Les Carnets de Cerise est une série de bande dessinée jeunesse en cinq tomes, publiée entre 2012 et 2017 aux éditions Soleil (collection Métamorphose). Scénarisée par Joris Chamblain et illustrée par Aurélie Neyret, elle narre les aventures de Cerise, une fillette de onze ans qui rêve de devenir romancière et consigne ses observations dans un journal intime. Accompagnée de ses amies Line et Erica, elle mène des enquêtes sur les adultes de son entourage, intriguée par leurs comportements mystérieux. Chaque tome tourne autour d’une personne — un vieil homme qui s’enfonce chaque dimanche dans la forêt avec des pots de peinture, une dame qui emprunte le même livre à la bibliothèque depuis vingt ans… — et la résolution de l’énigme met au jour une blessure, un deuil ou un souvenir enfoui. Récompensée par le Prix Jeunesse au Festival d’Angoulême 2014, la série se distingue par son format hybride : les planches de BD alternent avec des pages de carnet intime reproduisant l’écriture manuscrite de Cerise, ses dessins, ses photos et ses réflexions personnelles.
Si vous êtes à la recherche de lectures du même genre, voici quelques recommandations. Les titres présentés ci-dessous s’adressent globalement à la même tranche d’âge que Les Carnets de Cerise — autour de 8 à 13 ans selon les séries et les éditeurs — même si les adultes s’y retrouvent tout aussi bien.
1. Les Carnets de Cerise et Valentin (Joris Chamblain et Aurélie Neyret, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Album dérivé de la série principale, ce tome unique prolonge l’univers des Carnets de Cerise en se focalisant sur un nouveau personnage : Valentin, sept ans, le petit frère par alliance de Cerise (sa mère et le père de Valentin forment désormais un couple, une situation révélée à la fin du cinquième tome). Toute la famille s’apprête à partir pour un tour du monde, mais Valentin est paralysé par l’angoisse du départ. Il a retenu une phrase de son père — « les voyages transforment les gens » — et en a conclu que ses amis ne le reconnaîtraient plus à son retour. Pour l’aider à apprivoiser cette peur, Cerise invente avec lui une mission d’agents spéciaux : un extraterrestre nommé Toloh-Tim se serait écrasé dans leur jardin pendant la nuit des Perséides (la pluie d’étoiles filantes du mois d’août, récurrente dans la série), et il leur revient d’enquêter.
L’album fonctionne sur deux niveaux de lecture. En surface, les enfants jouent aux espions intergalactiques. En dessous, c’est la peur du changement qui s’exprime : Valentin, trop jeune pour formuler clairement ce qui le bloque, ne parvient à en parler qu’à travers le jeu de rôle. Cerise, elle, tient un rôle inédit — moins détective, plus grande sœur attentive — et c’est elle qui explique au père de Valentin ce que l’enfant n’arrive pas à dire lui-même. Le format accorde plus de place aux pages de carnet qu’aux planches de BD proprement dites, ce qui peut dérouter les lecteur·ices habitué·es à un meilleur équilibre entre les deux.
Âge conseillé : à partir de 9 ans (Fnac, éditeur). Accessible dès 7-8 ans pour les lecteur·ices déjà familier·es de l’univers de Cerise.
2. Les Sœurs Grémillet (Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, 2020)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Trois sœurs vivent avec leur mère Magda dans une ville européenne imaginaire. Sarah, l’aînée, est sportive et directive — c’est elle qui organise, décide et s’impatiente. Cassiopée, la cadette, est une rêveuse qui dessine des cœurs partout et fantasme sur les princes charmants. Lucille, la benjamine, est si introvertie qu’elle ne s’adresse qu’à son chat Yurei. Quand Sarah commence à faire un rêve récurrent — une forêt sous-marine, des méduses phosphorescentes, un arbre centenaire abritant une serre de verre —, les trois frangines se lancent dans une enquête sur le passé de leur mère, une femme très discrète sur sa propre jeunesse. Pourquoi cette vieille photo retrouvée au grenier la montre-t-elle enceinte d’un bébé dont personne n’a jamais entendu parler ?
