Publié en 2017 aux éditions Grasset, La Tresse est le premier roman de Laetitia Colombani. On y suit trois femmes qui ne se connaissent pas, sur trois continents différents. En Inde, Smita est une Intouchable qui refuse que sa fille Lalita perpétue la tradition de nettoyeuse de latrines. En Sicile, Giulia tente de sauver l’atelier familial de fabrication de perruques après l’accident de son père. Au Canada, Sarah, avocate, apprend qu’elle a un cancer.
Le fil qui relie ces trois destins est d’ordre capillaire : les cheveux que Smita sacrifie dans un temple hindou voyagent jusqu’en Sicile, où Giulia les transforme en perruques — et l’une de ces perruques finira sur la tête de Sarah, à l’autre bout du monde. Traduit en plus de quarante langues, vendu à plus d’un million d’exemplaires et adapté au cinéma en 2023 par l’autrice elle-même, le roman a connu un succès international.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations.
1. Les Victorieuses (Laetitia Colombani, 2019)

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À quarante ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate. Le jour où l’un de ses clients se jette du haut du Palais de Justice après sa condamnation, elle s’effondre. Burn-out, dépression : pour remonter la pente, son psychiatre lui conseille le bénévolat. Peu convaincue, elle répond à une annonce et devient écrivaine publique au Palais de la Femme, un foyer du 11ᵉ arrondissement de Paris qui accueille des femmes en situation de précarité. L’accueil est glacial. Les résidentes — Binta, Cynthia, Salma, La Renée et les autres — n’ont aucune raison de faire confiance à cette bourgeoise débarquée de nulle part. C’est à force de thé partagé, de lettres rédigées ensemble et de cours de zumba que Solène gagne sa place et, surtout, retrouve un sens à sa propre vie.
En parallèle, le roman remonte un siècle en arrière pour raconter l’histoire de Blanche Peyron, cheffe de l’Armée du Salut en France dans les années 1920. C’est elle qui a fondé ce même Palais de la Femme : quand elle a appris qu’un immense hôtel de 743 chambres était en vente à Paris, elle s’est épuisée à réunir les fonds nécessaires pour le racheter et le transformer en refuge pour les exclues. Le Palais est inauguré le 23 juin 1926 — et fonctionne toujours. Deux femmes, un même lieu, un siècle d’écart : le roman met en regard Blanche, qui a remué ciel et terre pour ouvrir ces portes, et Solène, qui découvre ce qu’il se passe derrière.
2. Le Cerf-Volant (Laetitia Colombani, 2021)

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Après la mort de son mari, Léna quitte la France et son métier d’enseignante pour se réfugier en Inde, dans un petit village entre Chennai et Pondichéry. Chaque matin, sur la plage déserte, elle aperçoit une fillette solitaire qui fait voler un cerf-volant. Un jour, Léna manque de se noyer ; c’est cette enfant qui donne l’alerte et lui sauve la vie. Cette petite fille, c’est Lalita, la fille de Smita, l’Intouchable de La Tresse. On découvre ce qu’il est advenu d’elle : orpheline, muette, elle travaille sans relâche dans le restaurant d’un cousin qui l’exploite et n’a jamais mis les pieds dans une école.
Aidée de Preeti, la cheffe au caractère volcanique d’une brigade féminine d’autodéfense (les Red Brigades, un mouvement réel de jeunes Indiennes de basses castes formées à l’auto-protection), Léna se lance dans un projet aussi nécessaire qu’imprudent : fonder une école pour les enfants du quartier. Mais le roman ne verse pas dans le conte de fées humanitaire. Il confronte sans indulgence la bonne volonté occidentale aux réalités d’un pays où les filles sont mariées de force à douze ans, où la corruption gangrène l’administration, où les familles retirent leurs enfants de l’école parce qu’elles ont besoin de bras — et où le simple fait de savoir lire peut, malgré tout, changer un destin.
3. Les Impatientes (Djaïli Amadou Amal, 2020)

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Trois voix de femmes, un même mot qui revient sans cesse comme une injonction au silence : munyal — « patience » en peul. C’est la seule chose qu’on leur répète, à Ramla, à Hindou et à Safira, quoi qu’il arrive. À dix-sept ans, Ramla rêvait de devenir pharmacienne ; la voici mariée de force à Alhadji Issa, un notable riche bien plus âgé qu’elle. Sa demi-sœur Hindou subit le même sort avec Moubarak, un cousin violent, alcoolique et infidèle. Première épouse d’Alhadji Issa, Safira voit en Ramla une rivale et multiplie les manœuvres pour la faire craquer — rumeurs, humiliations, sabotages domestiques. Nous sommes à Maroua, dans le nord du Cameroun, au sein de la bourgeoisie peule et musulmane — pas dans un village isolé, mais dans des familles qui possèdent des villas et reçoivent dans des salons.
Ce roman polyphonique, couronné du prix Goncourt des lycéens 2020, frappe d’autant plus fort qu’il s’inspire directement de la vie de l’autrice. Mariée de force à dix-sept ans, Djaïli Amadou Amal a elle-même connu la violence conjugale avant de fuir et de fonder l’association Femmes du Sahel. Elle ne prêche pas, ne caricature pas : elle écrit à la première personne, dans un style direct et sans fard, ce que signifie concrètement la « patience » quand on est une femme au Sahel — subir les viols conjugaux en silence, accepter la polygamie, sourire devant la famille. Les personnages masculins ne sont pas des monstres de carton ; certains sont même affectueux à leurs heures. C’est précisément cette banalité du système qui révolte.
4. Mille soleils splendides (Khaled Hosseini, 2007)

