Trouvez facilement votre prochaine lecture
Que lire sur Constantin Ier ?

Que lire sur Constantin ?

Cette page contient des liens affiliés vers Amazon et la Fnac. Si vous achetez un livre en passant par l’un de ces liens, nous touchons une petite commission — sans aucun surcoût pour vous. Une façon simple de nous soutenir. En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Né vers 272 à Naissus (aujourd’hui Niš, en Serbie), Constantin est le fils de Constance Chlore, officier devenu l’un des quatre souverains associés au pouvoir par Dioclétien. Ce système, dit de la « tétrarchie » et mis en place en 293, répartit le gouvernement de l’Empire entre deux Augustes (empereurs seniors) et deux Césars (empereurs juniors), chacun chargé d’une portion du territoire, l’idée étant d’assurer une succession ordonnée par cooptation plutôt que par hérédité.

Quand Constance Chlore meurt à York en juillet 306, ses troupes proclament Constantin empereur sur-le-champ : irrégularité manifeste, puisque la tétrarchie prévoyait justement une promotion concertée. Commence alors une longue marche vers le pouvoir absolu. Constantin élimine méthodiquement ses rivaux, écrase Maxence au pont Milvius en octobre 312 — c’est à la veille de cette bataille que la tradition place la fameuse vision céleste à l’origine de sa conversion —, puis vient à bout de Licinius en 324 pour régner seul sur l’Empire réunifié.

Entre-temps, en 313, il a publié avec Licinius un accord (souvent appelé « édit de Milan ») qui accorde la liberté de culte aux chrétiens et leur restitue les biens confisqués lors des dernières persécutions. En 325, il convoque le premier concile œcuménique à Nicée pour trancher la querelle arienne : le prêtre alexandrin Arius soutenait que le Christ, créé par Dieu le Père, lui était subordonné ; le concile rejette cette thèse et formule le Credo de Nicée, qui pose le Fils comme « consubstantiel » au Père. En 330, Constantin refonde la vieille colonie grecque de Byzance pour en faire Constantinople, sa nouvelle capitale. Il meurt en mai 337, baptisé sur son lit de mort par un évêque proche des positions ariennes — détail qui alimentera longtemps la légende noire d’un empereur « arianisant ».

Premier empereur romain chrétien, bâtisseur, législateur et chef de guerre, il change en quelques années le statut d’une religion jusque-là marginale : d’obscure secte tolérée ou persécutée selon les règnes, le christianisme passe sous sa protection à celui de foi officiellement favorisée par le pouvoir impérial — un basculement dont l’histoire européenne ne finira pas de tirer les conséquences.

Les sept titres qui suivent sont classés selon une logique progressive. Les trois premiers sont des biographies modernes, de la synthèse la plus accessible vers l’étude la plus dense, puis une relecture thématique. Le quatrième est un essai interprétatif qui suppose de connaître déjà les grandes lignes du règne. Les trois derniers, enfin, ouvrent sur les sources antiques elles-mêmes : d’abord une anthologie qui donne la parole à plusieurs témoins, puis la grande biographie d’Eusèbe de Césarée, et enfin les textes sortis de la plume même de l’empereur.


1. Constantin. Le premier empereur chrétien (Vincent Puech, 2011)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Maître de conférences à l’université de Versailles–Saint-Quentin, Vincent Puech propose une synthèse claire et accessible qui replace la conversion dans l’ensemble du règne. Plutôt que de concentrer le récit sur le seul épisode du pont Milvius, il choisit de passer en revue tous les champs d’intervention impériale : politique, administratif, militaire, juridique, religieux. Le lecteur ou la lectrice y trouvera un tableau panoramique appuyé sur un usage systématique des différents types de sources — littéraires, juridiques, numismatiques, archéologiques.

La thèse centrale tient en une formule : Constantin demeure profondément romain. Converti au christianisme, il n’en garde pas moins le titre de pontifex maximus, c’est-à-dire de grand pontife des cultes païens ; il continue pendant des années à faire figurer le dieu Sol Invictus sur ses monnaies, respecte les traditions sénatoriales et ne persécute personne au nom de sa nouvelle foi. Sa politique de centralisation monarchique sert une société qui reste romaine dans ses cadres mais s’ouvre aux chrétiens — dont il devient le protecteur sans faire pour autant du christianisme la religion officielle de l’Empire (ce sera l’affaire de Théodose, à la fin du siècle). La fondation de Constantinople en devient le symbole : une capitale nouvelle, chrétienne par ses églises et ses reliques, mais construite selon les codes de l’urbanisme impérial classique.

