Gagner la guerre est un roman de fantasy publié en 2009 aux éditions Les Moutons électriques. Narrée à la première personne par Benvenuto Gesufal — spadassin, assassin et homme de main du Podestat Léonide Ducatore —, l’histoire se déroule dans la République de Ciudalia, cité-État inspirée de la Venise de la Renaissance et de la Rome républicaine. Alors que la guerre contre le royaume de Ressine touche à sa fin, Benvenuto se retrouve au cœur d’une lutte de pouvoir entre nobles, marchands et conspirateurs, chacun bien décidé à tirer profit de la victoire — quitte à éliminer ses propres alliés. Le roman a reçu le prix Imaginales du meilleur roman francophone la même année, et ses ventes dépassent aujourd’hui les 230 000 exemplaires.
Si vous venez de refermer ce pavé et que vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques recommandations.
1. Récits du Vieux Royaume – Tome 1 : Janua Vera (Jean-Philippe Jaworski, 2007)

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Avant Gagner la guerre, il y avait Janua Vera. Ce recueil de nouvelles constitue la porte d’entrée dans le Vieux Royaume, l’univers de fantasy de Jaworski. C’est dans la longue nouvelle Mauvaise donne que l’on croise pour la première fois Don Benvenuto Gesufal, déjà empêtré dans une machination au cœur de Ciudalia — un avant-goût de ce qui l’attend dans le roman.
Mais Janua Vera ne se résume pas à un prologue. Chaque nouvelle explore une facette différente de cet univers et change de registre : Janua Vera (la nouvelle qui donne son titre au recueil) raconte les derniers jours d’un roi-dieu hanté par un rêve prophétique ; Au service des dames détourne les codes du roman courtois en envoyant un chevalier trop vertueux accomplir une quête dont il ne mesure pas le véritable prix ; Jour de guigne est une farce où un copiste malchanceux, frappé par un sortilège contagieux, accumule les catastrophes avec une constance qui rappelle Terry Pratchett ; Le Conte de Suzelle est un récit bref et douloureux sur le temps qui passe et le contact périlleux avec la faërie. Le recueil se referme sur Le Confident, monologue d’un reclus volontaire emmuré dans l’obscurité — un texte qui suggère que l’ensemble du recueil n’est peut-être pas ce qu’il prétend être, et qui invite à reconsidérer tout ce qu’on vient de lire.
L’intérêt de lire — ou relire — Janua Vera après Gagner la guerre tient aussi aux nombreuses références croisées entre les textes. Le chevalier Ædan de Vaumacel, par exemple, apparaît ici dans Au service des dames, des siècles avant les événements de Gagner la guerre ; la Guilde des Chuchoteurs dont Benvenuto fait partie a sa propre histoire ; certains noms de famille, certaines rivalités entre maisons nobles sont semés dans les nouvelles et ne prennent tout leur sens qu’à la lumière du roman.
2. Le Chevalier aux épines – Tome 1 : Le Tournoi des preux (Jean-Philippe Jaworski, 2023)

