. Les voici, classées par ordre chronologique de parution.


1. Frédéric Barberousse (Marcel Pacaut, 1967)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Première biographie de Barberousse publiée en français chez Fayard, elle fait entrer l’empereur dans l’historiographie française — jusque-là, seuls des travaux en allemand lui étaient consacrés. Professeur d’histoire médiévale à l’université de Lyon II, Marcel Pacaut est un spécialiste des rapports entre pouvoir temporel (l’empereur) et pouvoir spirituel (le pape) : il a déjà publié des travaux de référence sur le pape Alexandre III et sur Louis VII. C’est ce prisme — la lutte entre l’Empire et la papauté — qui structure l’ensemble du livre. Pacaut reconstitue les origines de la dynastie des Staufen, le fonctionnement de l’élection impériale (où un collège de princes et de prélats désigne le roi de Germanie) et les rivalités entre Guelfes et Gibelins — c’est-à-dire, en Italie, entre les partisans du pape et ceux de l’empereur.

Pacaut insiste sur un point décisif : l’empereur, à la différence du roi de France, ne possède pas de domaine royal propre. Son pouvoir repose entièrement sur sa capacité à conserver la loyauté des grands feudataires — une position fragile qui explique pourquoi Barberousse doit sans cesse négocier, redistribuer des terres et punir les princes récalcitrants. Le livre consacre ses dernières pages à la postérité de l’empereur : d’abord associé aux valeurs de la chevalerie courtoise — loyauté, honneur, prouesse — par les poèmes médiévaux allemands (dont le cycle des Nibelungen), Barberousse est récupéré au XIXe siècle comme symbole de l’unité nationale allemande. Réédité en 1991, l’ouvrage reste la référence pour qui veut comprendre comment fonctionnait le pouvoir impérial au XIIe siècle.


2. Frédéric Barberousse : une épopée du Moyen Âge (Ivan Gobry, 1997)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Publié chez Tallandier dans la collection « Figures de proue », ce livre adopte un angle différent. Professeur émérite à l’université de Reims et auteur de plus d’une centaine d’ouvrages sur le Moyen Âge, Ivan Gobry restitue le règne de Barberousse comme un récit d’action politique et militaire, là où Pacaut privilégie l’analyse institutionnelle. Le sous-titre l’annonce : il s’agit de raconter l’épopée d’un souverain qui a tenté, pendant près de quatre décennies, de réunifier l’Allemagne, de soumettre l’Église et de dominer les communes lombardes — avec une obstination que ses revers n’ont jamais entamée.

Gobry place au premier plan le conflit entre le Sacerdoce et l’Empire, c’est-à-dire la question de savoir qui, du pape ou de l’empereur, détient l’autorité suprême sur la chrétienté. Cette rivalité est ancienne : dès le XIe siècle, la querelle des Investitures avait opposé papes et empereurs sur le droit de nommer les évêques. Sous Barberousse, elle atteint un degré de violence inédit. Gobry s’intéresse surtout à la contradiction fondamentale du personnage : l’empereur persécute les papes et les évêques qui lui résistent, mais il demeure un homme de foi sincère, au point de prendre la croix contre Saladin à la fin de sa vie. Ce paradoxe, selon Gobry, est la clé du règne. Le récit suit aussi les guerres d’Italie et se clôt sur la noyade dans le Sélef — fin abrupte qui prive le camp impérial de son chef au seuil de la troisième croisade.

Par rapport à Pacaut, Gobry privilégie le récit des faits et s’attarde moins sur les mécanismes institutionnels, ce qui rend l’ouvrage plus immédiatement lisible pour un·e lecteur·ice non spécialiste. Si vous souhaitez comprendre Barberousse à travers ses actes et ses choix plutôt qu’à travers le fonctionnement du Saint-Empire, c’est par ce bouquin qu’il faut commencer.


3. Frédéric Barberousse : 1152-1190 (Pierre Racine, préface de Francis Rapp, 2009)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

La plus récente des trois biographies est signée par Pierre Racine, professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Marc-Bloch de Strasbourg et membre de l’Institut lombard. Spécialiste de l’Italie médiévale — il a publié Les Villes d’Italie, du milieu du XIIe siècle au milieu du XIVe siècle et une biographie en italien de Frédéric II (Federico II de Svevia) —, Racine fonde son travail sur un dépouillement méthodique des sources d’époque : les chroniques d’Otton de Freising et de Rahewin (deux témoins directs du règne), les documents des chancelleries italiennes et les correspondances pontificales. Ce recours systématique aux textes du XIIe siècle donne à l’ouvrage une base documentaire plus solide que celle des deux biographies précédentes.

La singularité de ce livre tient à l’ampleur du cadre géographique. Un long chapitre introductif expose la situation de l’ensemble du monde méditerranéen au milieu du XIIe siècle : l’essor des communes italiennes, la puissance de l’Empire byzantin sous Manuel Comnène, les rivalités entre royaumes chrétiens. Ce panorama permet de comprendre que les ambitions de Barberousse dépassent la Germanie et la Lombardie : il convoite le royaume normand de Sicile, rivalise avec Constantinople et cherche à étendre son influence vers la Méditerranée orientale. Racine met ensuite en lumière les rapports triangulaires entre l’empereur, les papes et les communes italiennes, dont les alliances se font et se défont selon les circonstances : les villes lombardes s’allient tantôt avec le pape contre l’empereur, tantôt avec l’empereur contre une cité rivale. C’est cette instabilité permanente des coalitions qui, selon Racine, rend la politique italienne de Barberousse si difficile à mener — et si difficile à saisir pour le·la lecteur·ice d’aujourd’hui.

Le livre s’achève sur l’après-Barberousse et retrace les transformations de son image : tyran chez Dante dans la Divine Comédie, héros national pour les romantiques allemands, nouveau Siegfried pour Richard Wagner. Certains critiques ont cependant relevé que la densité du récit événementiel laisse peu de place au fonctionnement ordinaire de l’Empire et aux motivations des grands nobles en dehors des périodes de crise — une dimension qui aurait permis de mieux saisir les équilibres de pouvoir au quotidien. Cette biographie reste néanmoins la plus complète et la plus à jour sur Frédéric Barberousse en langue française.