Heartstopper est un roman graphique écrit et dessiné par l’autrice britannique Alice Oseman, publié en ligne à partir de 2016 puis en volumes imprimés depuis 2018 (2019 pour l’édition française chez Hachette Romans). La série dépeint la relation entre Charlie Spring, lycéen ouvertement gay, et Nick Nelson, rugbyman populaire de son établissement. Au fil des tomes, leur amitié se transforme en romance, sur fond de coming out, de harcèlement scolaire et de santé mentale. La BD a été adaptée en série télévisée par Netflix en 2022, ce qui en a fait un phénomène culturel mondial.
Si vous êtes à la recherche de lectures dans le même esprit, voici des récits qui parlent de premiers amours, de coming out et du droit d’être soi, où l’on s’attache aux personnages presque aussi vite qu’ils s’attachent les uns aux autres.
1. Sasaki et Miyano (Shou Harusono, 2016)

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Miyano est un lycéen fan de mangas boys’ love (des romances entre garçons) et il ferait à peu près n’importe quoi pour que personne ne l’apprenne. Il faut dire qu’il a déjà assez à faire avec un autre sujet de gêne : ses traits androgynes lui valent des remarques depuis le collège. Sasaki, son aîné d’un an, débarque dans sa vie le jour où il intervient dans une bagarre pour protéger un camarade. Intrigué par Miyano, il se met à lire les BL que celui-ci lui prête — d’abord par curiosité, puis parce que c’est surtout une excuse pour passer du temps avec lui.
Ce qui rend Sasaki et Miyano si attachant, c’est la lenteur assumée de sa romance. Les sentiments de Sasaki sont limpides dès le départ ; ceux de Miyano, eux, se déploient sur plusieurs tomes, entre déni et confusion. Le manga refuse les raccourcis dramatiques et prend le temps de montrer deux adolescents qui apprennent à se connaître avant de s’aimer. La série alterne entre pages de gags en strips (des planches courtes de type comique, façon yonkoma) et passages plus narratifs, un format hybride qui donne à l’ensemble un rythme à la fois léger et addictif. Publié en France par Akata, le manga a aussi été adapté en anime par le studio Deen.
2. La saveur du printemps (Kevin Panetta et Savanna Ganucheau, 2019)

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Ari vient d’obtenir son diplôme et n’a qu’une idée en tête : quitter la petite ville côtière de sa famille pour rejoindre la grande ville avec son groupe de musique. Le problème, c’est que la boulangerie familiale est au bord du gouffre et que son père compte sur lui. Pour se dégager de cette obligation, Ari cherche un remplaçant. C’est là qu’Hector entre en scène : un garçon calme, souriant et doué pour la pâtisserie à un point presque indécent.
Leur romance se construit entre les fournées de pain au levain et les livraisons du matin, à mesure qu’Ari réalise que ce garçon discret l’attire bien plus que ne l’a jamais attiré la perspective de devenir rockstar. L’album aborde aussi le tiraillement entre loyauté familiale et désir d’indépendance, sans jamais transformer Ari en héros rebelle ni son père en obstacle. Côté graphisme, Savanna Ganucheau opte pour un camaïeu de bleus — tout l’album est dessiné dans ces tonalités — qui baigne chaque page dans une atmosphère de bord de mer. On notera aussi, en fin de volume, quelques recettes de pâtisseries — parce qu’il serait dommage de refermer ce livre sans avoir envie de pétrir quelque chose.
3. Le Prince et la Couturière (Jen Wang, 2018)