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Retour au Vieux Royaume, mais dans un registre très différent. Fini les bas-fonds de Ciudalia et la gouaille de Benvenuto : avec Le Tournoi des preux, Jaworski fait halte dans le duché de Bromael, un territoire féodal où la chevalerie, l’honneur et l’amour courtois dictent les conduites — en apparence, du moins. La duchesse Audéarde a été accusée d’adultère, jugée, répudiée et emprisonnée. Le chevalier Ædan de Vaumacel, qu’on soupçonne d’avoir été son amant, lui a fait défaut lors du procès. Mais un an plus tard, il réapparaît, bien décidé à restaurer l’honneur de la dame — tout en consacrant un zèle suspect à traquer des ravisseurs d’enfants dans les campagnes plutôt qu’à se rendre au tournoi censé décider du sort de la duchesse.
Ce premier tome d’une trilogie mêle affrontements courtois, enquête et machinations politiques. L’univers féodal est restitué avec un souci du détail considérable : l’équipement des chevaliers, les règles des joutes, les hiérarchies entre seigneurs, les codes de la parole donnée — tout est documenté au point qu’on se croirait dans un roman historique plutôt que dans de la fantasy. Et quand le tournoi de Lyndinas éclate enfin, Jaworski déploie des scènes de combat où l’on suit chaque passe d’armes, chaque chute de cheval, chaque retournement tactique — sans jamais perdre le fil malgré la mêlée.
Le ton est plus posé, plus solennel que dans les aventures de Benvenuto. La trahison ne s’exprime pas ici par le poignard dans une ruelle, mais par le mot glissé à la bonne oreille, le serment interprété de travers, l’alliance retournée au dernier moment. Et les femmes — à commencer par Audéarde elle-même — s’avèrent au moins aussi habiles que les hommes d’armes quand il s’agit de tirer les ficelles. Les lecteur·ices du Vieux Royaume noteront d’ailleurs que le tome 2, Le Conte de l’assassin, fait intervenir un assassin de la Guilde des Chuchoteurs infiltré dans une ambassade ciudalienne — un certain Benvenuto Gesufal.
3. Les Salauds Gentilshommes – Tome 1 : Les Mensonges de Locke Lamora (Scott Lynch, 2006)

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On l’appelle la Ronce de Camorr. Un bretteur invincible, un maître voleur. La moitié de la ville le prend pour le héros des miséreux, l’autre moitié pense qu’il n’est qu’un mythe. Les deux moitiés n’ont pas tort — mais pas pour les raisons qu’elles croient. Locke Lamora, orphelin malingre et incapable de tenir correctement une épée, dirige en réalité les Salauds Gentilshommes, une petite bande d’escrocs d’élite formés par le père Chains (qui n’est ni père ni aveugle). Leur spécialité : monter des arnaques d’une complexité redoutable pour plumer l’aristocratie de Camorr, une cité-État insulaire bâtie sur les vestiges d’une civilisation disparue, parcourue de canaux et dominée par des tours de verre indestructible — une Venise de fantasy, mais avec sa propre identité.
Tout le monde à Camorr verse un tribut au capa Barsavi, le chef suprême de la pègre locale, et les Salauds Gentilshommes ne font pas exception — si ce n’est qu’ils déclarent des revenus dérisoires et planquent le produit de leurs véritables coups, autrement plus lucratifs. Mais quand un adversaire bien plus dangereux qu’un noble floué surgit et entreprend de démanteler la pègre de Camorr par la violence, Locke et ses compagnons — au premier rang desquels l’indéfectible Jean Tannen — se retrouvent pris dans un engrenage où la ruse ne suffit plus et où la loyauté se paie au prix fort. Le roman bascule alors du casse jubilatoire (pensez Ocean’s Eleven en version Renaissance) vers quelque chose de nettement plus brutal.
La parenté avec Gagner la guerre est évidente : même cadre vénitien fantasmé, mêmes intrigues de pègre et de pouvoir, même goût pour les antihéros débrouillards et moralement douteux. Là où Jaworski pousse le cynisme et la violence sans concession, Lynch laisse davantage de place à l’humour, à l’amitié entre les membres de la bande, et à une vraie tendresse envers ses personnages — ce qui rend d’autant plus efficaces les moments où il décide de ne plus les épargner.
4. Le Bâtard de Kosigan – Tome 1 : L’Ombre du pouvoir (Fabien Cerutti, 2014)