Le premier tome, Le rêve de Sarah, est centré sur ce secret. Les suivants élargissent le cadre : les premiers amours de Cassiopée à la campagne, une colonie de vacances en Normandie pour Lucille, un Noël mouvementé, une enquête autour d’une statue volée… Le dessin d’Alessandro Barbucci — déjà connu pour Sky Doll et Ekhö Monde Miroir — passe de couleurs turquoise dans les séquences oniriques à des teintes chaudes et dorées dans la vie quotidienne. La part de fantastique reste toujours ambiguë : on ne sait jamais tout à fait si les méduses de Sarah relèvent de la magie ou du symbole, et c’est précisément ce flou qui donne à la série sa tonalité particulière.
Âge conseillé : à partir de 8-9 ans (librairies spécialisées, Dupuis). Certaines sources indiquent dès 6 ans, d’autres plutôt 10 ans ; la fourchette 9-12 ans semble la plus adaptée pour saisir les thèmes abordés (deuil, famille monoparentale, secrets de famille).
3. Le Grimoire d’Elfie (Audrey Alwett, Christophe Arleston et Mini Ludvin, 2021)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Elfie et sa sœur Magda vivent chez une tante acariâtre depuis la mort de leur mère. Tout change le jour où Louette, leur sœur aînée tout juste majeure, débarque à bord d’un bus anglais à impériale reconverti en librairie ambulante. Elle embarque ses cadettes pour un tour de France, de village en village. Première étape : une île bretonne où la population se déchire autour d’un mystérieux timbre perdu. Mais le voyage réserve à Elfie une découverte d’un autre ordre : elle a hérité des pouvoirs de sorcière de sa mère, matérialisés par un grimoire ancien qui ne s’active que lorsqu’Elfie y écrit. Écrire pour déclencher la magie : le parallèle avec le journal intime de Cerise est évident, le surnaturel en plus.
Chaque tome emmène le trio dans une nouvelle région (Bretagne, Provence, Auvergne, Pyrénées) et un nouveau mystère local — un conflit entre villageois, un héritage oublié, un lieu chargé d’histoire — que la magie d’Elfie contribue à résoudre, parfois de travers. Elfie est passionnée d’origamis et d’astronomie, un peu étourdie, et les rapports entre les trois sœurs ne sont pas idylliques : Louette, l’aînée, est une aventurière insouciante qui ne mesure pas toujours les conséquences de ses décisions, et Magda, la cadette pragmatique, ne se prive pas de le lui faire remarquer. La série, publiée chez Drakoo (un label des éditions Delcourt spécialisé en jeunesse et fantasy), a remporté le Grand Prix des lecteurs du Journal de Mickey en 2021. Les illustrations de Mini Ludvin, influencées par l’animation japonaise (elle cite le studio Ghibli parmi ses références), sont solaires et lisibles — on passe d’une case à l’autre sans effort.
Âge conseillé : à partir de 7-8 ans (blogs spécialisés, libraires). La série est principalement plébiscitée pour les 8-12 ans.
4. Quatre Sœurs (Malika Ferdjoukh, Cati Baur, 2014)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Adaptation en BD des romans de Malika Ferdjoukh publiés à l’École des loisirs, Quatre Sœurs suit le quotidien des sœurs Verdelaine — qui sont en réalité cinq (le titre renvoie aux quatre romans de la série originale, chacun centré sur l’une des cadettes ; l’aînée, Charlie, n’a pas le sien). Orphelines depuis peu, elles vivent ensemble dans la Vill’Hervé, une grande maison en bord de mer face à l’Atlantique. Charlie, 23 ans, a mis sa vie entre parenthèses pour élever ses sœurs. Geneviève, 16 ans, est la plus raisonnable et s’occupe de tout ce que Charlie n’a pas le temps de gérer. Bettina, 14 ans, est coquette, moqueuse et cassante — mais cette façade dissimule mal ses propres fragilités, et c’est ce qui la rend aussi drôle qu’exaspérante. Hortense, 11 ans, est une lectrice compulsive qui rêve de théâtre et se lie d’amitié avec une voisine gravement malade. Et Enid, 9 ans, la benjamine casse-cou, est persuadée qu’un fantôme hurle dans le parc les soirs de tempête.
Chaque tome se concentre sur l’une des quatre cadettes au fil d’une saison — automne pour Enid, hiver pour Hortense, printemps pour Bettina, été pour Geneviève — sans jamais perdre de vue les autres. Cati Baur co-scénarise l’adaptation avec Ferdjoukh et transpose les dialogues vifs des romans avec un trait rapide qui colle au rythme de cette fratrie : les disputes éclatent vite, les réconciliations aussi, et l’on passe en quelques cases d’un éclat de rire à un moment de gravité — le deuil des parents, les doutes de Charlie sur ses capacités à tenir son rôle, la maladie de l’amie d’Hortense. La série a été sélectionnée à plusieurs reprises au Festival d’Angoulême (2012, 2015, 2017).