Le livre se clôt sur un chapitre moins attendu consacré à la légende orientale de Constantin. À partir du VIe siècle, Byzance fait de l’empereur un saint fondateur de l’Empire chrétien et retouche son souvenir à cet effet : la coexistence entre paganisme et christianisme, qui avait pourtant fait toute l’originalité réelle du règne, disparaît purement et simplement du portrait. Un excellent point de départ pour aborder la question sans se perdre d’emblée dans les controverses historiographiques.


2. Constantin le Grand. Empereur romain, empereur chrétien, 306-337 (Pierre Maraval, 2011)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Parue chez Tallandier la même année que celle de Puech, la biographie de Pierre Maraval fait aujourd’hui figure de référence francophone. Professeur émérite à Paris-Sorbonne, spécialiste de l’Antiquité tardive, traducteur d’Eusèbe, de Socrate de Constantinople et de plusieurs textes constantiniens, Maraval connaît mieux que personne le dossier documentaire. Le résultat est une étude de près de quatre cents pages qui retrace chronologiquement la vie de l’empereur, de la jeunesse à la cour de Dioclétien jusqu’à la mort en 337, avec une confrontation constante des sources — et elles se contredisent souvent.

Le parti pris est celui du récit continu : l’apparat savant est renvoyé en fin de volume pour ne pas alourdir la lecture. Maraval n’en est pas moins précis sur les questions épineuses. Sur la vision précédant le pont Milvius, par exemple, il aligne patiemment les témoignages qui ne s’accordent sur rien : Lactance parle d’un songe nocturne juste avant la bataille ; Eusèbe, bien plus tard, raconte une vision diurne d’une croix de lumière dans le ciel, survenue à un moment et en un lieu bien plus vagues ; les uns évoquent un chrisme (le monogramme grec XP du Christ), d’autres une croix ; l’arc de triomphe érigé par le Sénat à Rome après la victoire, lui, ne porte aucun symbole chrétien. Maraval démonte avec la même application la vieille thèse d’un Constantin « arianisant » en fin de règne : l’empereur a reçu le baptême des mains d’Eusèbe de Nicomédie, évêque proche d’Arius, ce qui a suffi à certains auteurs anciens (dont Jérôme) pour faire de lui un tiède ou un renégat des décisions de Nicée. Textes à l’appui, Maraval montre qu’il n’en est rien.

Ni détracteur ni hagiographe, Maraval refuse les procès d’intention comme les célébrations trop faciles. Le livre offre au public francophone un état des connaissances sans équivalent, salué par les revues savantes comme par les lecteurs plus généralistes. À lire après Puech pour entrer dans le détail des sources et des débats, avec en prime une chronologie précise et un index fort utiles.


3. Constantin. Un Auguste chrétien (Bertrand Lançon et Tiphaine Moreau, 2012)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Écrit à quatre mains par deux spécialistes de l’Antiquité tardive, ce volume de la collection « Nouvelles biographies historiques » adopte un angle différent : davantage thématique que strictement chronologique, il cherche à corriger deux lectures également simplistes, la légende dorée du saint fondateur de l’Empire chrétien et la légende noire du cynique calculateur qui n’aurait vu dans le christianisme qu’un outil politique. Le Constantin qui en ressort est d’abord un héritier : un « Auguste », c’est-à-dire un empereur dans la lignée du fondateur du Principat en 27 avant notre ère, qui reprend les titres, les rites et les gestes traditionnels du pouvoir romain. Sa nouveauté — le soutien apporté à l’Église — s’inscrit dans ce cadre classique plutôt que contre lui.

La première partie du livre passe en revue les grands aspects du règne (conquête du pouvoir, rapport aux religions, concile de Nicée, fondation de Constantinople, réformes administratives et fiscales, famille impériale), organisés par thèmes plutôt que par dates. La seconde, plus originale, se penche sur la postérité du personnage. On y trouve notamment un développement sur la « donation de Constantin », faux fabriqué au VIIIe siècle qui prétendait que l’empereur avait remis au pape Sylvestre la souveraineté sur Rome et l’Occident — document longtemps invoqué par la papauté médiévale pour justifier son pouvoir temporel, avant que l’humaniste Lorenzo Valla n’en démontre la fausseté au XVe siècle. Les auteurs consacrent aussi des pages à la réception idéologique de l’empereur, du Paradis de Dante aux récupérations politiques plus récentes.

Le livre intéressera particulièrement qui veut saisir à quel point la figure de Constantin a servi, au fil des siècles, à justifier des causes parfois opposées : celle de la papauté médiévale, celle des monarchies chrétiennes d’Europe, celle plus récemment des tenants d’une Europe aux « racines chrétiennes ». À lire après les deux biographies précédentes, dont il prolonge et complique le récit.


