Sur les rives du Tigre, au nord de la Mésopotamie, Assur entre dans l’histoire au tournant du IIIe et du IIe millénaire avant notre ère. Petite cité-État commerçante, elle tire sa prospérité du commerce à longue distance : dès le XXe siècle av. J.-C., ses négociants s’aventurent jusqu’en Anatolie centrale, où ils fondent la colonie de Kaneš (l’actuelle Kültepe, en Turquie) pour y échanger les textiles fabriqués à Assur et l’étain rapporté depuis l’Iran oriental contre l’argent de la région. Cette première période, que les historiens appellent période paléo-assyrienne, est connue par des dizaines de milliers de tablettes cunéiformes — lettres, contrats de mariage, créances, comptabilités commerciales — retrouvées dans ces comptoirs. L’Assyrie ne dispose alors d’aucune armée puissante : c’est une ville de marchands plus qu’un royaume.
La situation change au cours de la période médio-assyrienne (XIVe-XIe siècle av. J.-C.), quand des souverains comme Assur-uballit Ier puis Téglath-Phalasar Ier étendent la domination d’Assur sur la Haute Mésopotamie et jusqu’aux rives de l’Euphrate. Après un long repli face aux invasions araméennes qui déstabilisent la région au tournant du premier millénaire, l’Assyrie renaît à partir du IXe siècle sous la dynastie dite néo-assyrienne (911-612 av. J.-C.) et devient le premier empire universel connu de l’Antiquité — le premier État qui réunit sous une même autorité une mosaïque de peuples et de langues sur un territoire immense. Sous les règnes de Tiglath-Phalasar III, qui réorganise en profondeur l’administration et l’armée, puis de Sargon II, de Sennachérib, d’Assarhaddon (qui conquiert l’Égypte en 671 av. J.-C.) et enfin d’Assurbanipal, les souverains assyriens soumettent un territoire qui va de l’Iran occidental à la Méditerranée, et de l’Anatolie au nord du désert syro-arabique. Ils bâtissent des capitales successives — Assur, Kalkhu (Nimrud), Dur-Sharrukin (Khorsabad) et surtout Ninive — dont les palais sont ornés de bas-reliefs et les bibliothèques remplies de milliers de tablettes cunéiformes.
Leur domination repose sur un système éprouvé. La guerre est permanente et les populations vaincues sont déportées à grande échelle : l’exil forcé des élites et des peuples conquis, redistribués dans d’autres régions de l’empire, les prive de leur base territoriale et rend toute rébellion plus difficile à organiser. L’ensemble est justifié par une idéologie religieuse qui fait du dieu Assur le garant des conquêtes royales. Cette puissance n’empêche pas l’empire de s’effondrer en moins d’une génération après l’apogée du règne d’Assurbanipal : les Mèdes venus des plateaux iraniens s’allient aux Babyloniens, qui se sont affranchis de la tutelle assyrienne, pour attaquer le cœur de l’empire. Assur tombe en 614 av. J.-C., Ninive est mise à sac en 612, et les derniers rois disparaissent en 609. Il faudra attendre les fouilles pionnières du XIXe siècle à Khorsabad, Nimrud et Ninive, ainsi que le déchiffrement du cunéiforme, pour que cette civilisation oubliée pendant près de deux millénaires retrouve sa place dans l’histoire.
Voici huit livres qui, chacun à sa manière, retracent son histoire, sa culture et son fonctionnement, depuis les outils de sa redécouverte jusqu’aux recherches les plus récentes.
1. L’Assyriologie (Dominique Charpin, 2023)

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Professeur au Collège de France et titulaire de la chaire « Civilisation mésopotamienne », Dominique Charpin est l’une des voix les plus respectées du domaine. Il propose dans ce petit livre de la collection « Que sais-je ? » une présentation claire, en 126 pages, de l’assyriologie : cette discipline qui étudie les civilisations du Proche-Orient ancien sur près de trois millénaires. Le livre retrace la naissance de la discipline au milieu du XIXe siècle. Les premières fouilles de Paul-Émile Botta à Khorsabad en 1843, puis celles d’Austen Henry Layard à Nimrud, exhument des bas-reliefs et des tablettes couvertes de signes mystérieux. Le cunéiforme — un système d’écriture composé de signes en forme de coins tracés sur l’argile — servait à noter plusieurs langues aujourd’hui éteintes, dont l’akkadien (la langue des Assyriens et des Babyloniens) et le sumérien (celle des premiers habitants connus de Mésopotamie). Charpin relate pas à pas le déchiffrement qui ouvre, au cours du XIXe siècle, l’accès à ces archives.
