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Que lire après « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe ?

Que lire après « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe ?

Publié en 1719, Robinson Crusoé de Daniel Defoe est considéré comme l’un des premiers romans anglais. Son personnage, un naufragé qui survit vingt-huit ans sur une île déserte, a donné naissance à un genre à part entière : la robinsonnade. Si vous vous demandez quoi lire après avoir refermé ce classique, voici quelques pistes.


1. Vendredi ou les Limbes du Pacifique (Michel Tournier, 1967)

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Grand prix du roman de l’Académie française dès sa parution, ce premier roman de Michel Tournier reprend le canevas de Robinson Crusoé pour en inverser le sens. Robinson échoue sur l’île de Speranza après le naufrage de La Virginie. Seul, il plaque sur son environnement les réflexes de l’Occident : il se proclame gouverneur, domestique des chèvres, aménage une rizière.

L’arrivée de Vendredi, un jeune Araucan, fait tout basculer. Loin du rapport maître-serviteur imaginé par Defoe, les deux hommes nouent un lien d’égalité qui amène Robinson à renoncer à ses réflexes de domination. Nourri de philosophie et d’anthropologie — Tournier avait suivi l’enseignement de Claude Lévi-Strauss —, le roman met en crise la solitude, le rapport à autrui et les valeurs coloniales. Quand un navire se présente enfin, Robinson refuse d’y monter.


2. Foe (J. M. Coetzee, 1986)

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Coetzee déplace le centre de gravité de Robinson Crusoé vers une femme, Susan Barton. Naufragée sur la même île que Cruso et Vendredi, elle est secourue puis ramenée à Londres, où elle tente de convaincre l’écrivain Daniel Foe de coucher son histoire sur le papier. Mais Foe s’empare du récit et le plie à ses propres fins.

Vendredi, à qui on a coupé la langue — on ne saura jamais par qui —, incarne le silence imposé aux dominés. Qui détient la plume détient le pouvoir : c’est la question qui traverse le roman de bout en bout.

Foe est une métafiction sur la fabrication des récits, la légitimité de la voix narrative et l’effacement des subalternes. Le titre lui-même recèle un double sens : en anglais, foe signifie « ennemi ». Le futur prix Nobel de littérature (2003) signait là l’un de ses livres les plus corrosifs.


3. L’Empreinte à Crusoé (Patrick Chamoiseau, 2012)

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Un Robinson amnésique vit depuis vingt ans sur une île déserte. Il ne sait même plus s’il est véritablement Robinson. Un matin, il découvre dans le sable une empreinte humaine — et cette trace suffit à faire vaciller toutes ses certitudes. Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992 pour Texaco, part de cet épisode pour creuser la question de l’identité et de la mémoire coloniale antillaise.

Le flux de conscience du personnage est porté par un parti pris formel audacieux : le point-virgule comme seule ponctuation forte, qui imprime au texte un rythme fiévreux, proche du délire. Le roman se referme sur un retournement lié à la traite négrière. En annexe, un « Atelier de l’empreinte » dévoile les coulisses de l’écriture — Chamoiseau y explique avoir voulu se glisser dans les interstices laissés par Defoe et par Tournier.


4. Ce qu’il advint du sauvage blanc (François Garde, 2012)

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En 1843, un jeune matelot vendéen, Narcisse Pelletier, est abandonné sur une côte d’Australie. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais le retrouve : il vit nu, tatoué, et a oublié jusqu’à son nom. L’histoire est vraie. François Garde en tire un roman à deux voix, couronné par le prix Goncourt du premier roman.

D’un côté, les chapitres de Narcisse parmi les Aborigènes. De l’autre, les lettres d’Octave de Vallombrun, géographe qui prend le « sauvage blanc » sous sa tutelle et entreprend de le « reciviliser ». Les deux visions du monde se font face sans que l’une ne l’emporte.

Là où Robinson Crusoé célébrait la victoire de la civilisation sur la nature, François Garde retourne l’énigme : que reste-t-il d’un Européen absorbé par une autre culture au point d’en perdre la sienne ? Le silence obstiné de Narcisse reste, jusqu’au bout, sans réponse.