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Novembre 1339. Le chevalier assassin Pierre Cordwain de Kosigan, bâtard d’une puissante lignée bourguignonne, dirige une compagnie de mercenaires d’élite et met ses talents — considérables — au service du plus offrant. Sa présence en Champagne, dernier fief des princesses elfiques d’Aëlenwil, ne doit rien au hasard. Entre un tournoi officiel, des tractations diplomatiques nocturnes et quelques cadavres déposés aux endroits stratégiques, chacun de ses actes obéit à un plan que personne ne parvient à percer.
L’originalité du cycle tient à son ancrage dans l’histoire de France réelle — à ceci près que les elfes, les changeformes et l’Inquisition s’y côtoient. Fabien Cerutti, agrégé d’histoire, a conçu une version alternative de notre Moyen Âge où la magie existe mais se meurt, éradiquée méthodiquement par l’Église au fil des siècles. Le roman joue sur deux temporalités : d’un côté, le récit médiéval de Pierre de Kosigan en 1339 ; de l’autre, l’enquête menée en 1899 par son lointain descendant, Kergaël de Kosigan, qui tombe sur des archives familiales suggérant que l’Histoire officielle a été délibérément purgée de toute trace de surnaturel. L’alternance entre ces deux fils narratifs est l’un des moteurs du suspense : on veut comprendre ce qui s’est passé entre les deux époques pour que la magie disparaisse aussi complètement.
Le héros médiéval, reconnaissons-le, flirte avec la surpuissance (il est redoutable à l’épée, séduisant, manipulateur et doté de capacités surnaturelles — ça fait beaucoup pour un seul homme). Mais le plaisir de lecture repose sur le rythme des péripéties, le mélange d’humour et de panache, et cette question qui travaille en arrière-plan : et si l’Histoire qu’on nous enseigne avait été consciencieusement expurgée de tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre ?
5. Wastburg (Cédric Ferrand, 2011)

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Wastburg est une cité coincée entre deux royaumes en guerre larvée, une ancienne ville glorieuse qui n’est plus qu’un repaire de coupe-jarrets, de gardes corrompus et de politiciens véreux. La magie a disparu depuis longtemps — les anciens majeers (les sorciers locaux) ne sont plus qu’un souvenir —, et il ne reste aux habitants que la crasse, la combine et la débrouille pour traverser des journées qui ne s’améliorent jamais.
Le roman fonctionne comme un récit choral : chaque chapitre suit un personnage différent — un simple garde qui fait sa ronde, un prévôt qui profite de sa tournée pour boire à l’œil, un échevin embourbé dans ses magouilles — avant de passer au suivant. Certains reviennent, d’autres non. Le vrai protagoniste, c’est Wastburg elle-même, que l’on arpente de ses bas-fonds puants à ses demeures à peine moins infectes. Une intrigue se dessine malgré tout en filigrane (le burgmaester, le dirigeant de la cité, n’a pas été vu depuis un moment, et quelqu’un semble préparer un mauvais coup), mais elle sert surtout de fil conducteur pour cette visite guidée d’une ville médiévale en pleine déliquescence.
L’éditeur des Moutons électriques a qualifié ce registre de « crapule fantasy » : de la fantasy urbaine centrée sur des personnages de petites frappes, de gardes à la morale flexible et de marginaux, dans des villes crasseuses et réalistes — loin des châteaux étincelants et des quêtes héroïques. C’est aussi le registre de Gagner la guerre, et la comparaison est inévitable. Wastburg est un roman plus court, plus modeste en ambition, mais Cédric Ferrand a un vrai sens de la formule et un goût prononcé pour le détail cru et savoureux — une scène de bagarre dans les latrines d’une maison de passes, décrite au fumet près, restera longtemps en mémoire. Si Gagner la guerre est le banquet de gala du genre, Wastburg en est le troquet de quartier : plus brut, plus ramassé, mais généreux.
6. Capitale du Sud – Tome 1 : Le Sang de la cité (Guillaume Chamanadjian, 2021)