L’auteur présente ensuite les sources dont disposent les chercheurs : un corpus d’environ cinq cent mille textes inscrits sur tablettes d’argile, un matériau qui résiste mieux que le papyrus ou le parchemin au passage du temps. Il décrit l’organisation actuelle de l’enseignement et de la recherche, et rappelle le rôle historique de l’école française (Collège de France, École pratique des hautes études, CNRS) dans un domaine désormais mondialisé. Charpin s’attarde sur les effets de la révolution numérique, qui transforme le travail des assyriologues à travers la mise en ligne de photographies haute définition des tablettes, la création de bases de données interrogeables à distance et les progrès de la reconnaissance automatique des signes cunéiformes.
Ce petit livre constitue la meilleure introduction pour qui souhaite comprendre comment se fabrique la connaissance du monde assyrien. Dominique Charpin y fait le point sur les avancées récentes et signale les menaces qui pèsent sur ce patrimoine, régulièrement détruit ou pillé à la faveur des conflits qui secouent l’Irak et la Syrie — les ravages infligés par Daech au site de Nimrud en 2015 en sont l’illustration la plus récente. Une première lecture qui permet de saisir la nature des sources sur lesquelles reposent tous les travaux plus spécialisés.
2. Mésopotamie. L’écriture, la raison et les dieux (Jean Bottéro, 1987)

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Paru d’abord dans la « Bibliothèque des histoires » de Gallimard avant de rejoindre la collection Folio histoire, ce livre réunit une série d’études signées par l’un des plus grands assyriologues français du XXe siècle. Jean Bottéro (1914-2007) y poursuit une réflexion entamée dans Naissance de Dieu : il cherche à montrer ce que la civilisation mésopotamienne, inventrice de l’écriture, de la ville, des premiers codes de lois et d’une littérature savante, a légué aux civilisations qui lui ont succédé. Le titre indique les trois axes du livre : l’invention de l’écriture cunéiforme à Sumer au tournant du IVe et du IIIe millénaire, l’émergence d’une pensée rationnelle qui préfigure certains aspects de la science grecque, et l’élaboration d’un système religieux et mythologique particulièrement sophistiqué.
La thèse centrale du livre est la suivante : grâce à l’écriture, les Mésopotamiens ont inventé une nouvelle manière de regarder le monde. Cette pensée — qui classe, qui énumère, qui analyse et qui organise la réalité en listes et en catégories — a été reprise plus tard par les Grecs, puis transmise à la culture occidentale jusque dans nos propres habitudes intellectuelles. Les chapitres consacrés à la médecine, à la divination (l’art de lire l’avenir dans le foie des animaux sacrifiés, dans la position des astres ou dans les rêves), à la cuisine, à l’érotisme ou à la vie quotidienne dépeignent une société savante et complexe, capable de produire des traités techniques d’une précision minutieuse. Bottéro s’étend largement sur la religion, avec des analyses consacrées aux grands mythes — l’Enuma Elish (le poème babylonien de la création du monde), la descente de la déesse Ishtar aux Enfers, l’épisode du Déluge repris plus tard dans la Bible — et aux conceptions cosmologiques et morales qui les sous-tendent.
Ce livre, devenu un classique, demeure l’une des meilleures synthèses jamais consacrées à la Mésopotamie antique. Le propos dépasse la seule Assyrie, mais il fournit un cadre indispensable pour comprendre la culture dont l’Assyrie hérite et qu’elle transmet à son tour — en particulier à travers la bibliothèque constituée à Ninive par le roi Assurbanipal au VIIe siècle av. J.-C., qui a préservé une grande part de cette tradition savante. Une lecture exigeante mais essentielle pour qui veut comprendre les racines mésopotamiennes de la pensée occidentale.
3. La Mésopotamie. De Gilgamesh à Artaban, 3300-120 av. J.-C. (Bertrand Lafont, Aline Tenu, Francis Joannès et Philippe Clancier, 2017)

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Publié chez Belin dans la collection « Mondes anciens » dirigée par Joël Cornette, ce volume monumental de plus de mille pages réunit quatre spécialistes qui se répartissent la chronologie. Sumérologue et directeur de recherche au CNRS, Bertrand Lafont couvre les débuts de l’histoire mésopotamienne jusque vers 1500 av. J.-C. ; Aline Tenu prend le relais pour la seconde moitié du IIe millénaire dans le nord de la Mésopotamie ; Francis Joannès et Philippe Clancier traitent les grands empires du Ier millénaire. La chronologie couvre plus de trois mille ans, depuis l’invention de l’écriture cunéiforme à Uruk vers 3300 av. J.-C. jusqu’à l’extinction de la culture mésopotamienne sous domination parthe, autour du IIe siècle av. J.-C. Les deux figures du titre — Gilgamesh, roi mythique d’Uruk et héros de la plus ancienne épopée connue, et Artaban, souverain parthe du IIe siècle av. J.-C. — balisent les points d’entrée et de sortie de cette longue histoire.
