Désenchantées est un roman de Marie Vareille paru en mai 2022 aux éditions Charleston. Le récit se déploie entre passé et présent, autour de la disparition de Sarah Leroy, quinze ans, dans la petite bourgade fictive de Bouville-sur-Mer, sur la Côte d’Opale. Vingt ans après les faits, Fanny, journaliste et sœur d’Angélique — autrefois meilleure amie de Sarah —, revient sur les lieux du drame, accompagnée de Lilou, sa belle-fille de quatorze ans bien décidée à mener l’enquête. Le roman reconstitue peu à peu l’histoire des « désenchantées », cette bande de quatre adolescentes liées par des serments d’amitié et des secrets bien trop lourds pour leur âge. Entre nostalgie des années 90 (le Club Dorothée, Mylène Farmer, les Spice Girls), affaire non résolue et sororité, le livre a remporté le Prix des lecteurs Système U et a été adapté en mini-série pour France 2.
Si vous êtes à la recherche de lectures similaires, voici quelques recommandations.
1. La Dernière Allumette (Marie Vareille, 2024)

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Depuis plus de vingt ans, Abigaëlle vit recluse dans un couvent en Bourgogne. Elle a fait vœu de silence et a oublié une grande partie de sa vie d’avant — y compris l’événement qui a fait basculer son existence. De loin, elle observe la carrière parisienne de Gabriel, son grand frère, artiste encensé par la critique. Le jour où celui-ci rencontre Zoé, une femme chaleureuse, Abigaëlle ne peut s’empêcher de trembler : elle seule connaît la véritable nature de son frère.
Le roman alterne entre les carnets intimes d’Abigaëlle enfant — où elle raconte les bons et les mauvais jours avec les mots et la logique d’une petite fille qui ne comprend pas tout ce qui se passe chez elle — et des séances dans le cabinet d’un médecin qui tente de percer les non-dits de sa patiente. Marie Vareille construit son intrigue comme un piège : elle laisse le lecteur ou la lectrice s’installer dans ses certitudes, avant de tout renverser dans un dernier tiers sidérant. Le sujet — les violences conjugales et leur transmission d’une génération à l’autre (les enfants qui grandissent dans la violence reproduisent-ils fatalement ce schéma ?) — est traité sans voyeurisme ni raccourcis. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains sans avertissement, mais qui continue de travailler en vous bien après la dernière page.
2. Trois (Valérie Perrin, 2021)

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1986. Adrien, Étienne et Nina se rencontrent en CM2 dans une petite ville de province. Très vite, ils deviennent inséparables et se font une promesse : quitter ensemble leur campagne pour vivre à Paris. Ne jamais se séparer. 2017. Une voiture est repêchée au fond d’un lac dans le hameau où ils ont grandi, avec un corps non identifié à l’intérieur. Virginie, journaliste au passé trouble, couvre l’événement et remonte le fil de cette amitié fusionnelle vieille de trente ans.
Chacun des trois porte des blessures que l’enfance n’a pas refermées : Nina, abandonnée par sa mère et élevée par son grand-père ; Étienne, ignoré par un père qui ne voit en lui qu’une déception ; Adrien, qui lutte en silence avec son identité sexuelle dans une époque et un milieu qui ne lui laissent guère de place pour en parler. La mort accidentelle du grand-père de Nina fait voler en éclats l’équilibre du trio et les projette chacun·e sur des trajectoires séparées. Sur près de 670 pages, Valérie Perrin déroule trois décennies en gardant jusqu’au bout le mystère de cette voiture engloutie — et le lien entre cette épave et le destin du trio ne se révèle que dans les toutes dernières pages. Un roman sur les promesses qu’on ne tient pas et les secrets qu’on enterre, où la question n’est pas seulement « que contient la voiture ? » mais surtout « qu’est-ce qui a brisé ces trois-là ? ».
3. Les sœurs Van Apfel ont disparu (Felicity McLean, 2020)

