Mémoires d’un expert psychiatre est un thriller psychologique d’Angélina Delcroix, paru en 2024 aux éditions Hugo Thriller et récompensé par le Prix Cognac 2024 du meilleur roman francophone. On y suit Adam Jacuri, expert psychiatre auprès de la Cour d’appel de Lyon, qui, à l’approche de la retraite, confie ses mémoires à Jessie Maure, autrice de thrillers. Alors qu’il s’installe en Bretagne, près de la forêt de Huelgoat, des disparitions inquiétantes secouent la population locale. Adam soupçonne un ancien patient d’avoir simulé la folie pour échapper à la prison — tandis que la gendarmerie refuse de le prendre au sérieux. Entre souvenirs de carrière, maladies mentales et répercussions familiales d’un métier hors norme, le roman nous plonge dans le quotidien des unités pour malades difficiles et pose une question qui traverse tout le récit : que se passe-t-il quand un expert se trompe, et qu’un simulateur est relâché dans la nature ?
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici d’autres thrillers dans lesquels la psychiatrie est au cœur de l’intrigue.
1. Synopsix (Angélina Delcroix, 2021)

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Mallory, 36 ans, survit entre un studio sinistre, un boulot de serveuse et une patronne insupportable. Quand elle reçoit un e-mail lui proposant de participer à un jeu confidentiel — incarner un enquêteur de la police scientifique pendant un mois, avec 100 000 euros à la clé —, elle n’a rien à perdre. Après une phase de sélection sous forme d’énigmes, elle se retrouve devant un manoir isolé, enseveli sous la neige. Le jeu peut commencer. Sauf que les cadavres disposés dans les différentes pièces ne sont pas des accessoires.
En parallèle, on suit Jessie Maure — que les lecteur·ices de Mémoires d’un expert psychiatre reconnaîtront — aux prises avec son nouveau manuscrit : elle est persuadée qu’il manque quelque chose à son thriller, et retourne visiter le manoir qui lui a inspiré son histoire. Le récit alterne entre ce que vit Mallory dans le jeu et ce qu’écrit Jessie dans son roman, si bien que le lecteur finit par ne plus savoir si les événements du manoir sont réels ou s’ils sortent du manuscrit de Jessie. Le titre est un indice : un croisement entre « synopsis » et « six », comme les six participants piégés dans ce manoir. Angélina Delcroix s’appuie sur de véritables affaires criminelles pour nourrir les scènes de crime du jeu, ce qui ajoute une couche de malaise supplémentaire — comme si une seule ne suffisait pas.
2. À retardement (Franck Thilliez, 2025)

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Éléonore Hourdel, psychiatre dans une unité pour malades difficiles (UMD) à Chambly, accueille un soir un nouveau patient : délirant, sans papiers, inapte à la garde à vue, l’homme a poussé un inconnu sur les rails du métro et prétend « fuir des vers ». À cinquante kilomètres de là, le commandant Franck Sharko et son équipe découvrent le cadavre d’un quinquagénaire sauvagement assassiné dans son lit. Détail troublant : aucune empreinte digitale, aucune trace d’ADN dans toute la maison — pas même celles de la victime.
Les deux affaires vont se rejoindre dans une intrigue qui plonge le lecteur au cœur du fonctionnement d’une UMD — ces services hospitaliers fermés, réservés aux patients psychiatriques considérés comme dangereux pour eux-mêmes ou pour autrui : admissions, protocoles de soins, quotidien des patients enfermés là parfois pour des décennies. Thilliez a passé trois jours en immersion dans un véritable établissement pour préparer ce roman, et ça se sent : les malades ne sont pas réduits à des figures de « fous dangereux », mais dépeints comme des individus souffrant de schizophrénie, de troubles délirants ou de psychoses graves, souvent incapables de comprendre ce qu’ils ont fait. C’est la quatorzième enquête du duo Sharko-Hennebelle, et le sujet rejoint directement celui des Mémoires de Delcroix : la question de la responsabilité pénale — un individu atteint d’une maladie mentale grave est-il conscient de ses actes au moment du crime, et que risque-t-on quand la réponse est mal évaluée ?
3. La Maison des voix (Donato Carrisi, 2020)

