Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire sur le siège de La Rochelle ?

Que lire sur le siège de La Rochelle ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

En septembre 1627, les premiers coups de canon retentissent devant La Rochelle, alors capitale du protestantisme français. Forte de quelque 28 000 habitants, la ville tient depuis des décennies un rang à part dans le royaume. Depuis l’édit de Nantes, promulgué par Henri IV en 1598 pour mettre fin aux guerres de Religion, les protestants disposent de « places de sûreté » : des villes fortifiées au sein desquelles ils peuvent maintenir des garnisons et exercer librement leur culte, à l’abri d’un retournement royal. La Rochelle est la plus puissante d’entre elles. Port prospère ouvert sur l’Atlantique, la cité jouit de privilèges fiscaux et commerciaux considérables — y compris celui, exorbitant, de commercer avec les ennemis de la Couronne en temps de guerre. De fait, elle fonctionne comme un petit État autonome au sein du royaume, doté de ses propres institutions, de sa flotte et de ses revenus. En 1621, elle va jusqu’à proclamer son indépendance sur le modèle de la République des Provinces-Unies (les actuels Pays-Bas). Pour Louis XIII et son principal ministre, le cardinal de Richelieu, cette autonomie est devenue intolérable. L’enjeu est triple : soumettre la dernière grande place forte protestante, briser les velléités séparatistes d’une ville qui défie l’autorité royale et couper court à l’ingérence anglaise — car l’Angleterre protestante soutient La Rochelle à la fois par solidarité confessionnelle et pour freiner le développement de la marine française, sa rivale directe.

Le siège dure quatorze mois. Richelieu fait édifier une digue de 1 500 mètres à l’entrée du port pour couper tout ravitaillement maritime, tandis qu’une ligne de retranchements de douze kilomètres encercle la cité par la terre. Trois expéditions anglaises — celle du duc de Buckingham, puis celles des comtes de Denbigh et de Lindsey — échouent successivement à forcer le blocus. À l’intérieur des murs, le maire Jean Guiton incarne la résistance : élu en mai 1628, il jure de poignarder quiconque parlera de reddition. Mais la famine, inexorable, décime la population. On mange les chevaux, le cuir, les herbes arrachées aux remparts. Puis la ville expulse ses « bouches inutiles » — femmes, enfants, vieillards — pour économiser les dernières réserves ; repoussées par les troupes royales qui refusent de les laisser passer, ces personnes meurent pour la plupart de faim et d’épuisement entre les lignes. Le 28 octobre 1628, La Rochelle capitule sans condition. Sur ses 28 000 habitants d’avant le siège, il n’en reste qu’environ 5 400, épuisés et faméliques.

La chute de la cité met fin aux ambitions politiques et militaires du protestantisme français. Les places fortes huguenotes sont démantelées, et la paix d’Alès (1629) retire aux réformés tous leurs droits politiques, militaires et territoriaux : ils ne conservent que la liberté de culte et l’égalité civile, garanties qu’ils perdront à leur tour avec la révocation de l’édit de Nantes en 1685.

Des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas au célèbre tableau d’Henri Motte qui représente Richelieu sur sa digue, cet épisode n’a cessé de nourrir l’imaginaire français. Trois ouvrages, chacun selon un angle distinct, permettent d’en prendre la mesure.


1. Le Siège de La Rochelle (François Jourda de Vaux de Foletier, 1931)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

C’est le livre fondateur. Paru en 1931 chez Firmin-Didot et aussitôt couronné par le prix Thérouanne de l’Académie française, il reste, près d’un siècle plus tard, la référence majeure sur le sujet — réédité à plusieurs reprises, notamment en 1978 et en 2013. Diplômé de l’École des chartes — la grande école française qui forme les spécialistes des archives et des documents anciens —, Vaux de Foletier a exercé comme archiviste départemental de la Charente-Inférieure (l’actuelle Charente-Maritime) de 1919 à 1937 : il connaît les fonds documentaires aussi bien que la géographie de la région. Mais son apport décisif tient à l’exploitation systématique des archives anglaises, jusqu’alors négligées par les historiens français. Grâce à ces sources, il démontre que le siège de La Rochelle n’est pas un simple conflit intérieur mais une crise européenne : l’Espagne, les Provinces-Unies, la Savoie, le Pape, Venise et même les corsaires du Maroc y sont impliqués — par la diplomatie, par le commerce ou par les armes —, car l’issue du siège peut redessiner les rapports de force sur le continent.