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Dans un Paris de conte de fées situé quelque part entre le XIXe siècle et l’imaginaire, le prince Sébastien mène une double vie. Le jour, ses parents s’acharnent à lui trouver une épouse convenable. La nuit, il enfile des robes somptueuses et arpente les salons mondains sous l’identité de Lady Crystallia, icône de mode adulée par tout Paris. Celle qui rend tout cela possible, c’est Francès, jeune couturière talentueuse, seule à connaître son secret — avec son fidèle domestique.
Ce qui frappe dans cet album, c’est la façon dont les questions d’identité de genre sont traitées : Sébastien aime porter des robes, et ni le récit ni les personnages proches de lui ne présentent cela comme un problème à résoudre. Le vrai conflit vient de l’extérieur — les conventions de la cour, le poids du rang, le regard de la société. Francès, elle, a un combat différent : celui d’une jeune femme pauvre et ambitieuse qui refuse de rester dans l’ombre d’un prince, même d’un prince qu’elle adore. Récompensé par le Fauve Jeunesse au Festival d’Angoulême 2019 et le Prix Harvey, cet album signé Jen Wang se lit d’un souffle, porté par un trait rond et expressif et des couleurs chaudes qui évoquent autant Disney que la BD franco-belge.
4. Kase-san & les belles-de-jour (Hiromi Takashima, 2010)

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Chaque matin, au lycée, une élève discrète arrose les parterres de fleurs de l’établissement. C’est Yui Yamada, et ce jardinage solitaire lui convient très bien — jusqu’au jour où elle croise Tomoka Kase près des belles-de-jour (des fleurs de la famille des volubilis, pour les non-botanistes). Kase est l’étoile du club d’athlétisme : rapide, charismatique, populaire — tout ce que Yamada n’est pas. Et ce que Yamada ressent pour elle dépasse la simple admiration.
Kase-san appartient au genre du yuri, c’est-à-dire les mangas de romance entre filles — un genre encore peu représenté en France. La série, publiée par Taifu Comics, traite la relation entre les deux lycéennes avec un naturel désarmant : pas de grande révélation dramatique, pas de rejet traumatique, mais le quotidien d’un couple adolescent qui apprend à gérer ses premiers émois. Yamada se met dans tous ses états pour un rien, Kase fait preuve d’une assurance parfois excessive — leur dynamique est classique, mais on ne s’en lasse pas.
La série se prolonge d’ailleurs avec Yamada & Kase-san, qui suit le couple après le lycée, à l’université. Cinq tomes au total, portés par un dessin qui gagne en finesse au fil des volumes.
5. La Fille de la mer (Molly Knox Ostertag, 2021)

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Morgan a quinze ans, vit sur une petite île canadienne et accumule les secrets. Le divorce de ses parents, un groupe d’amies avec qui elle ne se sent jamais tout à fait à sa place, et surtout : le fait qu’elle rêve d’embrasser une fille. Une nuit, après une chute dans la mer, elle est sauvée par Keltie, une jeune femme blonde, extravertie et tactile, qui semble débarquée de nulle part. Très vite, elles deviennent inséparables — mais Keltie aussi cache quelque chose, et son secret tient dans une peau de phoque.
Molly Knox Ostertag — déjà connue pour sa trilogie Le garçon sorcière — revisite ici le mythe des selkies, des créatures issues du folklore écossais et irlandais : sous l’eau, elles ont l’apparence de phoques, mais peuvent prendre forme humaine une fois leur peau retirée. Le récit superpose une romance adolescente et une fable écologique sur la protection des océans. Le coming out de Morgan est raconté sans pathos : lorsqu’elle annonce à sa mère qu’elle aime les filles, celle-ci lui demande en quoi c’est censé être une source de stress — avant de souligner que ça réduit au moins le risque de grossesse non désirée.
C’est un one-shot (un seul volume), ce qui en fait une porte d’entrée idéale pour qui hésite à se lancer dans une série longue. Le ton est doux sans être naïf, et les planches sous-marines comptent parmi les plus belles de l’album.
6. Blue Flag (KAITO, 2017)