L’ambition du livre est de proposer une synthèse à jour qui intègre les découvertes archéologiques les plus récentes et les renouvellements de la recherche — notamment l’idée désormais admise que l’histoire mésopotamienne ne commence pas à Sumer et que les régions dites « périphériques » (Anatolie, Iran, Syrie, Levant) ont produit des cultures tout aussi novatrices, avec lesquelles la Mésopotamie était en dialogue constant. L’approche est à la fois politique, économique, sociale, culturelle et religieuse. L’iconographie abondante, les cartes en couleurs, les tableaux chronologiques et les encadrés consacrés à des objets, des sites ou des personnages en font un manuel de référence.
Pour qui souhaite replacer l’histoire assyrienne dans le temps long de la Mésopotamie, ce livre est la synthèse la plus complète en français. Les pages consacrées à l’Assyrie, qu’il s’agisse des comptoirs de Kaneš, de la Haute Mésopotamie médio-assyrienne ou de l’apogée néo-assyrien, reposent sur les travaux les plus récents et permettent de situer avec précision la trajectoire assyrienne parmi les autres peuples de la région.
4. La Mésopotamie au Ier millénaire avant J.-C. (Francis Joannès, 2000)

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Publié chez Armand Colin dans la Collection U, cet ouvrage de 208 pages se concentre sur la période durant laquelle la Mésopotamie devient le centre de plusieurs grands empires successifs : l’empire néo-assyrien d’abord ; puis, après la chute de Ninive en 612 av. J.-C., l’empire néo-babylonien que dirige Nabuchodonosor II ; enfin, à partir de 539 av. J.-C., date à laquelle Cyrus s’empare de Babylone, la région passe sous domination achéménide, puis séleucide et parthe. Professeur émérite d’histoire ancienne à l’université Paris-I, Francis Joannès y présente l’état des connaissances sur la période la plus riche en sources de toute l’histoire mésopotamienne : les archives publiques et privées retrouvées, qui se comptent par dizaines de milliers de tablettes, ont profondément renouvelé la compréhension de ces sociétés.
Le livre traite à la fois de l’histoire politique et de l’organisation socio-économique. Il accorde une place particulière aux institutions palatiales et aux grands temples, ainsi qu’aux notables urbains de Babylonie, dont les archives familiales — souvent liées à la prêtrise ou au commerce — ouvrent un accès direct à la vie économique, juridique et religieuse de cette période. La continuité culturelle entre Assyrie et Babylonie, malgré la rupture politique de 612, et l’ouverture progressive de la Mésopotamie à des horizons plus vastes (monde perse, puis hellénistique après les conquêtes d’Alexandre) forment les deux fils directeurs du livre.
L’intérêt majeur de ce manuel tient à la manière dont il inscrit l’Assyrie dans une continuité plus large, aux côtés des empires babylonien, perse et séleucide qui lui succèdent, et montre comment la civilisation mésopotamienne — sa langue, son écriture cunéiforme, sa religion — s’éteint lentement jusqu’aux premiers siècles de notre ère. Les tableaux chronologiques et la bibliographie structurée en font un instrument commode pour approfondir chacun des dossiers abordés.
5. L’Empire assyrien. Histoire d’une grande civilisation de l’Antiquité (Josette Elayi, 2021)

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Historienne de l’Antiquité, professeure aux universités de Beyrouth et de Bagdad, autrice de plus de quarante livres et de quelque deux cents articles, Josette Elayi propose chez Perrin la première synthèse en français consacrée à l’empire assyrien. Le livre retrace l’histoire de ce premier empire universel, des origines paléo-assyriennes à la chute en 610 av. J.-C., avec une attention particulière pour les trois siècles de l’apogée néo-assyrien. Chaque chapitre de la seconde partie est consacré à un souverain : Téglath-Phalasar III (le refondateur de l’empire et l’architecte de son administration), Salmanazar V, Sargon II, Sennachérib (qui rase Babylone en 689 av. J.-C.), Assarhaddon (qui conquiert l’Égypte), Assurbanipal, puis les rois qui assistent à l’effondrement.
