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Que lire après « Le Parfum » de Patrick Süskind ?

Que lire après « Le Parfum » de Patrick Süskind ?

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Publié en 1985 en Allemagne puis traduit en français par Bernard Lortholary en 1986 chez Fayard, Le Parfum : Histoire d’un meurtrier est le roman le plus célèbre de Patrick Süskind. On y suit Jean-Baptiste Grenouille, un orphelin né dans la puanteur du Paris de 1738, doté d’un odorat surnaturel mais dépourvu de toute odeur corporelle. Obsédé par la création du parfum absolu, Grenouille se forme auprès du parfumeur Baldini avant de poursuivre sa route vers Grasse, où il met au point une méthode terrifiante pour capturer l’essence olfactive de ses victimes — toutes de jeunes femmes. Le livre s’est vendu à plus de vingt millions d’exemplaires dans le monde, a été traduit en quarante-huit langues, et Tom Tykwer en a tiré un film en 2006.

Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici des suggestions qui partagent avec Le Parfum un ou plusieurs ingrédients : un personnage principal dépourvu de sens moral, une obsession poussée jusqu’au crime, ou un rapport trouble entre la beauté et la destruction.


1. À Rebours (Joris-Karl Huysmans, 1884)

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Jusqu’en 1884, Huysmans appartient au courant naturaliste — celui d’Émile Zola, qui prétend appliquer à la littérature la méthode des sciences naturelles : observation froide, milieux populaires, hérédité. Avec À Rebours, Huysmans prend le contre-pied radical de cette école. Son roman n’a ni intrigue ni péripéties. Le duc Jean Floressas des Esseintes, dernier descendant d’une lignée aristocratique dégénérée, se retire dans une maison à Fontenay-aux-Roses, en banlieue parisienne, pour y organiser un monde entièrement soumis à ses goûts. Il choisit ses tapisseries selon la manière dont elles réagissent à la lumière des bougies, fait incruster de pierres précieuses la carapace d’une tortue vivante, et compose ce qu’il appelle un « orgue à parfums » : un meuble garni de flacons dont chacun correspond, dans son esprit, à la sonorité d’un instrument de musique — la vanille joue le rôle de la clarinette, le patchouli celui du hautbois. Il « joue » ainsi des symphonies olfactives pour son seul plaisir.

Mais l’isolement total et la surenchère sensorielle finissent par détruire sa santé. Insomnies, névroses, troubles digestifs : son médecin lui ordonne de retourner à Paris sous peine de mort. L’expérience s’achève donc par un échec complet. Le roman se conclut sur une prière désespérée, et Huysmans lui-même y verra rétrospectivement le premier pas vers sa conversion au catholicisme.

À Rebours est devenu le manifeste du courant dit « décadent », un mouvement littéraire de la fin du XIXe siècle qui revendiquait le goût de l’artifice, le rejet du progrès et la fascination pour tout ce qui est rare, morbide ou excessif. Oscar Wilde y fait d’ailleurs référence dans Le Portrait de Dorian Gray, sous la forme d’un mystérieux livre à couverture jaune qui corrompt le héros. Si l’idée d’un personnage entièrement gouverné par ses sens vous a séduit·e dans Le Parfum, À Rebours en est l’ancêtre aristocratique — avec cette différence que des Esseintes ne tue personne d’autre que lui-même.


2. Le Portrait de Dorian Gray (Oscar Wilde, 1890)

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Le seul roman d’Oscar Wilde raconte l’histoire de Dorian Gray, un jeune dandy londonien d’une beauté exceptionnelle. Le peintre Basil Hallward réalise son portrait ; en le découvrant, Dorian formule un vœu sous l’influence du cynique Lord Henry Wotton : que le tableau vieillisse à sa place. Le pacte fonctionne. Pendant dix-huit ans, Dorian reste jeune et lisse. Il séduit et abandonne une actrice, Sibyl Vane, qui se suicide. Il fréquente les fumeries d’opium du Londres victorien. Il finit par assassiner Basil, le seul homme qui l’aimait sincèrement. Et pendant tout ce temps, le portrait, caché dans une pièce fermée à clé, absorbe chaque crime, chaque vice : le visage peint se ride, se déforme, pourrit.

