Publié en 2009 aux éditions Gallimard, La Délicatesse est le huitième roman de David Foenkinos. Il raconte l’histoire de Nathalie et François qui forment un couple heureux, jusqu’au jour où François meurt dans un accident de la route. Dévastée, Nathalie se réfugie dans le travail — elle est cadre dans une entreprise suédoise installée à Paris — et repousse pendant des années tous ceux qui tentent de l’approcher. Puis, un après-midi ordinaire, sans raison apparente, elle embrasse Markus, un collègue d’origine suédoise que personne n’avait jamais remarqué : gauche, effacé, pas du tout le profil du séducteur capable de faire chavirer une femme comme elle. C’est pourtant avec lui qu’elle va, contre toute attente, réapprendre à vivre. Couronné par dix prix littéraires et adapté au cinéma en 2011 avec Audrey Tautou et François Damiens, le roman a séduit des centaines de milliers de lecteurs·ices.
Si vous vous demandez quoi lire après La Délicatesse, voici des recommandations dans la même veine : des romans où des personnages meurtris par la vie retrouvent un élan — souvent grâce à une rencontre que rien ne laissait présager.
1. Les Souvenirs (David Foenkinos, 2011)

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Apprenti romancier qui gagne sa vie comme veilleur de nuit dans un hôtel parisien, le narrateur vient de perdre son grand-père. Il prend conscience qu’il n’a jamais pris le temps de le connaître vraiment, ni de lui dire ce qui comptait. Placée en maison de retraite dans la foulée, sa grand-mère Denise perd pied peu à peu — elle mange moins, parle moins, ne s’intéresse plus à rien. Il décide alors de ne pas refaire la même erreur — il va la voir, la fait rire, tente de lui rendre ce que l’indifférence familiale lui a volé.
Mais Denise a du caractère. Le jour où elle apprend que son appartement a été vendu dans son dos par la famille, elle fait une fugue — direction la Normandie, le village où elle a grandi. Le narrateur part à sa recherche. En parallèle, il tombe amoureux de Louise et assiste, impuissant, à la crise de ses parents : fraîchement retraité, son père quitte le domicile conjugal, incapable de supporter le face-à-face quotidien avec sa femme maintenant que le travail ne fait plus écran.
Le livre est construit de façon singulière : entre les chapitres du récit principal, de brefs passages en italique rapportent des souvenirs épars — parfois ceux de parfaits inconnus, parfois ceux de célébrités comme Serge Gainsbourg. Les Souvenirs parle de ce qu’on garde et de ce qu’on perd avec le temps, de la difficulté de vieillir et des malentendus entre générations. Foenkinos y retrouve le mélange de légèreté et de gravité qui faisait le sel de La Délicatesse, cette fois tourné vers la famille plutôt que vers le couple.
2. Vers la beauté (David Foenkinos, 2018)

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Antoine Duris est professeur d’histoire de l’art aux Beaux-Arts de Lyon, spécialiste de Modigliani. Du jour au lendemain, il plaque tout — son poste, sa ville, ses proches — pour postuler comme simple gardien au musée d’Orsay. Il coupe les ponts, jette son téléphone et passe ses journées dans le silence des salles, face à un portrait de Jeanne Hébuterne — la compagne et muse du peintre Modigliani, morte à vingt et un ans. DRH du musée, Mathilde ne comprend pas : pourquoi un universitaire surqualifié choisit-il un emploi aussi en dessous de ses compétences ? Que cherche-t-il à fuir ?
La réponse arrive par un détour. Dans la seconde partie du roman, Foenkinos raconte l’histoire de Camille, une lycéenne timide dont la vie s’est transformée le jour où elle a découvert la peinture. L’art est devenu pour elle une vocation, encouragée par ses parents et ses professeurs. Mais Camille a croisé la route de quelqu’un lié au cercle professionnel d’Antoine — et la rencontre a viré au drame. La jeune fille a subi une agression qui a tout détruit. Antoine, lui, porte le poids d’une culpabilité indirecte : il n’a rien commis, mais c’est par le biais de ses propres fréquentations que l’agresseur est entré dans la vie de Camille. C’est ce fardeau qui l’a poussé à fuir Lyon et à chercher dans la contemplation silencieuse des tableaux une forme de réparation — ou au moins de survie.
Vers la beauté est le plus sombre des romans de Foenkinos, bien loin de la comédie romantique. Il y aborde frontalement la question des violences sexuelles et de leurs répercussions en chaîne — sur la victime, sur les témoins, sur ceux qui se demandent s’ils auraient pu empêcher l’irréparable. C’est aussi un roman sur le pouvoir consolateur de l’art, même si Foenkinos se garde de tout angélisme : la beauté peut aider à tenir debout, elle ne guérit pas.
3. La Femme au carnet rouge (Antoine Laurain, 2014)

