Beck est un manga de Harold Sakuishi, prépublié entre 1999 et 2008 dans le Monthly Shōnen Magazine de Kōdansha et compilé en 34 volumes. On y suit Yukio « Koyuki » Tanaka, un adolescent effacé qui découvre la guitare au contact de Ryūsuke Minami et rejoint son groupe de rock, BECK. Le manga retrace l’ascension du groupe — concerts, rivalités, histoires d’amour — dans un récit truffé de références aux Red Hot Chili Peppers, Led Zeppelin ou Rage Against the Machine.
Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé le dernier tome, voici quelques mangas susceptibles de prolonger le plaisir.
1. Nana (Ai Yazawa, 2000)

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Deux jeunes femmes de vingt ans, toutes deux prénommées Nana, se rencontrent par hasard dans un train en direction de Tokyo. L’une, Nana Ōsaki, est la chanteuse du groupe punk Black Stones et compte bien en faire son métier. L’autre, Nana Komatsu, part rejoindre son petit ami sans trop savoir ce qu’elle fera de sa vie. Elles finissent par emménager ensemble dans l’appartement 707 — et cette colocation improbable devient le socle d’une amitié fusionnelle, possessive, parfois destructrice.
Récompensé par le prix Shōgakukan en 2003, ce shōjo en 21 volumes (prépublié dans le magazine Cookie de Shūeisha) est suspendu depuis 2009 pour raisons de santé de l’autrice. La série expose sans détour la dépendance affective, les sacrifices liés à la célébrité et la friction constante entre ambition personnelle et vie sentimentale. Le music business à la japonaise y est montré sans couche de vernis : labels, producteurs, rivalités entre groupes.
2. Blue Giant (Shinichi Ishizuka, 2013)

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Miyamoto Dai, lycéen à Sendai, n’a aucun lien avec la musique jusqu’au soir où il entend un saxophone live pour la première fois. Le choc est immédiat : il achète un ténor et décide de s’y consacrer entièrement, sans professeur ni formation. Seul dans les plaines du fleuve Hirose, il joue chaque jour, par tous les temps, avec une obstination absolue.
Couronné par le Grand Prix du Japan Media Arts Festival et le prix Shōgakukan, Blue Giant (sérialisé dans Big Comic de Shōgakukan) se déploie ensuite en plusieurs arcs (Supreme, Explorer, Momentum) qui emmènent Dai en Europe puis aux États-Unis. La force du manga tient à sa capacité à rendre tangible l’énergie d’un solo de saxophone sur un support silencieux — la page imprimée. Shinichi Ishizuka y parvient par un découpage cinématographique et des pleines pages où le souffle de l’instrument semble déborder du cadre.
3. Solanin (Inio Asano, 2005)

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Meiko Inoue, diplômée depuis deux ans, occupe un emploi de bureau qu’elle déteste. Son petit ami, Taneda, vit dans son appartement et peine à gagner sa vie comme illustrateur indépendant. Leurs amis proches errent dans le même entre-deux, coincés entre les promesses de la fac et la monotonie d’un premier emploi. Tout change lorsque Meiko pousse Taneda à prendre la musique au sérieux et à enregistrer une chanson avec son groupe amateur.
Court — deux volumes seulement, prépubliés dans le Weekly Young Sunday —, Solanin touche juste dans sa façon de décrire le flottement post-universitaire. Inio Asano, également auteur de Bonne nuit Punpun, y aborde le deuil, l’inertie existentielle et la difficulté de renoncer aux rêves de jeunesse. Le manga a été nommé pour l’Eisner Award en 2009 et adapté en film live en 2010 avec Aoi Miyazaki.
4. Given (Natsuki Kizu, 2013)

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Ritsuka Uenoyama, guitariste désabusé d’un groupe de rock sans label, croise un jour Mafuyu Satō, un camarade de classe taciturne qui traîne une Gibson ES-330 aux cordes cassées. Après les avoir réparées, Ritsuka découvre que Mafuyu possède une voix d’une puissance inattendue — et un passé douloureux lié à cette guitare et à celui qui la lui a laissée. Le garçon intègre le groupe aux côtés du batteur Akihiko et du bassiste Haruki.
Premier boys’ love à avoir été diffusé sur le bloc noitaminA de Fuji TV, Given (9 volumes, prépublié dans le magazine BL Chéri+ de Shinshokan) ne relègue jamais la musique au rang de décor : chaque morceau joué ou composé porte un non-dit, un aveu ou une rupture. Les relations amoureuses entre les membres du groupe sont traitées avec retenue et sans sensationnalisme.
5. Kids on the Slope (Yuki Kodama, 2007)

