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Que lire sur la guerre de Corée ?

Que lire sur la guerre de Corée ?

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Le 25 juin 1950, à l’aube, l’armée nord-coréenne franchit le 38e parallèle et déferle vers le sud. Quelques heures suffisent à bousculer les défenses de la jeune République de Corée ; trois jours plus tard, Séoul tombe. Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter cinq ans en arrière. Le Japon, qui colonise la Corée depuis trente-cinq ans, capitule en août 1945 ; à Washington, dans la nuit qui suit la capitulation, deux jeunes colonels du Pentagone — Dean Rusk (futur secrétaire d’État) et Charles Bonesteel III — tracent en une demi-heure, sur une carte du National Geographic, une ligne de partage le long du 38e parallèle : au nord, les Soviétiques recevront la reddition des troupes japonaises ; au sud, ce rôle reviendra aux Américains. Cette frontière improvisée doit rester provisoire, le temps d’organiser des élections de réunification. Mais Moscou et Washington n’arrivent plus à s’accorder, et la ligne se fige. En 1948, le Sud organise ses propres élections sous patronage onusien et proclame la République de Corée (Syngman Rhee, Séoul) ; le Nord proclame dans la foulée la République populaire démocratique de Corée (Kim Il-sung, Pyongyang). Les deux régimes revendiquent l’ensemble de la péninsule. La guerre froide, encore tiède en Asie, devient brûlante.

Le Conseil de sécurité de l’ONU réagit avec une rapidité inédite : trois jours après l’invasion, il vote une résolution qui autorise l’envoi de forces internationales pour repousser l’agression. Ce vote n’a été possible que parce que l’URSS, qui aurait pu opposer son veto, boycotte alors les réunions du Conseil — Moscou proteste contre le refus américain de céder le siège chinois à la nouvelle République populaire que Mao Zedong vient de proclamer en octobre 1949, après sa victoire sur les nationalistes de Tchang Kaï-chek (repliés à Taïwan). Quinze pays envoient des troupes sous bannière onusienne, sous commandement du général américain Douglas MacArthur. En septembre 1950, ce dernier joue son va-tout : un débarquement amphibie audacieux à Inchon, à 250 kilomètres derrière les lignes nord-coréennes, qui prend l’envahisseur à revers et le force au repli en quelques semaines. Les forces onusiennes remontent alors jusqu’au fleuve Yalou, à la frontière chinoise. C’est là que MacArthur commet l’erreur majeure de la campagne : convaincu que Pékin bluffe, il néglige les avertissements pourtant explicites transmis via l’ambassadeur indien — la Chine entrera en guerre si les Américains s’approchent de sa frontière. Mao tient parole. En novembre, trois cent mille soldats de l’Armée populaire de libération franchissent le Yalou ; Pékin les présente officiellement comme des « volontaires » partis combattre à titre individuel, fiction qui permet à la Chine de ne pas reconnaître son entrée en guerre contre les États-Unis. Ces troupes rejettent les forces de l’ONU au sud du 38e parallèle. La guerre se transforme alors en conflit de positions, sur des crêtes pelées que l’aviation américaine arrose au napalm, jusqu’à l’armistice signé à Panmunjeom le 27 juillet 1953. Bilan : près de trois millions de morts (dont une majorité écrasante de civils coréens) et des villes rasées. Pas de paix, juste un cessez-le-feu — qui tient toujours. La Corée demeure coupée en deux par une zone démilitarisée de 248 kilomètres, paradoxalement parmi les frontières les plus militarisées du globe.

Longtemps qualifiée d’oubliée en Occident — coincée entre une Seconde Guerre mondiale encore fraîche dans les mémoires et un futur conflit vietnamien qui éclipsera tout —, cette guerre occupe pourtant une place centrale dans l’histoire du XXe siècle : premier conflit chaud de la guerre froide, premier engagement militaire de l’ONU, premier test de la doctrine américaine d’endiguement du communisme en Asie, matrice tactique et géopolitique du conflit vietnamien à venir. Ses conséquences sont aujourd’hui encore visibles : programme nucléaire nord-coréen, présence militaire américaine au Japon et en Corée du Sud, méfiance sino-américaine, division d’une nation en deux régimes que tout oppose désormais. Côté français, un bataillon de volontaires y combat aux côtés des Américains — page d’histoire largement effacée des mémoires nationales, occultée par la guerre d’Indochine qui se déroule au même moment et mobilise alors toute l’attention de l’opinion comme de l’état-major.