4. Quand notre monde est devenu chrétien, 312-394 (Paul Veyne, 2007)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Ce n’est pas à proprement parler une biographie de Constantin, mais un essai iconoclaste sur le « tournant » chrétien de l’Occident, par l’un des plus grands historiens français de l’Antiquité romaine. Professeur honoraire au Collège de France et agnostique revendiqué, Paul Veyne y pose une question simple : comment une secte encore très minoritaire autour de l’an 300 (environ un dixième de la population de l’Empire, selon les estimations) a-t-elle pu s’imposer en moins d’un siècle à cent millions de personnes, sans faire de martyrs dans le camp d’en face ? Le livre a reçu le prix du Sénat du livre d’histoire et le grand prix Gobert de l’Académie française en 2007.

Veyne prend à rebours l’historiographie dominante qui tend à faire de la conversion de Constantin un pur calcul politique. Pour lui, la sincérité religieuse de l’empereur ne fait aucun doute : Constantin s’est réellement cru investi d’une mission divine. Ce qui rendait le christianisme attirant aux yeux d’un souverain aussi ambitieux, selon Veyne, c’est sa radicale nouveauté par rapport au paganisme traditionnel. Là où les païens s’estimaient quittes avec leurs dieux dès qu’ils obtenaient ce qu’ils demandaient, le christianisme proposait tout autre chose : un récit cosmique de salut universel, une relation personnelle avec un Dieu unique, et un « plan d’amour » qui englobait l’humanité entière. Au grand empereur qu’il voulait être, il fallait une grande religion — une religion d’avant-garde. Veyne ose d’ailleurs la comparaison avec Lénine et Trotski en 1917 : dans les deux cas, quelques hommes se sont crus choisis pour changer le cours de l’histoire universelle, l’un au nom d’une rationalité matérialiste, l’autre au nom d’une rationalité divine. La comparaison n’est pas gratuite : elle éclaire un ressort commun à bien des révolutionnaires, qu’ils agissent au nom de Dieu ou de l’histoire.

L’essai est rythmé, souvent drôle, parfois provocateur, et ne s’interdit pas quelques digressions sur l’origine du monothéisme, la notion d’idéologie ou les prétendues « racines chrétiennes de l’Europe » — que l’auteur conteste avec une belle énergie. Sous ses allures de promenade érudite, le livre repose sur une connaissance très solide des sources, même si l’appareil savant reste discret. À aborder après avoir déjà une idée du règne, car Veyne suppose acquis un certain nombre de repères chronologiques qu’il ne juge pas utile de redonner.


5. La véritable histoire de Constantin (Pierre Maraval, 2010)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Publié aux Belles Lettres dans la collection éponyme, ce petit volume est une anthologie de textes anciens traduits et présentés par Pierre Maraval. Le principe de la collection est simple : donner directement la parole aux témoins antiques, favorables ou hostiles, pour que chacun puisse se faire une opinion à partir des sources primaires. On y trouve des extraits de Lactance (apologiste chrétien contemporain des événements), d’Eusèbe de Césarée, du rhéteur païen Libanios, de l’historien païen Zosime (qui écrit deux siècles plus tard et voit en Constantin le fossoyeur de Rome), de l’empereur Julien dit « l’Apostat » (neveu de Constantin qui tentera de restaurer le paganisme dans les années 360) et de plusieurs autres, organisés selon les grandes étapes de la vie de l’empereur.

L’intérêt du recueil est immédiat : lire ces textes bruts, c’est mesurer à quel point la figure de Constantin a été tirée dans tous les sens dès l’Antiquité. Entre les panégyriques chrétiens qui en font un nouveau Moïse et les pamphlets païens qui lui reprochent l’exécution, en 326, de son fils aîné Crispus et de sa seconde épouse Fausta — affaire obscure dont on ignore encore les motifs exacts —, il y a tout un spectre de témoignages contradictoires. L’ouvrage permet de les parcourir sans avoir à posséder le latin, le grec, ni une bibliothèque universitaire bien fournie.

Quelques lecteurs exigeants ont trouvé le recueil un peu aride. Il faut bien l’avouer : la littérature antique sur Constantin n’offre pas toujours une lecture riante — panégyriques pompeux d’un côté, hagiographies édifiantes de l’autre, pamphlets acides au milieu. C’est précisément pour cela qu’il vaut mieux l’ouvrir après avoir lu une ou deux synthèses modernes : les textes prennent alors tout leur sens, et l’on saisit les enjeux qui se jouent derrière chaque ligne.


