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Que lire après « La Roue du temps » de Robert Jordan ?

Que lire après « La Roue du temps » de Robert Jordan ?

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La Roue du temps (The Wheel of Time) est une série de quatorze romans de fantasy écrits par le romancier américain Robert Jordan entre 1990 et 2007, puis achevée par Brandon Sanderson en 2013 à partir des notes de l’auteur, décédé en 2007. Publiée par Tor Books et traduite en français par plusieurs maisons d’édition (Rivages, Fleuve Noir, puis Bragelonne pour l’édition intégrale actuelle), la série totalise plus de 80 millions d’exemplaires vendus dans le monde.

Elle met en scène Rand al’Thor, un jeune fermier des Deux-Rivières, qui découvre qu’il est le Dragon Réincarné et se retrouve au cœur d’une lutte millénaire entre la Lumière et le Ténébreux. Avec ses milliers de personnages, ses nations aux coutumes singulières, son système de magie fondé sur la Source Authentique et ses intrigues politiques entre Aes Sedai, la saga reste l’une des références majeures de la fantasy épique et continue d’attirer de nouveaux·elles lecteur·ices, notamment grâce à son adaptation en série par Amazon Prime Video.

Si vous venez de refermer Un souvenir de lumière et que le manque se fait sentir — celui où l’on erre sans but dans les rayons d’une librairie, le regard vague —, voici quelques recommandations qui devraient vous occuper un moment.


1. Les Archives de Roshar – Tome 1 : La Voie des rois (Brandon Sanderson, 2010)

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Qui mieux que l’homme qui a achevé La Roue du temps pour vous en proposer la suite spirituelle ? Avec Les Archives de Roshar, Brandon Sanderson déploie le projet le plus ambitieux de sa carrière : une série prévue en dix volumes (quatre parus à ce jour), au sein de son univers partagé, le Cosmère. L’action se déroule sur Roshar, un monde de pierre battu par de colossales tempêtes surnaturelles — les hautes-orages — qui ont façonné aussi bien la faune, la flore que les civilisations. Des siècles après la chute mystérieuse des Chevaliers Radieux, leurs Lames-éclats et Armures-éclats — des artefacts mystiques capables de transformer un homme ordinaire en guerrier invincible — restent des armes convoitées pour lesquelles les nations s’entre-déchirent.

Le roman suit trois destins parallèles : Kaladin, un soldat réduit en esclavage dans les Plaines Brisées ; Dalinar Kholin, haut-prince tourmenté par des visions d’un passé oublié ; et Shallan, une jeune érudite aux intentions ambiguës. Sanderson a mûri ce projet pendant près de vingt ans, et cela se voit : environ 1 800 pages en français servent à bâtir un univers qui ne ressemble à aucun autre — des créatures à carapace, des sprènes liés aux émotions, une hiérarchie sociale fondée sur la couleur des yeux et une magie aux règles d’une rigueur quasi scientifique. Le dernier acte, en revanche, ne ménage rien ni personne. Si vous avez aimé la montée en puissance progressive de La Roue du temps et ses dénouements dévastateurs, vous êtes ici en terrain connu — mais le décor, lui, n’a rien de familier.


2. La trilogie de Licanius – Tome 1 : L’Ombre du savoir perdu (James Islington, 2014)

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Voilà un premier roman qui assume pleinement son héritage. James Islington, auteur australien, a d’ailleurs reconnu avoir eu envie d’écrire après avoir lu Fils-des-Brumes de Sanderson et Le Nom du vent de Rothfuss — ce qui donne une idée assez nette de la famille littéraire dans laquelle s’inscrit L’Ombre du savoir perdu. L’histoire se situe vingt ans après une guerre qui a vu la chute des Augures, des êtres autrefois vénérés comme des dieux et dont les pouvoirs ont mystérieusement disparu. Celles et ceux qui manient encore une magie moindre, le Don, vivent reclus dans des écoles appelées Tols, soumis à un Pacte gravé dans leur chair.

