Publié en 2003, Le Diable s’habille en Prada est le premier roman de l’autrice américaine Lauren Weisberger. Il s’agit d’un roman à clef inspiré de l’année que l’autrice a passée comme assistante personnelle d’Anna Wintour, la célèbre rédactrice en chef de Vogue. On y suit Andrea Sachs, jeune diplômée fraîchement débarquée à New York, propulsée au poste d’assistante de Miranda Priestly, la tyrannique rédactrice en chef du magazine de mode fictif Runway. Andrea obéit à des demandes toujours plus absurdes — aller chercher le steak de Miranda à l’autre bout de la ville, dénicher un exemplaire introuvable du dernier Harry Potter pour ses filles —, sacrifie ses amitiés, sa vie amoureuse et sa santé mentale, et finit par se demander si la promesse d’un tremplin de carrière justifie tout cela. Best-seller mondial traduit dans une trentaine de langues, le roman a été adapté au cinéma en 2006 avec Meryl Streep et Anne Hathaway.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce livre (ou après avoir revu le film pour la énième fois), voici quelques suggestions dans la même veine.
1. Qui veut la peau d’Imogen Tate ? (Lucy Sykes et Jo Piazza, 2015)

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À 42 ans, Imogen Tate est une figure respectée du milieu de la mode et la rédactrice en chef du magazine Glossy. Elle peut compter Alexander Wang et Diane von Fürstenberg parmi ses proches, mais elle n’a jamais envoyé un tweet de sa vie. De retour au bureau après six mois d’arrêt maladie (un cancer du sein), elle découvre que son ancienne assistante, Eve Morton — diplômée de Harvard, armée de son iPhone et d’une ambition sans limites — a pris les commandes du magazine et compte bien le transformer en application. Adieu le papier glacé, bonjour le clic.
Coécrit par une ancienne directrice mode de Marie Claire et une journaliste du Wall Street Journal, le roman fonctionne comme un Diable s’habille en Prada inversé : ici, c’est l’assistante qui tyrannise la patronne. Mais il s’agit aussi d’une comédie acide sur le fossé générationnel à l’ère du numérique : Imogen doit apprendre à maîtriser Instagram et les taux de conversion tout en se défendant contre une collègue qui la sabote méthodiquement. Plusieurs critiques ont noté la filiation du roman avec Ève, le film de Joseph L. Mankiewicz (1950), dans lequel une jeune femme pleine d’ambition s’infiltre dans la vie d’une actrice de théâtre pour lui voler sa carrière — une référence que les autrices revendiquent ouvertement.
2. Blonde attitude (Plum Sykes, 2004)

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Julie Bergdorf — héritière fictive de grands magasins de luxe new-yorkais (une allusion à peine voilée à Bergdorf Goodman) — est blonde, glamour et entourée d’une meute d’admiratrices. Seul problème : elle est célibataire. Et à Park Avenue, le quartier le plus chic de Manhattan, cette situation relève de la faute de goût impardonnable. Lancée à l’assaut du « MP » (Mari Potentiel), Julie entraîne dans son sillage sa meilleure amie, qui est aussi la véritable protagoniste et narratrice du roman. Rédactrice dans un magazine de mode, cette dernière nous guide à travers les soirées, les penthouses et les instituts de beauté les plus exclusifs de la ville, tout en gardant un regard amusé et légèrement incrédule sur ce monde.
Plum Sykes connaît ce milieu de l’intérieur : journaliste au Vogue britannique puis au Vogue américain depuis les années 1990, elle a fréquenté cette jet-set pendant des années avant de la croquer dans ce premier roman. Derrière la façade assumée de la superficialité — balayages à 800 dollars, clubs privés, club de lecture où personne ne lit le livre —, le récit dresse le portrait d’un tout petit monde new-yorkais dont les membres ne jurent que par l’apparence, le prestige et la carte de crédit illimitée. C’est drôle, c’est féroce, et c’est écrit par quelqu’un qui a les clefs de toutes les portes.
3. Confessions d’une accro du shopping (Sophie Kinsella, 2000)