Âge conseillé : à partir de 10-11 ans (L’École des loisirs conseille les romans pour les 12-16 ans ; la BD est accessible un peu plus tôt). Idéal pour les 10-14 ans.
5. Journal d’un enfant de lune (Joris Chamblain et Anne-Lise Nalin, 2017)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Morgane, 16 ans, n’a aucune envie de déménager. Mais en s’installant dans sa nouvelle chambre, elle découvre un journal intime oublié derrière un radiateur : celui de Maxime, un adolescent atteint de Xeroderma Pigmentosum. Cette maladie génétique très rare (on estime qu’elle touche moins d’une centaine de personnes en France) empêche la peau de se réparer après une exposition aux rayons ultraviolets : le moindre rayon de soleil, mais aussi certains éclairages artificiels, peuvent provoquer des brûlures graves et des cancers cutanés. Pour sortir, Maxime doit porter une combinaison de protection intégrale. On appelle les personnes atteintes les « enfants de la lune », car elles ne peuvent vivre pleinement qu’à la tombée du jour. Captivée par l’histoire de Maxime, Morgane se met en tête de le retrouver pour lui rendre son journal. Ses recherches la conduisent à rencontrer ceux qui l’ont connu — et à un dénouement que l’on ne voit pas venir.
Le procédé narratif est celui des Carnets de Cerise — un journal intime retrouvé, une héroïne curieuse qui enquête — mais transposé dans un registre plus mature. Morgane a 16 ans, pas 11, et les thèmes abordés s’adressent à un lectorat un peu plus âgé : la maladie au quotidien, le regard des autres sur le handicap, les premiers émois amoureux. L’album ne verse pas dans l’apitoiement — Maxime, tel qu’il apparaît dans son journal, est drôle, en colère, lucide, pas réduit à sa pathologie. Une partie des bénéfices est d’ailleurs reversée à l’association française Enfants de la Lune, qui soutient les personnes atteintes de Xeroderma Pigmentosum. Album complet en un seul volume — pas besoin d’attendre une suite.
Âge conseillé : à partir de 10-12 ans selon les libraires. Le ton et les thèmes conviennent bien aux 10-14 ans.
6. Lou ! (Julien Neel, 2004)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Lou est une fillette qui vit seule avec sa mère — une romancière distraite, accro aux pizzas et aux jeux vidéo — et leur chat. Elle est amoureuse en silence de son voisin Tristan depuis la maternelle, confectionne elle-même ses vêtements (par goût, pas par nécessité : elle déteste suivre la mode) et partage tout avec Mina, sa meilleure amie. Quand Richard emménage sur le palier, Lou décide de jouer les entremetteuses pour sa mère. La série compte huit tomes dans sa première saison, publiés entre 2004 et 2018, plus une seconde saison intitulée Lou ! Sonata (débutée en 2020, sous forme de roman graphique) où Lou, désormais étudiante de 20 ans, quitte le nid familial.
La particularité de Lou ! tient à ce que l’héroïne vieillit au fil des albums : on la découvre à l’entrée au collège dans le premier tome, et on la quitte jeune adulte dans le dernier. Les lecteur·ices qui ont grandi avec la série ont traversé les mêmes étapes que Lou au même âge — premiers amours, premières ruptures, tensions familiales, envie d’indépendance. Julien Neel, qui scénarise et dessine seul la série, a aussi réalisé son adaptation au cinéma en 2014. Le premier tome, Journal infime (un jeu de mots : « infime », pas « intime »), a obtenu le Prix Jeunesse 9-12 ans au Festival d’Angoulême en 2005, et le cinquième, Laser Ninja, a remporté le même prix en 2010. Avec près de trois millions d’exemplaires vendus et des traductions dans une vingtaine de langues, la série s’est imposée comme une référence de la BD jeunesse française.
Âge conseillé : à partir de 8-9 ans pour les premiers tomes (catégorie 9-12 ans à Angoulême). Les tomes tardifs de la première saison et Lou ! Sonata s’adressent davantage aux adolescent·es et jeunes adultes.