6. Vie de Constantin (Eusèbe de Césarée, IVe siècle)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Rédigée entre 337 et 339 par l’évêque de Césarée en Palestine, juste après la mort de l’empereur, la Vie de Constantin est notre source antique la plus ancienne et la plus complète sur le personnage. Eusèbe a connu Constantin personnellement, a assisté au concile de Nicée qu’il compare à une nouvelle Pentecôte, et propose ici un texte à mi-chemin entre la biographie, l’hagiographie et le panégyrique. Il prévient d’emblée : son propos n’est pas de retracer la vie politique de l’empereur, mais de montrer comment la Providence l’a choisi « comme chef et guide de tous ». Constantin y apparaît en nouveau Moïse qui conduit le peuple chrétien hors de la persécution vers la paix promise, et l’évêque va jusqu’à l’appeler « l’évêque du dehors ». La formule fera fortune : elle pose les bases de ce qu’on nommera plus tard le césaropapisme byzantin, soit le système dans lequel l’empereur intervient de plein droit dans les affaires de l’Église, y compris sur des questions de doctrine.

Le texte est engagé, il faut donc le lire avec précaution : Eusèbe est ébloui par le sort nouveau fait à l’Église et ne voit dans l’intervention impériale que des bienfaits — là où d’autres pointeront bien plus tard les dangers de cette confusion entre le trône et l’autel. Son authenticité, contestée dans les années 1930 par le savant belge Henri Grégoire, est aujourd’hui admise par la quasi-totalité des spécialistes. Sa valeur documentaire est considérable : Eusèbe cite en tout ou partie une quinzaine de lettres et décrets de Constantin dont l’authenticité n’est plus guère discutée, et c’est souvent par son intermédiaire que nous disposons encore de ces documents.

La traduction française de référence est celle de Marie-Josèphe Rondeau, publiée en 2013 dans la collection « Sources chrétiennes » aux éditions du Cerf, sous le numéro 559. Détail savoureux : c’était la première traduction française intégrale depuis celle de Louis Cousin en 1675, soit un trou de trois cent trente-huit ans entre deux versions françaises d’un texte pourtant fondamental. L’introduction de Luce Pietri et l’annotation historique fournissent tous les éclaircissements nécessaires. Un incontournable pour qui veut toucher du doigt la matière première à partir de laquelle les historiens modernes travaillent.


7. Constantin. Lettres et discours (Constantin Ier, éd. Pierre Maraval, 2010)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Dernière étape logique de ce parcours : lire Constantin par Constantin. Publié aux Belles Lettres dans la collection « La roue à livres », ce volume rassemble une quarantaine de lettres et trois discours de l’empereur, traduits, présentés et annotés par Pierre Maraval. La plupart de ces textes n’avaient jamais été traduits en français, ce qui suffit à mesurer l’intérêt de l’entreprise. On y entend une voix — impérieuse, préoccupée, parfois théologienne, toujours politique.

Les lettres se répartissent en deux grands ensembles. Les premières fixent les orientations religieuses du règne : monothéisme, liberté laissée aux païens comme aux chrétiens, faveur prononcée envers l’Église. Les secondes concernent les interventions de Constantin dans les querelles internes au christianisme, qu’il redoutait par-dessus tout, car elles menaçaient la concorde dont il rêvait pour son Empire. Deux conflits l’accaparent. Le premier, le schisme donatiste, oppose en Afrique du Nord une faction rigoriste (menée par l’évêque Donat) à la tendance majoritaire : les donatistes refusaient de reconnaître la validité des sacrements administrés par des évêques qui avaient livré les Écritures aux autorités pendant la persécution de Dioclétien, et considéraient donc l’Église « officielle » comme souillée par compromission. Le second, la querelle arienne (évoquée plus haut), touche à la nature même du Christ et déchire les Églises d’Orient. Dans les deux cas, Constantin tente, avec plus ou moins de succès, de rétablir l’unité par l’autorité impériale. Une phrase écrite en 324 résume tout son programme : unifier l’attitude envers la divinité de toutes les nations, puis restaurer le corps de l’État gravement blessé.

Probablement prononcé après la victoire sur Licinius en 324, le Discours à l’assemblée des saints est d’une autre nature : sorte de catéchèse impériale, il contient même une exégèse chrétienne de la quatrième Bucolique de Virgile, poème latin de 40 avant notre ère qui annonçait la naissance d’un enfant merveilleux et l’avènement d’un nouvel âge d’or. Les chrétiens de l’Antiquité tardive, et Constantin à leur suite, y ont lu une prophétie païenne de la venue du Christ — lecture qui deviendra classique au Moyen Âge et qui figure encore dans le Purgatoire de Dante. Refermer ce volume après les six précédents, c’est avoir tous les éléments en main pour se forger une opinion sur cet homme dont la conversion a pesé, pour plus d’un millénaire, sur l’histoire religieuse de l’Europe.