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Que lire après « Pachinko » de Min Jin Lee ?

Que lire après « Pachinko » de Min Jin Lee ?

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Publié en 2017, Pachinko est le deuxième roman de l’autrice coréano-américaine Min Jin Lee. Finaliste du National Book Award, traduit dans une trentaine de langues et adapté en série par Apple TV+, il s’est hissé en tête des ventes du New York Times pendant plus d’un an.

On y suit quatre générations d’une famille coréenne contrainte à l’exil au Japon, des années 1930 jusqu’à la fin des années 1980. Tout commence avec la jeune Sunja, qui refuse de devenir la maîtresse d’un riche négociant et épouse un pasteur chrétien pour échapper au déshonneur. Cette décision est le point de départ de huit décennies de sacrifices, de discrimination et de luttes pour la dignité au sein d’un Japon hostile aux zainichi — littéralement « ceux qui résident », terme désignant les Coréens installés au Japon mais privés de la citoyenneté japonaise, souvent cantonnés aux emplois les plus précaires. Parmi ces emplois : la gestion de salles de pachinko, un jeu de hasard à mi-chemin entre le flipper et la machine à sous, omniprésent au Japon et souvent lié aux yakuzas.

Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce pavé de six cents pages (et essuyé une larme ou deux), voici d’autres romans dans lesquels des familles ordinaires se retrouvent broyées par les soubresauts du XXe siècle — et trouvent, malgré tout, des raisons de continuer.


1. La famille Han (Min Jin Lee, 2007)

Couverture du livre La famille Han de Min Jin Lee

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac

Avant Pachinko, Min Jin Lee avait écrit un premier roman, publié en 2007 aux États-Unis sous le titre Free Food for Millionaires et traduit en français en 2023. On y retrouve déjà ses sujets de prédilection : l’immigration coréenne, le fossé entre générations et le coût de l’intégration. On y suit Casey Han, fille aînée d’immigrés coréens installés dans le Queens, à New York. Ses parents, propriétaires d’un pressing, ont trimé toute leur vie pour lui offrir un diplôme de Princeton — l’une des universités les plus prestigieuses (et les plus chères) des États-Unis. Mais Casey, à vingt-deux ans, n’a aucune envie de devenir avocate. Ce qu’elle veut, c’est Manhattan, ses soirées, ses codes, son éclat — bref, tout ce que son compte en banque ne peut pas lui offrir.

Au grand désespoir de son père, elle refuse son admission en droit à Columbia et se retrouve sans emploi ni argent. Le roman, qui s’inspire ouvertement des grands romans victoriens, suit Casey et son entourage — Ella, Leah, Unu — sur plusieurs années, entre ambitions contrariées, liaisons mal avisées et tensions familiales. Casey veut appartenir au monde des élites new-yorkaises, mais ce monde ne l’accepte qu’à ses conditions — et le prix d’entrée, c’est souvent de renier ce qu’elle est.

Là où Pachinko couvrait un siècle entier, La famille Han resserre la focale sur le New York des années 1990 et ses lignes de fracture sociales. Ce que Min Jin Lee décrit ici, c’est le décalage entre ce que les parents immigrés espèrent pour leurs enfants et ce que ces enfants désirent réellement — un décalage qui ne se résout jamais tout à fait.


2. L’île des femmes de la mer (Lisa See, 2019)

Couverture du livre L'île des femmes de la mer de Lisa See

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Direction l’île de Jeju, au sud de la Corée, dans les années 1930. Ici, ce sont les femmes qui font vivre leurs familles : les haenyeo (littéralement « femmes de la mer »), plongeuses en apnée, descendent chaque jour à près de vingt mètres de profondeur pour récolter ormeaux, oursins et poulpes, tandis que les hommes s’occupent des enfants et de la maison. Cette répartition inversée des rôles, qui remonte à plusieurs siècles, confère à l’île une structure sociale rare, presque matriarcale. Les haenyeo gagnent l’argent du foyer, prennent les décisions, et se considèrent — non sans ironie — comme physiquement supérieures aux hommes. Leur tradition est inscrite depuis 2016 au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

C’est dans ce cadre que grandissent Young-sook et Mi-ja, deux amies aux caractères opposés. L’une est la fille d’une cheffe de plongeuses respectée ; l’autre, l’orpheline d’un père qui a collaboré avec l’occupant japonais — une tache dont elle ne se débarrassera jamais. Elles grandissent ensemble, plongent ensemble, et se considèrent comme des sœurs. Mais la Seconde Guerre mondiale creuse entre elles de premières fissures. Et c’est le soulèvement de Jeju, en 1948, qui les séparera pour de bon. Cet épisode peu connu, au cours duquel l’armée sud-coréenne a massacré des dizaines de milliers de civils accusés de sympathies communistes — dont les habitants du village de Bukchon —, place les deux femmes dans des camps opposés. Mi-ja, mariée à un homme lié au pouvoir, refuse d’aider Young-sook, dont le mari et l’un des fils sont assassinés sous ses yeux.