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Mariam est une harami — une bâtarde, dans la société afghane. Fille illégitime d’un homme riche de Herat, elle grandit dans une kolba (une cabane de terre isolée) avec sa mère. À quinze ans, on la marie à Rachid, un cordonnier de Kaboul de trente ans son aîné. Dix-huit années de soumission et de coups plus tard, une adolescente de quatorze ans, Laila, entre à son tour dans la maison : Rachid l’épouse comme seconde femme après que sa famille a été tuée dans un bombardement. D’abord rivales sous le toit de ce tyran domestique, Mariam et Laila finissent par devenir des alliées — et cette alliance sera leur seule chance de survie.
Le roman traverse un demi-siècle d’histoire afghane : l’occupation soviétique (1979-1989), la guerre civile entre factions rivales, puis l’arrivée des talibans en 1996 et leurs lois aberrantes — interdiction de rire à voix haute pour les femmes, burqa obligatoire, fenêtres à peindre en noir pour qu’on ne puisse pas les apercevoir de l’extérieur. Khaled Hosseini, lui-même né à Kaboul avant de fuir aux États-Unis, montre comment la guerre ne détruit pas seulement des immeubles, mais aussi la possibilité même d’une vie ordinaire. Le titre est emprunté à un poème du XVIIe siècle qui célèbre la beauté de Kaboul ; le contraste avec la ville en ruines du roman est dévastateur.
5. Le silence d’Isra (Etaf Rum, 2020)

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Palestine, 1990. Isra a dix-sept ans, une passion secrète pour Les Mille et Une Nuits et un avenir déjà scellé : un mariage arrangé avec Adam, un Américain d’origine palestinienne installé à Brooklyn. Elle croit au rêve américain, à la possibilité d’un amour véritable. Ce qu’elle trouve en débarquant à New York, c’est une belle-mère despotique, Farida, un mari distant et une injonction permanente à produire des fils. Or Isra ne met au monde que des filles — catastrophe suprême aux yeux du clan. Sa seule alliée : Sarah, sa belle-sœur rebelle, qui lui glisse des livres en cachette et ose remettre en question les règles familiales.
Dix-huit ans plus tard, Deya, la fille aînée d’Isra, est à son tour en âge d’être mariée. Sa grand-mère Farida lui présente des prétendants ; Deya, elle, voudrait aller à l’université. Elle a grandi sans ses parents, morts dans un accident de voiture. Lorsqu’une inconnue surgit pour lui révéler un secret de famille, tout ce qu’elle croyait savoir d’eux s’effondre. Ce premier roman d’Etaf Rum — elle-même née dans une famille d’immigrés palestiniens à Brooklyn — montre trois générations de femmes prises au piège entre deux cultures : celle du pays perdu et celle du pays d’accueil, sans jamais vraiment appartenir à l’une ou à l’autre. L’originalité du livre tient à ce paradoxe : c’est en plein New York, à deux pas de toutes les libertés du monde, que ces femmes vivent cloîtrées.
6. La Perle et la Coquille (Nadia Hashimi, 2015)

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Kaboul, 2007. Le père de Rahima, enrôlé par les talibans, est revenu détruit et toxicomane. Sans fils dans la fratrie, les filles ne peuvent pas sortir de la maison — dans l’Afghanistan des talibans, une femme non accompagnée par un homme dans la rue s’expose à la violence. La solution ? Transformer Rahima en bacha posh : une pratique afghane qui consiste à déguiser une fille en garçon quand la famille n’a pas de fils. On coupe ses cheveux, on l’habille en garçon, et la voilà libre d’aller à l’école, de faire les courses, de courir dans les rues. Une liberté provisoire, qui prend fin à la puberté. À treize ans, Rahima redevient une fille — et on la donne en mariage à un chef de guerre local en échange de biens et de drogue pour son père.
Pour lui insuffler du courage, sa tante Khala Shaïma lui raconte l’histoire de Shekiba, leur aïeule, qui a vécu un siècle plus tôt et a elle aussi dû se travestir pour survivre. Les deux récits se font écho avec une précision cruelle : en cent ans, la condition des femmes afghanes n’a quasiment pas bougé. Pédiatre américaine d’origine afghane, Nadia Hashimi a construit son premier roman comme un conte à double fond. La tradition des bacha posh, méconnue en Occident, en constitue le cœur : elle révèle, mieux que n’importe quel discours, l’absurdité d’un système où il suffit d’une coupe de cheveux pour accéder à la liberté — preuve que l’oppression n’a rien de naturel.
7. L’Île des femmes de la mer (Lisa See, 2020)