Les cinq livres présentés ici sont rangés du plus général au plus particulier, du temps long au récit incarné. On commence par cinq mille ans d’histoire coréenne, pour comprendre quel pays existait avant qu’on le coupe en deux ; on poursuit avec un album largement illustré qui en propose une approche visuelle ; on enchaîne avec la grande synthèse narrative en français, qui en raconte l’intégralité du début à la fin ; on approfondit ensuite ses dimensions stratégiques et internationales avec une somme universitaire collective ; on termine par l’épopée des quelques milliers de soldats français, oubliés de leur propre pays, partis combattre à 9 000 kilomètres de chez eux.


1. Histoire de la Corée : Des origines à nos jours (Pascal Dayez-Burgeon, 2012)

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Avant la guerre, il y a un pays — ou plutôt une nation prise en étau entre la Chine, le Japon, la Russie puis les États-Unis. Normalien, agrégé d’histoire, élève de l’ENA et surtout diplomate à l’ambassade de France en Corée du Sud entre 2001 et 2006, Pascal Dayez-Burgeon embrasse ici cinq millénaires d’une histoire largement méconnue du public francophone. Le récit part du royaume légendaire de Gojoseon, fondé selon la tradition en 2333 avant notre ère, et arrive aux deux États qui se partagent aujourd’hui la péninsule. Entre les deux : les grandes dynasties (Silla, Goryeo qui donna son nom au pays, Joseon), l’âge d’or du roi Sejong au XVe siècle et l’invention du hangeul — l’alphabet coréen toujours en usage —, les invasions mongoles puis mandchoues, la longue colonisation japonaise (1910-1945) et la partition de 1945. Une synthèse de référence en langue française, en 480 pages, publiée chez Tallandier.

Le propos est limpide, dénué de tout jargon universitaire, et l’auteur détricote au passage bon nombre d’idées reçues : ni angélisme sur le Sud capitaliste devenu douzième puissance économique mondiale, ni démonisation paresseuse du Nord (qui a longtemps été économiquement plus dynamique que son voisin du Sud, jusqu’aux années 1970). Quelques piques bien senties contre les puissances tutélaires — États-Unis et Japon en tête — pimentent le récit. La grille de lecture est claire : la Corée a passé l’essentiel de son histoire à se défendre, à composer ou à plier face à des voisins beaucoup plus puissants, et c’est cette équation géostratégique qui éclaire le drame de la partition.

Quelques tics d’écriture peuvent dérouter : l’auteur convoque volontiers des références hexagonales (« poujadisme » pour qualifier un populisme petit-bourgeois, « intrigues byzantines » pour évoquer des manigances de cour) qui parlent au lecteur français averti mais peuvent dépayser un autre public. Plus dense sur la Corée du Sud que sur la Corée du Nord, la dernière partie laissera peut-être les lecteur·ices sur leur faim quant à Pyongyang. La réédition de 2025, actualisée, prolonge le récit jusqu’à la période la plus récente. Pour qui veut comprendre pourquoi la guerre de 1950-1953 est advenue, et pas seulement comment, c’est par ce livre qu’il faut commencer.


2. La guerre de Corée : 1950-1953 (Ivan Cadeau, Olivier Racine et Rodolphe Ragu, 2023)

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Une fois le contexte posé, place à la guerre elle-même — et autant la voir avant de la lire. Publié par l’ECPAD (Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense) dans sa collection « Images de… », ce volume cartonné de 152 pages au format carré 21 x 21 cm rassemble 130 photographies en noir et blanc, pour la plupart issues des fonds du service photographique de l’armée française et des archives américaines de l’époque. Les textes, signés par trois historiens — le lieutenant-colonel Ivan Cadeau (officier au Service historique de la Défense, dont la grande synthèse fait l’objet du livre suivant), Olivier Racine et Rodolphe Ragu — accompagnent l’iconographie sans jamais la noyer.