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Au printemps de leur année de terminale, trois lycéens se retrouvent dans un triangle amoureux qu’aucun d’eux n’avait anticipé. Taichi est un garçon ordinaire, un peu passif, qui se retrouve à aider Futaba, une camarade maladroite et effacée, à séduire Tôma — son ami d’enfance, sportif brillant que tout le monde adore. Sauf que les sentiments de chacun sont bien plus compliqués que cette configuration ne le laisse supposer.
Blue Flag démarre sur les rails d’une comédie romantique scolaire classique, puis bifurque — délibérément — vers des sujets que ce type de manga aborde rarement. L’homosexualité, la pression sociale, la peur du regard des autres : tout cela est traité avec une franchise rare dans un shōnen (un manga destiné à l’origine à un public de jeunes garçons). Une scène en particulier, où plusieurs personnages discutent sans filtre de ce que signifie aimer quelqu’un du même sexe, est parmi les plus justes qu’on puisse lire sur le sujet dans un manga grand public.
Publié en France par Kurokawa en 8 tomes, Blue Flag laisse une impression durable, y compris par sa fin — qui a divisé les lecteur·ices mais n’a laissé personne indifférent·e. Là où la plupart des mangas de romance se contentent de savoir qui finira avec qui, KAITO pose une question plus dérangeante : que se passe-t-il quand la personne dont vous tombez amoureux·se n’est pas celle que votre entourage — ni vous-même — attendait ?
7. Le Secret de Madoka (Deme Kingyobachi, 2019)

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Madoka est un petit garçon qui adore les peluches, les jolies choses et les robes que lui confectionne sa grande sœur Haruka. Mais après avoir subi les moqueries de ses anciens camarades, il décide, dans sa nouvelle école, de se comporter « comme un garçon ». C’est sans compter sur Itsuki, sa voisine de classe — une fille qui, elle, refuse catégoriquement qu’on lui impose des activités « de fille ». Leur rencontre, d’abord explosive, va se transformer en amitié : tous deux comprennent que l’autre se débat avec les mêmes injonctions absurdes, simplement inversées.
Ce one-shot publié par Akata dans sa collection « Small » (à destination d’un jeune lectorat) aborde les stéréotypes de genre sans discours moralisateur ni vocabulaire théorique. Juste deux enfants qui se demandent pourquoi le monde veut à tout prix les faire entrer dans des cases qui ne leur correspondent pas. Deme Kingyobachi, jusqu’ici connue pour ses boys’ love, apporte à ce récit un dessin soigné où les tenues vestimentaires de Madoka — chaque robe, chaque accessoire — sont traitées avec un vrai souci de la mode et du détail.
C’est court (un seul volume de 176 pages), c’est lumineux, et c’est le genre de lecture qu’on aimerait glisser dans les mains de tous les enfants — et de pas mal d’adultes.
8. Our Colorful Days (Gengoroh Tagame, 2018)

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Au lycée, Sora passe pour un garçon comme les autres. Il rit aux mêmes plaisanteries, suit les mêmes discussions — mais à l’intérieur, il étouffe. Sora est amoureux de Kenta, son camarade de classe, et même à Nao, son amie d’enfance, il n’a jamais dit qu’il est gay. Les blagues homophobes en classe, les conversations sur les filles, la question « t’as pas une copine ? » qui revient sans cesse — tout cela l’épuise. Un jour, il craque, sèche les cours, et finit par croiser la route d’un homme plus âgé qui tient un café en bord de mer. Cet homme, lui aussi gay, devient peu à peu un mentor et un refuge.
Gengoroh Tagame est un auteur au parcours inattendu : pendant des décennies, il a été l’une des figures majeures du manga homoérotique pour adultes (un genre très codifié au Japon, destiné à un public de niche). En 2014, il a opéré un virage radical vers le grand public avec Le mari de mon frère, une série sur un père de famille japonais confronté à l’homosexualité de son frère décédé. Our Colorful Days prolonge cette démarche, mais se place cette fois du point de vue d’un adolescent qui n’a pas encore fait son coming out. Tagame sait montrer avec précision la solitude d’un jeune homme qui surveille en permanence ses mots, ses regards, ses réactions — et le soulagement immense que procure le simple fait de pouvoir enfin parler.
Publiée en 3 tomes chez Akata, cette série raconte sans détour ce que signifie grandir avec le sentiment d’être différent — et ce que peut changer la rencontre d’une seule personne qui vous dit : « tu n’es pas seul. »