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À Florence, Pietro Gerber est pédopsychiatre et spécialiste de l’hypnose — un praticien qui aide les enfants traumatisés à retrouver des souvenirs enfouis en les guidant sous hypnose. Dans le milieu, on le surnomme l’« endormeur d’enfants », un titre hérité de son père qui exerçait avant lui. Un jour, une consœur australienne lui demande de reprendre le suivi d’une patiente qui vient d’arriver en Italie. Le problème : cette patiente est adulte. Elle s’appelle Hanna Hall, et elle est convaincue d’avoir tué son petit frère pendant l’enfance. Intrigué, Gerber accepte.
Séance après séance, les souvenirs d’Hanna révèlent un passé terrifiant — mais aussi des détails qu’elle ne devrait pas connaître : le prénom des enfants de Gerber, des épisodes de sa vie conjugale, des éléments que seul un proche pourrait savoir. Progressivement, c’est Hanna qui prend l’ascendant sur les séances : elle oriente les questions, déstabilise le médecin, s’immisce dans son quotidien. Gerber s’éloigne de sa femme, devient obsédé par cette patiente, et finit par ne plus savoir qui soigne qui. Donato Carrisi, déjà connu pour Le Chuchoteur, construit ici un face-à-face sous tension entre un thérapeute et une patiente qui pourrait être tour à tour victime, manipulatrice, schizophrène — ou tout cela en même temps.
4. Le Passager (Jean-Christophe Grangé, 2011)

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Mathias Freire est un psychiatre taciturne exerçant au centre hospitalier de Bordeaux. Une nuit, la police lui amène un géant amnésique retrouvé à la gare, tenant un annuaire et une clé à molette ensanglantés. Au même moment, un cadavre est découvert dans une fosse, une tête de taureau enfoncée sur le crâne. Freire s’investit dans le cas de ce patient — jusqu’à découvrir que l’homme souffre de « fugue dissociative » : un trouble psychiatrique rare dans lequel une personne perd soudainement tout souvenir de son identité et s’en construit une nouvelle, de manière totalement inconsciente. Le malade ne joue pas un rôle : il devient quelqu’un d’autre, avec un nouveau nom, un nouveau passé, une nouvelle vie.
Le choc arrive quand Freire réalise qu’il est peut-être lui-même atteint du même mal. Commence alors une cavale de 750 pages où il remonte le fil de ses identités successives — clochard à Marseille, peintre à Nice, faussaire à Paris — chaque étape révélant une vie antérieure qu’il a entièrement oubliée. Grangé y injecte des références à la mythologie grecque (les meurtres portent la signature du Minotaure), au monde des sans-abri et à l’art-thérapie, le tout structuré en chapitres courts façon série télévisée — le roman a d’ailleurs été adapté sur France 2 en 2015, avec Jean-Hugues Anglade dans le rôle de Freire. Un pavé copieux, mais qui file vite : chaque personnalité abandonnée en cache une autre, et le lecteur découvre la véritable histoire de Freire en même temps que lui.
5. Thérapie (Sebastian Fitzek, 2006)

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Josy, douze ans, fille du célèbre psychiatre berlinois Viktor Larenz, souffre d’une maladie que personne ne parvient à diagnostiquer. Un jour, après que son père l’a accompagnée chez un énième médecin, elle disparaît. Purement et simplement. Quatre ans plus tard, Larenz s’est réfugié sur l’île de Parkum, en mer du Nord, pour fuir le monde. C’est là qu’une inconnue frappe à sa porte : Anna Spiegel, romancière, prétend souffrir d’une forme rare de schizophrénie où les personnages de ses récits prennent vie sous ses yeux. Or, l’héroïne de son dernier roman ressemble trait pour trait à Josy.
Larenz n’a plus qu’une obsession : connaître la suite de l’histoire d’Anna — persuadé qu’elle détient la clé de la disparition de sa fille. Le roman se déroule quasi intégralement sur cette île battue par la tempête, avec une poignée d’habitants et des communications coupées par le mauvais temps — un huis clos insulaire qui rappelle Shutter Island de Dennis Lehane (le roman adapté par Scorsese, où un enquêteur débarque dans un hôpital psychiatrique sur une île et finit par douter de sa propre santé mentale). Les chapitres alternent entre passé et présent, entrecoupés de brefs passages en hôpital psychiatrique qui amènent progressivement le lecteur à se demander si ce qu’il lit est la réalité — ou le produit d’un esprit malade. Premier roman de Sebastian Fitzek, devenu depuis l’un des auteurs de thrillers les plus lus en Europe (et récemment adapté en série sur Amazon Prime Video), Thérapie est de ces livres qu’on lit en une nuit et qu’on retourne dans sa tête pendant plusieurs jours.
6. Dans son silence (Alex Michaelides, 2019)