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À 25 ans, Becky Bloomwood est journaliste financière au magazine londonien Réussir votre épargne. Son travail consiste à expliquer à ses lecteur·ice·s comment gérer leur budget. L’ironie ? Becky est incapable d’appliquer ses propres conseils. Chaussures, maquillage, fringues sublimes : elle achète de façon compulsive, accumule les dettes, et rationalise chaque dépense avec une mauvaise foi désarmante (un foulard Denny and George ? Un « investissement »). Le jour où son banquier bloque tous ses comptes, la panique s’installe — d’autant qu’elle commence à fréquenter Luke Brandon, un séduisant homme d’affaires, et que ses montagnes de mensonges menacent de s’effondrer au pire moment.
Premier tome d’une saga devenue culte (neuf volumes, plus de cinquante millions d’exemplaires vendus dans le monde), ce roman a fait de Sophie Kinsella l’une des autrices les plus populaires de la comédie sentimentale britannique. Sous son ton délibérément léger, le livre aborde de front la question de l’achat compulsif — une pathologie réelle, l’oniomanie — et la spirale du surendettement. Le roman a été adapté au cinéma en 2009 avec Isla Fisher dans le rôle de Becky. Kinsella est décédée en décembre 2025 à l’âge de 55 ans des suites d’un cancer du cerveau, mais Becky Bloomwood, elle, continue de hanter joyeusement les rayons de la littérature contemporaine.
4. Lipstick Jungle (Candace Bushnell, 2005)

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Nico O’Neilly est la rédactrice en chef de Bonfire, un magazine de pop culture influent ; lassée par la routine de son mariage, elle entame une liaison avec un mannequin qui pourrait être son fils. Victory Ford est styliste ; sa dernière collection a été un fiasco, et elle cherche un second souffle — sentimental autant que professionnel — dans les bras d’un milliardaire. Wendy Healy dirige un studio de cinéma hollywoodien, mais son mariage avec un homme au foyer qui dépense son argent sans compter est en chute libre. Toutes les trois sont amies, se voient régulièrement, et partagent le même constat : réussir brillamment sa carrière ne protège ni son couple ni sa tranquillité d’esprit.
Avec Lipstick Jungle, Candace Bushnell reprend le terrain de Sex and the City (voir ci-dessous) mais change de focale : ses héroïnes ont la quarantaine, des enfants et des postes à haute responsabilité. Le roman s’intéresse moins aux premiers émois amoureux qu’à ce qui se passe après — quand le poste de rêve est acquis mais que le mari s’éloigne, quand on gagne des millions mais qu’on dîne seule. Le livre a donné lieu à une série télévisée sur NBC en 2008, avec Brooke Shields dans le rôle de Wendy.
5. Sex and the City (Candace Bushnell, 1996)

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Avant la série télévisée devenue culte sur HBO (1998–2004), avant les cocktails Cosmopolitan et les escarpins Manolo Blahnik de Carrie Bradshaw, il y a eu le livre. Sex and the City n’est pas un roman au sens classique du terme, mais un recueil de chroniques que Candace Bushnell tenait dans le New York Observer. Elle y décortiquait sans filtre les mœurs amoureuses et sexuelles de l’élite de Manhattan. On y croise Carrie, Mr. Big, Samantha Jones et toute une faune de célibataires fortuné·e·s, de coureurs de jupons professionnels et de femmes d’affaires redoutables — tous en quête du partenaire idéal dans un milieu où les relations sont régies par le statut social et l’épaisseur du portefeuille.
Le ton est nettement plus cru et plus désenchanté que celui de la série télévisée. Les personnages sont moins sympathiques, plus cyniques, et New York y apparaît moins comme un terrain de jeu glamour que comme un champ de ruines sentimentales. C’est ce qui fait l’intérêt du livre : là où les scénaristes de HBO ont adouci les angles et rendu les héroïnes attachantes, le recueil original offre un regard sans complaisance sur une certaine Amérique des années 1990, où l’on choisit ses amant·e·s comme on choisit ses placements financiers. Si vous avez aimé la série, attendez-vous à une tout autre tonalité.
6. Crazy Rich Asians – Tome 1 : Crazy Rich à Singapour (Kevin Kwan, 2013)