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Été 1992, banlieue de Sydney, en lisière du bush — ces immenses étendues de brousse australienne, sauvages et hostiles, qui bordent les zones habitées. Une canicule suffocante, une rivière qui empeste. Et trois sœurs — Hannah, l’aînée, Cordelia, la fantasque somnambule, et la petite Ruth avec son bec-de-lièvre — qui profitent de l’entracte du spectacle scolaire pour s’évanouir dans la nature. Le corps de Ruth sera retrouvé coincé entre deux rochers. Des deux autres, nulle trace. Jamais.
Vingt ans plus tard, Tikka, qui avait onze ans à l’époque et était la meilleure amie de Cordelia, revient en Australie pour veiller sur sa sœur malade. Elle n’a jamais cessé de penser aux Van Apfel : elle croit encore reconnaître Cordelia dans le visage de chaque femme croisée dans la rue. Le roman ne propose pas d’enquête au sens classique ; il déroule les souvenirs de Tikka, et c’est à travers son regard d’enfant que l’on entrevoit ce que les adultes ont refusé de voir : le père pasteur autoritaire qui terrorisait ses filles, l’instituteur un peu trop présent, le silence complice du voisinage. Felicity McLean ne tranche pas : le roman refuse de livrer une explication nette, et c’est précisément cette ambiguïté qui le rend si tenace. On pense à Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides, transposé sous le soleil impitoyable de l’Australie.
4. Les cinq règles du mensonge (Ruth Ware, 2021)

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Règle numéro un : dis un mensonge. Règle numéro deux : ne change pas ta version. Règle numéro trois : ne te fais pas prendre. Règle numéro quatre : ne pas se mentir les unes aux autres. Règle numéro cinq : savoir quand cesser de mentir. Voilà le code de conduite que se sont forgé Kate, Isa, Fatima et Thea, quatre adolescentes rebelles et indissociables, pensionnaires dans un établissement de la dernière chance à Salten, sur la côte anglaise. Mais le jeu a dérapé. Un soir, un drame s’est produit — et un ultime mensonge les a liées pour toujours.
Dix-sept ans plus tard, Isa reçoit un SMS de Kate : un appel au secours. Elle lâche tout — mari, bébé, quotidien — pour la rejoindre au vieux Moulin, la maison familiale de Kate qui s’enfonce inexorablement dans le sol sablonneux de la côte. Un corps vient d’être retrouvé dans la baie. Ruth Ware construit un thriller où chaque couche de mensonge en recouvre une autre, à la manière de poupées russes. Le décor suit le même mouvement : le moulin est décrépit, le village hostile, la mer grignote la terre un peu plus chaque jour. Tout ce que ces quatre femmes ont bâti — leur vie d’adulte, leur réputation, leurs couples — repose sur un secret vieux de dix-sept ans. Et quand quelqu’un meurt, ce n’est plus un jeu.
5. Ton secret (Stacy Willingham, 2024)

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Margot n’a jamais fait le deuil de sa meilleure amie Eliza, morte dans des circonstances troubles lors d’une fête de fin de lycée. Deux ans plus tard, elle végète sur le campus du Rutledge College quand elle croise Lucy, étudiante charismatique et mystérieuse, qui lui rappelle furieusement Eliza. Lucy lui propose d’emménager avec elle et deux autres filles, Sloane et Nicole, dans une maison hors campus. Margot accepte. Les quatre deviennent vite inséparables.
Puis Levi débarque dans la fraternity voisine — l’une de ces résidences étudiantes masculines propres aux campus américains, avec leurs soirées, leurs rituels d’intégration et leurs codes. Or Levi n’est autre que l’ex-petit ami d’Eliza, celui que Margot soupçonne d’être responsable de sa mort. Et Lucy semble un peu trop fascinée par lui. Six mois plus tard, Lucy a disparu et un garçon de la fraternity est mort. Le récit navigue entre l’avant et l’après, les déclarations à la police et les souvenirs de l’année écoulée. Chaque personnage cache quelque chose, et l’on change d’avis sur chaque personnage à mesure que les pièces s’assemblent — le dénouement réserve d’ailleurs plusieurs surprises en cascade. Stacy Willingham, primée au Crime Fest Awards pour son premier roman (Une lueur dans la nuit), sait particulièrement bien jouer de la structure « avant/après » pour retarder les révélations juste assez longtemps.
6. La Rumeur (Heidi Perks, 2025)

