The Killer Inside est un seinen manga scénarisé par Hajime Inoryu et dessiné par Shota Ito, prépublié au Japon entre 2018 et 2020 et édité en France par Ki-oon en onze volumes. On y suit Eiji Urashima, un étudiant ordinaire en apparence, mais fils d’un tueur en série notoire. Tiraillé par un trouble dissociatif de l’identité, Eiji voit sa seconde personnalité s’éveiller et le pousser au crime.
Si vous vous demandez quoi lire ensuite, voici quelques suggestions dans la même veine.
1. Monster (Naoki Urasawa, 1994)

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Le Dr Kenzo Tenma, neurochirurgien japonais installé à Düsseldorf, choisit de sauver un enfant blessé par balle plutôt qu’un homme politique influent. Des années plus tard, cet enfant — Johan Liebert — s’avère être un tueur d’une intelligence redoutable, capable de pousser n’importe qui au meurtre ou au suicide.
L’intrigue traverse l’Europe de la réunification allemande, entre vestiges de la guerre froide, réseaux néo-nazis et expériences secrètes héritées du Lebensborn. Tenma, devenu fugitif et suspect principal, traque Johan de l’Allemagne à la République tchèque pour l’empêcher de tuer à nouveau.
Dix-huit volumes d’un thriller politique et psychologique où chaque personnage secondaire — flic, orphelin, ancien espion — a ses propres raisons de mentir. Lauréat du prix Shogakukan, trois fois nommé à l’Eisner Award aux États-Unis.
2. Ces jours qui disparaissent (Timothé Le Boucher, 2017)

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Lubin Maréchal, acrobate d’une vingtaine d’années, se réveille un matin : un jour entier s’est écoulé sans qu’il en garde le moindre souvenir. Il découvre bientôt qu’une autre personnalité occupe son corps pendant ses absences — un double plus pragmatique, plus froid, dont la vie n’a rien à voir avec la sienne.
Pour tenter de coexister, les deux Lubin communiquent par caméra interposée. Mais l’alter ego gagne du terrain, et les jours de Lubin se raréfient de façon alarmante. Le conflit ne se joue pas entre le bien et le mal : il oppose deux visions de l’existence — l’une rêveuse et précaire, l’autre conformiste et stable.
Ce roman graphique de 200 pages, lauréat du Prix des Libraires de BD Canal BD, commence comme une curiosité fantastique avant de se muer en tragédie — celle d’un homme qui regarde sa propre vie lui être confisquée, jour après jour. On y retrouve la question au cœur de The Killer Inside : qui contrôle vraiment ce corps ?
3. Le Patient (Timothé Le Boucher, 2019)

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Une nuit, la police intercepte Laura Grimaud, adolescente couverte de sang, un couteau à la main. Chez elle, toute sa famille a été massacrée. Seul son frère Pierre, grièvement blessé, survit — avant de sombrer dans un coma de six ans. À son réveil, le jeune homme est pris en charge par la psychologue Anna Kieffer, spécialisée en criminologie.
Pierre ne se souvient de presque rien. Lors de leurs séances, il évoque un mystérieux « homme en noir » qui hante ses rêves. Entre le patient et sa thérapeute s’installe une complicité trouble, teintée d’attirance, qui brouille les rôles et les loyautés.
Thriller psychologique aux allures hitchcockiennes, Le Patient fonctionne comme un piège narratif : Timothé Le Boucher oriente le soupçon dans une direction, puis retourne la situation — et le lecteur·ice avec. À la fermeture du livre, on se surprend à relire certaines scènes pour y déceler ce qu’on avait pris, à tort, pour anodin.
4. Bâtard (Youngchan Hwang et Carnby Kim, 2014)

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Jin Seon, lycéen chétif doté d’un œil de verre, mène une existence solitaire dans un quartier huppé de Séoul. Son père, PDG d’une grande entreprise, est admiré de tous pour son charisme et sa générosité. Derrière cette façade, il est un meurtrier méthodique qui a fait de son propre fils son complice.
Sous la menace d’une condamnation commune, Jin obéit et sert d’appât pour les victimes. L’arrivée d’une nouvelle camarade de classe va cependant fissurer cette emprise et forcer le garçon à choisir son camp.
Ce webtoon coréen, publié à l’origine sur Naver puis édité en France par Ki-oon en cinq volumes, a atteint la première place des lectures sur la plateforme peu après son lancement. Son sujet — un adolescent prisonnier de la monstruosité paternelle — fait directement écho à la question centrale de The Killer Inside : hérite-t-on de la violence de ses parents ?
5. MPD Psycho (Eiji Otsuka et Sho-u Tajima, 1997)

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L’inspecteur Yôsuke Kobayashi enquête sur un tueur en série qui démembre ses victimes. Le jour où le meurtrier envoie à Kobayashi le corps mutilé de sa compagne — maintenue artificiellement en vie —, le détective perd pied. Une personnalité violente émerge en lui, abat le criminel, puis cède la place à Kazuhiko Amamiya, un criminologue froid et impassible.
Sur vingt-quatre volumes, le récit se ramifie en un réseau de conspirations, de transferts de personnalités et d’expériences secrètes orchestrées par la mystérieuse organisation Gakuso. Les identités se superposent, se volent, se programment comme des logiciels — la série glisse peu à peu du polar vers la science-fiction paranoïaque.
Adapté en mini-série télévisée par Takashi Miike, MPD Psycho est aussi l’un des mangas les plus censurés de son époque au Japon.
6. Erased (Kei Sanbe, 2012)