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Professeure d’économie à New York, Rachel Chu accepte de suivre son petit ami Nicholas Young à Singapour pour assister au mariage de son meilleur ami. Ce qu’elle ignore, c’est que Nick a « oublié » de lui mentionner un détail : sa famille est l’une des plus grandes fortunes d’Asie, le mariage est l’événement de l’année, et il est l’héritier le plus convoité de tout l’Extrême-Orient. Pour Rachel — sino-américaine issue de la classe moyenne, élevée par une mère célibataire — le séjour de rêve tourne vite au cauchemar mondain : la mère de Nick la considère comme une intruse indigne de son fils, les cousines la snobent, et les prétendantes évincées lui déclarent une guerre ouverte.
Lui-même issu de l’aristocratie singapourienne, Kevin Kwan signe une comédie de mœurs acide sur les ultra-riches asiatiques, leur obsession du pedigree familial (de quelle province chinoise vient votre famille ? Depuis combien de générations êtes-vous riche ?) et leurs dépenses vertigineuses — quand on achète de la haute couture, c’est par dizaines de robes ; quand on veut papoter entre amies, on prend le jet privé. Le roman est truffé de notes de bas de page sur les coutumes locales, les dialectes chinois et la gastronomie singapourienne, qui donnent au lecteur·ice des repères concrets dans un univers très éloigné des standards occidentaux. Adapté au cinéma en 2018 avec Constance Wu et Henry Golding, le roman est le premier tome d’une trilogie.
7. Le Journal de Bridget Jones (Helen Fielding, 1996)

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Bridget Jones a 29 ans, fume trop, boit trop, pèse (selon elle) toujours trop, et consigne scrupuleusement le tout dans son journal intime — nombre de calories et unités d’alcool comprises. Célibataire londonienne qui travaille dans l’édition, elle oscille entre Daniel Cleaver, son patron séduisant mais volage, et Mark Darcy, un avocat spécialiste des droits de l’homme que sa mère s’obstine à lui présenter lors de dîners de famille. Sa hantise absolue : mourir seule dans son appartement et n’être retrouvée que trois semaines plus tard.
Helen Fielding a d’abord publié ces chroniques dans The Independent et The Daily Telegraph avant d’en tirer un roman en 1996, devenu un phénomène éditorial mondial (plus de quatre millions d’exemplaires vendus). L’autrice revendique ouvertement l’influence d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen — les parallèles entre son Darcy et celui d’Austen ne sont pas un hasard. Mais la force du Journal de Bridget Jones tient à son héroïne, qui incarne avec une autodérision féroce les contradictions de toute une génération : on lui demande d’être indépendante mais de trouver un mari, mince mais gourmande, professionnelle mais pas trop ambitieuse. Le film de 2001 avec Renée Zellweger, Colin Firth et Hugh Grant a achevé d’installer Bridget dans la culture populaire.
8. Samantha, bonne à rien faire (Sophie Kinsella, 2005)

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Samantha Sweeting, la trentaine, ne vit que pour sa carrière d’avocate d’affaires dans un prestigieux cabinet londonien. Ni soirées, ni week-ends, ni vacances : elle planifie son emploi du temps en tranches de six minutes et espère décrocher le titre d’associée. Mais le jour où elle commet une bourde monumentale — une échéance oubliée qui fait perdre cinquante millions de livres à son meilleur client —, sa vie s’effondre. Prise de panique, elle saute dans le premier train, atterrit dans un village de la campagne anglaise, et sonne à la porte d’une grande maison. Les propriétaires, les Geiger, la prennent pour la nouvelle gouvernante qu’ils attendaient. Trop sonnée pour les détromper, Samantha accepte le poste. Problème : elle ne sait pas faire fonctionner un micro-ondes.
Ce qui fait la force comique du livre, c’est le gouffre entre le quotidien de Samantha (des fusions-acquisitions à plusieurs milliards) et ses nouvelles missions (repasser une chemise sans la brûler, préparer un repas sans déclencher l’alarme incendie). Avec l’aide de Nathaniel, le jardinier de la propriété — diplômé de l’université mais heureux de vivre de sa passion pour les plantes plutôt que de courir après une promotion —, Samantha redécouvre les gestes simples : cuisiner un vrai repas, s’occuper d’un jardin, dormir huit heures d’affilée. Le roman est, au fond, une histoire de burn-out racontée comme une comédie romantique — et c’est ce décalage qui la rend efficace.