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Enfermée derrière deux murailles immenses, Gemina est une mégalopole surpeuplée divisée en duchés rivaux. Chaque duché est associé à un animal — un fonctionnement qui rappelle les contrade de Sienne, ces quartiers italiens qui rivalisent chaque été lors de la course de chevaux du Palio. Le narrateur, Nox, est un modeste commis d’épicerie lié à la maison de la Caouane (la tortue de mer). Il partage son temps entre livraisons de vins prestigieux et sessions de poésie avec ses amis — jusqu’au jour où il hérite d’un livre ancien qui raconte l’origine de la Cité et semble faire écho à sa propre histoire. Malgré lui, Nox se retrouve entraîné dans des luttes de pouvoir entre maisons ducales et confronté à la part sombre de Gemina : une cité-miroir souterraine, peuplée de monstres.
Ce premier roman s’inscrit dans un projet éditorial appelé La Tour de garde : deux trilogies écrites par deux auteurs différents — Guillaume Chamanadjian pour Gemina (Capitale du Sud) et Claire Duvivier pour Dehaven (Capitale du Nord) — publiées en alternance et partageant un même univers. On lit d’abord le tome 1 du Sud, puis le tome 1 du Nord, et ainsi de suite : les deux histoires se répondent et s’éclairent l’une l’autre.
La grande force de Le Sang de la cité est de faire exister sa ville par les sens : l’huile d’olive des marchés, les vins du port, le vacarme des ruelles en pente, l’odeur de la foule dans les escaliers étroits. Chamanadjian prend le temps de nous installer dans Gemina avant de déployer ses intrigues — un rythme plus lent que Gagner la guerre, mais qui paie quand la situation politique dégénère et que les lieux familiers deviennent dangereux. Le roman a reçu plusieurs prix à sa sortie, dont le prix Imaginales du roman francophone 2022.
7. Les Lames du Cardinal (Pierre Pevel, 2007)

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Paris, 1633. Louis XIII règne, Richelieu gouverne, et l’Espagne menace — avec, dans ses rangs, des dragons. Car dans l’univers de Pierre Pevel, les dragons existent : métamorphes capables de prendre forme humaine, ils ont infiltré les cours d’Europe et fondé la Griffe noire, une société secrète qui conspire contre la France. Pour contrer cette menace, le Cardinal décide de reconstituer une compagnie d’élite qu’il avait lui-même dissoute cinq ans plus tôt dans des circonstances troubles : les Lames du Cardinal, un groupe de bretteurs d’exception, d’espions et de fortes têtes placé sous le commandement du capitaine La Fargue.
Le roman s’inscrit ouvertement dans la tradition d’Alexandre Dumas : on croise Rochefort (l’homme de confiance de Richelieu dans Les Trois Mousquetaires) et même Athos au détour d’une scène, mais les véritables héros sont les Lames elles-mêmes. Chaque membre de cette compagnie disparate — le vieux soldat loyal, l’aventurière italienne, le demi-sang draconique au passé trouble — possède sa propre histoire et ses propres motivations, ce qui donne au groupe une dynamique très « film d’équipe » (pensez Les Sept Mercenaires ou Mission : Impossible). Pevel structure ses chapitres comme un scénariste de cinéma : scènes courtes, montage en parallèle entre plusieurs fils d’intrigue, suspense relancé à la fin de chaque séquence.
L’intrigue politique n’atteint pas la complexité de Gagner la guerre — on est davantage dans l’aventure enlevée que dans les calculs de Machiavel. Mais le panache, le rythme et le plaisir de voir cette équipe fonctionner ensemble portent l’ensemble de la trilogie (trois tomes parus entre 2007 et 2010). Le premier tome a été récompensé par le prix Imaginales des lycéens (2009) et le Morningstar Award du meilleur premier roman fantastique en Grande-Bretagne (2010).
8. Port d’âmes (Lionel Davoust, 2015)