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Sur l’île de Jeju, en Corée du Sud, les rôles sont inversés : ce sont les femmes qui plongent en apnée — parfois à plus de dix mètres de profondeur — pour pêcher ormeaux, poulpes et oursins, tandis que les hommes gardent les enfants et s’occupent du foyer. Ces haenyeo (littéralement « femmes de la mer ») vivent dans une société dite matrifocale, c’est-à-dire organisée autour des mères : ce sont elles qui détiennent l’autorité économique et qui transmettent leur savoir de génération en génération. Cette tradition, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, est en voie de disparition : la plupart des haenyeo encore en activité ont aujourd’hui plus de soixante-dix ans.
Dans les années 1930, Young-sook et Mi-ja, deux adolescentes que tout oppose, apprennent ensemble l’art de la plongée et nouent une amitié qu’elles croient indestructible. Puis l’Histoire fracture tout : l’occupation japonaise, la Seconde Guerre mondiale, et surtout les événements de 1947-1949, quand les habitants de Jeju se soulèvent contre le gouvernement sud-coréen soutenu par les Américains. La répression est brutale : l’armée qualifie les insurgés de communistes et massacre des villages entiers. Lors du massacre de Bukchon, Young-sook voit son mari et l’un de ses fils exécutés — tandis que Mi-ja, dont le mari travaille pour le gouvernement, reste immobile et ne fait rien pour les sauver. L’amitié entre les deux femmes n’y survit pas. Des décennies de rancœur s’ensuivent, jusqu’à ce que leurs propres enfants forcent une réconciliation. Lisa See a rencontré les dernières haenyeo avant d’écrire ce roman, et cela se sent : les scènes sous-marines restituent avec précision la hiérarchie entre plongeuses novices et expertes, les techniques de pêche, et cette peur de la mer qui accompagne chaque descente.
8. Du même sang (Denene Millner, 2023)

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En 1965, dans le Sud des États-Unis encore sous ségrégation raciale, Grace est une adolescente noire dont la vie bascule deux fois. D’abord quand sa mère meurt sous les coups de son compagnon et que sa grand-mère Maw Maw, qui a tenté de la protéger, est envoyée en prison. Ensuite quand, recueillie par sa grand-tante Hattie à Brooklyn, elle tombe enceinte de Dale, un jeune homme blanc. Hattie profite de l’accouchement pour faire disparaître le bébé pendant le sommeil de Grace — une fille métisse, inacceptable à ses yeux — et met l’adolescente à la porte.
Ce bébé, c’est Rae. Elle est adoptée par Delores, une femme cabossée par la vie — abus subis dans l’enfance, infertilité, déceptions — qui voit dans cette adoption sa chance de devenir enfin mère. Delores élève Rae avec un amour possessif et farouche, mais aussi avec ses silences et ses blessures. Le troisième volet du roman suit Rae à l’âge adulte : journaliste, mariée, mère d’une petite fille, elle découvre par hasard qu’elle a été adoptée et part à la recherche de ses origines. Journaliste de métier et elle-même adoptée, Denene Millner déroule à travers ces trois femmes liées par le sang sans le savoir soixante ans d’histoire afro-américaine, des lois Jim Crow au New York du XXIe siècle. Le racisme est omniprésent, mais le roman va plus loin : il montre aussi la violence au sein même des foyers et de la communauté, et pose la question de ce qui fait — ou ne fait pas — une mère.
9. Bakhita (Véronique Olmi, 2017)

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Son vrai prénom, elle l’a oublié. Ses ravisseurs l’ont appelée Bakhita — « la chanceuse » en arabe. L’ironie est féroce. Enlevée à sept ans dans son village du Darfour (une région de l’ouest du Soudan), cette petite fille a été happée par la traite arabo-musulmane qui sévissait au Soudan au XIXe siècle. Vendue cinq fois, battue, tatouée au couteau — plus de soixante incisions sur la poitrine et le ventre, frottées au sel —, réduite à l’état d’objet pendant six ans. En 1885, à l’adolescence, elle est rachetée par Calisto Legnani, consul d’Italie à Khartoum, qui la traite avec humanité. C’est le début d’une deuxième vie : l’Italie, puis un procès devant le tribunal de Venise qui la déclare officiellement libre, et enfin l’entrée dans les ordres chez les Filles de la Charité canossiennes.
Mais Véronique Olmi ne raconte pas qu’un destin hors du commun — celui d’une ancienne esclave devenue religieuse, puis canonisée par Jean-Paul II en 2000. Elle montre aussi l’Italie que Bakhita découvre : un pays où les paysans crèvent de faim, où le fascisme de Mussolini s’installe, et où une femme noire est dévisagée comme une bête curieuse. Surnommée la Moretta (« la noiraude »), Bakhita traverse les deux guerres mondiales au service des enfants démunis, portée par une force intérieure que le roman restitue sans verser dans l’hagiographie (le récit élogieux et lisse d’une sainte). C’est Véronique Olmi elle-même qui a découvert l’existence de Bakhita lors d’une visite dans une église de Touraine — et qui a abandonné le livre qu’elle était en train d’écrire pour se lancer dans deux ans de recherches. Le résultat a reçu le prix du roman Fnac 2017.