Davian, élève incapable de maîtriser l’Essence à l’approche des redoutables Épreuves, s’enfuit en compagnie de son ami Wirr après avoir appris qu’il est peut-être un Augure, un secret potentiellement fatal. Pendant ce temps, au nord, une barrière millénaire — le Bord du monde — s’affaiblit, et avec elle, la certitude que les horreurs d’autrefois resteront de l’autre côté. La trilogie (trois tomes, tous traduits en français chez Leha) ne révolutionne pas les codes de la high fantasy — prophétie, élu, menace ancestrale —, mais elle les agence avec assez de maîtrise pour qu’on ne s’en plaigne pas, surtout lorsque les fils temporels commencent à se nouer et que les révélations des tomes suivants obligent à reconsidérer tout ce qu’on croyait avoir compris.


3. L’Assassin royal – Tome 1 : L’Apprenti assassin (Robin Hobb, 1995)

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Certaines séries de fantasy vous embarquent par l’ampleur de leur monde. L’Assassin royal vous embarque par la force de ses personnages — et c’est bien plus redoutable. Robin Hobb (pseudonyme de Margaret Ogden) inaugure ici le premier de trois cycles consacrés à FitzChevalerie Loinvoyant, bâtard du prince Chevalerie, abandonné à l’âge de six ans au château de Castelcerf. Recueilli par Burrich, le maître d’écurie, Fitz grandit dans l’ombre de la cour des Six-Duchés, entre le mépris des nobles et l’intérêt inquiétant du roi Subtil, qui voit en lui l’instrument idéal : un assassin à son service.

Ce qui frappe d’emblée, c’est la profondeur des personnages. Robin Hobb est l’une des rares autrices du genre à avoir fait de l’intériorité son véritable champ de bataille. Fitz n’est pas un héros flamboyant : c’est un enfant puis un adolescent meurtri, pris entre deux magies — l’Art, don royal de télépathie, et le Vif, un lien empathique avec les animaux, considéré comme honteux. Là où La Roue du temps vous offrait le spectacle grandiose d’armées et de nations, L’Assassin royal vous plonge dans le quotidien d’un garçon qui apprend à survivre aux intrigues de cour, aux poisons et à la solitude. Le récit avance au rythme de sa vie, sans précipitation, et c’est précisément cette patience qui rend chaque trahison, chaque deuil, chaque rare moment de tendresse si percutant. Treize tomes en édition française (chez J’ai lu) couvrent l’ensemble de la saga : vous êtes prévenu·e.


4. L’Arcane des épées – Tome 1 : Le Trône du dragon (Tad Williams, 1988)

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Avant Le Trône de fer, avant même La Roue du temps, il y avait L’Arcane des épées. Tad Williams, ancien chanteur de rock et employé chez Apple, a commencé à rédiger cette trilogie à vingt-cinq ans, et le résultat a directement influencé George R.R. Martin, qui l’a cité comme une source d’inspiration pour A Song of Ice and Fire. Le cadre est la terre d’Osten Ard : le roi Jean Presbytère, vainqueur légendaire du dragon Shurakai, agonise sur le Trône du Dragon. Son fils aîné Élias s’apprête à lui succéder, mais des forces anciennes et malfaisantes s’éveillent — notamment Ineluki, le Roi de l’Orage, un seigneur mort-vivant du peuple des Sithis.

Au milieu de ce tumulte, Simon, un orphelin de quatorze ans et marmiton au château du Hayholt, n’a strictement aucune idée de ce qui l’attend. Apprenti du docteur Morgénès, membre de la secrète Ligue du Parchemin, il se retrouve propulsé dans une quête qui le dépasse de très loin — et qui implique de percer l’énigme des légendaires épées du pouvoir. Le roman ne se presse pas — c’est un euphémisme — pour poser un monde dense et cohérent, peuplé de Sithis immortels, de quanucs montagnards et du très attachant Binabik, troll érudit accompagné de son loup. Si vous avez aimé La Roue du temps pour sa lenteur calculée et la puissance de ses climax, L’Arcane des épées — rééditée en intégrales chez Pocket — en est l’ancêtre direct, et il n’a pas pris beaucoup de rides.