Lisa See a mené ses recherches directement auprès de haenyeo octogénaires et nonagénaires (dont certaines plongeaient encore). Le résultat est un roman ancré dans un pan méconnu de l’histoire coréenne, et qui pose une question difficile : peut-on pardonner à quelqu’un qui n’a pas agi quand il le fallait ?


3. Créatures du petit pays (Juhea Kim, 2021)

Couverture du livre Créatures du petit pays de Juhea Kim

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Séoul, fin des années 1910. La Corée est une colonie japonaise depuis 1910, et la capitale vit sous tension permanente : modernisation à marche forcée d’un côté, résistance clandestine de l’autre. C’est dans ce décor que Juhea Kim plante son premier roman, une fresque qui court de 1917 à 1964.

Jade, vendue enfant à la tenancière d’un gibang — une maison où sont formées les gisaeng, l’équivalent coréen des geishas japonaises : des femmes éduquées dans les arts (musique, danse, poésie) pour divertir les hommes de pouvoir —, grandit pour devenir l’une des plus célèbres courtisanes de la capitale. Elle aime Hanchol, étudiant déclassé, sincère dans ses idéaux mais incapable de s’y tenir quand ils lui coûtent quelque chose. C’est Jungho, orphelin fils d’un chasseur de tigres et chef d’une bande d’enfants des rues, qui restera son allié le plus fidèle au fil des décennies. Leur trajectoire croisée traverse l’occupation japonaise, le mouvement pour l’indépendance du 1er mars 1919 (une révolte populaire massive, réprimée dans le sang par le Japon), la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée (1950-1953) et la partition du pays en deux États.

Les « créatures » du titre ne sont ni les tigres des montagnes du Nord ni les léopards du prologue, mais les êtres humains eux-mêmes — et les choix qu’ils font quand la survie l’exige. Jungho s’engage au Parti communiste ; Jade survit grâce à son statut ambigu ; Hanchol plie là où il jurait de tenir. Chacun paie le prix de ses décisions, et aucun ne s’en tire à bon compte.


4. Filles de la mer (Mary Lynn Bracht, 2018)

Couverture du livre Filles de la mer de Mary Lynn Bracht

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Retour à Jeju — la même île que dans L’île des femmes de la mer, et les mêmes haenyeo. Mais là où le roman de Lisa See racontait une amitié brisée sur fond de guerre civile, celui de Mary Lynn Bracht s’attaque à un autre crime historique, plus ancien et plus systématique.

Été 1943. Hana, seize ans, est haenyeo comme sa mère. Lorsqu’elle aperçoit depuis la mer un soldat japonais se diriger vers sa petite sœur Emi, restée sur la plage, elle rejoint le rivage et se laisse enlever à sa place. Hana devient alors ce que l’armée impériale japonaise a appelé une « femme de réconfort » — un euphémisme pour désigner l’esclavage sexuel organisé à grande échelle. Entre 1932 et 1945, des dizaines de milliers de jeunes femmes, principalement coréennes mais aussi chinoises, philippines et indonésiennes, ont été enlevées ou recrutées de force pour être livrées aux soldats japonais dans des bordels militaires. Le Japon n’a reconnu officiellement ces faits qu’en 1993, et la question reste un point de friction diplomatique majeur avec la Corée du Sud.

Le roman alterne entre deux époques. En 1943, on suit le calvaire d’Hana, déportée en Mandchourie (nord-est de la Chine, sous contrôle japonais) puis en Mongolie. En 2011, Emi, désormais âgée, quitte Jeju pour Séoul afin de manifester devant l’ambassade du Japon et réclamer la reconnaissance des crimes commis. Elle porte en elle, depuis près de soixante-dix ans, la culpabilité d’avoir été sauvée et l’obsession d’une sœur dont elle ignore le sort.