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Un matin, à l’ouverture de sa librairie parisienne, Laurent Letellier trouve dans la rue un sac à main abandonné. Pas de papiers d’identité, mais une foule d’objets intimes : des photos, un flacon de parfum, un ticket de pressing, un briquet doré, un livre de Modiano dédicacé… et surtout un carnet rouge dans lequel une certaine Laure a consigné ses pensées les plus secrètes. Ce que Laurent ignore, c’est que la propriétaire du sac, agressée la veille dans la nuit, se trouve à l’hôpital.
Incapable de se résoudre à laisser ces objets sans destinataire, le libraire s’improvise détective. Indice après indice, il reconstitue le portrait d’une femme qu’il n’a jamais vue — et pour laquelle il ressent une fascination grandissante. Le jeu de piste à travers les rues de Paris se transforme peu à peu en quête amoureuse, avec son lot de fausses pistes, de coïncidences et de rendez-vous manqués.
On pense au Fabuleux Destin d’Amélie Poulain pour le goût du merveilleux ordinaire. La référence à Modiano n’est pas non plus anodine : c’est un de ses romans, dédicacé, que Laurent trouve dans le sac. Le prix Nobel de littérature 2014 est connu pour ses récits où l’on traque des personnes disparues à travers de maigres indices — une adresse, un nom griffonné, un souvenir flou. Laurent fait exactement la même chose, mais avec un flacon de parfum et un ticket de pressing. Antoine Laurain signe ici un roman sentimental plein d’esprit où un sac à main suffit à chambouler deux existences.
4. Le Sourire des femmes (Nicolas Barreau, 2014)

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À Paris, un triste vendredi de novembre, Aurélie Bredin vient de se faire plaquer. Elle erre sans but dans les rues du VIe arrondissement, pousse la porte d’une librairie et tombe sur un roman intitulé — devinez — Le Sourire des femmes. Stupeur : non seulement l’héroïne du livre lui ressemble trait pour trait, mais l’action se déroule dans son propre restaurant, Le Temps des Cerises. Sa lecture la sort de sa torpeur et lui redonne le goût de vivre. Reste une question obsédante : qui est l’auteur, et comment connaît-il sa vie ?
L’énigme se corse quand Aurélie tente de rencontrer le mystérieux Robert Miller par l’intermédiaire de son éditeur, André Chabanais — lequel fait tout pour empêcher cette rencontre. Et pour cause : c’est André lui-même qui a écrit le roman sous pseudonyme, secrètement amoureux d’Aurélie. S’ensuit un enchaînement de quiproquos et de rendez-vous ratés qui rappelle les comédies de Marivaux — ce dramaturge du XVIIIe siècle passé maître dans l’art de montrer deux personnes faites l’une pour l’autre, mais que les malentendus et la fierté empêchent de se trouver.
Le Sourire des femmes est une comédie romantique sans complexe, portée par l’idée — naïve mais réjouissante — qu’un livre peut changer une vie. Le cadre parisien, bistrots du VIe arrondissement et petites librairies de quartier, ajoute un charme de carte postale assumé.
5. Rendez-vous ici (David Nicholls, 2025)