Le parti pris est résolument français : si le contexte international du conflit est exposé clairement (l’invasion nord-coréenne, l’intervention onusienne, le débarquement d’Inchon, la contre-offensive chinoise, la guerre de positions, l’armistice de Panmunjeom), le fil rouge demeure le bataillon français de l’ONU, sa formation, son intégration à la 2e division d’infanterie américaine, ses faits d’armes à Wonju, Twin Tunnels, Chipyong-ni, Crèvecœur ou Arrow Head. Plus ethnographique, la dernière partie présente les paysages dévastés et les habitant·es d’une Corée des années 1950 que l’on a peine à imaginer aujourd’hui — masures de torchis, enfants pieds nus dans la neige, marchés improvisés au milieu des ruines.

Format album, prix accessible, texte concis : ce livre est sans doute le meilleur point d’entrée pour qui veut se faire une idée concrète du conflit avant de plonger dans des analyses plus longues. À mettre entre toutes les mains qui n’ont jamais ouvert un livre sur la Corée.


3. La guerre de Corée (Ivan Cadeau, 2013)

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Après les images, le récit. Officier, docteur en histoire et rédacteur en chef de la Revue historique des armées, Ivan Cadeau livre cette fois la première synthèse francophone d’ensemble sur le conflit. Parue en 2013 chez Perrin et rééditée début 2016 dans la collection de poche Tempus, cette somme de 384 pages s’appuie sur des archives inédites — françaises, américaines, mais aussi soviétiques et chinoises rendues progressivement accessibles depuis la fin de la guerre froide — et sur une bibliographie internationale considérable. La référence francophone sur le déroulé militaire et diplomatique de la guerre.

Le récit est organisé en six chapitres chronologiques qui suivent pas à pas les phases du conflit : la mise en place des deux Corées au sortir de 1945, l’invasion-éclair du 25 juin 1950 (« Un été au bord du gouffre »), le coup de génie qu’est le débarquement amphibie à Inchon — chapitre intitulé « Le sorcier d’Inchon », clin d’œil au surnom dont les journalistes américains affublent alors MacArthur —, l’irruption fracassante des troupes chinoises à l’automne 1950 sous le cri de « Wansui ! » (littéralement « Dix mille ans ! », cri de guerre chinois équivalent à « À l’assaut ! »), la contre-offensive onusienne du printemps 1951, puis les longs mois d’enlisement jusqu’à l’armistice de Panmunjeom. Cadeau ne se contente pas de raconter : il analyse aussi les arbitrages stratégiques, les tensions entre MacArthur et le président Truman (qui culminent en avril 1951 avec le limogeage du général, lequel réclamait l’emploi de l’arme nucléaire contre la Chine), la défaillance du renseignement américain face à l’entrée en guerre chinoise, ou encore l’épineuse question du rapatriement des prisonniers — beaucoup de captifs nord-coréens et chinois refusaient de rentrer chez eux, ce que le camp communiste n’admit jamais —, question qui prolongea les négociations d’armistice de presque deux ans.

Plus accessible que la somme universitaire dirigée par Journoud, plus complet que l’album ECPAD, ce volume représente l’équilibre idéal pour qui veut comprendre l’intégralité du conflit en un seul livre. Disponible en poche pour un prix modique : il n’y a aucune raison de s’en priver.


4. La guerre de Corée et ses enjeux stratégiques de 1950 à nos jours (Pierre Journoud dir., 2014)

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Place maintenant aux analyses universitaires de plus haute volée. Dirigé par l’historien Pierre Journoud (alors chercheur à l’IRSEM — l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire — et à l’université Sorbonne Nouvelle, spécialiste de la guerre froide en Asie), avec la collaboration d’Antoine Bondaz, Jeanne Briand et Laurent Quisefit, et préfacé par l’historien Alain Delissen, spécialiste reconnu de la Corée à l’EHESS, ce volume collectif de 484 pages publié chez L’Harmattan en 2014 réunit une vingtaine de contributions issues d’un colloque international tenu à Paris. L’ambition affichée : réhabiliter la guerre de Corée comme objet historiographique français. Faute d’enjeux mémoriels nationaux comparables à ceux que portent l’Indochine ou l’Algérie, ce conflit a longtemps été délaissé par la recherche hexagonale, alors même que la recherche anglo-saxonne, sud-coréenne, japonaise et russe lui consacrait une attention soutenue depuis des décennies.