Mary Lynn Bracht, elle-même d’origine coréenne par sa mère, a grandi bercée par des fragments de ces récits longtemps tus. Son roman est dur — certaines scènes sont éprouvantes — mais jamais voyeuriste. Il donne un visage, un nom et une voix à des femmes que les manuels d’histoire mentionnent rarement autrement que par un chiffre.


5. Pour que chantent les montagnes (Nguyễn Phan Quế Mai, 2020)

Couverture du livre Pour que chantent les montagnes de Nguyễn Phan Quế Mai

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Viêt Nam, 1972. Depuis un refuge dans les montagnes, la petite Hương — surnommée Goyave — et sa grand-mère Diệu Lan regardent Hà Nội s’embraser sous les bombardements américains. Quand elles regagnent la capitale, leur maison n’est plus que décombres. Ses parents et ses oncles ont été envoyés combattre dans les forêts du Sud, sur la piste Hô Chi Minh — le réseau de sentiers à travers la jungle par lequel le Nord-Viêt Nam acheminait soldats et ravitaillement vers le Sud. Hương, douze ans, attend leur retour sans savoir s’ils sont encore en vie.

Le récit s’organise autour de deux voix. Celle de Hương, qui tente de grandir dans un pays en ruines. Et celle de Diệu Lan, sa grand-mère, qui lui confie peu à peu l’histoire de la famille. Cette histoire remonte à la réforme agraire des années 1950 : après la victoire contre les Français à Diện Biên Phủ (1954), le nouveau régime communiste du Nord a lancé une redistribution brutale des terres. Concrètement, des « tribunaux populaires » — souvent de simples assemblées de village manipulées par les cadres du Parti — désignaient des « propriétaires terriens » à punir. Des familles modestes se sont retrouvées accusées, dépossédées, parfois exécutées, sur la foi de dénonciations de voisins. La famille de Diệu Lan en a fait les frais. Le roman parcourt un siècle d’histoire vietnamienne — de l’occupation française à la chute de Sài Gòn en 1975 — et montre comment chaque guerre laisse des blessures qui se transmettent d’une génération à la suivante.

Nguyễn Phan Quế Mai est née en 1973 dans un petit village du nord Viêt Nam et a connu les conséquences de la guerre dès ses premières années. Avant de devenir écrivaine, elle a été vendeuse de rue et ouvrière dans des rizières — un parcours qu’on retrouve en filigrane dans celui de Diệu Lan. À offrir à quiconque pense que la guerre du Viêt Nam se résume à Apocalypse Now.


6. No Home (Yaa Gyasi, 2016)

Couverture du livre No Home de Yaa Gyasi

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On quitte l’Asie pour l’Afrique de l’Ouest, mais la mécanique est la même : une famille séparée, plusieurs générations, et les conséquences d’un crime historique qui se répercutent sur des siècles. Au XVIIIe siècle, sur la Côte-de-l’Or (actuel Ghana), deux demi-sœurs naissent sans jamais se connaître. Effia est mariée à un officier anglais et vit dans les étages du fort de Cape Coast — un comptoir commercial fortifié, construit par les Européens sur la côte ghanéenne, qui servait de lieu de transit pour la traite négrière. Esi est enfermée dans les cachots de ce même fort, en attente d’être déportée vers les plantations américaines. Quelques mètres et un abîme les séparent.

À partir de cette séparation, Yaa Gyasi déploie quatorze chapitres pour quatorze destins, sur trois siècles et sept générations. Côté ghanéen : les guerres entre Fantis et Ashantis (deux peuples akan rivaux), la colonisation britannique, les missions évangéliques, l’indépendance. Côté américain : l’esclavage dans les plantations du Sud, la fuite par l’Underground Railroad — le réseau clandestin de routes et de refuges qui permettait aux esclaves de gagner les États du Nord —, la ségrégation raciale (en vigueur dans le Sud jusqu’aux années 1960), les ghettos de Harlem et la spirale de la drogue. Chaque chapitre fonctionne comme un court roman autonome, avec sa propre époque, son propre personnage et son propre drame.

Le titre original, Homegoing (« retour à la maison »), désigne aussi une cérémonie funéraire afro-américaine — un adieu au défunt qui « rentre chez lui », c’est-à-dire auprès de Dieu, libéré de l’oppression terrestre. La question qui traverse le roman est celle-ci : où est la maison quand on vous a arraché·e à tout ? C’est cette question, déclinée sur quatorze vies et trois cents ans, qui donne au livre sa force cumulative — chaque chapitre ajoute une couche de sens au précédent.