Le point commun avec Grenouille est précis : les deux personnages utilisent quelque chose d’immatériel — un parfum, une apparence — pour exercer un pouvoir sur autrui et dissimuler leur véritable nature. Grenouille, dépourvu d’odeur, se fabrique un parfum qui inspire l’amour ; Dorian, grâce au portrait, conserve un visage innocent alors que son âme se décompose. La différence, c’est le ton. Wilde parsème son roman de répliques d’une ironie féroce, presque toutes prononcées par Lord Henry — par exemple : « Je peux résister à tout, sauf à la tentation. » C’est un roman à la fois fantastique, mondain et moral : Wilde montre ce qui arrive quand on décide de vivre uniquement pour le plaisir et la beauté, sans jamais en assumer les conséquences.

Paru en 1890, le roman a été qualifié d’« immoral » et de « répugnant » par la presse victorienne. Cinq ans plus tard, il sera même utilisé comme pièce à charge lors du procès de Wilde, condamné à deux ans de travaux forcés pour homosexualité.


3. L’Obsédé (John Fowles, 1963)

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Le premier roman de l’écrivain britannique John Fowles — The Collector en version originale — repose sur un dispositif simple. Frederick Clegg, employé de mairie terne et solitaire, collectionne les papillons. Il nourrit aussi une fixation silencieuse pour Miranda Grey, une étudiante aux Beaux-Arts. Le jour où il remporte une somme considérable aux courses, il achète une maison isolée, en aménage la cave avec un lit, des livres et des vêtements neufs, et enlève la jeune femme. Dans sa tête, il ne s’agit pas d’un kidnapping : il est convaincu que si Miranda passe assez de temps avec lui, elle tombera amoureuse.

Le roman est construit en deux parties. La première donne la parole à Frederick, qui raconte les événements avec une logique effrayante de normalité : il se perçoit comme un homme courtois, prévenant, simplement un peu maladroit en amour. La seconde partie est le journal intime que Miranda rédige en secret dans sa cave. On y découvre une tout autre réalité : une jeune femme terrifiée qui tente de raisonner, de séduire, de fuir, et qui comprend peu à peu qu’elle a affaire à quelqu’un d’incapable de la voir comme un être humain. Les prénoms des personnages renvoient à La Tempête de Shakespeare, où Ferdinand et Miranda sont un couple d’amoureux et Caliban un monstre brutal : Frederick se rebaptise Ferdinand, mais Miranda finit par le surnommer Caliban.

Comme Grenouille, Frederick veut posséder la beauté sans la comprendre. Il traite Miranda comme il traite ses papillons : un spécimen à épingler, beau mais inerte. Et la dernière page du roman — où Frederick, après la mort de Miranda, envisage froidement de recommencer avec une autre fille, « plus docile » cette fois — est l’une des conclusions les plus glaçantes de la littérature anglaise du XXe siècle.


4. Le Maître des illusions (Donna Tartt, 1992)

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Ce premier roman de Donna Tartt — dédié à son ancien camarade de promotion Bret Easton Ellis — est aujourd’hui considéré comme le texte fondateur de la dark academia, un courant esthétique et littéraire centré sur les campus universitaires d’élite, les études classiques, les secrets entre étudiants et une atmosphère de glamour intellectuel qui vire au sinistre. Le livre renverse la mécanique habituelle du thriller : dès le prologue, on apprend que Bunny Corcoran est mort et que ses amis l’ont tué. Le roman ne cherche pas à dévoiler un coupable ; il cherche à expliquer comment on en arrive là.

Richard Papen, le narrateur, quitte sa Californie natale pour l’université de Hampden, dans le Vermont. Il y intègre le cercle fermé du professeur Julian Morrow, un helléniste charismatique qui n’accepte qu’une poignée d’élèves : les jumeaux Charles et Camilla Macaulay, le redoutable Henry Winter, l’excentrique Francis Abernathy et le jovial mais encombrant Bunny. Ce petit groupe vit en vase clos, entre lectures de grec ancien, alcool et conversations philosophiques. Un soir, quatre d’entre eux — sans Richard ni Bunny — tentent de recréer un rituel dionysiaque, une cérémonie d’extase inspirée du culte antique de Dionysos, le dieu grec du vin et de l’ivresse. L’objectif : atteindre un état de transe, abolir la conscience rationnelle, toucher au sacré. L’expérience dérape : dans leur frénésie, ils tuent un fermier qui passait par là. Bunny, mis au courant, menace de tout révéler. Pour le faire taire, le groupe décide de l’éliminer.