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Alicia Berenson, peintre britannique en vogue, est retrouvée un soir dans sa maison londonienne, hagarde et couverte de sang, devant le cadavre de son mari Gabriel, photographe de mode, criblé de balles. Aussitôt arrêtée, elle ne prononce plus un seul mot. Ni pendant l’enquête, ni au tribunal, ni après. Jugée mentalement irresponsable, elle est internée dans une clinique psychiatrique. Son dernier geste avant le silence : peindre un autoportrait qu’elle intitule Alceste. Dans la mythologie grecque, Alceste est une reine qui accepte de mourir à la place de son époux Admète ; ramenée des Enfers par Héraclès, elle revient parmi les vivants mais refuse de parler. Pourquoi Alicia choisit-elle ce titre ? C’est le seul indice qu’elle laisse derrière elle.
Six ans plus tard, le psychothérapeute Theo Faber, obsédé par cette affaire, se fait embaucher dans la clinique d’Alicia avec un seul objectif : la faire parler. Les séances de face-à-face qui s’ensuivent forment le cœur du roman, alternant avec des extraits du journal intime d’Alicia rédigé avant le drame. On y découvre son quotidien avec Gabriel, ses angoisses, des signes avant-coureurs que le lecteur interprète à mesure — souvent à tort. Alex Michaelides, qui a lui-même travaillé dans un établissement psychiatrique sécurisé pour adolescents pendant ses études de psychothérapie, ne fait pas de la clinique un décor de carton-pâte : on assiste aux réunions d’équipe, on perçoit les rapports de force entre soignants, on comprend que l’établissement manque de moyens. Quant au dénouement, il change rétrospectivement le sens de chaque chapitre — au point de donner envie de reprendre le roman depuis la première page.
7. L’Interprétation des peurs (Wulf Dorn, 2012)

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Ellen Roth, psychiatre, mène une existence apparemment sans faille : un métier qui la passionne, un compagnon aimant (lui aussi dans la profession), un entourage solide. Tout déraille le jour où elle reçoit en consultation une femme en état de choc, terrorisée par un homme qu’elle appelle « le croque-mitaine ». Avant qu’Ellen ne puisse en apprendre davantage, la patiente disparaît de la clinique sans laisser de trace — ni même la moindre preuve de son existence. Peu après, un inconnu agresse Ellen et lui impose un ultimatum : quarante-huit heures pour découvrir son identité et ses motivations, faute de quoi la patiente mourra.
Ellen se retrouve alors isolée de tous : ses collègues la croient en burn-out, personne ne se souvient de la mystérieuse patiente, et son compagnon est injoignable sur une île coupée du monde. Le titre original du roman, Trigger, renvoie à un concept central en psychologie : le déclencheur, c’est-à-dire un stimulus (un son, une image, une situation) qui réactive brutalement un souvenir traumatique enfoui. C’est exactement ce qui arrive à Ellen : le jeu macabre qu’on lui impose fait remonter des peurs anciennes, des rêves récurrents liés aux contes des frères Grimm — le croque-mitaine, la forêt sombre, le loup —, et Ellen ne parvient plus à distinguer ce qu’elle hallucine de ce qui se passe réellement. Le roman repose sur une révélation finale qui éclaire d’un coup toute l’intrigue et oblige à reconsidérer le rôle d’Ellen elle-même dans les événements.
8. L’Analyste (John Katzenbach, 2002)

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Le jour de ses 53 ans, le docteur Frederick « Ricky » Starks, psychanalyste new-yorkais à la vie parfaitement réglée, reçoit une lettre : « Heureux 53e anniversaire, docteur. Bienvenue au premier jour de votre mort. » L’expéditeur se fait appeler Rumpelstiltskin — du nom du lutin des frères Grimm qui, dans le conte, exige le premier-né d’une reine à moins qu’elle ne devine son nom. Le parallèle n’est pas anodin : ici aussi, tout repose sur un jeu de devinettes. Starks a quinze jours pour découvrir l’identité de son persécuteur. En cas d’échec, un membre de sa famille sera exécuté — à moins que le docteur ne préfère se donner la mort. Pour communiquer, Rumpelstiltskin autorise une seule question par semaine, publiée dans le New York Times. En retour, il envoie deux émissaires — Virgil et Merlin — qui, tout en terrorisant Starks, lui distillent des indices au compte-gouttes. Pendant ce temps, sa vie est méthodiquement détruite : comptes bloqués, réputation saccagée, patients intimidés.
Lauréat du Grand Prix de littérature policière en 2004, le roman est construit en deux temps : d’abord le démontage pièce par pièce d’une existence — on regarde, impuissant, un homme perdre tout ce qui le définissait. Puis vient la reconstruction : Starks, poussé dans ses derniers retranchements, comprend que sa seule arme est précisément son métier. Ses décennies passées à écouter des patients, à déchiffrer les non-dits et les mécanismes de défense, lui servent enfin à remonter jusqu’à son bourreau. John Katzenbach, ancien chroniqueur judiciaire au Miami Herald, signe ici un thriller où la psychanalyse est l’arme du personnage principal — la seule qui lui reste quand tout le reste a été réduit en cendres.