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Satoru Fujinuma, mangaka de 29 ans à la carrière en panne, possède un pouvoir involontaire : le « Revival », qui renvoie sa conscience quelques instants avant un drame imminent. Lorsque sa mère est assassinée sous ses yeux, cette capacité l’expédie dix-huit ans en arrière, dans son corps d’écolier, en 1988.
Il comprend alors que le meurtre de sa mère est lié à des enlèvements d’enfants survenus à cette époque — dont celui de Kayo Hinazuki, une camarade de classe maltraitée par ses parents. Piégé dans un corps de dix ans, il doit identifier le tueur et empêcher les disparitions avant qu’elles ne se produisent.
Erased se lit à la fois comme un thriller à énigme et comme un récit sur la négligence des adultes face à la souffrance des enfants. Nommé au prix culturel Osamu Tezuka, le manga a été adapté en anime, en film et en série Netflix.
7. My Home Hero (Naoki Yamakawa et Masashi Asaki, 2017)

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Tetsuo Tosu est un employé de bureau effacé, passionné de romans policiers. Un jour, il remarque des hématomes sur le visage de sa fille Reika. Il apprend que le petit ami de Reika, Nobuto Matori, est un yakuza violent — et que sa précédente compagne est morte sous ses coups.
Lorsque Nobuto le surprend chez Reika, l’altercation tourne au drame : Tetsuo le tue. Avec l’aide de sa femme Kasen, il dissimule le corps. Mais Nobuto se trouve être le fils du chef d’un clan mafieux, et la traque commence.
Le principe de la série tient en une question : un père de famille ordinaire, dont la seule expertise criminelle provient de ses lectures, peut-il maquiller un meurtre face à des yakuzas professionnels ? Vingt-six volumes de bluff, de stratagèmes désespérés et de calculs à un coup d’avance.
8. Route End (Kaiji Nakagawa, 2017)

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Taji Haruno travaille pour une entreprise de nettoyage spécialisée dans les scènes de mort. Le suicide de sa mère, quand il était enfant, a façonné son rapport aux cadavres — un mélange de familiarité et de distance clinique. Son quotidien bascule quand un tueur en série surnommé « End » sévit dans son quartier : les victimes, découpées en morceaux, sont disposées de façon à former le mot « END ».
Chargé du nettoyage d’une scène de crime, Taji découvre que son patron — véritable figure paternelle à ses yeux — pourrait être impliqué dans ces meurtres.
En huit volumes, Kaiji Nakagawa signe un thriller sombre et nerveux qui s’intéresse autant à l’enquête policière qu’au phénomène des kodokushi — ces morts solitaires, non découvertes pendant des semaines, dont le nettoyage constitue au Japon un métier à part entière.
9. Museum (Ryosuke Tomoe, 2013)

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Le lieutenant Hisashi Sawamura, fraîchement séparé de sa femme et de son fils, est dépêché sur la scène d’un crime atroce : une jeune femme livrée à des chiens affamés. Un mot retrouvé sur place indique que cette mort est une « punition ». D’autres meurtres suivent, tous aussi inventifs que cruels, commis par un individu affublé d’un masque de grenouille qui ne frappe que sous la pluie.
Lorsque Sawamura comprend que sa propre famille figure sur la liste du tueur, il est dessaisi de l’affaire — et décide de poursuivre seul, hors cadre légal.
En seulement trois volumes, Ryosuke Tomoe livre un thriller ramassé et brutal. Le tueur conçoit chaque meurtre comme une pièce de musée : une mise en scène macabre, assortie d’un titre et d’une justification. Adapté au cinéma en 2016 — il suffit à Tomoe de ce format court pour boucler une intrigue que d’autres auteurs auraient étirée sur dix tomes.
10. Les Liens du sang (Shuzo Oshimi, 2017)

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Vue de l’extérieur, la famille de Seiichi Osabe n’a rien de particulier : un père salarié, une mère au foyer, une maison en ville de province. Mais Seiko, la mère, couve son fils avec une intensité qui dépasse de loin la simple affection. Elle le traite encore comme un nourrisson, structure toute son existence autour de lui et, en l’absence chronique du père, referme peu à peu le piège.
Seiichi, trop jeune pour percevoir la toxicité de cette relation, se laisse enfermer dans le cocon maternel. Ce n’est que lorsque Seiko commet un acte irréparable qu’il prend la mesure de sa folie.
Signé Shuzo Oshimi (auteur de Les Fleurs du mal), ce seinen en dix-sept volumes installe son malaise sans aucune violence graphique. Pas de sang, pas de cris : juste un sourire maternel de trop, un regard qui dure une case de plus qu’il ne devrait, et la certitude, de plus en plus nette, que quelque chose d’irréversible est en train de se produire.