Publié en 2018 aux États-Unis, Là où chantent les écrevisses (Where the Crawdads Sing) est le premier roman de l’Américaine Delia Owens, zoologiste et biologiste de formation. L’histoire se déploie sur deux chronologies parallèles : celle de Kya Clark, une fillette abandonnée par sa famille qui grandit seule dans les marais de Caroline du Nord, et celle de l’enquête sur la mort suspecte de Chase Andrews, un jeune homme de la ville côtière fictive de Barkley Cove. Hymne à la nature sauvage à la croisée du roman initiatique et du polar rural, le livre s’est vendu à plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde et a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 2022.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques pistes.
1. Betty (Tiffany McDaniel, 2020)

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Betty Carpenter naît en 1954 dans une baignoire à pieds de griffon, sixième enfant d’une fratrie de huit — dont deux sont déjà morts quand elle vient au monde. Son père, Landon, est cherokee ; sa mère, Alka, est blanche. Cette union improbable installe la famille en marge de la société rurale de Breathed, ville fictive de l’Ohio. C’est Landon qui tient la famille debout : ses histoires, à mi-chemin entre mythes cherokees et contes inventés de toutes pièces, sont la seule chose qui empêche le malheur d’engloutir le foyer. Betty, elle, hérite de la peau cuivrée de son père et de toutes les humiliations qui vont avec dans l’Amérique des années 1960.
Mais derrière la façade des légendes paternelles se cachent des secrets familiaux dévastateurs — racisme, violences, abus — que Betty reçoit bien trop tôt. Pour survivre, elle écrit : des mots griffonnés sur des bouts de papier qu’elle enterre sous les pierres du jardin. Ce que la bouche ne peut pas dire, la terre le garde. Le roman, directement inspiré de la vie de la mère de Tiffany McDaniel, a reçu le prix du Roman Fnac 2020. C’est un livre qui vous retournera le cœur sans ménagement — et qui, malgré tout, refuse de finir dans le noir.
2. Va où la rivière te porte (Shelley Read, 2023)

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Colorado, 1948. Victoria Nash a dix-sept ans et n’a jamais quitté Iola, un hameau rural niché entre les montagnes et la rivière Gunnison. Sa vie se résume aux vergers de pêchers familiaux, à son père taciturne, à un oncle acariâtre et à un frère violent. Tout bascule le jour où elle croise Wil, un jeune Amérindien de passage. L’attirance est immédiate — et interdite : nous sommes à une époque où les Nations premières sont traitées en indésirables.
Ce premier roman de Shelley Read, lauréat du prix de l’Union interalliée en France, déroule le destin de Victoria sur plusieurs décennies. Des drames intimes la forceront à fuir, à tenir seule, à se réinventer. En toile de fond, la vallée d’Iola est condamnée à disparaître sous les eaux d’un barrage : le monde de Victoria se noie avant elle. Les cols enneigés et les rivières du Colorado occidental imprègnent chaque page avec la même force que les marais de Caroline du Nord chez Delia Owens.
3. Le Paradis blanc (Kristin Hannah, 2018)

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Alaska, 1974. Quand Ernt Allbright revient du Vietnam, sa fille Leni, treize ans, ne reconnaît pas l’homme qui est rentré à la maison. Hanté par des cauchemars, instable, il entraîne sa femme Cora et leur fille dans un chalet isolé au cœur de l’Alaska, hérité d’un camarade mort au combat. L’idée : tout recommencer. La réalité : dix-huit heures de nuit en hiver, un froid qui tue, et un père dont la fragilité mentale s’aggrave à mesure que la lumière du jour diminue.
Ce qui sauve le roman de la noirceur totale, c’est la communauté inattendue qui entoure la famille : des voisins rompus à la survie en milieu hostile, comme la formidable Large Marge et son franc-parler. C’est aussi l’histoire d’amour adolescente entre Leni et Matthew, fils d’une famille rivale, qui donne au récit sa tension dramatique la plus forte. Kristin Hannah, déjà connue pour Le Chant du rossignol, signe ici un roman où la violence domestique et la nature sauvage de l’Alaska se répondent — l’une et l’autre sont capables du pire comme du meilleur, selon la saison. Un dicton local résume bien l’affaire : « Ici, vous pouvez commettre une erreur. La deuxième vous tuera. »
4. Le secret des abeilles (Sue Monk Kidd, 2002)

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Les lois sur les droits civiques viennent d’être votées en cet été 1964, mais en Caroline du Sud, le racisme n’a pas pris sa retraite. Lily a quatorze ans, un père brutal nommé T. Ray, et un souvenir qui la ronge : celui de la mort de sa mère, survenue dans des circonstances qu’on refuse de lui expliquer. Quand Rosaleen, sa nourrice noire, se fait tabasser après avoir tenté de s’inscrire sur les listes électorales, Lily décide de fuir avec elle.
Leur cavale les mène à Tiburon, où elles trouvent refuge chez les sœurs Boatwright — August, June et May —, trois apicultrices noires qui vivent du miel, de la foi et les unes des autres. C’est auprès de ces femmes, sous la protection d’une Vierge noire, que Lily va enfin découvrir la vérité sur sa mère et, surtout, apprendre ce que signifie être aimée. Le roman de Sue Monk Kidd, vendu à plus de deux millions d’exemplaires aux États-Unis et adapté au cinéma sous le titre Le Secret de Lily Owens (2008), est un récit initiatique lumineux, drôle par endroits, qui refuse le mélodrame sans jamais édulcorer la violence de l’époque.
5. Un été prodigue (Barbara Kingsolver, 2000)