Vaux de Foletier reconstitue les opérations militaires, les manœuvres diplomatiques et les combats navals du conflit. On suit pas à pas les expéditions anglaises avortées, l’impopularité croissante de la guerre outre-Manche — qui finit par retourner l’opinion contre le roi Charles Iᵉʳ lui-même —, les erreurs stratégiques de Buckingham, et, en regard, la ténacité méthodique de Richelieu. Le récit s’appuie sur un corpus de sources primaires — dépêches diplomatiques, correspondances militaires, documents d’archives français et anglais — qui n’avait jamais été rassemblé auparavant. Près d’un siècle après sa parution, ce livre reste la base dont aucune étude ultérieure sur le siège n’a pu se passer.


2. La Rochelle au temps du Grand Siège : 1627-1628 (Liliane Crété, 1987)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Publié en 1987 chez Hachette dans la collection « La Vie quotidienne » puis réédité en 2001 chez Perrin, cet ouvrage adopte une tout autre perspective. Docteure en civilisation anglo-américaine et spécialiste du protestantisme à l’époque moderne, déjà autrice d’une biographie de l’amiral de Coligny et d’une étude sur les sorcières de Salem, Liliane Crété ne propose pas une histoire politique ou militaire du siège : elle s’intéresse d’abord à ce que vivent les assiégés au jour le jour. Comment les institutions municipales fonctionnent-elles sous la pression d’un blocus de quatorze mois ? Comment s’organise-t-on quand les réserves de blé s’amenuisent, puis disparaissent ? Que deviennent les rapports entre catholiques et protestants à l’intérieur même des murs ?

À partir de sources narratives locales — journaux de siège, correspondances, registres municipaux —, l’historienne reconstitue le quotidien d’une population civile confrontée à la famine et à la mort. Elle redonne leur place à des figures telles que Guiton, bien sûr, mais aussi Catherine de Parthenay — aristocrate protestante, femme de lettres et veuve du gouverneur de La Rochelle, qui joue un rôle de premier plan dans l’organisation de la résistance. Le récit met en évidence une contradiction frappante : les officiers des deux camps négocient avec courtoisie, tandis que la famine emporte au moins 15 000 habitants. Parce qu’elle raconte le siège du point de vue de celles et ceux qui l’ont subi, Crété rend la catastrophe tangible et permet d’en mesurer le coût humain. Si vous souhaitez comprendre ce que ces quatorze mois ont signifié pour la population rochelaise, c’est par ce bouquin qu’il faut commencer.


3. Le Siège de La Rochelle : une tragédie protestante (Didier Poton de Xaintrailles, 2025)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dernier paru des trois — il est sorti en mars 2025 aux éditions Cairn —, ce livre propose une relecture du siège sous l’angle de l’identité protestante de La Rochelle. Professeur émérite d’histoire à l’université de La Rochelle et président du musée rochelais d’histoire protestante, Didier Poton de Xaintrailles est un spécialiste reconnu du protestantisme atlantique français. Il s’appuie ici sur ses recherches antérieures consacrées aux huguenots et aux réseaux marchands réformés de l’espace atlantique.

Poton de Xaintrailles inscrit le siège de 1627-1628 dans une histoire plus large, celle de La Rochelle comme capitale du protestantisme français depuis 1568 — date à laquelle Jeanne d’Albret, reine de Navarre et mère du futur Henri IV, s’y installe avec les principaux chefs du parti huguenot. La ville ne doit pas seulement sa puissance à sa foi réformée : elle tire sa prospérité de ses trafics maritimes atlantiques et de la course — la capture de navires ennemis sous autorisation royale, une activité lucrative. Elle recourt aussi à des pratiques financières avancées pour l’époque, notamment le recours au crédit et à la banque, qui lui assurent une autonomie économique rare dans le royaume.

L’auteur montre comment cette triple assise — religieuse, économique et politique — a permis à La Rochelle de repousser un premier siège royal en 1572-1573 et de résister aux tentatives de blocus ultérieures, avant de s’effondrer en 1628 sous l’effet conjugué de l’isolement diplomatique, des divisions internes et de l’épuisement. Le sous-titre du livre — « une tragédie protestante » — résume la perspective adoptée : il s’agit de comprendre la chute de La Rochelle non pas seulement comme un épisode militaire, mais comme la fin d’un projet politique et religieux porté par les réformés français pendant soixante ans.