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Marnie est correctrice à Londres, divorcée, un peu misanthrope ; elle a le sentiment que sa vie se déroule sans elle depuis un bon moment. Michael enseigne la géographie, traîne un divorce douloureux et ne trouve de réconfort que dans de longues balades solitaires le week-end. Ces deux-là n’avaient aucune raison de se croiser — jusqu’à ce qu’une amie commune, avec l’obstination des entremetteuses, les embarque dans une randonnée d’une semaine à travers le Lake District, une région de lacs et de collines dans le nord-ouest de l’Angleterre.
Entre les sentiers boueux, les pubs miteux, les hébergements tantôt sinistres tantôt charmants, les disputes et les fous rires, Marnie et Michael s’apprivoisent à leur rythme. La marche a ceci de particulier qu’elle favorise les confidences : au fil des kilomètres, ils finissent par parler de leurs divorces, de leurs erreurs, de ce qui les a conduits à ne plus rien attendre de la vie. Ce qui aurait pu n’être qu’une simple histoire de cœur gagne en épaisseur à mesure que les personnages se livrent.
On retrouve ici la patte de l’auteur d’Un jour (adapté en film puis en série Netflix) : un humour très britannique fait d’autodérision, de flegme et de répliques bien ajustées, qui n’empêche pas les moments de vraie émotion. Rendez-vous ici est un roman sur les secondes chances — celles qu’on s’accorde à soi-même quand on a cessé d’y croire.
6. Ensemble, c’est tout (Anna Gavalda, 2004)

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Quatre personnages que rien ne destinait à vivre sous le même toit. Camille, vingt-six ans, survit dans une chambre de bonne glaciale près de la tour Eiffel ; artiste douée pour le dessin, elle a tout abandonné et enchaîne les ménages de nuit. Jeune aristocrate bègue, passionné d’histoire, Philibert occupe un immense appartement familial dont la famille se dispute l’héritage. Franck, son colocataire, est un cuisinier au caractère impossible dont la seule tendresse va à Paulette, sa grand-mère de quatre-vingt-trois ans. Paulette, justement, se laisse mourir dans une maison de retraite, loin de son jardin tant aimé.
Le hasard — et un soir de forte fièvre où Camille s’effondre dans sa chambre de bonne — pousse Philibert à la recueillir chez lui. Puis Paulette débarque, arrachée à sa maison de retraite par un Franck qui refuse de la voir dépérir. Le grand appartement devient alors le théâtre d’une cohabitation imprévisible, entre engueulades, éclats de rire et pudeurs.
Avec ses 600 pages qui se dévorent comme un repas préparé par Franck, Ensemble, c’est tout raconte comment quatre solitudes deviennent une famille — pas celle du sang, mais celle qu’on bâtit par choix, par nécessité, par affection. Anna Gavalda y déploie des dialogues vifs et une vraie tendresse pour ses personnages cabossés, sans jamais sombrer dans la mièvrerie. Le roman a été adapté au cinéma par Claude Berri en 2007.
7. La Liste de mes envies (Grégoire Delacourt, 2012)