5. Sa Majesté des mouches (William Golding, 1954)

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Un avion s’écrase sur une île du Pacifique. Aucun adulte ne survit. Une quinzaine de garçons britanniques, livrés à eux-mêmes, élisent Ralph comme chef et tentent de s’organiser : entretenir un feu de signalisation, construire des abris, chasser. La cohésion se fissure vite.

Jack, le meneur des chasseurs, conteste l’autorité de Ralph. La rumeur d’une « bête » qui rôde sur l’île nourrit la peur et précipite la scission du groupe. L’ordre démocratique cède la place à la violence tribale, qui culmine dans le meurtre de Simon, puis de Porcinet.

Refusé par vingt et un éditeurs avant d’être publié, le roman de William Golding — futur prix Nobel (1983) — est devenu un classique. On peut le lire comme un anti-Robinson Crusoé : non pas l’édification d’une société, mais sa désintégration méthodique.


6. L’Île (Robert Merle, 1962)

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Robert Merle part de l’histoire des mutins du Bounty pour bâtir un roman aussi maritime que politique. Après une mutinerie à bord du Blossom, un groupe de marins britanniques et de Tahitiens se réfugie sur une île isolée du Pacifique pour échapper à la potence.

Le lieutenant Purcell, homme de conscience, s’oppose à Mac Leod, figure autoritaire et cynique. Le partage inégal des terres et des femmes entre Européens et Tahitiens fait monter la tension jusqu’au conflit armé.

Merle dissèque ici la mécanique du racisme et du pouvoir dans un espace clos. Les personnages féminins tahitiens ne sont pas relégués à la marge : ce sont eux qui portent la résistance et la clairvoyance.


7. L’Histoire de Pi (Yann Martel, 2001)

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Piscine Molitor Patel, dit Pi, a seize ans. Fils du directeur du zoo de Pondichéry, il embarque avec sa famille sur un cargo japonais à destination du Canada. Le navire sombre. Pi se retrouve seul sur un canot de sauvetage — avec un tigre du Bengale nommé Richard Parker. Pendant 227 jours, il doit cohabiter avec le fauve en plein Pacifique.

Le récit de survie se double d’une fable sur la foi. Pi, qui pratique l’hindouisme, l’islam et le christianisme, brouille la frontière entre le croyable et le vrai. La dernière partie du livre propose une version alternative des événements, bien plus brutale, et laisse au lecteur·ice le choix de l’histoire à retenir. Ce mécanisme a valu à Yann Martel le Man Booker Prize (2002) et une adaptation par Ang Lee au cinéma (2012).


8. Les Naufragés du Wager (David Grann, 2023)

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En 1740, le HMS Wager, vaisseau de ligne britannique, est envoyé dans le Pacifique Sud pour attaquer les navires de l’Empire espagnol. Après le passage du cap Horn, le bâtiment fait naufrage au large de la Patagonie. Les survivants, livrés à eux-mêmes sur une île battue par les vents, sombrent dans la famine, le cannibalisme et la mutinerie. Trois factions s’affrontent pour tenter de regagner le continent.

Mais l’essentiel du livre tient dans ce qui se passe après : une fois rapatriés en Angleterre, les rescapés se livrent une guerre de récits devant l’Amirauté — chacun réécrit les faits pour sauver sa tête. Journaliste au New Yorker, David Grann a travaillé sur des archives considérables pour reconstituer cet épisode méconnu. Son livre est autant un récit de naufrage qu’une réflexion sur la fiabilité des témoignages. Le petit-fils de l’un des survivants n’est autre que Lord Byron.


9. Seul sur Mars (Andy Weir, 2011)

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Mark Watney, astronaute de la mission Arès 3, est abandonné par ses coéquipiers sur la planète Mars — ils le croient mort après une tempête de sable. Il se retrouve seul dans l’Habitat, coupé de toute communication avec la Terre, avec des réserves prévues pour trente et un jours. Le compte à rebours commence.

Botaniste et ingénieur, Watney improvise : il produit de l’eau, cultive des pommes de terre dans le sol martien, bricole un moyen de contacter la NASA. Le roman, structuré comme un journal de bord, tient par l’humour caustique de son narrateur et par une rigueur scientifique assumée — c’est de la hard science-fiction, mais jamais aride.

Adapté au cinéma par Ridley Scott en 2015 (avec Matt Damon), Seul sur Mars est la preuve que la robinsonnade a encore de beaux jours devant elle — même à 400 millions de kilomètres de la Terre.