5. Le Livre des Martyrs – Tome 1 : Les Jardins de la lune (Steven Erikson, 1999)

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Autant prévenir tout de suite : Les Jardins de la lune ne vous prendra pas par la main. Erikson, archéologue et anthropologue de formation, a co-créé cet univers avec Ian Cameron Esslemont à l’origine comme scénario de jeu de rôle — et l’on hérite de cette genèse une densité vertigineuse. Le cycle du Livre des Martyrs (Malazan Book of the Fallen) compte dix tomes et constitue l’une des entreprises les plus ambitieuses — et les plus exigeantes — de toute la fantasy contemporaine. L’Empire Malazéen, tentaculaire machine de guerre dirigée par l’Impératrice Laseen, poursuit sa conquête du continent de Genabackis. Après le sanglant siège de Pale, le sergent Mésangeai et ses Brûleurs de Ponts, une unité d’élite décimée, sont envoyés vers Darujhistan, dernière des Villes libres.

Mais l’Empire n’est pas le seul joueur sur l’échiquier. Des Ascendants — des êtres aux pouvoirs quasi divins — tirent les ficelles d’un drame qui se joue à l’échelle de centaines de milliers d’années. Anomander Rake, seigneur des Tistes Andii dans sa forteresse volante Sangdelune, Loquevoile, sorcière survivante de la 2e armée, le jeune Ganoes Paran, noble devenu officier malgré lui : la distribution est pléthorique et le roman ne fournit aucun glossaire de survie. Erikson ne vous explique rien : il vous lâche au milieu de l’action et vous laisse reconstituer le puzzle seul·e — c’est d’ailleurs son intention déclarée, inspirée de la structure narrative de Dune. C’est déroutant, parfois frustrant, mais pour qui persévère, les tomes suivants repaient au centuple l’effort consenti. La traduction française, reprise par les éditions Leha (après deux tentatives avortées chez d’autres éditeurs), a reçu le Prix spécial du jury des Imaginales en 2023. Si vous trouviez La Roue du temps trop gentille, c’est ici qu’il faut frapper.


6. Fils-des-Brumes – Tome 1 : L’Empire ultime (Brandon Sanderson, 2006)

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Et si le héros prophétique avait échoué ? C’est la prémisse, aussi simple que dévastatrice, de Fils-des-Brumes. Mille ans avant le début du roman, un élu devait affronter une force maléfique et sauver le monde. Il a gagné — puis il est devenu le tyran. Le Seigneur Maître règne depuis un millénaire sur l’Empire Ultime, un monde où les cendres tombent du ciel, où les brumes recouvrent la nuit, et où les skaa — l’immense majorité de la population — vivent dans un esclavage absolu. Seuls les nobles disposent de l’allomancie, une magie fondée sur l’ingestion et la combustion de métaux, dont chacun confère un pouvoir spécifique.

Vin, adolescente des rues et voleuse par nécessité, découvre qu’elle est une Fils-des-Brumes — une allomancienne capable de maîtriser tous les métaux, un pouvoir rarissime. Recrutée par Kelsier, un voleur légendaire et le seul skaa connu à avoir survécu aux Puits de Hathsin, elle rejoint son équipe de bras cassés magnifiques dans un projet insensé : renverser l’Empire. Le roman fonctionne à la fois comme un récit de casse (Ocean’s Eleven en version médiévale-fantastique, en somme), un roman d’apprentissage et une réflexion sur l’espoir en régime totalitaire. Le système d’allomancie, avec ses quatorze métaux et ses interactions, figure parmi ce que le genre a produit de mieux en matière de magie codifiée. La trilogie originelle (trois tomes chez Le Livre de Poche) forme un arc complet et satisfaisant — ce qui, pour une série de Sanderson, est presque suspect.