L’autrice entreprend de dépasser l’image sombre véhiculée par la Bible, où les Assyriens apparaissent comme un peuple féroce et sans culture — une image nourrie par les déportations qui ont frappé le royaume d’Israël en 722 av. J.-C. et par les campagnes menées plus tard contre le royaume de Juda. Les recherches menées depuis le XIXe siècle révèlent au contraire une civilisation raffinée, pionnière dans la constitution de grandes bibliothèques royales, dans l’aménagement de parcs botaniques et zoologiques remplis d’espèces rapportées de toutes les régions conquises, et dans la mise en place de réformes administratives — en particulier le découpage de l’empire en provinces régulières confiées à des gouverneurs, reliées à la capitale par un réseau de routes et de postes relais qui permettent aux ordres royaux de circuler vite. Josette Elayi s’appuie sur les découvertes les plus récentes pour reconstituer une culture où la violence militaire cohabite avec une tradition savante qui inclut l’astronomie, la médecine, la divination et une abondante littérature.
Les comptes rendus regrettent une orientation principalement politico-militaire et l’absence de cartes, qui alourdit le suivi des campagnes et des révoltes dynastiques. Ce livre offre néanmoins au public francophone une chronique accessible et à jour d’un empire mal connu, assortie d’une bibliographie solide et d’une documentation considérable. Une belle entrée en matière pour qui veut aborder l’histoire politique de l’Assyrie.
6. Guerre et paix en Assyrie. Religion et impérialisme (Frederick Mario Fales, 2010)

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Issu d’un cycle de conférences prononcées à l’École pratique des hautes études et publié aux éditions du Cerf, ce livre de Frederick Mario Fales, l’un des plus grands spécialistes de la période néo-assyrienne, se concentre sur les IXe-VIIe siècles av. J.-C. L’auteur remet en cause l’image caricaturale d’un État voué exclusivement à la guerre et à la cruauté. La réalité des campagnes militaires, des déportations massives et des pratiques de terreur théâtralisées dans les bas-reliefs royaux — empalements, décapitations, écorchement vif des rebelles — n’est pas niée. Mais l’auteur montre que les souverains assyriens privilégient, quand la situation le permet, les solutions diplomatiques. Tant qu’une région affirme son allégeance à l’empire, ses habitants conservent leurs dieux, leurs traditions culturelles et une large autonomie politique ; les populations déportées elles-mêmes sont réinstallées ailleurs avec leurs familles et le droit de pratiquer leurs cultes.
Le livre analyse l’idéologie qui articule guerre et paix au sein du système impérial. Le dieu Assur y apparaît comme le garant des conquêtes. Les annales royales — ces textes rédigés chaque année pour consigner les exploits militaires du souverain et gravés sur les murs des palais ou sur des prismes d’argile — mettent en scène la guerre comme un devoir religieux confié au roi. Fales consacre ensuite de longues pages à l’étude technique des armements, des unités militaires, des tactiques de siège et des stratégies de campagne : il y mobilise à la fois les textes et les bas-reliefs des palais. Fales s’intéresse enfin au rôle de l’araméen : cette langue sémitique se note à l’aide d’un alphabet d’une vingtaine de lettres, beaucoup plus simple à apprendre que les centaines de signes du cunéiforme akkadien, et s’impose progressivement comme langue commune du Proche-Orient à la faveur même des déportations assyriennes, qui dispersent des populations araméophones dans tout l’empire.
Ce livre constitue l’un des meilleurs correctifs aux clichés sur la cruauté assyrienne. Il propose une lecture équilibrée, fondée sur une connaissance intime des sources, et invite à penser l’empire néo-assyrien comme un système politique sophistiqué où la coercition et la négociation vont de pair. Une lecture plus technique que les précédentes, à lire après les ouvrages plus généraux présentés plus haut.
7. Assurbanipal. Le roi assyrien derrière la légende de Sardanapale (Josette Elayi, 2026)

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Paru chez Perrin en janvier 2026, ce livre propose la première biographie en français du dernier grand souverain néo-assyrien, Assurbanipal (vers 685-627 av. J.-C.). Josette Elayi y relève un défi particulier : démêler la figure historique du roi de sa postérité littéraire et artistique sous les traits de Sardanapale. Ce monarque oriental efféminé et voluptueux est en réalité une construction des auteurs grecs (notamment Ctésias au IVe siècle av. J.-C., puis Diodore de Sicile), qui brodent à partir de quelques données historiques déformées. Cette figure connaît ensuite une longue postérité dans la littérature et les arts : Lord Byron lui consacre sa tragédie Sardanapalus en 1821, puis Eugène Delacroix peint en 1827 La Mort de Sardanapale, toile conservée au musée du Louvre, où l’on voit le roi couché sur son bûcher, tandis qu’il fait massacrer autour de lui femmes, chevaux et serviteurs avant de mettre fin à ses jours.