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Été 1966, Kyūshū. Kaoru Nishimi, lycéen introverti et pianiste classique, arrive à Sasebo après un énième déménagement. Il y fait la connaissance de Sentarō Kawabuchi, un colosse à la réputation de voyou, qui se révèle être un batteur de jazz passionné. Dans le sous-sol du magasin de disques du père de leur amie Ritsuko, les deux garçons se lancent dans des sessions d’improvisation qui vont sceller leur amitié.
L’adaptation animée de ce josei (9 volumes, Monthly Flowers, Shōgakukan, 57e prix Shōgakukan) a réuni le réalisateur Shin’ichirō Watanabe (Cowboy Bebop) et la compositrice Yōko Kanno — un tandem qui assure à la bande-son une authenticité remarquable. Le manga ancre son récit dans le Japon des années 1960 et fait du jazz — Art Blakey, Bill Evans, Coltrane — la langue commune entre deux adolescents que tout sépare socialement.
6. Nodame Cantabile (Tomoko Ninomiya, 2001)

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Shin’ichi Chiaki, étudiant en musique perfectionniste, aspire à devenir chef d’orchestre mais ne peut quitter le Japon à cause de sa phobie de l’avion. Sa voisine de palier, Megumi « Nodame » Noda, fonctionne à l’envers : désordonnée, fantasque, incapable de lire correctement une partition, mais dotée d’un toucher pianistique hors norme. Leur cohabitation forcée à l’Académie Momogaoka va obliger chacun à reconsidérer son rapport à la musique — et à l’autre.
Lauréat du prix Kōdansha en 2004, Nodame Cantabile (25 volumes, sérialisé dans le magazine josei Kiss de Kōdansha entre 2001 et 2009) a contribué à relancer l’intérêt du public japonais pour la musique classique occidentale, de Beethoven à Rachmaninov. L’humour décalé de Ninomiya n’empêche pas une représentation fidèle du milieu des conservatoires, des concours et de la direction d’orchestre.
7. Lovely Love Lie (Kotomi Aoki, 2009)

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Aki Ogasawara est un compositeur de l’ombre : il écrit les morceaux du groupe à succès Crude Play sans jamais apparaître sur scène, écarté avant les débuts officiels du groupe. Riko, lycéenne et musicienne amateur, est une fan inconditionnelle de Crude Play. Leur rencontre fortuite fait naître une attirance immédiate — mais aucun des deux ne sait qui est réellement l’autre, et ce malentendu initial va structurer l’ensemble de l’intrigue.
Le manga, 22 volumes prépubliés dans le magazine shōjo Cheese! de Shōgakukan entre 2009 et 2017, a remporté le prix Shōgakukan du meilleur shōjo en 2013. Derrière la romance, Lovely Love Lie dissèque sans ménagement les rouages de la J-pop : le système des ghostwriters, la fabrication des idoles, le poids des producteurs et les compromis imposés aux artistes. L’intrigue sentimentale sert de fil conducteur à travers cette mécanique.
8. Bakuman (Tsugumi Ohba & Takeshi Obata, 2008)

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Moritaka Mashiro, collégien doué en dessin, forme un duo avec Akito Takagi, premier de classe et scénariste en herbe, après une promesse romantique : Mashiro épousera sa camarade Miho Azuki le jour où leur manga sera adapté en anime et où elle en doublera l’héroïne. Ensemble, ils tentent de créer un manga pour le Weekly Shōnen Jump et se heurtent à la logique brutale du système éditorial japonais — classements hebdomadaires, sondages de popularité, menace d’annulation.
Ce shōnen en 20 volumes, prépublié dans le Weekly Shōnen Jump de Shūeisha entre 2008 et 2012, est signé du duo à l’origine de Death Note. Si le sujet (la création de manga) diffère radicalement de Beck, la structure narrative est identique : deux partenaires complémentaires poursuivent un objectif commun face à des rivaux redoutables. La série offre aussi une radiographie du fonctionnement interne de la plus grande rédaction manga au monde.
9. RiN (Harold Sakuishi, 2012)

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Norito Fushimi, élève de seconde timide et solitaire, nourrit l’ambition de devenir mangaka. Ses premières tentatives sont laborieuses et les retours éditoriaux sévères. Parallèlement, Rin Ishidō, jeune mannequin du même âge, est repérée pour ses capacités de médium qu’elle peine à contrôler. Le jour où il rencontre Rin, le dessin de Norito gagne soudain en intensité — sans que lui-même comprenne pourquoi.
Compilé en 14 volumes (prépublié dans le Monthly Shōnen Magazine de Kōdansha entre 2012 et 2016), RiN retrouve Harold Sakuishi sur le terrain de la vocation artistique, cette fois appliquée au manga plutôt qu’à la musique. Le récit introduit une dimension surnaturelle absente de Beck — visions, prophéties, l’ombre d’un mangaka légendaire décédé — mais on y retrouve la même attention portée à la psychologie des personnages. Pour celles et ceux qui ont lu tout Sakuishi et en redemandent, c’est ici qu’il faut aller.