7. La Guerre de la Faille – Tome 1 : Magicien – L’Apprenti (Raymond E. Feist, 1982)

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Publié en 1982, Magicien est un classique fondateur de la fantasy moderne, contemporain de l’âge d’or du genre et issu, comme La Roue du temps, de l’héritage tolkiénien — dont il s’écarte toutefois par une idée structurelle forte. L’histoire démarre dans le duché de Crydee, sur le monde de Midkemia, avec Pug, un orphelin de treize ans que personne ne choisit le Jour du Choix… jusqu’à ce que Kulgan, le magicien de la cour, en fasse son apprenti. Pug peine à maîtriser la magie qu’on lui enseigne, comme si ses pouvoirs obéissaient à des règles inconnues. Son ami Tomas, lui, s’oriente vers le métier des armes.

Tout bascule quand une épave inconnue s’échoue sur les côtes de Crydee : elle vient d’un autre monde. Les Tsurani, un peuple de guerriers d’inspiration japonisante, envahissent Midkemia à travers des failles dimensionnelles. C’est là que Feist se démarque : plutôt que de se cantonner à un univers médiéval-européen classique, il fait coexister deux mondes — Midkemia et Kelewan — aux cultures, aux hiérarchies et aux systèmes de magie radicalement différents. Pug finira d’ailleurs par apprendre la magie chez l’ennemi, une idée qui donne au récit une ampleur peu commune. Magicien couvre environ quatorze années d’action et sert d’entrée en matière à un univers romanesque considérable (plus d’une vingtaine de livres). L’édition française découpe le roman original en deux tomes (L’Apprenti et Le Mage), publiés chez J’ai lu. C’est de la fantasy à l’ancienne, sans ironie ni noirceur calculée — et parfois, c’est exactement ce qu’il faut.


8. Les Princes d’Ambre – Tome 1 : Les Neuf Princes d’Ambre (Roger Zelazny, 1970)

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On change radicalement de registre pour finir. Là où La Roue du temps prenait des milliers de pages pour dérouler son intrigue, Roger Zelazny condense Les Neuf Princes d’Ambre en à peine plus de 200 pages. Publié en 1970, ce roman est une référence incontournable du genre, et pour cause : il va vite, il frappe fort, et il ne s’embarrasse de rien. Un homme se réveille dans une clinique, amnésique. Il s’échappe, découvre qu’il s’appelle Corwin, qu’il appartient à une famille royale aussi puissante que dysfonctionnelle, et qu’il est l’un des neuf princes du royaume d’Ambre — le seul monde réel, dont tous les autres univers ne sont que des reflets, des Ombres.

Le principe fondateur a de quoi donner le tournis : les princes d’Ambre ont le pouvoir de traverser les Ombres à volonté, de manipuler la réalité elle-même pour rejoindre n’importe quel univers — y compris le nôtre, qui n’est qu’un reflet parmi d’infinis autres. Corwin, à mesure que sa mémoire revient (procédé narratif malin qui permet de découvrir cet univers en même temps que lui), reconstitue les alliances, les trahisons et les rivalités qui opposent ses frères et sœurs dans une lutte sans merci pour le trône. La Marelle, motif magique gravé dans le sol qu’il faut parcourir pour accéder au plein pouvoir, et les Atouts, un jeu de cartes qui permet de communiquer et de se téléporter, comptent parmi les idées les plus fécondes qu’un auteur de fantasy ait jamais eues. Le cycle complet se compose de dix romans répartis en deux séries (cinq pour Corwin, cinq pour son fils Merlin). Deux cents pages qui valent bien des trilogies — et si vous n’avez jamais lu Zelazny, il est grand temps de réparer cette erreur gravissime.