Le livre retrace l’éducation du jeune prince et sa formation à la lecture des textes anciens en akkadien et en sumérien — chose rare pour un roi assyrien, habituellement formé aux armes. Il aborde son arrivée au pouvoir en 668 av. J.-C. dans des conditions particulières (il n’est pas l’aîné des fils d’Assarhaddon), puis la rivalité fratricide avec son frère Shamash-shum-ukîn, roi de Babylone, qui débouche sur une guerre civile ravageuse entre 652 et 648 av. J.-C. Les campagnes militaires contre l’Élam (dans le sud-ouest de l’actuel Iran), l’Égypte et les tribus arabes, l’influence décisive des femmes de la famille royale — la reine mère Naqi’a en particulier — et le retrait final dans le cercle des sages de Harran scandent un récit nourri des annales royales, des bas-reliefs et de la correspondance diplomatique.
Assurbanipal apparaît, au terme de l’enquête, comme un souverain qui unit les contraires : stratège impitoyable et lettré passionné, bâtisseur de la bibliothèque de Ninive — l’une des premières grandes bibliothèques de l’histoire, riche de plus de trente mille tablettes — et organisateur de déportations massives. Le Monde des Livres a salué la manière dont Josette Elayi fait dialoguer l’enquête historique et l’histoire de la réception, de Ctésias à Delacroix. Ce livre complète la synthèse publiée par la même autrice en 2021 et resserre la focale sur la figure par laquelle l’empire atteint son sommet — et commence, dans la décennie qui suit la mort du roi, à se fissurer.
8. Quand les femmes écrivaient l’histoire. Entre la Mésopotamie et l’Anatolie il y a 4 000 ans (Cécile Michel, 2026)

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Directrice de recherche au CNRS, professeure à l’université de Hambourg et membre de la mission archéologique de Kültepe, Cécile Michel publie en mars 2026 au Seuil un livre qui renouvelle en profondeur la connaissance des femmes dans la civilisation assyrienne. Le livre s’appuie sur les vingt-deux mille tablettes cunéiformes retrouvées sur le site de Kültepe, dans l’actuelle Turquie — l’ancienne Kaneš —, où les marchands assyriens installaient leurs comptoirs commerciaux au début du IIe millénaire av. J.-C. Ils y échangeaient les textiles fabriqués à Assur et l’étain venu de l’Iran contre l’argent anatolien, qu’ils rapportaient ensuite vers la cité-mère. Ces archives, les plus anciennes archives privées conservées dans l’histoire de l’humanité, documentent au plus près la vie des familles impliquées dans ce commerce.
À travers une vingtaine de portraits, l’autrice redonne voix à des femmes dont les noms ont traversé quatre millénaires : Taram-Kubi, Lamassi, Zizizi, Nuhšatum. Elles ne sont pas seulement les épouses, sœurs ou filles des marchands assyriens. Elles produisent elles-mêmes les étoffes qui partent pour l’Anatolie : à Assur, la production textile est entièrement assurée par les femmes et constitue la principale monnaie d’échange du commerce. Elles gèrent les maisonnées en l’absence de leurs maris, se constituent un patrimoine propre, prêtent de l’argent à intérêt et disposent du droit de divorcer selon les mêmes conditions que leurs époux. Leurs lettres, parfois écrites de leur propre main sans le recours à un scribe, témoignent de leurs préoccupations quotidiennes, de leurs affections et de leurs conflits, mais aussi de leurs stratégies commerciales et familiales.
Ce livre fait apparaître un pan d’histoire que la plupart des synthèses négligent : il y a quatre mille ans, des femmes assyriennes étaient autonomes économiquement et juridiquement, et leur vie présente des ressemblances troublantes avec celle des femmes d’aujourd’hui. Outre leur apport à l’histoire des femmes, ces archives éclairent les débuts de l’Assyrie elle-même, à une époque où la cité d’Assur n’est encore qu’un petit royaume de marchands. Une lecture indispensable pour qui veut comprendre les fondements sociaux et économiques d’une civilisation dont l’histoire est encore trop souvent écrite au seul masculin.