L’approche est résolument plurielle. Aux contributions politico-stratégiques classiques (les décisions de Pyongyang, Moscou et Pékin à la veille du conflit, la posture américaine, la diplomatie britannique, le rôle de l’URSS à l’ONU) s’ajoutent des angles plus inédits : le travail humanitaire de la Croix-Rouge dans le camp de prisonniers de Kojedo (île théâtre, en 1952, d’une retentissante mutinerie de captifs nord-coréens et chinois) ; l’internement à Pyongyang des civils étrangers piégés à Séoul lors de l’invasion ; ou encore l’effet d’aubaine du conflit sur l’industrie japonaise, qui devient l’arrière-base logistique des Américains et redécolle économiquement à cette occasion. La chronologie longue, qui s’étire jusqu’aux crises contemporaines, éclaire en outre les enjeux actuels autour du nucléaire nord-coréen et de la rivalité sino-américaine.

Un avertissement : les textes sont publiés pour partie en français, pour partie en anglais, sans traduction, ce qui peut compliquer la lecture pour qui n’est pas anglophone. Comme tout volume collectif issu d’un colloque, l’ouvrage souffre par endroits d’inégalités de traitement entre les contributions. Mais pour qui souhaite dépasser le récit chronologique et accéder à l’état actuel de la recherche internationale, ce livre est incontournable. À réserver toutefois aux lecteur·ices déjà familier·es des grandes lignes du conflit.


5. Bataillon de Corée : Les volontaires français 1950-1953 (Erwan Bergot, 1983)

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Reste à incarner cette histoire dans un destin collectif. Encore convalescente après les ravages de la guerre et embourbée jusqu’au cou dans le conflit indochinois, la France de 1950 n’a guère les moyens d’envoyer un corps expéditionnaire en Asie du Nord-Est. Ajoutez à cela un Parti communiste français qui pèse alors un quart de l’électorat et dénonce avec virulence toute aventure militaire menée aux côtés des Américains, et le gouvernement Pleven se retrouve coincé. Le compromis trouvé est élégant : un bataillon de volontaires, recruté discrètement, sous commandement du général Raoul Magrin-Vernerey, dit « Ralph Monclar », vieux baroudeur de la France libre qui n’hésite pas à se rétrograder lui-même au grade de lieutenant-colonel pour s’aligner sur les grades américains — humilité aussi rare que spectaculaire dans le métier des armes. Intégré à la 2e division d’infanterie US, le bataillon sera vite surnommé « Bœuf-Oignon » par ses propres hommes (déformation phonétique du « Bataillon ONU »).

Ancien parachutiste sous les ordres de Bigeard, rescapé de Diên Biên Phu, vétéran d’Algérie à la Légion étrangère et l’un des écrivains militaires les plus prolifiques de sa génération, Erwan Bergot (1930-1993) raconte ici l’épopée de ces 3 421 hommes — 269 morts, 1 350 blessés — depuis leur formation au camp d’Auvours en septembre 1950 jusqu’à leur départ d’Incheon en octobre 1953. Wonju en janvier 1951 (la fameuse charge à la baïonnette du lieutenant Lebeurrier sous les yeux médusés des correspondants américains), Twin Tunnels, Chipyong-ni en février, la cote 1037 par moins trente degrés, Crèvecœur (Heartbreak Ridge) à l’automne 1951, Arrow Head en octobre 1952 : autant de noms gravés dans la mémoire de l’US Army — qui décerne au bataillon deux Presidential Unit Citations, sa plus haute distinction d’unité — et oubliés dans la mémoire française.

Paru en 1983 chez Presses de la Cité dans la collection « Troupes de choc », le livre est de facture résolument épique, voire hagiographique : le ton est celui de la geste héroïque, l’auteur ne cache pas son admiration pour ces volontaires aux profils improbables (anciens résistants et ex-pétainistes, aristocrates et ouvriers, idéalistes anticommunistes et mercenaires en quête d’aventure). On lira donc Bergot pour la chair des combats, le détail tactique, le portrait des hommes, plus que pour la distance critique. À compléter, pour qui souhaite une analyse dépassionnée, par les pages que la grande synthèse d’Ivan Cadeau (livre 3 ci-dessus) consacre au même sujet. Mais comme récit incarné d’une page d’histoire militaire française presque entièrement effacée des manuels scolaires, ce volume reste sans rival.