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Anna a disparu. Personne ne l’a revue depuis une soirée au pub avec ses quatre plus proches amies. Elle laisse derrière elle un mari et un fils qu’elle adore — une vie en apparence sans faille. Grace, son amie d’enfance revenue d’Australie après des années d’absence, refuse de croire à une fugue volontaire. Pendant ce temps, dans le quartier, les rumeurs et les accusations se propagent : à la sortie de l’école, entre voisin·es, dans les allées du supermarché. Chacun·e y va de sa théorie.
Grace se lance alors dans sa propre enquête, persuadée que quelqu’un dans l’entourage d’Anna dissimule la vérité. Mais à mesure qu’elle creuse, elle découvre que la vie « parfaite » de son amie recouvrait des secrets — et que leur amitié elle-même reposait sur des non-dits anciens que le retour de Grace a ravivés. Heidi Perks signe un thriller domestique dont la force tient à son cadre : une petite ville anglaise où tout le monde se connaît, s’observe et se juge, et où une seule disparition suffit à fissurer les réputations les mieux établies. Chaque chapitre redistribue les soupçons — le mari, les amies, un voisin, Grace elle-même — et le roman parvient à maintenir le doute jusqu’à un dénouement qui remet en question tout ce que l’on croyait savoir depuis le début.
7. Au fond de l’eau (Paula Hawkins, 2017)

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Une semaine avant sa mort, Nel a appelé sa sœur Julia. Qui n’a pas décroché. Quand le corps de Nel est retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, petite ville anglaise, Julia est contrainte d’y revenir pour s’occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu’elle connaît à peine. Le lieu la terrifie : cette rivière, et surtout le « bassin aux noyées » — un endroit précis de la falaise d’où des femmes se sont jetées, ou ont été poussées, depuis des siècles. Nel écrivait d’ailleurs un livre à ce sujet, recensant chaque morte, chaque histoire. Un projet qui n’a pas plu à tout le monde dans la communauté.
Paula Hawkins orchestre un récit choral où une dizaine de voix se succèdent — Julia, Lena, la policière Erin fraîchement mutée sur place, et plusieurs habitant·es de Beckford qui ont tou·tes quelque chose à cacher. L’enquête progresse lentement parce que personne ne veut parler : la bourgade préfère noyer le poisson (sans mauvais jeu de mots). Ce qui rend le roman singulier, c’est sa dimension historique : l’intrigue contemporaine se nourrit de noyades passées — des femmes accusées de sorcellerie au XVIIe siècle, un suicide suspect trente ans plus tôt, la mort récente de Katie, la meilleure amie de Lena. Toutes ces histoires convergent vers la même question : qui, à Beckford, a intérêt à faire taire les femmes qui dérangent ? Après le phénomène La Fille du train, Paula Hawkins livre ici un roman plus lent et plus sombre, où le suspense policier s’efface par moments derrière une question plus large : pourquoi, de siècle en siècle, ce sont toujours les femmes que l’on retrouve au fond de l’eau ?
8. La Cour des secrets (Tana French, 2015)

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Dans le très huppé lycée pour filles de Saint-Kilda, à Dublin, le corps de Chris Harper, seize ans, élève du collège de garçons voisin, a été retrouvé un an plus tôt. L’affaire piétine. Jusqu’au jour où Holly Mackey — fille d’un célèbre inspecteur de la Brigade criminelle de Dublin — dépose sur le tableau d’affichage du lycée une photo de Chris avec ces mots découpés dans un livre : « Je sais qui l’a tué. » Le jeune policier Stephen Moran, qui rêve d’intégrer la Brigade des homicides, saute sur l’occasion et s’associe à l’inspectrice Antoinette Conway pour rouvrir l’enquête.
L’intégralité du roman se déroule sur une seule journée d’interrogatoires, entrecoupée de flash-backs qui remontent les mois précédant le meurtre. Deux clans de filles — celui de Holly (avec Julia, Selena et Becca) et celui de leurs rivales — se font face dans un réseau serré de loyautés, de trahisons et de secrets dont les adultes n’ont pas idée. Ce que Tana French restitue avec une précision redoutable, c’est le fonctionnement social de l’adolescence : les pactes de silence, les hiérarchies invisibles, les premiers émois, la cruauté ordinaire entre filles, et cette certitude propre à cet âge que l’amitié vaut plus que tout — y compris la vérité. Le duo d’enquêteurs, tous deux issus du milieu ouvrier et visiblement mal à l’aise parmi ces adolescent·es de bonne famille, ajoute une tension supplémentaire : à Saint-Kilda, les flics sont autant en terrain inconnu que le lecteur ou la lectrice.