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Rhuys ap Kaledán est un héritier déchu. Condamné adolescent à rembourser les dettes de sa famille par huit années de servitude dans la Marine, il débarque à vingt-deux ans dans la cité franche d’Aniagrad — un lieu où tout se vend et tout s’achète, y compris les souvenirs et les reflets dans un miroir (ce n’est pas une métaphore : dans cet univers, ce sont des marchandises réelles). Résolu à reconquérir l’honneur des siens, il s’associe à Edelcar Menziel, un ancien ami de son père, pour travailler sur la conversion dranique — un procédé magique perdu depuis des siècles qui permettrait de fabriquer des machines alimentées par une énergie surnaturelle. Le projet pourrait lui ouvrir les portes de la haute société d’Aniagrad. Mais la cité regorge de gens prêts à exploiter un jeune homme ambitieux et mal préparé, et Rhuys va découvrir que ses alliés ne sont pas ceux qu’il croit.
Le roman se double d’une histoire d’amour singulière : celle de Rhuys pour Vibeka, une jeune femme qui vend littéralement des fragments de son âme pour survivre. À Aniagrad, un commerce légal permet d’acheter et de revendre des morceaux d’identité, de mémoire, d’essence vitale — et ceux qui en vivent y laissent chaque fois un peu d’eux-mêmes. Ce concept est emblématique d’Evanégyre, le monde imaginaire dans lequel Lionel Davoust situe plusieurs de ses romans et nouvelles, chacun à une époque différente de l’histoire de ce monde. Port d’âmes peut toutefois se lire de manière parfaitement autonome, sans connaissance préalable des autres textes.
Le roman partage avec Gagner la guerre le goût des villes-personnages et des jeux de pouvoir souterrains, mais il s’en distingue nettement par sa tonalité. C’est avant tout un récit d’apprentissage : on suit un jeune homme idéaliste qui découvre les règles du jeu en les apprenant à ses dépens, là où Benvenuto Gesufal les connaît depuis longtemps et s’en accommode avec un cynisme inébranlable. Le contraste entre la naïveté de Rhuys et la brutalité d’Aniagrad donne au roman un registre plus mélancolique, plus intime — et quand les coups tombent, on les encaisse avec lui.
9. À la pointe de l’épée (Ellen Kushner, 1987)

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Richard Saint-Vière est le meilleur bretteur des Bords-d’Eaux, un quartier mal famé où les nobles de la ville n’osent guère mettre les pieds. Ceux-ci n’hésitent pourtant pas à y envoyer chercher des épéistes quand il faut régler un différend par le sang — ce qui arrive souvent, car dans cette société, les aristocrates ne se battent pas eux-mêmes : ils engagent des duellistes professionnels pour le faire à leur place. Saint-Vière vit avec Alec, son amant, un jeune homme imprévisible, cassant et mystérieux dont le passé semble lié à l’aristocratie de la Colline, le quartier riche de la ville. Quand certains nobles décident de se disputer les services exclusifs du bretteur, le couple se retrouve pris dans un réseau d’intrigues politiques et amoureuses dont ni l’un ni l’autre ne maîtrise les règles.
Paru en 1987, ce roman est considéré comme l’un des textes fondateurs de la fantasy de mœurs (fantasy of manners en anglais) : un sous-genre qui délaisse les dragons, les elfes et les quêtes épiques au profit des salons aristocratiques, des ragots, des alliances matrimoniales et des coups bas. Il n’y a ici aucune magie, aucune créature fantastique — juste un monde fictif calqué sur l’Europe des XVIIe-XVIIIe siècles, où la violence et la sensualité cohabitent sans fausse pudeur. Ellen Kushner a par ailleurs été pionnière dans la représentation d’un couple masculin au centre d’un récit de fantasy, à une époque (la fin des années 1980) où cela n’allait pas du tout de soi dans le genre.
Le roman évoque finalement moins Dumas que Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, ce classique du XVIIIe siècle où deux aristocrates manipulent leur entourage par jeu et par cruauté : on y retrouve la même amoralité calculée, le même plaisir des manœuvres indirectes, et des personnages dont on ne sait jamais tout à fait s’ils méritent l’admiration ou le mépris. Plus court et plus discret que Gagner la guerre, À la pointe de l’épée partage néanmoins avec lui une conviction : dans les affaires de pouvoir, l’élégance n’est jamais qu’un outil de plus.