7. Les Enquêtes d’Enola Holmes (Nancy Springer, Serena Blasco, 2015)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Adaptation en BD des romans de l’autrice américaine Nancy Springer, cette série met en scène Enola Holmes, sœur cadette du célèbre détective Sherlock Holmes — et de Mycroft, le frère aîné obsédé par les conventions sociales. Enola a vingt ans de moins que Sherlock et a grandi loin de ses frères, élevée par leur mère dans le manoir familial. En 1888, le jour de ses quatorze ans, leur mère disparaît sans prévenir, en ne laissant à Enola qu’un recueil sur le langage des fleurs (un système de communication codé très en vogue à l’époque victorienne, où chaque fleur porte un message précis) et un carnet de messages chiffrés. Mycroft veut envoyer sa sœur en pension pour en faire une « vraie Lady ». Enola refuse, s’enfuit à Londres sous un déguisement et se retrouve mêlée à l’enlèvement d’un jeune marquis. Chaque tome apporte une nouvelle enquête tout en faisant avancer le mystère de la disparition maternelle.
L’intérêt de la série ne se limite pas aux enquêtes : Enola évolue dans le Londres victorien (l’Angleterre de la fin du XIXe siècle, sous le règne de la reine Victoria), avec ses bas-quartiers miséreux, ses mariages arrangés et ses règles très strictes imposées aux femmes — une jeune fille de quatorze ans vivant seule à Londres, c’était tout simplement impensable. Sous les traits de Serena Blasco (puis de Lucie Arnoux à partir du tome 6), Enola est perspicace, culottée et inventive : elle se forge de fausses identités, change régulièrement d’apparence et résout des affaires là où Sherlock lui-même piétine. Les albums se terminent par un « carnet secret » rempli d’annotations et de croquis, dans l’esprit des carnets de Cerise. La série a aussi bénéficié de la visibilité des films Netflix avec Millie Bobby Brown, sortis en 2020 et 2022.
Âge conseillé : à partir de 9-10 ans (blogs spécialisés, libraires). L’éditeur Jungle la classe en BD jeunesse ; elle convient bien aux 9-13 ans.
8. Sorceline (Sylvia Douyé et Paola Antista, 2018)

Disponible sur Amazon Disponible à la Fnac
Sorceline rêve de devenir fantasticologue, c’est-à-dire spécialiste du soin aux créatures fantastiques — l’équivalent d’un vétérinaire, mais pour des animaux que la plupart des gens considèrent comme imaginaires. Elle décroche un stage d’été sur l’île de Vorn, sous la direction du professeur Archibald Balzar, un expert en cryptozoologie (dans cet univers, la discipline qui étudie les « cryptides » : gorgones, vampires, griffons, licornes et autres créatures mythiques dont l’existence est ici bien réelle). Les stagiaires sont peu nombreux et la compétition est rude pour décrocher le diplôme. Sorceline excelle dans ses études, mais les choses se compliquent quand des camarades commencent à disparaître dans des circonstances inexplicables, ne laissant derrière eux que des éclats de verre. Sorceline comprend, avec effroi, qu’elle n’est peut-être pas étrangère à ces phénomènes…
On pense à Harry Potter pour le cadre — une école isolée, un professeur charismatique, des élèves aux personnalités contrastées — mais la série s’en distingue par sa dimension naturaliste : ici, on ne jette pas de sorts, on soigne des créatures, on étudie leurs comportements, on les nourrit. L’héroïne a un tempérament impulsif, une tendance à foncer avant de réfléchir, et un passé qui se dévoile par fragments au fil des tomes : qui est-elle vraiment, et d’où vient ce lien si particulier qu’elle entretient avec les créatures ? Le dessin de Paola Antista, formée à l’Académie Disney de Milan, donne à voir un bestiaire riche — certaines créatures sont attendrissantes, d’autres franchement menaçantes — et des décors soignés. La scénariste Sylvia Douyé, biologiste de formation, a construit cet univers avec une cohérence interne où chaque espèce obéit à ses propres règles. La série a été traduite dans neuf pays, preuve que les monstres n’ont pas besoin de passeport.
Âge conseillé : à partir de 8 ans selon l’autrice elle-même ; la Fnac indique 9 ans et plus. Convient aux 8-12 ans, avec un intérêt qui se renouvelle grâce à l’intrigue de fond sur les origines de Sorceline.