7. Les Cygnes sauvages (Jung Chang, 1991)

Couverture du livre Les Cygnes sauvages de Jung Chang

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Trois femmes. Trois générations. Un siècle de chaos chinois. Voilà le programme — modeste — de ce récit autobiographique devenu un classique mondial, vendu à plus de treize millions d’exemplaires et interdit en Chine (ce qui, en matière de recommandation involontaire, se pose là).

La grand-mère de Jung Chang naît en 1909 dans la Chine féodale. À quinze ans, son père la donne comme concubine à un seigneur de la guerre — un chef militaire régional, maître absolu de son territoire dans la Chine fragmentée de l’entre-deux-guerres — en échange d’un peu de pouvoir. Elle finira par s’enfuir avec sa fille, recueillie par un médecin qui deviendra son second mari. La mère de Jung Chang, née en 1931, s’engage très tôt dans les rangs communistes et épouse un intellectuel idéaliste. Le couple gravit les échelons du Parti après la victoire de Mao en 1949 — avant d’en payer le prix lors de la Révolution culturelle (1966-1976), cette campagne politique au cours de laquelle Mao Zedong a lancé la jeunesse chinoise (les « gardes rouges ») contre les cadres du Parti, les intellectuels et quiconque était soupçonné de tiédeur idéologique. Le résultat : des millions de personnes dénoncées, humiliées publiquement, envoyées en camp de rééducation ou tuées. Les parents de Jung Chang sont dénoncés, torturés. Son père sombre dans la folie. Jung Chang elle-même, brièvement garde rouge à quatorze ans, sera déportée à la campagne, tour à tour paysanne, sidérurgiste et « médecin aux pieds nus » — le nom donné aux jeunes gens envoyés dans les campagnes pour fournir des soins médicaux rudimentaires aux paysans, souvent sans formation véritable.

Ce qui frappe dans Les Cygnes sauvages, c’est la capacité de Jung Chang à rendre l’absurdité du maoïsme à hauteur de vie quotidienne : les slogans délirants (« Détruisons d’abord et la reconstruction se fera d’elle-même »), les séances d’autocritique où il faut s’accuser publiquement de crimes imaginaires, la paranoïa érigée en système de gouvernement. Le tout sans jamais perdre le fil de son récit familial. Un livre qui se dévore comme un roman — sauf qu’il est entièrement vrai.


8. Certaines n’avaient jamais vu la mer (Julie Otsuka, 2011)

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Cent cinquante pages. Pas de personnage principal. Et pourtant, l’un des romans les plus saisissants de cette liste. Au début du XXe siècle, des jeunes Japonaises traversent le Pacifique pour épouser en Californie des compatriotes émigrés qu’elles n’ont vus que sur des photographies soigneusement retouchées. Ces mariages par correspondance, courants à l’époque, leur promettaient des maris prospères et des maisons confortables. Elles trouveront des ouvriers agricoles, des cabanes et un racisme tenace.

La singularité du livre tient à son dispositif narratif : Julie Otsuka raconte au « nous », à la manière d’un chœur antique. Pas de destin individuel, mais une voix collective qui porte les espoirs, les déceptions, les nuits de noces brutales, les journées aux champs, les naissances, les humiliations. Ce « nous » n’est pas un artifice : il dit quelque chose de précis sur la condition de ces femmes. Aucune n’a eu droit à une histoire individuelle. Elles ont été traitées comme un groupe — par leurs maris, par leurs employeurs, par l’administration américaine — et c’est comme un groupe qu’elles racontent.

Puis vient l’attaque de Pearl Harbor par le Japon, en décembre 1941, et tout bascule. Les États-Unis, pris de panique et de méfiance envers leurs propres résidents d’origine japonaise, internent environ 120 000 Nippo-Américains dans des camps — hommes, femmes et enfants, dont beaucoup étaient nés sur le sol américain. Le dernier chapitre du roman bascule du « nous » au « ils » : la voix collective cède la place à celle des voisins américains qui regardent ces familles disparaître, récupèrent leurs maisons, et les oublient. Prix Femina étranger 2012, Certaines n’avaient jamais vu la mer dit en cent cinquante pages ce que d’autres peinent à dire en mille.