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Trois femmes, trois histoires, un même été dans les Appalaches. Deanna est garde forestière ; elle vit en ermite dans les bois depuis l’échec de son mariage, jusqu’au jour où un jeune chasseur de coyotes nommé Eddy Bondo débarque dans sa clairière et dans sa vie. Lusa, d’origine libanaise et entomologiste par vocation, vient de perdre son mari Cole et se retrouve seule à la tête d’une exploitation agricole, face à une belle-famille qui ne l’a jamais acceptée. Nannie, soixante-quinze ans et pas un gramme de résignation, cultive un verger bio et mène une guerre de tranchées épistolaire avec son voisin Garnett, octogénaire grincheux et fervent adepte du Roundup.
Barbara Kingsolver, elle-même biologiste (ça ne s’invente pas), a écrit là un roman-écosystème où chaque intrigue humaine renvoie à un principe du vivant : la pollinisation, la chaîne alimentaire, l’équilibre fragile entre prédateurs et proies. Le tout sans jamais donner l’impression de lire un cours de SVT. Les joutes entre Nannie et Garnett sont savoureuses, la nature des Appalaches ne lâche jamais le lecteur, et l’on referme le livre avec l’envie d’aller vérifier si le chèvrefeuille a une odeur aussi enivrante que Kingsolver le prétend (spoiler : oui).
6. La fille du roi des marais (Karen Dionne, 2017)

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Helena mène une vie ordinaire : un mari, deux petites filles, un stand de confitures maison. Puis elle entend à la radio qu’un détenu condamné à la perpétuité vient de s’évader. Ce détenu est son père. Celui que la presse a surnommé le Roi des marais, l’homme qui a kidnappé sa mère adolescente et l’a séquestrée pendant quinze ans dans une cabane perdue au fond des marais du Michigan, sans électricité ni eau courante. Helena est l’enfant née de ces viols — et elle sait que la police n’a aucune chance de retrouver un homme qui connaît ce territoire mieux que quiconque.
Le roman alterne entre la traque au présent et les souvenirs d’enfance d’Helena — une enfance passée à chasser, pêcher et se débrouiller aux côtés d’un père à la fois maître des bois et bourreau. C’est cette ambivalence qui fait la force du livre : Helena a aimé cet homme avant de comprendre sa véritable nature, et cette tension ne la quitte jamais. Karen Dionne s’est inspirée du conte d’Andersen La Fille du roi de la vase pour structurer son récit, et le pari est tenu — les marais du Michigan acquièrent ici la même présence trouble et ambiguë que ceux de Kya dans Là où chantent les écrevisses.
7. L’enfant de neige (Eowyn Ivey, 2012)

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Depuis la mort de leur bébé dix ans plus tôt, Mabel et Jack ne se sont jamais remis. Ils ont quitté la Pennsylvanie pour l’Alaska des années 1920 — ses forêts, son silence, sa solitude — dans l’espoir que la distance ferait taire le chagrin. Peine perdue : le deuil a voyagé avec eux. Un soir de début d’hiver, dans un rare moment de légèreté, ils sculptent ensemble un bonhomme de neige auquel ils donnent les traits d’une petite fille — écharpe, moufles et tout le reste. Le lendemain, la sculpture a fondu. De minuscules empreintes de pas s’enfoncent dans la forêt.
Peu après, une fillette apparaît près de leur cabane, accompagnée d’un renard roux. Elle s’appelle Faina, elle est farouche comme un animal sauvage, et personne dans le voisinage ne l’a jamais vue. Début littéraire d’Eowyn Ivey, elle-même originaire d’Alaska, L’enfant de neige s’inspire du conte russe de la Snégourotchka, la fille de neige. Le résultat se situe à la frontière entre réalisme et merveilleux, dans une zone où l’on ne sait jamais tout à fait si l’on a affaire à un miracle ou à une explication rationnelle. Finaliste du prix Pulitzer 2013, c’est un roman dont on tourne les pages comme on retient un flocon dans sa paume — avec la certitude qu’il va fondre et l’espoir qu’il n’en finisse jamais.
8. Il était un fleuve (Diane Setterfield, 2018)

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Une auberge au bord de la Tamise, une nuit de solstice d’hiver, au milieu du XIXe siècle. Les habitués du Swan sont réunis autour de Joe le conteur quand un colosse pousse la porte, grièvement blessé, avec dans les bras le corps d’une petite fille sans vie. L’homme s’appelle Henry Daunt, c’est un photographe de la région. Quant à la petite noyée — personne ne sait qui elle est. Et quand, quelques heures plus tard, elle revient à la vie sans prononcer un mot, c’est tout le village de Radcot qui s’enflamme.
Trois familles vont la réclamer : les Vaughan, dont la fille a été enlevée deux ans plus tôt ; Armstrong, un fermier qui espère qu’elle est sa petite-fille ; et Lily, une servante persuadée que sa sœur défunte a repris vie. L’infirmière Rita Sunday, femme de science dans un monde encore pétri de superstitions, tente de séparer le vrai du faux. Diane Setterfield, à qui l’on doit déjà Le Treizième Conte, a construit son roman comme un conte à tiroirs où la Tamise gouverne tout — le rythme, les destins, les disparitions. Le titre français dit tout : Il était un fleuve, comme on dirait « il était une fois ». À lire de préférence au coin du feu, avec un Earl Grey et la ferme intention de ne pas se coucher tôt.