Ce qui rapproche ce roman du Parfum, c’est l’idée d’un crime motivé non par la cupidité ou la colère, mais par une obsession esthétique et intellectuelle qui a échappé à tout contrôle. Grenouille tue pour créer le parfum parfait ; les étudiants de Tartt tuent pour protéger le secret d’un rituel raté. Dans les deux cas, des personnages cultivés commettent l’irréparable avec une aisance troublante — et le roman de Tartt ne les épargne pas : après le meurtre de Bunny, Charles sombre dans l’alcoolisme, le groupe se disloque, Henry finit par se suicider. Julian Morrow, le professeur vénéré, prend la fuite dès qu’il comprend ce qui s’est passé.


5. Monsieur Ripley (Patricia Highsmith, 1955)

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Tom Ripley est fauché, débrouillard et doté d’un talent inné pour l’imitation. Quand le riche Herbert Greenleaf lui propose de se rendre en Italie pour ramener son fils Dickie à la raison, Tom accepte sans hésiter — et découvre un mode de vie auquel il n’a pas du tout l’intention de renoncer. Dickie vit à Mongibello, sur la côte italienne, peint sans grand talent, fréquente les cafés et dépense l’argent de papa. Tom s’incruste, se fait apprécier, puis réalise qu’il ne veut pas ramener Dickie : il veut être Dickie. Ou plutôt, vivre sa vie, dans ses vêtements, avec son argent, sous son nom.

Ce qui rend le roman si dérangeant, c’est le choix de Patricia Highsmith de raconter toute l’histoire du point de vue de l’assassin. Là où la plupart des romans policiers adoptent le regard de l’enquêteur, Monsieur Ripley colle à la peau du criminel — et le pire, c’est qu’on finit par espérer qu’il s’en tire. Ripley ne tue pas par sadisme ni par pulsion : il tue par calcul, pour préserver la vie dorée qu’il s’est construite. Il n’éprouve pas de remords, tout au plus un vague malaise passager, et c’est ce sang-froid qui rend le personnage si difficile à oublier. C’est précisément ce trouble moral — prendre le parti d’un meurtrier — que Highsmith cherche à provoquer chez son lecteur·ice.

Grenouille et Ripley partagent une même absence fondamentale : l’un n’a pas d’odeur, l’autre n’a pas de conscience. Tous deux sont des caméléons qui endossent l’identité qui les arrange pour obtenir ce qu’ils désirent. Le roman, couronné du Grand Prix de littérature policière en 1957, a donné naissance à quatre suites et à plusieurs adaptations mémorables, dont Plein Soleil de René Clément (1960) avec Alain Delon et la série Ripley (2024) avec Andrew Scott.


6. American Psycho (Bret Easton Ellis, 1991)

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Patrick Bateman a 26 ans, travaille dans une banque d’affaires à Wall Street, porte des costumes à plusieurs milliers de dollars et peut réciter de mémoire la discographie de Whitney Houston. Il est aussi — probablement — un tueur en série. Le « probablement » est important, car le roman ne tranche jamais clairement entre réalité et hallucination.

Pour comprendre le livre, il faut comprendre l’époque. Nous sommes à la fin des années 1980, sous la présidence de Ronald Reagan, période d’ultralibéralisme économique où les yuppies — jeunes cadres urbains obsédés par leur réussite, leur apparence et leurs possessions — sont devenus les figures dominantes de la culture américaine. Bateman en est la caricature poussée à l’extrême. Ses journées consistent à comparer des cartes de visite avec ses collègues, à se disputer des réservations dans des restaurants impossibles, à décrire en détail ses produits de soin et ses tenues vestimentaires. Ellis consacre des pages entières à ces rituels — et c’est voulu, parce que ces pages monotones et obsessionnelles sont indissociables des scènes de violence qui les interrompent. Le meurtre et la consommation procèdent chez Bateman du même geste mécanique. À sa sortie en 1991, le roman a été lâché par son éditeur initial (Simon & Schuster), Ellis a reçu des menaces de mort et plusieurs associations féministes ont appelé au boycott.

Le lien avec Grenouille tient au paradoxe de l’invisibilité. Grenouille, dépourvu d’odeur, passe inaperçu et veut exister à travers le parfum. Bateman, lui, est ultra-visible — costumes impeccables, physique travaillé, restaurants de luxe — et pourtant personne ne le voit vraiment. Ses collègues le confondent constamment avec d’autres ; quand il avoue ses meurtres, personne ne le prend au sérieux. Les deux personnages sont des meurtriers que le monde qui les entoure est incapable de reconnaître comme tels.