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Jocelyne, dite Jo, rêvait de devenir styliste. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas la taille mannequin. Elle tient un blog de dentellières, voit ses amies du salon de coiffure voisin, et mène une vie modeste aux côtés de son mari Jocelyn, ouvrier dans une usine de glaces. Leurs deux enfants ont grandi ; un troisième est mort en bas âge — et ce deuil a creusé un fossé dans leur couple. Jocelyn est devenu dur, parfois cruel ; Jo a courbé l’échine, par amour ou par habitude.
Un jour, poussée par ses amies les jumelles de Coiff’Esthétique, Jo joue pour la première fois à l’Euro Millions. Et gagne 18 547 301 euros et 28 centimes. De quoi s’offrir à peu près tout ce dont elle a jamais rêvé. Sauf que Jo, au lieu de se précipiter, hésite. Elle rédige trois listes — besoins, envies, folies — et réalise que ce qui lui manque vraiment ne s’achète pas. Elle décide alors de cacher le chèque et de ne rien changer à sa vie. Jusqu’au jour où le chèque disparaît…
Publicitaire de métier, Grégoire Delacourt a le sens de la formule qui fait mouche. Vendu à plus de 500 000 exemplaires, son roman pose une question toute simple : l’argent peut-il réparer ce que la vie a cassé ? La réponse de Jo, avec sa sagesse de mercière qui connaît le prix du fil et la valeur du tissu, vaut toutes les leçons de philosophie.
8. Les gens heureux lisent et boivent du café (Agnès Martin-Lugand, 2013)

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Diane avait tout : un mari, Colin, une petite fille, Clara, et un café littéraire dans le Marais qu’elle avait baptisé — avec un certain sens du programme — « Les gens heureux lisent et boivent du café ». Puis un accident de voiture a tout emporté, un matin ordinaire. Depuis, Diane ne fait plus que fumer, boire du café et pleurer. Même son fidèle ami Félix, malgré sa présence constante, ne parvient pas à la sortir de son chagrin.
Un an après le drame, incapable de se reconstruire à Paris où chaque rue lui rappelle sa vie d’avant, Diane décide de fuir. Direction Mulranny, un petit village sur la côte ouest de l’Irlande — précisément le pays que Colin rêvait de visiter. Là-bas, entre les plages battues par la pluie et les habitués du pub local, elle tente de retrouver une raison de se lever le matin. Ses prises de bec avec Edward, son insupportable voisin photographe, vont peu à peu se transformer en autre chose — à condition qu’elle accepte d’envisager un avenir qui ne soit plus seulement peuplé de fantômes.
Phénomène éditorial né de l’autoédition sur Amazon avant d’être repéré par les éditions Michel Lafon, ce premier roman a conquis des millions de lecteurs·ices. On y retrouve le même point de départ que dans La Délicatesse — une femme dévastée par un deuil brutal qui finit par retomber amoureuse — transposé cette fois sur les côtes irlandaises.
9. Le Mec de la tombe d’à côté (Katarina Mazetti, 2006)

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Désirée se rend chaque semaine au cimetière sur la tombe de son mari, mort trop jeune dans un accident de la route. Bibliothécaire, citadine, elle vit dans un appartement immaculé, lit de la poésie et porte un bonnet de feutre. Sur le banc d’à côté, elle croise régulièrement un type dont la stèle familiale, couverte de guirlandes et d’angelots, lui semble d’un goût douteux. Ce type, c’est Benny : agriculteur, célibataire depuis la mort de sa mère, il vit seul avec ses vingt-quatre vaches laitières et lit tout au plus un livre par an (et encore, par accident).
Tout les sépare. Elle rêve d’opéra, il doit traire les vaches à l’aube. Elle cuisine mal, il traîne une odeur d’étable. Pourtant, un jour, ils échangent un sourire sur le banc du cimetière — et tout bascule. S’ensuit une passion aussi intense qu’inattendue, racontée en chapitres alternés où chacun livre sa version des événements : là où elle voit un moment romantique, il voit une intellectuelle un peu cinglée — et le décalage entre leurs deux regards est souvent irrésistible.
Sous ses airs de roman léger, Katarina Mazetti pose une question sérieuse : le fossé entre les milieux sociaux peut-il être comblé par l’amour ? Désirée et Benny s’adorent, mais leurs univers respectifs — la culture universitaire d’un côté, le pragmatisme rural de l’autre — résistent à la fusion. Publié en Suède en 1999, traduit dans plus de vingt langues, adapté au cinéma, au théâtre et même en téléfilm français par David Foenkinos lui-même en 2015, Le Mec de la tombe d’à côté est devenu un classique du genre.