7. L’Odeur (Radhika Jha, 1999)

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Premier roman de l’écrivaine indienne Radhika Jha, récompensé par le prix de la Fondation Guerlain en 2002, L’Odeur suit Lîla, une jeune femme d’origine indienne née au Kenya. Après la mort de son père lors d’une émeute, sa mère l’envoie chez un oncle et une tante en banlieue parisienne. Lîla y découvre un appartement exigu, l’univers des épices de la boutique indienne de son oncle, et un Paris qui n’a rien du cliché romantique — plutôt celui de l’immigration, des emplois précaires et des papiers manquants.

Lîla possède un odorat d’une sensibilité exceptionnelle. Dans la cuisine, ce don fait merveille : elle perçoit intuitivement quelles épices assembler, dans quelles proportions, pour atteindre un équilibre que d’autres n’obtiennent qu’après des années d’apprentissage. Mais ce même nez capte aussi ce que les gens préféreraient cacher — leur peur, leur désir, leur malhonnêteté. Chassée par sa tante après une dispute, Lîla se retrouve seule dans Paris, sans papiers et sans filet, et enchaîne les rencontres amoureuses chaotiques. Son odorat est à la fois sa boussole et sa malédiction : il ne la trompe jamais, mais ce qu’il révèle est souvent difficile à supporter.

Là où Le Parfum fait de l’odorat une arme au service d’un meurtrier, L’Odeur en fait le fil conducteur de la vie d’une femme sans ressources qui tente de survivre dans un pays hostile. Grenouille est un prédateur solitaire ; Lîla est une survivante. Les deux romans sont parmi les rares à faire de l’olfaction le sujet central d’une fiction — le magazine Elle écrivait d’ailleurs que personne n’avait traité le monde des effluves avec autant de justesse depuis Süskind — mais celui de Jha se situe aux antipodes du conte noir : c’est un roman d’apprentissage ancré dans le concret de l’exil, de la précarité et du corps.


8. L’Aliéniste (Caleb Carr, 1994)

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New York, mars 1896. Un adolescent prostitué est retrouvé sur le pont de Williamsburg, le corps atrocement mutilé, les yeux arrachés. La police s’en soucie à peine — les victimes sont des marginaux, des garçons de joie que la bonne société préfère ignorer. Révolté par cette indifférence, Theodore Roosevelt, alors préfet de police (et futur président des États-Unis — il sera élu en 1901), fait appel à deux de ses amis : Laszlo Kreizler, aliéniste — c’est le terme qu’on utilisait à l’époque pour désigner un médecin spécialiste des troubles mentaux, l’ancêtre du psychiatre —, et John Schuyler Moore, chroniqueur criminel au New York Times.

Leur méthode est révolutionnaire pour 1896 : dresser le portrait psychologique du tueur à partir des scènes de crime, de son mode opératoire et de ses choix de victimes — ce que l’on nommera un siècle plus tard le « profilage ». Ils sont épaulés par Sara Howard, l’une des premières femmes à travailler au sein de la police new-yorkaise, et par les frères Isaacson, adeptes des toutes nouvelles techniques de police scientifique (relevé d’empreintes digitales, analyse graphologique). L’enquête progresse sans téléphone portable, sans ordinateur, sans base de données : il faut consulter des archives papier, envoyer des télégrammes, se déplacer en calèche, interroger des témoins à pied.

Ce qui rapproche ce roman du Parfum tient autant à la méthode qu’à l’atmosphère. Comme Grenouille qui décompose le monde en molécules olfactives pour remonter à la source d’un parfum, Kreizler décompose l’esprit criminel en couches successives — enfance, traumatismes, schémas de comportement — pour remonter à l’identité du tueur. Les deux romans partagent aussi un goût prononcé pour la reconstitution d’époque : la puanteur et la crasse du Paris de 1738 chez Süskind trouvent leur pendant dans le New York de 1896 décrit par Carr — ses rues boueuses, ses bordels, ses quartiers misérables, sa corruption policière et politique. L’Aliéniste a reçu le Grand Prix de littérature policière en 1996 et a été adapté en série télévisée en 2018 avec Daniel Brühl dans le rôle de Kreizler.